Waw magazine

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SUSPENDUE À SON BEFFROI

Au confluent de la Sambre et de la Biesmelle, Thuin est une cité médiévale juchée sur un éperon rocheux et soutenue par quelque deux cents jardins.
Si sa tête, le beffroi, est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, ses pieds baignent dans la Sambre entre deux autres pôles touristiques d’exception : la collégiale Saint-Ursmer de Lobbes – la plus ancienne église de Belgique – et l’abbaye d’Aulne.

 

Le beffroi et les Jardins suspendus


© OTThuin

Situé au cœur de la ville haute, le beffroi de Thuin demeure le seul vestige d’une collégiale rasée en 1811. Comme son ascension, la vue à son sommet est à couper le souffle ! S’il vous en reste, poursuivez votre visite par une incursion dans les ruelles zigzaguant entre les Jardins suspendus. Ces 230 terrasses accrochées à des pans escarpés de la ville médiévale font partie intégrante des fortifications de celle-ci. Le plan proposé par l’Office du Tourisme propose plusieurs circuits reliant les jardins, les curiosités – comme le vignoble thudinien – et les œuvres d’art public contemporain à ciel ouvert. Plusieurs endroits permettent une vue d’ensemble de ces jardins, comme, à l’est de la ville, le panorama du Chant des Oiseaux.

Le Thudo et l’histoire de la batellerie

© OTThuin
 

Début du XXe siècle, Thuin comptait plus de 1.100 chefs de famille bateliers sur une population de 5.000 habitants ! Cette longue histoire d’amour n’est pas tout à fait finie puisqu’au quartier du Rivage – une ancienne commune libre qui élit encore symboliquement son maire tous les 6 ans ! – habitent encore de nombreux bateliers retraités. Une promenade dans ce quartier typique va de pair avec la visite du Thudo. Cette péniche-musée, qui est amarrée sur la rive droite de la Sambre, vous racontera la vie batelière à Thuin, les étapes de la construction d’un bateau, les systèmes de communication, etc. Pas encore rassasié ? Montez à bord du Sir Lancelot pour une croisière sur la Sambre jusque Lobbes, Merbes-le-Château ou l’abbaye d’Aulne.

Ragnies, la distillerie de Biercée et le château du Fosteau


© WBT - D. Vasilov

Ragnies, l’un des Plus Beaux Villages de Wallonie, se caractérise par ses grosses fermes en pierres calcaires et briques, parmi lesquelles la ferme de la Cour qui abrite la distillerie de Biercée réputée pour ses eaux-de-vie à base de fruits frais dont la fameuse Eau de Villée. Pour découvrir ce village, quoi de mieux qu’une balade en vélo au départ de Thuin en suivant le RAVeL vers Beaumont (sortir à Dontiennes). Après une halte/visite à la distillerie et, éventuellement, un repas à la « Grange des légendes », vous pouvez redescendre sur Thuin ou prolonger le plaisir en pédalant jusqu’au château de Fosteau. Ce très bel ensemble architectural typique des châteaux médiévaux transformés à la Renaissance mérite également un arrêt, le temps d’admirer la salle des chevaliers, le musée de la pharmacie et les jardins à la française. Le retour peut s’effectuer en rejoignant Fontaine-Valmont et en suivant le RAVeL de la Sambre jusque Thuin via Lobbes (total : 33 km ).

Le tramway historique Thuin-Lobbes


© OTThuin

En cette année européenne du rail, la visite du Centre de Découverte du Chemin de Fer vicinal de Thuin ne peut mieux tomber. Géré par l’Association pour la Sauvegarde du Vicinal (ASVi), ce musée abrite une trentaine de véhicules qui retracent l’histoire du plus grand réseau de tram au monde ! Le week-end, l’ASVi emmène ses visiteurs en balade sur une ligne de tram qui, partant de Thuin, suit d’un côté la vallée de la Biesmelle jusque Biesme-sous-Thuin, et de l’autre la vallée de la Sambre jusque Lobbes. Une ligne historique restaurée et des panoramas uniques !

L’abbaye d’Aulne


© OTThuin

Si vous suivez le RAVeL de la Sambre vers Charleroi, vous allez voir surgir après 9 kilomètres les ruines majestueuses de l’abbaye d’Aulne, cette abbaye qui fut érigée au VIIe siècle par un brigand repenti, connut des heures de gloire lors de son occupation par les moines cisterciens et fut incendiée à la Révolution française. La visite peut se prolonger par une promenade autour de l’abbaye, une balade bucolique sur la Sambre à bord d’un petit bateau électrique que l’on pilote soi-même (départ au café Leblon) ou, simplement, la dégustation tranquille sur le site d’une des bières produites par la brasserie de l’abbaye.

Office du Tourisme de Thuin

Place Albert 1er 2
6530 Thuin
+32 (0) 71 59 54 54

tourismethuin.be

 

DE SAINT JACQUES À DJAN-DJAN

Au sud de Bruxelles, à mi-chemin entre Waterloo et La Louvière, proche aussi de Villers-la- Ville, Nivelles est une petite ville riche d’une grande histoire que domine une impressionnante collégiale. La cité brabançonne a conservé de son passé historique et religieux de nombreux témoins que l’on peut découvrir sans modération en déambulant dans ses rues et ruelles.


La Collégiale Sainte-Gertrude


© FTBW

Située sur la Grand-Place, elle est l’une des plus grandes (plus de 100m de long) et des plus anciennes (XIe siècle) églises romanes d’Europe. Si la collégiale perdit sa flèche gothique lors des bombardements de 1940, elle fut magnifiquement restaurée durant les décennies suivantes. Une visite guidée de deux heures vous permettra de découvrir son histoire, de ressentir l’ampleur des volumes et la richesse de son mobilier. Et en faisant le tour de la Grand-Place joliment reaménagée, vous pourrez admirer ses courbes extérieures (chevet, frontispice, abside et contre-abside), tout en écoutant le jacquemart en laiton accroché à la tour sud. Entré dans la célébrité depuis son adoption par les Aclots au XVIIe siècle, l’automate a été surnommé Jean de Nivelles – ou Djan-Djan pour les intimes !

La tarte al Djote


© WBT - Philippe Lermusiaux

C’est la spécialité culinaire de Nivelles. A base de bettes et de fromage blanc, cette tarte, qui se déguste chaude – attention, l’odeur est assez forte ! –, est défendue par la confrérie du même nom qui octroie chaque année des labels de qualité aux fabricants. Située sur la Grand-Place, la brasserie-restaurant L’Union est l’un des rares établissements de la ville à la préparer et la servir selon les règles (elle a été labellisée 5 étoiles en 2019 par la confrérie) ! L’occasion de la déguster sur la terrasse face à la cathédrale.

