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Sur les traces de la Reine Mathilde

Non, Villers-la-Bonne-Eau n’est pas une station thermale ! Si le nom de ce village de l’entité de Bastogne évoque quelque chose en vous, c’est parce qu’il a brièvement été sous les feux de l’actualité en 1999, lors du mariage du Prince Philippe. C’est en effet dans ce village, et plus précisément dans le magnifique château de la famille d’Udekem d’Acoz, tapi dans la forêt du hameau de Losange, que la Reine Mathilde a passé son enfance. C’est dans l’église de ce village qu’elle allait à la messe chaque dimanche avec ses frère et sœurs. Et c’est au presbytère qu’elle suivait le cours de catéchisme de l’abbé Jean Godenir qui l’avait baptisée. Le croirez-vous ? Les habitants de Villers-la-Bonne-Eau sont fiers d’avoir « offert » une reine à la Belgique !

Mais si les murs du presbytère ont jadis recueilli les confidences juvéniles d’une future tête couronnée, certains d’entre eux ne sont plus là pour trahir un quelconque secret. La bâtisse, en effet, a été récemment rénovée et transformée en gîte rural par Olivier et Lucie Ramlot, un couple d’informaticiens installés à Arlon. Lui est originaire de Gembloux, elle de Tournai. Ils se sont rencontrés durant leurs études à Namur et se sont installés dans la région après avoir trouvé du travail au Grand-Duché de Luxembourg. Aujourd’hui, ils ont quatre enfants et, quand leur gîte n’est pas loué, ils viennent y passer un moment en famille. Dans une bâtisse ancienne, certes, mais pas au point d’avoir connu la Seconde Guerre mondiale.

Un village pratiquement rasé

« En janvier 1945, le village a été pratiquement rasé après que des milliers d’obus américains lui soient tombés dessus, explique Lucie. Il a fallu attendre 1952 pour que le presbytère soit reconstruit. Quand l’abbé Godenir l’a quitté pour aller dans une maison de repos, voici une petite dizaine d’années, la commune l’a mis en vente publique. Nous cherchions un lieu de caractère afin d’y aménager un gîte et en faire notre maison de campagne. J’ai été vite séduite par les volumes, la qualité de matériaux, la luminosité des pièces… »

L’aménagement ne fut cependant pas une sinécure. La maison ayant été un court moment à l’abandon, il fallut refaire le plancher qui était pourri à cause de l’humidité. Des murs furent abattus afin de transformer plusieurs petites pièces en un seul espace lumineux servant aujourd’hui de salon, de salle-à-manger et de cuisine. Une grande baie fut également découpée afin de créer une ouverture sur le jardin où le couple a installé une pergola et aménagé une piste de pétanque. À l’étage, quatre salles de bain furent construites, dont trois dans les chambres. Celles-ci sont au nombre de cinq, ce qui permet au presbytère d’héberger douze personnes puisque l’une d’elles dispose de quatre lits simples. De chaque fenêtre, la vue sur la campagne et la forêt voisine est magnifique.

Un gîte pour adultes, enfants et bébés

« Qu’ils habitent la Wallonie ou ailleurs, nos locataires viennent ici pour se retrouver en famille ou entre amis, explique la maîtresse de maison. Nous avons essayé de rendre le séjour confortable pour tout le monde. Le gîte offre ainsi toutes les commodités pour les bébés, tandis qu’une pièce a été transformée en salon TV avec jeux pour les enfants. Nous n’avons ni sauna ni jacuzzi, mais si les gens veulent aller se délasser sur le lac d’Esch-sur-Sûre, qui est à quinze minutes du gîte, notre canoë de 4,40 mètres de long est à leur disposition dans le garage ! »

Après trois ans de travaux auxquels Olivier Ramlot a consacré la plupart de ses week-ends, le bâtiment a été quasi complètement habillé avec du mobilier neuf – dont la grande table du living faite sur mesure par un forgeron –, seuls quelques lavabos et vieilles chaises témoignant de son affectation passée. Mais si Mathilde revenait dans le village, elle ne se douterait sans doute de rien en longeant le mur du cimetière car, vu de l’extérieur, le bâtiment a gardé son aspect d’antan. « Mon mari est en train de consolider le muret devant l’entrée, mais c’est toute la façade qui doit faire l’objet d’une rénovation afin de lui redonner un peu de charme », conclut Lucie. La propriétaire est satisfaite. L’endroit est calme, la nature est belle et son gîte se loue bien. Que demander d’autre ?

 

Gîte "Le Presbytère de Villers-la-Bonne-Eau"

Villers-la-Bonne-Eau, 7

B-6600 Bastogne

+32 (0) 473 24 34 53

[email protected]

www.presbytere-de-villers.be

 

À VOIR, À FAIRE

Les parcs naturels et Bastogne

Situé à deux kilomètres de la frontière luxembourgeoise, le Presbytère de Villers-la-Bonne-Eau vous permettra de découvrir les deux parcs naturels de la région : celui de la Haute-Sûre Forêt d’Anlier (côté belge) et celui de la Haute Sûre (côté luxembourgeois), avec son lac de 380 ha, ses plages d’herbe et ses méandres. Les chemins de promenade sont nombreux et le terrain très diversifié se prête particulièrement bien au VTT. « Pour les visites culturelles, il y a bien sûr Bastogne, signale Lucie Ramlot, avec le War Museum et le Bastogne Barracks, le centre d’interprétation de la Seconde Guerre mondiale. Pour les familles avec enfants, je suggère, à Bastogne toujours, la Maison des Légendes qui est consacrée au patrimoine légendaire ardennais. Elle est installée au Musée en Piconrue, qui propose diverses expositions sur la vie locale et qui rouvrira ses portes le 20 juin. Côté sud, à Haut-Martelange, le Musée de l’Ardoise vaut le détour également puisqu’il permet de se replonger dans le passé industriel ardoisier de la région. »

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

En collaboration avec : 

Un séjour dans une ferme à colombages

Admirablement situé, touristiquement parlant, entre La Roche et Durbuy, Rendeux est un lieu de séjour très apprécié par tous ceux et celles qui recherchent le calme en voulant profiter d’une nature aux formes vallonnées très diversifiées. Pour preuve, la moitié des habitations de cette commune ardennaise sillonnée par l’Ourthe sont des secondes résidences, voire des gîtes et chambres d’hôtes comme ceux que proposent Benoît et Dominique Daco, à Chéoux.

C’est dans une ferme double – elle présente deux corps de logis disposés de part et d’autre de deux étables – du XIXe  siècle, à l’ombre de l’élégante église Sainte-Gengulphe, que le couple, fils et fille d’agriculteurs « du pays », a aménagé ces havres de paix avec beaucoup de goût et de savoir-faire. « Je m’étais déjà occupée, au début des années nonante, de l’aménagement et de la gestion d’un gîte à la ferme avec mes parents, explique Dominique. Lorsque mon mari et moi, nous avons trouvé cette ancienne ferme en colombages, l’idée de la transformer complètement pour accueillir des touristes s’est imposée d’elle-même car l’ensemble était trop spacieux pour nous et nos trois enfants. »

Le bois pour chasser le béton

La vieille bâtisse, qui figure dans le livre « Patrimoine monumental de la Belgique » consacré à la région, ayant malheureusement été partiellement réaménagée à grands renforts de béton par de précédents propriétaires, le couple a dû s’employer pour lui faire retrouver son charme d’antan. « Il nous a fallu dix années pour rénover complètement le bâtiment. Nous avons préféré prendre notre temps afin de trouver les matériaux qui seyaient le mieux pour les encadrements de fenêtres, les carrelages et les boiseries », explique Benoît, en montrant le magnifique pavement, les poutres en bois et la large cheminée en pierres qui ont contribué à transformer l’ancienne étable en chaleureuse salle d’accueil où ses hôtes se retrouvent pour prendre un petit déjeuner composé de produits du terroir, parmi lesquels les confitures et pâtisseries préparées par Dominique. « Lorsque nous avons ouvert nos premières chambres, au début des années 2000, je proposais également des tables d’hôtes, explique la maîtresse de maison. J’avais en effet suivi des cours à l’école hôtelière de Manhay, mais j’ai préféré renoncer car ce n’était guère aisé à gérer, surtout quand on a des enfants. Il faut savoir se limiter. »

Un crapaud dans la cuisine

Aujourd’hui, le couple propose cinq chambres d’hôtes, dont trois dans la ferme elle-même et deux dans l’ancienne petite grange, à colombages également, située en face de celle-ci. Quant au gîte « L’ancienne demeure », il a été aménagé sur trois étages dans l’un des corps de logis – les propriétaires habitent l’autre – et peut accueillir huit à dix personnes dans quatre chambres baptisées « Grenier du nord », « Grenier du sud », « Les lilas » et « Sous les cloches », cette dernière renvoyant bien sûr à l’église voisine. Chacune d’elles, comme les chambres d’hôtes, possède sa propre salle de bain et a été meublée avec un mobilier rustique déniché ci et là qui leur donne un air très cosy. Les couleurs sont gaies, le bois omniprésent, des planchers aux charpentes. « Nous avons apporté autant de soins à l’aménagement et à la décoration que si c’était pour nous, lance le propriétaire. Parfois, nous sommes tombés sur des pièces rares, comme ce "crapaud" ou "plate-buse" que nous avons installé dans la cuisine du gîte. » Ce disant, il montre l’un de ces curieux poêles massifs dont nos grands-parents se servaient pour chauffer les marmites et cafetières. Encore un témoin de la vie – et de la chaleur – d’hier… 