Le château de Seneffe


© Domaine de Seneffe

Envie d’une escapade en vélo ? Le Domaine de Seneffe n’est qu’à une dizaine de kilomètres de Nivelles et pour y arriver sur deux roues il suffit de suivre le RAVeL jusque Arquennes (tournez à gauche après le… pont tournant), puis de suivre l’ancien canal Bruxelles-Charleroi jusque Seneffe. Ce chemin de halage parsemé d’anciennes écluses est aussi un petit paradis pour les promeneurs. Arrivé à destination, le domaine s’offre à vous : côté cour, le château de style néo-classique du XVIIIe siècle et la plus belle collection d’orfèvrerie de Belgique, côté jardin, le parc à l’anglaise de 22 hectares, avec le théâtre, l’orangerie, la volière, l’étang, l’île et son pont romantique. En bonus cet été : les œuvres de l’artiste plasticienne belge Tinka Pittoors qui a mis en place son parcours artistique dans le domaine.

Le quartier Saint-Jacques et le parc de la Dodaine


© MTRP

Rues pittoresques, maisons classées, vestiges historiques… Au sud de la Grand-Place, l’ancien quartier des pélerins de Compostelle, devenu ensuite celui des brasseurs, est un charmant village au cœur de la ville où il fait bon se promener avec ou sans guide. Après un coup d’œil à la Tour Simone, élément d’une muraille du XIIIe siècle, on déambulera dans les rues Marlet, Bayard, du Coq, Gillard d’Heppe, Coquerne… en s’arrêtant tantôt devant une porte entourée d’une coquille Saint-Jacques, tantôt devant une adorable maison de ville à jardin suspendu. Par la rue du Wichet et l’escalier des 24 apas qui jouxte l’ancien rempart, on s’extraira du centre moyenâgeux de la cité pour profiter des jardins et étangs du parc de la Dodaine, véritable poumon vert de Nivelles et lieu de détente apprécié des familles.

L’abbaye de Villers-la-Ville


© FTBW

Faut-il encore présenter ces ruines jadis admirées par Victor Hugo ? Si les pierres de l’abbaye cistercienne racontent 900 ans d’histoire, le site de 30 hectares englobe également plusieurs jardins (ornementaux, médicinaux, fruitiers…), un sentier méditatif et, depuis une trentaine d’années, un vignoble : le clos de Villers-la-Vigne ! En été, si le site accueille des stages variés pour la jeunesse, il constitue aussi un cadre de rêve pour un spectacle théâtral nocturne qui attire la foule.

Office du Tourisme de Nivelles

Rue de Saintes 48
1400 Nivelles
+32 (0) 67 84 08 64

tourisme-nivelles.be

FILLE DE LA MEUSE ET MÈRE D’ADOLPHE SAX

Ville du célèbre inventeur du saxophone, Dinant offre une incroyable panoplie d’activités touristiques. Les sites remarquables ne manquent pas, tels la citadelle, la Meuse et la grotte « La Merveilleuse ». Les amoureux de patrimoine et d’histoire se régaleront avec les châteaux alentour, tandis que les plus aventureux s’évaderont dans la nature variée et généreuse.


Une croisière sur la Meuse


© Maison du Tourisme Vallée de la Meuse Namur-Dinant

Dinant étant l’une des plus fières filles de la Meuse, une croisière commentée ou à thème sur le fleuve s’impose, soit entre les écluses d’Anseremme et de Bouvignes, soit jusqu’au château de Freÿr. Les Croisières Mosanes proposent une formule combinée avec la visite de la citadelle, tandis que Dinant Evasion organise à la fois des croisières pour groupes et des balades plus intimes sur des bateaux électriques sans permis.

La citadelle


©WBT - S. Wittenbol

Pour accéder à ce monument qui a connu plusieurs vies depuis le XIe siècle mais dont l’aspect actuel date de sa reconstruction entre 1818 et 1821, lors de l’occupation hollandaise, les visiteurs ont le choix entre l’entrée par le parking à l’arrière du site ou le téléphérique (ou l’escalier aux 408 marches !). La vue est bien sûr unique. La citadelle est aménagée en musée d’armes et d’histoire, et les points forts de la visite sont la découverte des casemates des soldats de la Première Guerre mondiale et le passage dans une tranchée à travers un « abri effondré ». Redescendus sur terre, vous pourrez vous balader dans la ville et visiter la collégiale, la Maison de Monsieur (Adolphe) Sax (entrée libre) et la Maison de la Pataphonie (sur réservation). Quand vous serez repus de culture et d’histoire, installez-vous sur la croisette afin de déguster une flamiche dinantaise, une bière Caracole ou une couque de Dinant.

Le RAVeL de la Molignée et l’abbaye de Maredsous


© FT Province de Namur

Les premiers coups de pédale s’effectuent à plat, en suivant le RAVeL de la Meuse ; ensuite, dans la vallée de la Molignée, il faut appuyer plus fort pour s’élever doucement jusque Maredsous. Au passage : l’escargotière de Warnant, les ruines du château de Montaigle, le village de Sosoye (un des Plus Beaux Villages de Wallonie) et, bien sûr, les fameuses draisines qui longent le RAVeL de Warnant à Maredsous en passant par l’ancienne gare de Falaën. Une fois arrivés à l’abbaye – courage, ça grimpe ! –, vous pourrez déguster une bière locale et/ou des tartines de fromage. Si vous redescendez par Maredret, entrez dans la boutique de l’abbaye afin de jeter un œil sur les enluminures réalisées par l’abbesse et les sœurs bénédictines, elles sont réputées internationalement.

Balades en trottinette électrique


© Trot-e-fun - Jean-Pol Sedran

Vous cherchez une activité fun à faire en famille ou en groupe ? A Anseremme, Trot-e-Fun propose de découvrir la région sur des trottinettes électriques – sortes de vélos tout terrain sans selle – spécialement adaptées aux reliefs mosans. Les parcours sont tracés en fonction de la demande au départ de divers sites (Dinant, Anseremme, Bouvignes…). L’activité, qui dure environ 1h15, est encadrée par un moniteur. Sur réservation, bien entendu.

La descente de la Lesse en kayak


© WBT _ Denis Closon

C’est le « must » de la région, à faire en famille ou en groupe. Vous avez le choix entre la demi descente depuis Gendron (12 km) et la complète depuis Houyet (21 km). Cette activité est organisée par Dinant Evasion, à Anseremme, qui propose des formules combinant la descente de la Lesse avec une autre activité physique, comme, par exemple, le challenge Ardenne, un périple entre les arbres et les rochers cumulant traversées sur des ponts de singes, ponts de planches et saut dans le vide – accrochés à des câbles tout de même !