Des jardins en paliers

Mais si le « Clos de la Fontaine » a été gratifié de quatre épis par le Commissariat général au Tourisme, ce n’est pas uniquement grâce aux soins apportés aux chambres et au cachet ancien préservé de la demeure, avec ses murs en gros moellons, ses pignons à colombages et son toit en ardoises. Benoît et Dominique ont également consacré beaucoup de temps à aménager l’extérieur. La vaste terrasse dallée côté sud, les jardins en paliers garni de transats, le potager, les enclos à poules, lapins et chèvres délimités par des barrières en bouleau, la prairie où se côtoient deux poneys et un âne, la plaine de jeux… tout cela contribue au confort et au bien-être des vacanciers de passage, parmi lesquels beaucoup de Flamands, mais également des francophones et des Néerlandais. « Ils viennent en général pour deux nuits dans le but de se promener aux alentours et de découvrir un bon restaurant en soirée », explique Dominique. Et d’ajouter : « Ce n’est pas ça qui manque à Rendeux ! »

 

Gîte & chambres d’hôtes « Le Clos de la Fontaine »

Rue de la Fontaine 2

B-6987 Chéoux (Rendeux)

+32 (0)84 47 77 01 ou +32 (0)478 28 74 18

[email protected]

www.leclosdelafontaine.be

 

À VOIR, À FAIRE

La chocolaterie Defroidmont

Si de nombreuses promenades balisées guideront les pas des marcheurs dans les bois environnants, comme cette balade vers la chapelle Saint-Thibault qui surplombe l’Ourthe près de Marcourt, les hôtes du « Clos de la Fontaine » pourront aussi aller à la découverte des nombreuses curiosités et attractions touristiques qu’offre la région. Les grottes de Hotton, le parc Chlorophylle de Dochamps (Manhay), les très beaux villages de Wéris et Ny, ainsi bien sûr que la petite ville de Durbuy, figurent en bonne place parmi celles-ci. « Mais nous avons un petit faible pour la chocolaterie Defroidmont, à Erezée, avouent Benoît et Dominique Daco. Quarante minutes de visite guidée entre pralines, pâtes à tartiner et barres de chocolat... Il y en a pour toute la famille et… pour tous les goûts ! »

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

En collaboration avec : 

De l’art de transformer une ferme

En écoutant Françoise et Pierre Misonne évoquer les beautés et richesses des vallées de la Lesse et de La Semois, nous aurions été très nombreux à parier qu’ils ont tous les deux grandi en terre ardennaise. Erreur : il s’agit d’un couple d’Anversois ! Francophones, certes, mais Anversois quand même. Ils ont vécu une cinquantaine d’années dans la ville portuaire avant de réaliser un vieux rêve : émigrer dans le sud du pays, vivre au milieu d’une faune et d’une flore magnifiques. « Je connais très bien la région car mes grands-parents avaient une propriété près de Bouillon où je venais passer mes vacances, explique Françoise. Mon mari et moi y avons souvent séjourné ensuite tout en rêvant de nous y installer définitivement quand nos enfants seraient grands. Ce qui est chose faite ! »

Après plusieurs années de recherches et pérégrinations, c’est finalement à Maissin, à un kilomètre de la Lesse, qu’ils ont décidé de jeter l’ancre voici neuf ans. Dans une vieille ferme abandonnée depuis longtemps de toute activité agricole et où seul le corps de logis était demeuré dans un état honnête. « En décidant de transformer complètement les deux étables et la grange afin d’aménager des chambres d’hôtes, nous ne savions pas dans quelle galère nous nous engagions », raconte Pierre, dont le prénom pourrait faire penser qu’il a accumulé une expérience dans la construction. Las ! C’est dans le milieu bancaire que l’homme a appris à jongler avec les briques.

Quatre années de labeur

Quatre ans ! C’est le temps passé par le couple en compagnie des corps de métiers et architectes, alternant espoirs et doutes au milieu des poutres et des pierres, entre béton à couler, éléments porteurs à consolider et fenêtres à percer. « Finalement, voici cinq ans, nous sommes arrivés au bout de notre périple grâce à notre voisin qui est entrepreneur et qui a très bien compris que nous voulions conserver le caractère ancien de la bâtisse, explique Françoise. Je tenais notamment à garder en un seul volume le large espace où les fermiers venaient décharger le foin. Nous l’avons transformé en hall d’accueil avec salon et feu ouvert. Dans l’une des parties, nous avons fait construire un étage en mezzanine qui fait office de deuxième salon et donne accès à trois chambres aménagées avec confort et simplicité. Et, dans le plafond de cette mezzanine, nous avons fait découper une large baie vitrée, ce qui permet de contempler, assis dans les fauteuils, le vieux toit de la grange armé de sa pince à foin d’origine qui glissait sur des rails. »