Maison du Tourisme Vallée de la Meuse Namur-Dinant
Avenue Colonel Cadoux 8
5500 Dinant
+32 (0) 82 22 28 70

valleedelameuse-tourisme.be

TIENT SES GROTTES EN LESSE

Selon les affinités de chacun, Rochefort évoquera une bière trappiste, le plus célèbre festival du rire du pays ou une grande joueuse de tennis belge. Ce serait oublier l’ancrage, sur son territoire, du Domaine des Grottes de Han, le véritable fleuron touristique de cette ville historique située au sein du Geopark Famenne-Ardenne et point de départ idéal pour découvrir les richesses d’une région naturelle parsemée de châteaux.


Le château comtal et la grotte de Lorette


© Daniel_Collignon

Non loin du centre-ville, le château comtal, qui fut jadis le plus grand château de la Famenne, est un haut lieu d’histoire et d’archéologie qui rappelle que la ville emprunte son nom à cette forteresse (rocha fortis) construite sur un éperon rocheux par les premiers seigneurs de Rochefort, les Montaigu. Quant à la grotte de Lorette (600 marches), elle invite à un plongeon soixante mètres sous terre. Point d’orgue de la visite : la salle du Sabbat, à ce point verticale (65m de hauteur) que l’on peut y suivre l’ascension d’une petite montgolfière lumineuse.

Selon les affinités de chacun, Rochefort évoquera une bière trappiste, le plus célèbre festival du rire du pays ou une grande joueuse de tennis belge. Ce serait oublier l’ancrage, sur son territoire, du Domaine des Grottes de Han, le véritable fleuron touristique de cette ville historique située au sein du Geopark Famenne-Ardenne et point de départ idéal pour découvrir les richesses d’une région naturelle parsemée de châteaux.

 

L’Archéoparc et le Centre du Rail et de la Pierre


© WBT - Denis Erroyaux

A moins de deux kilomètres du centre-ville, en direction de Jemelle, l’Archéoparc de Malagne vous dévoilera les vestiges d’une imposante villa gallo-romaine. Au fil des sentiers, vous découvrirez les expérimentations archéologiques en cours, les jardins et potagers romains, les élevages de races anciennes et les métiers de l’époque. A Jemelle, le Centre du Rail et de la Pierre s’est fixé pour but de reconstituer toute l’histoire du rail et de la résistance des cheminots durant la guerre 40-45. Le centre propose également une exposition sur les wagons-lits et ses trains de légende, ainsi qu’un réseau ferroviaire miniature et un simulateur de poste de conduite.

Le Domaine des Grottes de Han


© WBT - David Samyn

La visite guidée des grottes s’étend sur deux kilomètres de galeries qui traversent des salles fantastiques, dont l’immense salle du Dôme et la salle d’Armes où vous pourrez assister à un impressionnant spectacle son et lumière. Le parc animalier, lui, s’étire sur 250 hectares. Il a la particularité d’être le seul parc de Belgique à réunir les cinq espèces emblématiques de notre continent : le loup gris, le lynx, l’ours, le bison d’Europe et le glouton. Il peut être visité en mode safari (car panoramique) ou en suivant les sentiers pédestres. Vous pourrez aussi vous infiltrer dans la canopée en suivant un parcours entre les arbres et même dormir dans l’une des “Tree Tentes” aménagées sur des plates-formes à plusieurs mètres du sol ! Quant au musée PrehistoHan, il vous entraînera sur les traces historiques de l’homme dans les grottes.

Le RAVeL et le château de Lavaux-Sainte-Anne


© WBT - Pierre Pauquay

Sur le RAVeL de la ligne Houyet-Jemelle, le tronçon le plus agréable se situe entre Villers-sur-Lesse et Wanlin. Pour le découvrir, nous vous proposons une boucle à vélo de 35 kilomètres au départ de Han-sur-Lesse et passant par le château de Lavaux-Ste-Anne, l’un des symboles de la Famenne. Après avoir traversé les villages d’Eprave et de Lessive, vous montez vers Ave-et-Auffe en privilégiant le chemin boisé et campagnard à la route ; une fois passé en dessous de l’autoroute, il suffit de vous laisser glisser sur un chemin bucolique vers Lavaux-Ste-Anne où vous pourrez visiter le château et ses trois musées. Le retour s’effectue en attrapant le RAVeL à Wanlin. Sur votre passage : le château de Vignée, l’oasis Li P’tit Bambou, la vue royale sur le château de Ciergnon (lors de la traversée de la Lesse) et les villages de Vresse-sur-Lesse et Lessive.

L’abbaye de Rochefort

 
© WBT-JL Flémal

A l’exception de l’église, le site de la célèbre abbaye où les moines continuent à veiller sur la fabrication et la mise en bouteilles de “leurs” bières trappistes, ne se visite pas. Qu’à cela ne tienne : le lieu vaut le coup d’œil et ses abords quelques mouvements de jarrets ! Le Syndicat d’Initiative propose une promenade reliant le centre-ville de Rochefort à l’abbaye, et le roadbook gratuit fourni par la Maison du Tourisme Famenne-Ardenne vous guidera le temps d’une petite boucle passant par le village d’Havrenne.

Syndicat d’Initiative de Rochefort
Rue de Behogne 5
5580 Rochefort
+32 (0) 84 21 25 37

www.famenneardenne.be

 

OÙ LA SEMOIS VAUT BIEN UNE CROISADE

Installée sur les bords de la Semois, Bouillon a dans son jeu deux cartes maîtresses : le château fort qui a hébergé Godefroid de Bouillon avant qu’il parte en croisade à la tête de l’armée des Lorrains, et la Semois, son invitée la plus bouclée, dont le charme agit sur ses amoureux comme le chant des sirènes sur Ulysse et les entraîne dans son sillage à travers la nature profonde.


Le château fort de Bouillon


© Daniel Elke

Construit durant la seconde moitié du XIe siècle, devenu propriété de Godefroid de Bouillon, qui le revendra à l’évêché de Liège afin de financer son départ pour la première croisade, ce château fort est le plus ancien vestige de la féodalité en Belgique. Malgré son grand âge, il continue à faire le guet sur un éperon rocheux surplombant la Semois et à accueillir ses visiteurs avec tambours et trompettes. La visite (libre) du site emprunte un parcours de deux kilomètres à travers cours d’honneurs, salles prestigieuses et souterrains. Des spectacles de fauconnerie figurent également au programme plusieurs fois par jour, tandis qu’un “son et lumière” agrémente les soirées de l’été. La traditionnelle fête médiévale, elle, est prévue les 7 et 8 août.

Rochehaut


© Equinox

Situé au bord de la Semois, le village de Rochehaut ne manque ni de charme ni d’atouts pour séduire les touristes. A commencer par le parc animalier qui se visite en petit train touristique et qui est en grande partie dédié aux animaux vivant dans la forêt ardennaise ; non loin de là, l’Agri-musée met en lumière et d’une façon ludique les anciens métiers villageois. A proximité, un petit parc loisirs, une fermette, mais également une nouvelle brasserie artisanale, un restaurant et des gîtes qui viennent enrichir la gamme Horeca de ce petit village.

Le parc animalier de Bouillon


© WBT - Denis Closon

Situé à proximité de la ville, riche de quelque 500 animaux répartis en une centaine d’espèces régionales (cerfs, biches, daims, mouflons sangliers…) et exotiques (bisons, yacks, macaques, babouins, vautours, ours, tigres, lions blancs, girafes…), il s’assimile de plus en plus à un gigantesque zoo que l’on visite via un circuit balisé de trois kilomètres. Le site inclut une brasserie-restaurant et une aire de jeux a été aménagée en périphérie.

L’Archéoscope Godefroid de Bouillon et le musée ducal


© Archéoscope Godefroid de Bouillon

Leur visite étant complémentaire avec celle du château fort, elles font toutes les trois partie du “Bouillon City Pass”. A l’Archéoscope, où on peut voir actuellement l’exposition Playmobil sur l’histoire du moyen-âge, le spectacle multimédia qui est proposé aux visiteurs est conçu comme une bonne introduction à la première croisade ; quant au musée ducal, qui est implanté dans un magnifique bâtiment du XVIIe siècle, il permet de découvrir l’ancien duché de Bouillon via ses sections historique, art médiéval, armes ou encore ferronnerie, activité qui occupa une large place dans l’histoire industrielle de
la cité.

Descente de la Semois en kayak et promenades pédestres


© WBT - Denis Closon

Pour les sportifs, deux sociétés proposent des sorties en kayak : Les Epinoches, qui organisent des descentes sur la Semois en amont de Bouillon depuis Dohan (14 km) et Cugnon (28 km), et Semois Kayaks, qui « travaille » en aval, principalement entre Bouillon et Poupehan (15 km). Les promeneurs, eux, trouveront leur bonheur parmi les 160 kilomètres de de balades balisées, dont la promenade des échelles ou des... vertiges, à Rochehaut, réservée aux amateurs de sensations fortes ! Bonne nouvelle : la toute récente pose de la passerelle du moulin de l’Epine, sur la Semois, permet désormais de relier les promenades de Botassart et de Corbion, mais aussi de réaliser des boucles beaucoup plus courtes au départ de Bouillon.

Syndicat d’Initiative de Bouillon

Esplanade Godefroid 1
6830 Bouillon
+32 (0) 61 46 42 02

bouilloninitiative.be

LA PRINCIPAUTÉ DES BAISERS

Cette petite ville animée et chaleureuse, située dans les Cantons de l’Est, est l’un des haut-lieux du tourisme en Province de Liège. Si le Malmundarium est un puits de culture et d’histoire, c’est la proximité de la réserve naturelle des Hautes Fagnes et la présence d’un RAVeL soudé à la Vennbahn qui attirent surtout les visiteurs.


Le Malmundarium


© WBT - JL Flémal

Installé dans un monastère du XVIIIe siècle que la ville de Malmedy a acquis en 1985 afin d’en faire un outil culturel et touristique de premier ordre, le Malmundarium s’étend sur deux niveaux et 3.000 m2. Le parcours muséal traverse des ateliers conçus afin de faire revivre les deux activités qui firent jadis les beaux jours de la ville : la tannerie et la papeterie. Un troisième atelier est consacré au Cwarmé, le fameux carnaval de Malmedy, qui rappelle, à travers le folklore, que ses racines wallonnes sont plus vivantes que jamais ! Ne manquez pas non plus de visiter le Trésor de la Cathédrale et l’Historium. Ce dernier vous apprendra que Malmedy n’a jamais fait partie des Pays-Bas et n’a subi ni le joug bourguignon ni la domination espagnole. Depuis sa fondation en 648 jusqu’en 1794, son histoire se confond avec celle de la principauté de Stavelot-Malmedy ; elle fut ensuite rattachée à la France, puis à la Prusse, avant de devenir une ville belge à l’issue de la Première Guerre mondiale.

Le Baugnez 44 Historical Center

©Fondation Baugnez 

Pas moins de cent-vingt vitrines et quinze scènes reconstituées de la vie quotidienne des soldats – dont deux uniques en Belgique équipées d’un système “son et lumière” –, des véhicules, des photos et des films d’époque remplis d’histoire et d’émotion… Ce musée, dont la muséographie s’étend sur 850 m2, perpétue, via une scénographie d’un grand réalisme, le souvenir de la Bataille des Ardennes. Il rappelle aussi le massacre du 17 décembre 1944, lorsque des Waffen-SS exécutèrent plus de septante prisonniers américains au carrefour de Baugnez, à quatre kilomètres au sud-est de Malmedy.

Le lac de Robertville et le château de Reinhardstein


© WBT - Denis Erroyaux

Ils forment un duo de charme sur la commune voisine de Waimes, à quelques kilomètres au nord-est de Malmedy. Si le lac de Robertville satisfera les adeptes de la baignade, du canotage, de la pêche et des jeux sur la plage, le château de Reinhardstein, qui surplombe la vallée de la Warche mais auquel on accède (si l’on vient de Malmedy) en descendant un sentier démarrant de l’autre côté du barrage, attirera les férus d’histoire. Datant du XIVe siècle, le château fut détruit après la Révolution française et laissé à l’abandon pendant près de 150 ans avant d’être racheté par un passionné qui le fit reconstruire et le transforma en musée. En visitant ses différentes salles, vous pourrez découvrir des armures, des collections d’armes, des tapisseries et du mobilier d’époque.

Promenades autour de Malmedy


© WBT - David Samyn 

Envie de vous dégourdir les jambes après la visite du Malmundarium ? Grimpez sur la colline de Livremont jusqu’au Calvaire de Malmedy, un site magnifique d’où l’on peut jouir d’une large vue sur la ville. Si vous êtes un promeneur aguerri, optez pour une promenade plus exigeante, comme les Crêtes de la Warche (17 km) ou la promenade du Bayehon (16 km) qui, au départ de Xoffraix (par exemple), vous emmèneront entre rochers abrupts et torrents dans la vallée de la Warche jusqu’au lac de Robertville et le château de Reinhardstein. Autre idée : la promenade panoramique vers le Rocher de Falize et le Rocher de Warche passant dans le village de Bellevaux, où vous pourrez vous désaltérer à la brasserie artisanale du même nom. Les possibilités de promenade dans la Parc naturel des Hautes Fagnes-Eifel étant multiples, il est judicieux de se renseigner à l’Office de Tourisme.