« Les planchers et les portes massives en bois local que nous avons fait faire sur mesure sont l’œuvre d’un menuisier de Bertrix, surenchérit son mari. En fait, nous avons donné du travail à de nombreux corps de métiers et artisans de la région, ce qui fait qu’aujourd’hui nous sommes très bien intégrés dans la commune et nous nous entendons à merveille avec tout le monde ! »

Un gîte dans une forge

Aux trois chambres d’hôtes pour deux personnes aménagées dans cette partie et toutes équipées de salle de bain avec toilette privée, baignoire ou douche, est venue s’ajouter une suite familiale que le couple a aménagée dans l’ancien corps de logis qu’il occupe depuis le début des travaux. Cette suite est idéale pour un couple avec enfants parce qu’elle est isolée des autres chambres. Au total, « L’Ail des Ours » propose donc quatre chambres de charme, dont une suite familiale, et peut accueillir dix personnes. « Mais nous pouvons encore en héberger trois ou quatre autres dans le gîte que nous avons aménagé dans le petit bâtiment en pierres situé près de la route, expliquent les propriétaires. Il s’agit d’une ancienne forge datant de 1805. Probablement la plus vieille maison du village… »

 

Les tables de Françoise

Le couple a encore une corde à son arc grâce aux tables d’hôtes que propose Françoise du lundi au samedi. La maîtresse de maison, en effet, est un cordon bleu qui s’est découvert une passion pour la cuisine à l’annonce de la quarantaine. « Je me suis alors inscrite à l’école hôtelière, puis j’ai commencé à cuisiner par hobby, ensuite pour des connaissances et, voici quinze ans, je suis passée en société – L’Aïoli – en qualité de traiteur. J’ai continué cette activité ici, à Paliseul, après avoir aménagé l’une des étables en vaste cuisine professionnelle. Avec l’aide de mon mari, je prépare aussi des repas sur réservation pour nos hôtes. C’est ce qui explique que ceux-ci disposent non seulement de plusieurs espaces salon, mais également d’une salle à manger où ils peuvent souper tous ensemble. C’est plus gai et cela favorise les rencontres. »

En bonne… Ardennaise, Françoise mitonne ses mets en donnant priorité aux produits du terroir – dont les pommes de son verger – et en respectant le rythme des saisons. Pour les passionnés, elle organise également des ateliers culinaires sur demande. Elle peut, par exemple, vous apprendre à cuisiner des plats à base de légumes cueillis dans son potager et parfumés avec une plante que l’on trouve dans la forêt, du côté de Bouillon : l’ail des ours. « La feuille peut servir à faire des potages et du pesto, la fleur à aromatiser le vinaigre. »

 

Rue Commandant Henri Calvez 3

B-6852 Maissin (Paliseul)

+32 (0) 61 50 12 42 ou +32 (0) 486 02 45 86

[email protected]

www.aioli.be

 

À VOIR, À FAIRE

La nature, évidemment

La Foire agricole de Libramont (du 24 au 27 juillet), le Village du Livre à Redu, l’Euro Space Center à Transinne, le Domaine des Grottes de Han, ou encore l’Abbaye d’Orval et le château-fort de Bouillon… ce ne sont pas les curiosités touristiques qui manquent autour de Paliseul. La plupart des couples qui viennent loger chez les Misonne, qu’ils soient belges ou étrangers, préfèrent cependant la quiétude et le plaisir des randonnées pédestres ou VTT. « J’ai suivi une formation de guide-nature à Libramont, explique Pierre. Je peux donc, à la demande, préparer des promenades à thème et servir de guide dans la forêt. En automne, par exemple, je propose souvent d’emmener nos locataires à la cueillette des champignons. Ensuite, mon épouse leur montre en cuisine comment les préparer… »

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

En collaboration avec : 

Une porte sur la campagne et sur Waterloo


Nous sommes dans la belle campagne du Brabant wallon, quelque part entre Waterloo, Nivelles et Louvain-la-Neuve, sur la route qui mène aux ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville. Genappe – il suffit de jeter un regard panoramique autour de soi – est une terre de châteaux, fermes, chapelles et autres golfs. Est-elle aussi celle de Godefroy de Bouillon ? Français et Belges seraient prêts à repartir en croisade pour faire reconnaître, les premiers Boulogne-sur-Mer, les seconds Baisy-Thy, comme lieu de naissance du célèbre duc. Ce que personne ne conteste, en revanche, c’est qu’en prélude à la bataille de Waterloo, les troupes françaises du Maréchal Ney et une partie de l’armée alliée du Duc de Wellington se sont étripées, le 16 juin 1815, au lieu dit « Les Quatre Bras », au carrefour routier de Baisy-Thy. Que chacun se rassure. L’installation de feux de signalisation a rendu sa traversée beaucoup moins périlleuse de nos jours !