Les baisers de Malmedy


© WBT - David Samyn

Après avoir admiré la très belle place du Châtelet et avant de vous arrêter à l’une des nombreuses terrasses du centre-ville, offrez-vous des douceurs dans une pâtisserie. Le baiser de Malmedy est un biscuit qui se compose de deux pièces de pâtisserie meringuées soudées par une crème chantilly, au beurre ou glacée. Cette spécialité locale aurait d’abord été commercialisée sous le nom de “blankès mèringues” (meringues blanches), puis, à partir des années 1930, sous celui de baiser – la soudure des deux meringues rappelant celle de deux bouches qui s’embrassent.


Maison du Tourisme des Hautes Fagnes
Place Albert 1er 29 A
4960 Malmedy
+32 (0) 80 33 02 50

ostbelgien.eu

Implanté autour de l’un des plus beaux étangs de Wallonie, à trois kilomètres de Chimay, l’Aquascope de Virelles propose une découverte ludique et éducative de la nature. En immersion dans le monde aquatique ou à un poste d’observation des oiseaux, le touriste se fait tout petit, silencieux, admiratif.

 

L’étang de Virelles, c’est d’abord l’histoire d’une belle reconversion. Avant de devenir une réserve naturelle en 1983, le site (134 hectares) était en effet le domaine privé des Princes de Chimay pour lesquels il constituait à la fois un espace récréatif et un vaste terrain de chasse, avant de devenir une cible touristique très prisée dans les années 50-60. « Par beau temps, on accourait à Virelles afin de se baigner, de s’adonner aux joies du pédalo et du canotage, et faire la bringue dans les guinguettes, explique Anne Sansdrap, la responsable promotion de l’Aquascope. Peu à peu, cependant, d’autres activités touristiques autour de l’eau commencèrent à voir le jour en Wallonie et le succès de l’étang de Virelles s’estompa. C’est alors que trois associations, les Réserves Naturelles RNOB, Aves  – qui se sont ensuite regroupées sous l’appellation Natagora – et WWF, conscientes du potentiel nature du site, décidèrent d’en faire une réserve naturelle et de lui redonner un second souffle. Afin d’avoir les coudées franches et de pouvoir y mener des actions de protection de l’environnement, elles surent convaincre la Générale de Banque d’acquérir le site en 1985 et de le leur louer sous forme d’un bail emphytéotique. »

Concilier le tourisme, la protection et l’éducation à l’environnement

Depuis lors, l’objectif de ces associations est de concilier le tourisme, la protection de la faune et la flore, et l’éducation par la découverte. Il a cependant fallu attendre quelques années pour que la quiétude revienne et que des actions concrètes puissent être menées. C’est en 2004, avec la création de l’Aquascope, que le site entama réellement sa mue. Les anciennes installations et les berges en béton furent démolies et remplacées par les infrastructures actuelles. « Le site a été divisé en deux, explique la responsable. D’un côté, l’espace ludique, avec la pleine de jeux, le coin barbecue et les deux gîtes insolites en forme de sphère perchés au bord de l’étang ; de l’autre, l’espace découverte de la nature avec un parcours touristique entièrement retravaillé comprenant un « sentier découvertes », des affûts d’observation, un jardin de plantes sauvages, un rucher didactique... Entre les deux, le nouveau bâtiment sert à la fois d’accueil et de lieu de restauration, mais il englobe surtout des salles d’exposition, un espace muséographique qui permet de s’émerveiller en découvrant le monde aquatique, et une salle de projection à partir de laquelle les visiteurs peuvent observer les oiseaux grâce à des caméras munies de zoom et judicieusement placées dans différents endroits du site. »

Un couple de cigognes blanches

Ces caméras, dont les images sont sélectionnées et commentées par l’accompagnateur, permettent d’observer en toute discrétion la vie sur l’étang ou sur les îlots. On peut ainsi suivre en direct la pêche du héron ou la vie des petits oiseaux. A chaque saison ses spectacles. Au printemps, les regards se poseront sur les nichoirs. Les visiteurs pourront y observer les mésanges, les sitelles, voire les chouettes hulottes, durant les périodes de  construction, de couvaison et de ravitaillement. Ils auront peut-être la chance d’observer le couple de cigognes blanches qui a pris possession d’un îlot boisé voici trois ans. « C’est le seul couple nichant à l’état sauvage en Région wallonne. L’histoire est belle parce que nous avions aménagé entre les branches d’un arbre une plateforme, une corbeille en forme de cône, dans l’espoir d’attirer un couple de balbuzards pêcheurs. Ces aigles, comme tous les oiseaux migrateurs, adorent faire halte deux fois l’an au « restaurant » de Virelles que constitue l’étang avec ses six-sept tonnes de poissons (brochets, perches, carpes, tanches, gardons, alevins…). Mais, dès le lendemain, ô surprise, c’est une cigogne qui vint prendre possession de l’appartement, suivie très vite par une autre. Personne ne s’en plaindra, surtout pas les enfants ! »

Il va sans dire que l’Aquascope, parce qu’il a concentré une grande partie de ses efforts sur la découverte et la protection de l’environnement, est un site très convoité par les écoles. Durant les vacances scolaires, des classes bleues y sont organisées. L’aventure commence à l’aurore. Deux grands canoës y sont mis à l’eau afin d’aller assister au réveil de la nature dans les zones sauvages. Et l’émerveillement se poursuit la journée, à chaque détour de sentier.

Aquascope de Virelles

Rue du Lac 42

B-6461 Virelles

+32 (0) 60 21 13 63

www.aquascope.be

Journée « portes ouvertes » au Centre de revalidation

Le dimanche 19 mai, l’Aquascope offrira l’occasion unique et exceptionnelle de visiter son Centre de revalidation des espèces aquatiques vivant à l’état sauvage (CREAVES), lequel est habituellement fermé au public afin de garantir la quiétude totale des animaux en cours de convalescence. Un barbecue et différentes animations pour petits et grands seront organisés durant la journée qui se terminera par la remise en liberté d’un ou de plusieurs oiseaux soignés au centre.

C’est à un Brainois, Xavier Wielemans, que l’on doit quelques-uns des dispositifs multimedia mis en place au Mudia. Des « attractions vedettes interactives », comme le tableau animé de Bosch, pour la réalisation desquelles il s’est entouré d’infographistes et de designers sonores.


Xavier Wielemans est ingénieur civil informaticien, mais le monde artistique lui est proche, notamment grâce à ses frères Antoine et Denis, du groupe Girls in Hawaii. Après avoir travaillé douze ans au sein d’une start-up spécialisée dans la conception de dispositifs interactifs pour les parcs d’attraction (Mini Europe, Paradisio, le Futuroscope à Poitiers…), il a créé, en 2012, sa propre société, TinybigStory, afin de poursuivre sa carrière en freelance et se concentrer sur les animations pour les musées, comme la Cité des Sciences à Paris, Mons 2015 (l’exposition « Mons Superstar ») ou le Musée du Doudou. Il travaille actuellement à la redynamisation complète du Musée royal de l’Afrique centrale à Tervueren, mais ces vingt derniers mois, il les a passés à concevoir des animations pour le Mudia à la demande d’Eric Noulet.

« En réalité, pour des projets de cette ampleur, nous travaillons en équipe afin de pouvoir profiter de notre complémentarité et répondre au mieux à chaque demande, explique le Brainois. Pour le Mudia, j’étais entouré de cinq infographistes et de deux musiciens ou « designers sonores ». Ensemble, nous avons mis au point sept « attractions vedettes interactives », des AVI, comme les appelle Eric, lequel avait parfaitement réfléchi à ce qui pouvait plaire au public. »

Voici quatre de ces animations présentées par Xavier Wielemans, qui tient à souligner que c’est Absolute Agency, une société bruxelloise, qui a conçu l’écran d’accueil commun à tous les dispositifs d’animation.

Le tableau de Jérôme Bosch, « La tentation de Saint-Antoine ».

Pour animer ce triptyque, j’ai travaillé avec Chadi Abou Sariya (Miam Miam creative lab) et Sébastien Squevin (Brain Damage Interactive), qui sont tous deux des spécialistes en animation, le premier en motion design et le deuxième en 3D. Eric, qui avait déjà imaginé pas mal d’histoires, voulait des animations qui dégagent de l’émotion. Nous sommes donc allés nous planter tous les trois devant le tableau au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles et, pendant deux heures, nous avons laissé voyager notre imagination. C’était passionnant, car Bosch, qui s’était visiblement livré avec ce tableau à une critique de la société de son temps, avait en quelque sorte réalisé un storyboard de dessin animé. Nous avons donc développé des scénettes en essayant de deviner ses intentions. C’est ainsi que la belle grosse pomme s’ouvre et se met à déverser des monstruosités, que les tentations de Saint-Antoine se matérialisent dans toute leur perversité, qu’une bataille aérienne enflamme le ciel – avec un clin d’œil à l’Euro Space Center proche –, bref, que l’âme retorse des gens apparaît derrière les façades. Pour réaliser les animations principales, les infographistes ont redessiné les décors et personnages en 3D, pour les autres, nous avons travaillé en 2D, dans le style naïf qu’affectionnaient les Monty Python à leurs débuts. Notre plus grand défi a été de réussir à gérer en parallèle les soixante couches ou calques sur lesquelles chaque scénette était dessinée. Au niveau informatique, cela impliquait une grosse bécane disposant d’une très grande capacité de mémoire. D’ailleurs, chaque matin, il faut de longues minutes pour permettre au tableau de se charger de ses personnes et séquences. Ensuite, tout peut être joué très vite et simultanément. Il faut souligner également le travail de Michel Grigorakis, le designer sonore, car la bande son joue un rôle essentiel dans l’animation.

Le tableau de Georges Seurat, « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte »

Ici, grâce au travail d’une graphiste, Florence Piraux, nous proposons aux visiteurs de colorier l’un des personnages de ce tableau à la façon de Seurat. A tout moment, ils peuvent choisir la couleur et la taille des points. Le but est également didactique puisque cela permet de comprendre la technique du pointillisme. Quand le dessin est terminé et signé, ils peuvent laisser leur adresse mail de façon à permettre au musée de leur envoyer leur dessin.

Le bandit manchot

Un décorateur a refait un jackpot des années cinquante avec un boîtier métallique et un véritable levier et nous y avons inséré trois petits écrans informatiques sur lesquels défilent des images diverses mais également la reproduction des dix tableaux les plus chers acquis aux enchères. Si le même tableau s’aligne trois fois, une fiche technique apparaît expliquant à quel prix et dans quelles conditions il a été acheté. Grâce au back office conçu par Christophe Hermanns, à propos duquel il convient davantage de parler de collaboration que de concurrence, les responsables du Mudia peuvent à tout moment actualiser ces informations en introduisant les données de nouvelles œuvres qui viendraient s’insérer dans le top dix des tableaux les plus chers.

Le tableau d’Albert Marquet, « Matisse dans l’atelier de Manguin »

Au cours de l’hiver 1904-1905, Marquet et Matisse ont peint le même jour le même modèle nu dans l’atelier d’Henri Manguin. Sur le tableau de Marquet, qui illustre le passage de l’impressionnisme au fauvisme, on voit Matisse à l’arrière plan. Eric Noulet aurait voulu que le modèle puisse quitter sa pose et s’animer sur l’écran. Le système interactif imaginé lui permet de faire deux mouvements distincts, mais c’est le visiteur qui doit donner l’impulsion en se plaçant dans un cercle et en adoptant lui-même l’une des postures possibles. C’est à Daniel Offermann, le bassiste des Girls in Hawaii, que l’on doit la musique originale qui accompagne les pas de danse.

http://www.tinybigstory.be 

Christophe Gaeta est un scénographe d’expérience qui a illuminé de nombreux sites par ses mises en scène. Mais il avoue n’avoir jamais travaillé avec autant d’installations interactives qu’au Mudia. « C’est une autre façon de présenter l’art », dit-il.


On lui doit la scénographie de plusieurs manifestations mises sur pied par Tempora, relatives à la Seconde Guerre mondiale ou en rapport avec l’art ou l’histoire, il a apposé sa griffe sur de nombreuses expositions ayant eu pour cadre les Musées Royaux des Beaux-Arts, la Cité Miroir à Liège, la Bourse à Bruxelles, le site de Tour & Taxis, etc, il a également signé des scénographies en France, en Pologne et à New York, mais le travail qu’il a réalisé cette année à Redu occupera une place à part sur la carte de visite de Christophe Gaeta. « Je ne pense pas avoir déjà travaillé sur un projet où l’interactivité représente plus de 50% de la scénographie, note ce Tournaisien d’origine et Montois de cœur. Elle est omniprésente dans chacune des salles, que ce soit sous forme de quizz, de jeux, de vidéos ou de commandes permettant de dialoguer avec les œuvres. Plus que la scénographie, c’est l’interactivité qui est la véritable caractéristique du Mudia ».