Mais revenons à notre histoire. C’est à quelque 500 mètres du centre de ce très vieux village et de sa belle église, avec son remarquable clocher en forme de… cloche et son chœur qui abrite une stèle à la mémoire dudit Godefroy, que Joël et Isabelle Tumerelle ont entrepris de construire, voici une quinzaine d’années, un ensemble de trois bâtiments complémentaires dont l’un abrite, depuis deux ans maintenant, un meublé de vacances reconnu par la Fédération des Gîtes de Wallonie (3 clés).

Un gîte moderne ouvert depuis deux ans

« La famille de mon mari est originaire de Baisy-Thy, explique la maîtresse des lieux. Elle a essaimé dans tout le village de sorte que, lorsque nous avons voulu acheter le terrain, nous nous sommes aperçus qu’il appartenait à ses grands-parents ! » De quoi encourager ce couple d’architectes à piocher de plus belle. La maison, achevée en 2000, fut complétée un peu plus tard par une construction similaire lui faisant face et qui abrite un bureau d’architecture. La troisième aile, perpendiculaire et mitoyenne aux deux premières, a ensuite été conçue pour servir de petite salle de fêtes et de deuxième bureau, mais également pour accueillir une chambre d’amis à l’étage. « C’est alors que nous avons pensé à en faire un gîte. Nous avions déjà une chambre, une salle de bain et une cuisine super équipée, il ne manquait plus qu’à y aménager une salle de séjour et à peaufiner l’ameublement. »

Un ameublement moderne, simple et fonctionnel. Si l’unique chambre avec toilettes et coin douche est prévue pour deux personnes, le canapé du salon peut rapidement se muer en lit à deux places. « Idéal pour un couple avec enfants », commente Isabelle, qui n’a pas été contrainte d’aller chiner très loin afin de mettre la main sur quelques meubles en bois (table, commode, vieux coffre…) susceptibles d’imprimer une touche plus rustique au salon. Quant à son mari, en tant que féru de bandes dessinées et de croquis, il a trouvé original d’encadrer sur un mur quelques crayonnés du dessinateur – hélas ! décédé – Philippe Delaby, coauteur avec Jean Dufaux de la série La complainte des landes perdues. Peut-être un clin d’œil à la campagne qui s’étend à perte de vue...

Des locataires… travailleurs !

Mais si la région mérite que l’on parte à sa découverte l’âme sereine, c’est rarement pour des raisons touristiques que les clients débarquent dans ce gîte que les propriétaires, sans doute par admiration pour Alfred Hitchcock, ont baptisé « Fenêtres sur cour ». L’endroit, en général, sert de pied-à-terre, durant une ou deux semaines, à des Belges établis à l’étranger et revenant visiter leur famille. Ou à des personnes venant travailler pour une courte période dans la région. « Nous avons également eu la visite de deux ingénieurs allemands qui sont restés quelques mois, le temps de leur mission chez Glaxo SmitkKline, à Rixensart. Une autre fois, c’est une stagiaire française en agriculture qui s’est fixée chez nous. Quoi qu’il en soit, c’est très rare qu’on nous loue le gîte pour une seule nuit. Et, bizarrement, nous n’avons encore reçu aucune demande dans le cadre des festivités liées à Waterloo 2015. »

 

Adresse du gîte « Fenêtres sur cour » 

Rue Longchamps 12

B-1470 Baisy-Thy (Genappe)

+32 (0) 470 58 67 50

[email protected]

 

À VOIR, À FAIRE

Les promenades et produits du terroir

L’Abbaye de Villers-la-Ville ou le site de la Bataille de Waterloo ? Isabelle Tumerelle renvoie dos à dos ces deux curiosités qui cannibalisent les touristes chaque année. La propriétaire de « Fenêtres sur cour » affectionne les sorties tranquilles à travers la campagne environnante. « Le Syndicat d’Initiative a édité une carte de l’entité reprenant une série de promenades balisées, explique-t-elle. Ma préférée, c’est celle passant devant la chapelle du Try-au-Chêne, le point haut de l’entité, à Bousval, qui offre une variété de paysages et de monuments remarquables tels que l’église Saint-Barthélemy et le château de Bousval. On peut la combiner avec un tronçon du Ravel qui relie Nivelles à Court-Saint-Etienne... » L’entité regorge aussi d’artisans prêts à vous faire déguster les spécialités du terroir. Comme les fromages de la ferme de la Baillerie à Bousval, les quiches de la ferme de la Tourelle à Ways, le pain de la ferme du Hameau du Roy à Vieux Genappe ou, puisque la cuisine du gîte est bien équipée, les légumes bio de la ferme du Passavant à Vieux Genappe, laquelle a eu la bonne idée d’installer un distributeur de pommes de terre devant son entrée !

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

 

En collaboration avec : 

Sur la Route de la Bière, près de la vallée de la Molignée, Falaën est l’un des plus beaux villages de Wallonie. Des chambres d’hôtes vous y attendent sous le label « 4 épis ».

Si l’atout majeur de Falaën (Onhaye) est bien sûr son château-ferme, ancienne demeure seigneuriale du XVIIe siècle qui accueillait jusqu’il y a peu la confrérie « Li Crochon », ce village de quelque 600 âmes doit aussi son charme à son ensemble d’habitations en pierre calcaire qui confèrent à ses rues et ruelles une sensation de quiétude inébranlable. Voisin tranquille de la vallée de la Molignée, de l’abbaye de Maredsous et des ruines du château de Montaigle, ce typique village du Condroz namurois n’a pas séduit que les respectueux membres de l’ASBL « Les plus beaux villages de Wallonie », qui lui ont attribué leur label les yeux grands ouverts d’admiration. Il a également convaincu Béatrice et Bruno Paquay de délaisser Bouillon et ses seigneurs pour venir s’installer en son centre, à proximité de l’église et de la petite école communale, juste à côté d’une ancienne brasserie du XIXe siècle.

Des habitants très accueillants

« Ce village est non seulement magnifique, mais les habitants sont très accueillants et vite enclins à vous donner un coup de main », assure la maîtresse de maison. Celle-ci s’est d’autant plus facilement intégrée à la mentalité qu’elle ouvre régulièrement sa porte aux gens de passage. « L’Échappée belle », en effet, propose quatre chambres d’hôtes conçues par le précédent propriétaire, un architecte dinantais, qui a brillamment réussi, par son savoir-faire, à marier les pierres bleues du pays avec un design contemporain. Si les chambres baptisées « Falaën », « Maredsous », « Sosoye » et « Weillen » sont assez semblables de par leur configuration, les salles de bain avec « douche pluie » sont toutes différentes et viennent s’imbriquer à celles-ci d’une façon astucieuse et parfois même surprenante. « Ces chambres d’hôtes existaient à notre arrivée, voici bientôt trois ans, explique Béatrice Paquay. À l’exception de quelques couches de peinture et de l’aménagement d’un salon à l’étage inférieur, nous n’avons touché à rien. Avec nos deux enfants, nous habitons l’autre partie de la maison qui était en réalité l’annexe de la brasserie. Le matin, mon mari et moi servons le petit déjeuner dans une pièce qui fait la liaison entre les deux. Nous proposons des produits frais du terroir – confitures maison, jus d’oranges pressées, fromages du village, charcuteries régionales et croissants –, ce qui a contribué au label 4 épis. En été, nos locataires peuvent également s’installer sur la terrasse pour déjeuner ou prendre un rafraîchissement », ajoute encore la propriétaire, par ailleurs toujours prête à renseigner, à l’attention de sa clientèle, les bonnes adresses servant de la cuisine régionale et de qualité.

Des Américains, des Russes, des Japonais…

La clientèle ? « L’Échappée belle » ne proposant que des chambres pour deux personnes, elle est essentiellement constituée de couples venant passer un week-end de détente dans la région. « Elle est très cosmopolite puisque nous avons déjà reçu la visite d’Américains, de Russes, de Japonais, de Brésiliens… Et je peux vous assurer que leurs attentes et goûts sont très différents. Les Français, par exemple, affectionnent venir ici afin de faire du kayak sur la Lesse. Les Russes que nous avons récemment hébergés ont filés à Bruges d’où ils sont revenus les bras chargés d’achats. Quant aux Italiens, ce sont de grands amateurs de bière. Ce n’est donc pas un hasard s’ils ont jeté leur dévolu sur Falaën : situé à quelques kilomètres des abbayes de Maredsous et de Leffe, mais aussi de Purnode (la brasserie du Bocq), Rochefort et Falmignoul (brasserie Caracole). Notre village occupe une place de choix sur la Route de la Bière. »

 

Renseignements

L’Échappée belle
Rue de la Gare 10
B-5522 Falaën
+32 (0)477 30 12 83
lechappeebelle @skynet.be
www.lechappeebelle.be

 

À VOIR, À FAIRE

Maredsous, par monts et par vaux

Loin devant les Jardins d’Annevoie, les châteaux de Freÿr et de Vêves, la citadelle et la ville de Dinant, c’est l’abbaye de Maredsous qui se classe en tête des sites les plus visités par les locataires de Béatrice et Bruno Paquay. Avec la vallée de la Molignée, son Ravel et ses draisines, elle constitue un lieu de détente et de distractions très recherché. « Pour les randonneurs, trois promenades balisées, empruntant tantôt les bois, tantôt de petites routes tranquilles, permettent d’y accéder au départ de Falaën », explique la propriétaire. Une autre forme de belle échappée…

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

 

Ce gîte de charme est situé à Smuid, le village des Loups et des Nutons. Le point de départ idéal pour se promener dans les forêts de Mirwart et de Saint-Hubert.