Christophe Gaeta le reconnaît volontiers : la scénographie du musée, ce n’est pas lui qui l’a signée, c’est Eric Noulet. « Il avait déjà tout en tête quand il a organisé les premières réunions de conception en présence des divers spécialistes (du multimedia, du graphisme, de la mise en vitrine, de l’éclairage…). Ceux-ci ont mis leurs compétences en commun afin de réaliser ses souhaits, de sorte lorsqu’on a fait appel à moi, en janvier 2018, pour coordonner l’ensemble du travail, la scénographie était en place à 90%. Ou plutôt à 110%, car il y avait parfois une profusion d’images qui pouvait mettre l’équilibre du parcours en danger. Ma première mission a donc été d’enlever ci et là un tableau afin de donner un meilleur rythme à la visite. J’ai également changé l’emplacement de l’un ou l’autre élément interactif, notamment pour une question d’accessibilité aux PMR, et redessiné un mobilier qui devait l’accueillir. »

L’interactivité omniprésente à côté des œuvres

Le résultat ? Malgré sa riche expérience dans le domaine, le scénographe avoue avoir découvert, grâce à Eric Noulet, une autre façon de présenter l’art. « En général, dans les musées, les œuvres sont disposées dans chacune des salles et, de temps en temps, dans un coin ou un couloir, on rencontre un élément interactif ou on y accède via son smartphone. Ici, ce n’est pas le cas. L’interactivité est présente en permanence à côté des œuvres d’art et c’est cet équilibre qui donne du rythme à la visite. Elle apporte la preuve que si elle est bien équilibrée, elle est vraiment utile pour découvrir efficacement un sujet. Mieux : elle permet à un public familial de s’initier à l’histoire de l’art en s’amusant. C’est l’objectif d’Eric Noulet qui, il est vrai, a su mettre les moyens pour réaliser des attractions inédites. »

Parmi celles-ci, Christophe Gaeta cite le niveau d’interactivité du tableau de Jérôme Bosch, bien sûr, mais aussi le pilotage de l’éclairage d’un tableau comme, par exemple, la reproduction de la fresque de la chapelle Brancacci dont le visiteur peut éclairer divers détails afin de se faire expliquer leur symbolique. « Dans d’autres musées, où il y a des œuvres d’art très importantes, celles-ci sont véritablement sacralisées, de sorte que si parlez d’interactivité, les gens vous regardent comme si vous alliez faire un sacrilège. Eric Noulet, lui, a compris que l’art est fait pour être découvert et pas seulement pour être conservé. Et il faut que les gens soient invités à participer concrètement à cette découverte. En pilotant l’éclairage, ils se sentent concernés. C’est ludique, mais à l’amusement s’ajoutent l’implication et la découverte. Les journalistes ont salué l’initiative. Ils ont d’emblée compris que le Mudia est un endroit où les gens peuvent découvrir des œuvres d’art en s’amusant. »

Il faut visiter le Mudia avec ses enfants

Pour Christophe Gaeta, c’est évident, il faut visiter le Mudia accompagné de ses enfants. « C’est le gros atout de ce musée. Dans beaucoup d’autres, il y a vite une lassitude. Ici, vous regardez un ou deux tableaux et, dans la foulée, un jeu vous est proposé. C’est la même alchimie qu’au cinéma, où l’alternance judicieuse des scènes d’actions et des moments cruciaux plus lents contribuent au rythme parfait. Les enfants et leurs parents ne vont pas lâcher. Ils vont jouer et s’interroger ensemble sur une œuvre. Ils vont être pris par la même histoire. Même les plus petits vont aimer car ils vont pouvoir appuyer sur des boutons et seront fascinés par les visages qui s’éclairent ou les personnages qui bougent. »

S’il avait eu carte blanche dès le départ, Christophe Gaeta pense que la scénographie qu’il aurait proposée n’aurait pas été aussi riche en interactivité, mais qu’elle n’aurait cependant pas offert un visage fort différent. « J’aurais toutefois mis en avant le fait que ce parcours était la création d’une personne passionnée. J’aurais essayé de faire comme si les visiteurs entraient dans la propre maison d’un collectionneur, dans sa caverne d’Ali Baba. J’aurais par exemple proposé un autre design pour le mobilier. Mais cela n’aurait pas été compatible avec la grande humilité qui est celle d’Eric Noulet. »

www.christophegaeta.be

Si le Mudia est le fruit du travail d’une équipe de spécialistes, c’est à Eric Noulet que l’on doit sa conception. Ce collectionneur passionné d’art a pris trois ans de sa vie pour que le public dispose d’un outil didactique innovant et passionnant. Quelque chose qui n’existait pas !


Il se dit zinneke, un enfant de Bruxelles, mais il avoue une profonde attirance pour nos Ardennes. C’est d’ailleurs là, plus précisément à Herbeumont, qu’il a rencontré celle qui allait devenir son épouse. « Un attachement réciproque qui ne faiblit pas depuis 50 ans, nous souffle Eric Noulet, notamment parce que nous partageons les mêmes passions ». Parmi celles-ci, l’attrait pour l’art, bien sûr, mais également les longues promenades dans la forêt où le couple aime ramasser des champignons en saison et des… détritus toute l’année. « Nous avons un devoir envers la nature », justifie-t-il. Visiblement, le collectionneur estime avoir un devoir envers les enfants aussi puisque s’il a consacré trois ans de sa vie, sans l’aide des pouvoirs publics, à monter un petit bijou comme le Mudia, c’est avant tout pour les éduquer à l’art en les émerveillant. Ou peut-être est-ce l’inverse…

Eric Noulet, d’où vous vient cette passion pour l’art ?

Mes parents avaient des tableaux, rien de grande valeur, mais cela a éveillé ma curiosité, certainement. Quand j’étais jeune, j’ai parcouru des dizaines de pays avec mon sac sur le dos et, chaque fois qu’un musée se présentait sur ma route, je le visitais. Quand j’habitais Paris, j’ai franchi la porte du Louvre 300 fois, en soirée, afin de découvrir chaque section une à une. Quand je suis dans un musée, je suis toujours heureux. C’est comme si j’étais sous un parasol. Je peux y respirer à mon aise, m’imbiber de sensations.

Les œuvres qui sont exposées au Mudia viennent en grande partie de votre collection. Vous souvenez-vous de votre premier achat ?