Le nom de Smuid (prononcez « Smoui ») ne vous dit rien ? Et si l’on vous souffle que c’est le plus beau village de l’entité de Libin, que celle-ci englobe également Transinne (l’Euro Space Center), Redu (le village du livre) et Ochamps (la source de la Lesse) ? Là, votre franc est certainement tombé. Nous sommes dans l’une des communes les plus forestières de notre pays. Cela sent bon le hêtre, le chêne et l’épicéa. Le sanglier, le chevreuil et le cerf y ont installé leur quartier général, et les Nutons, ces nains misanthropes et taciturnes, veillent au respect des légendes ardennaises.

C’est dans le petit village de Smuid, donc, au coeur de la Haute-Lesse, à l’orée des bois de Mirwart et de Saint-Hubert, que Laurence et Luc-Emmanuel de Hults accueillent les amateurs d’espace et de grand air dans leur gîte de charme classé trois épis par le Commissariat général au Tourisme. Elle est originaire d’Ohain, dans le Brabant wallon, lui est un Cinacien, un vrai. Ils ont construit leur vie à Ciney. Il est architecte d’intérieur. Elle aussi, mais elle a préféré « tirer son plan » avec leurs cinq enfants. Depuis quatre ans, elle a pris la gestion du gîte à son compte. Un travail à mi-temps dont elle s’acquitte avec passion. « Mon mari et moi aimons beaucoup la nature et la forêt en particulier, raconte Laurence. Voici quelques années, nous cherchions une maison qui ait une longue histoire dans l’intention de la restaurer. Il y en avait une à Smuid, mais nous l’avons ratée. Au même moment, nous avons vu qu’il y avait un terrain à vendre avec une magnifique vue vers Saint-Hubert. Comme nous étions tombés amoureux du village, nous l’avons acheté afin de faire construire. Mon mari tire beaucoup de plaisir à imaginer, concevoir et réaliser quelque chose, mais une fois la maison terminée, cela ne l’intéresse plus, il préfère vendre et se lancer dans un nouveau projet. Ici, toutefois, l’idée d’en faire un gîte nous est venue rapidement. Un deuxième est en passe d’être terminé, de capacité similaire, juste à côté. Peut-être viendrons-nous y vivre plus tard. »

Une maison en pierres du pays

Si le couple avait en tête un aménagement contemporain, il a vite opté pour un habillage traditionnel afin de ne pas dénaturer la rue du village. La maison est en pierres locales, les encadrements des fenêtres et les dallages en pierre bleue, le toit en ardoises et les bardages en chêne non traité. Le soin particulier apporté à l’aménagement et aux matériaux utilisés confère au gîte une ambiance à la fois authentique et contemporaine. « Nous avons cherché des matériaux anciens, confortables et esthétiques. Si l’on excepte les planchettes du plafond qui sont en sapin, le chêne est omniprésent. Mon mari a d’ailleurs créé quasi tout le mobilier. Il a réalisé de ses mains la table et les chaises du living, le coffre-banquette du salon, le petit bureau dans les chambres, les tables de nuit à partir de troncs écorcés… Les lampes signées Stéphane Davidts, les coussins et fauteuils, le feu ouvert, les gravures, la couleur « noir de lune » sur les murs, sont autant de coups de coeur. On a travaillé dans cette maison comme si c’était la nôtre. Nos locataires le ressentent. 20 % d’entre eux reviennent régulièrement. Ils apprécient le fait que la taille du gîte n’enlève rien à son charme. »

Le brâme du cerf au bout du pré

Avec ses quatre chambres doubles, dont deux avec salle de bain privative, et ses six lits superposés dans le dortoir (et salle de jeux) des enfants, « Le Pré du Cerf » peut accueillir quatorze locataires. En été, ceux-ci profiteront de la terrasse semi-couverte, des meubles de jardin et du matériel pour barbecue, tandis que les enfants se défouleront sur le pré qui plonge sur Saint- Hubert, dont les contours se laissent deviner par temps clair. « Les cerfs, en revanche, sont plus difficiles à apercevoir, mais en septembre, on peut entendre leur brâme », signale la propriétaire, qui a fait du majestueux cervidé et de ses bois le fil conducteur de la décoration de son gîte. Pour mettre les visiteurs dans le ton, une bouteille de vin espagnol, dont un cerf marque l’étiquette, les attend dans la cuisine.