Oui. Je devais avoir 20 ans. Mais je n’en suis pas très fier, car ce n’était qu’une carte postale collée sur une toile. En revanche, un des premiers tableaux significatifs que j’ai acquis était une œuvre du fauviste Jean Vanden Eeckhoudt, qui est d’ailleurs exposée à Redu. En réalité, c’est à l’approche de la quarantaine que ma passion s’est intensifiée et que je me suis mis à acquérir des œuvres. En raison d’un problème au dos, le tennis, le squash, le jogging ne m’étaient plus conseillés et ma course s’est orientée vers les salles de vente en Belgique et à l’étranger. C’est ainsi que je suis devenu un collectionneur éclectique, mon attirance allant des tableaux anciens à la peinture moderne – jusqu’au milieu du XXe siècle –, en passant par la sculpture du XIXe. Mais il n’est gère aisé d’acheter à bon escient. Il en est des tableaux comme des vins : pour ne pas se tromper dans la quête de la qualité, il faut non seulement avoir beaucoup visité afin d’être en mesure d’établir des comparaisons, mais il est également nécessaire d’avoir une bonne connaissance livresque. J’ai une bibliothèque d’art grande comme cette pièce (il montre une superficie d’une trentaine de mètres carrés, ndlr).

Les autres œuvres exposées proviennent de collections privées ?

Toutes, car c’est trop compliqué d’obtenir des prêts des musées. J’ai ainsi pu obtenir quelques belles œuvres, un Véronèse, un Kandinsky, un Sweerts… Entre collectionneurs, on forme en quelque sorte un réseau. Comme on se connaît, on se prête volontiers des tableaux. J’en prête moi-même chaque année. Une passion, ça doit se partager, sinon c’est une manie.

Vous trouvez que les musées ne sont pas attrayants ?

En tout cas, ils sont élitistes, ils ne sont pas faits pour les gens ordinaires. Ceux-ci n’y vont pas car ils s’ennuient. Il faut dire que les docteurs en art qui confectionnent les panneaux didactiques éprouvent souvent le malin plaisir d’utiliser des termes sibyllins. Si vous ignorez certains termes ou tournures de phrases, vous n’apprenez rien et donc votre visite n’a pas de sens. C’est pourquoi, à Redu, avec mon épouse, nous avons pris grand soin de n’utiliser que des mots compréhensibles par tous. Et nous avons inventé des « historiettes », pour accrocher l’attention des visiteurs. C’est pour répondre à leur attente que nous avons imaginé le Mudia.

Il y a une soixantaine de panneaux ou systèmes interactifs dans le musée. C’est du jamais vu !

Dans le local technique, le mur est quasi tapissé de câbles ! Il y a des jeux, des tests, des vidéos, des tableaux animés, des expériences burlesques ou didactiques, des attractions, des surprises. Tout est pensé pour passionner les visiteurs, surtout les plus jeunes. Et ils sont souvent scotchés ! Quand mes petits-enfants sont revenus de la visite, ils n’ont pas arrêté de parler de la tête de Charlotte Corday et du tableau de Jérôme Bosch. Mais si le côté ludique est très présent, il y a aussi quasi chaque fois quelque chose à apprendre. J’ai ainsi imaginé un test pour faire comprendre aux visiteurs les aspects méconnus du marché de l’art ancien, attirer leur attention sur la date et la signature d’un tableau, leur expliquer la différence entre un faux et une mauvaise attribution... Conséquence : s’il faut compter deux heures en moyenne pour faire le tour du Mudia, il faudrait trois jours afin de tout voir, lire et écouter !

Vous vous êtes entouré d’une équipe de spécialistes…

J’ai sélectionné les œuvres, imaginé le parcours et les attractions, mais celles-ci ont été conçues par les plus grands studios belges utilisant les techniques les plus innovantes, comme Vigo Universal à Namur. De même, le court métrage d’animation pédagogique expliquant l’évolution des différents mouvements artistiques a été réalisé par le studio français AmaK. Les jeux les plus sophistiqués sont l’œuvre de Xavier Wielemans, un ingénieur informaticien, qui s’est entouré d’une solide équipe d’infographiques spécialisés, et pour coordonner la scénographie, j’ai fait appel à l’expérience internationale de Christophe Gaeta. J’ai également demandé à Jacques Leegenhoek, un expert en œuvres d’art de niveau mondial, de faire partie du comité Mudia. Mais il y a aussi des gens dont la qualité réside simplement dans leur passion. Ainsi, en visitant un musée, je suis tombé sous le charme d’une guide, Marie-Elizabeth van Rijckevorsel, qui déployait tellement de dynamisme et d’inventivité dans ses explications, que je l’ai invitée à rejoindre l’équipe. C’est elle qui a rédigé les commentaires de l’audio-guide.

Le public est-il au rendez-vous ?

Le succès dépasse nos espérances puisque nous avons enregistré 2.200 personnes le premier mois. Nous avons même accueilli des visiteurs prestigieux dont nous devons taire les noms par devoir de discrétion – la Reine Mathilde est déjà venue à deux reprises, la seconde fois en famille, ndlr. Et les personnes que j’ai rencontrées m’ont dit qu’elles allaient revenir. En famille ou avec des amis. Rien ne peut me faire davantage plaisir ! Et les critiques sont unanimes. Sauf celle d’un journaliste français qui regrettait qu’il n’y ait pas un Raphaël ou un Botticelli ! Evidemment qu’il n’y en a pas car certains artistes sont impayables, ils n’ont pas leur place dans un budget de trois millions d’euros. Mais tous les courants majeurs sont représentés et c’est ce qui compte dans notre démarche didactique. Nous n’avons pas voulu ouvrir un musée prestigieux, mais un lieu à nul autre pareil. Vous savez, j’ai travaillé dans le marketing pour diverses entreprises, puis je suis devenu entrepreneur, un « business starter » comme on dit. J’ai créé de nombreuses sociétés avec toujours la même devise : rechercher l’originalité, ne jamais faire comme les autres. Ma ligne de conduite fut la même pour le Mudia : je voulais que quelque chose qui n’existait pas surgisse !

Aujourd’hui, vous êtes fier de l’enfant qui a surgi ?

J’éprouve de la fierté pour le travail accompli par l’ensemble de l’équipe car chacun porte une part de cette réussite. Ceci dit, après l’ouverture du Mudia, j’ai encore constaté certains disfonctionnements que j’ai dû régler en urgence. Le problème, c’est que je suis toujours à la recherche de l’excellence. Ce fut le cas pour installer les œuvres et les animations dans chaque pièce du musée, mais également pour approvisionner le « Mudia Café », notre espace de petite restauration. Je me suis entouré d’un grand sommelier, Stéphane Dardenne, mais j’ai moi-même goûté les charcuteries, fromages, foie gras, bières, etc, car je voulais être sûr de proposer le meilleur choix possible.

Et côté santé ?

Les huit derniers mois, je travaillais en mangeant, à raison de seize heures par jour et sept jours sur sept. Résultat : j’ai eu un accident vasculaire et je me suis bousillé le dos à force d’être vissé devant mon écran d’ordinateur. Ce qui a fait dire à mon épouse que j’avais conçu un musée extraordinaire mais que j’y avais laissé la santé ! (sourires)

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