« Nous avons cherché des matériaux anciens, confortables et esthétiques. Si l’on excepte les planchettes du plafond qui sont en sapin, le chêne est omniprésent. Mon mari a d’ailleurs créé quasi tout le mobilier. Il a réalisé de ses mains la table et les chaises du living, le coffre-banquette du salon, le petit bureau dans les chambres, les tables de nuit à partir de troncs écorcés… »


« Notre clientèle est essentiellement belge, moitié francophone, moitié néerlandophone, précise Laurence. Ce sont des familles ou des groupes d’amis qui viennent passer un week-end tranquille et profiter des nombreux itinéraires de promenade dans les massifs forestiers de Saint-Hubert et de Mirwart. »

 

Renseignements

Le Pré du Cerf
Rue de Libin, 11
B-6890 Smuid
+32 (0)83 21 69 78
+32 (0)473 39 22 93
www.lepreducerf.be

 

À VOIR, À FAIRE

Redu et le Fourneau Saint-Michel

Avec ses 22 bouquineries qui alignent deux kilomètres de rayonnages, mais aussi ses ateliers, artisans et cafés chaleureux, le village de Redu est l’un des deux coups de coeur de Laurence de Hults, l’autre étant le Fourneau Saint-Michel, qui attirera probablement davantage les familles. « Les néerlandophones visitent d’office les grottes de Han, mais tous aff ectionnent les promenades en forêt. Il en existe une qui passionnera les enfants car elle repose sur une légende, celle de Marie Gobaille. Au départ de Smuid, l’itinéraire longe la Lhomme vers Mirwart jusqu’au rocher où cette sorcière se serait transformée en cheval lorsque les habitants ont essayé de l’attraper. En écoutant cette histoire, vous comprendrez pourquoi les habitants de Smuid sont appelés les Loups. »

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

Alors que la mise en place in vivo de cultures d’aliments au moyen de l’hydroponie était facilement réalisable sur le site de l’Exposition, l’exercice était beaucoup plus complexe en matière d’entomophagie. Une législation tendue pour les questions d’hygiène, des problèmes évidents dus à la présence d’insectes vivants dans l’enceinte de l’Expo… Bref, si nous ne verrons pas de vers de farine, de larves ou de sauterelles à Milano 2015, rien ne nous empêche de leur offrir une place dans nos assiettes…

PETIT À PETIT, L’ENTOMOPHAGIE FAIT SON NID

Green Kow, dont le siège est à Lasne, est la première entreprise européenne à commercialiser des produits alimentaires à base d’insectes. Ses pâtes à tartiner à la tomate et à la carotte contiennent entre 5 et 10% de vers à farine. Elles sont en vente dans les magasins bios.

Il y aurait, paraît-il, 2,5 milliards d’individus sur la planète terre qui ingurgitent des insectes. Sans surprise, les asiatiques constituent une grande partie d’entre eux. En Europe, où la population a pris l’habitude de brûler la viande par les deux bouts, les libellules ont encore de belles heures de vol en perspective. Quoique… Si les porcins et les bovins continuent à écraser le marché de la protéine, petit à petit, les insectes font leur entrée dans nos assiettes. Et pas seulement dans des restaurants asiatiques ou mexicains, où des vers sont fristouillés en cohortes avec de l’ail, de l’huile d’olive et un peu de sel. À Copenhague, un chef étoilé propose une mousse de larves de papillon, suivie d’une plongée dans un bouillon de grillons et, en guise de récompense pour ses téméraires clients, une glace à la cire d’abeille. De quoi donner des ailes à une autre étoile montante de la gastronomie, belge celle-là.

À Liernu, Sang-Hoon Degeimbre invite les insectes dans ses recettes de pâtes à tartiner à base de tomates ou de carottes. Il n’a cependant pas agi de son propre chef. C’est Damien Huysmans, qui travaille dans le milieu du marketing et de la communication, qui lui a proposé de se pencher sur ce petit monde méconnu chez nous, avec l’objectif de réintroduire les insectes dans l’alimentation occidentale.

« L’entomophagie peut être une solution à la démographie galopante », explique ce Bruxellois d’origine, qui a passé toute sa jeunesse en Brabant wallon. « Tout le monde, je pense, reconnaît aujourd’hui la valeur nutritionnelle des insectes grâce à leur apport en protéines, mais également en lipides. Leur impact environnemental est également nettement moindre que celui causé par le bétail qui dévore nos ressources naturelles. La production d’un kilo de viande nécessite au minimum quatre fois plus de céréales et est responsable du rejet de 10 à 100 fois plus de gaz à effet de serre que la production d’un kilo d’insectes. Sans compter qu’elle nécessite, durant toutes les étapes du cycle (arrosage des cultures, nettoyage des étables, etc.), plusieurs milliers de litres d’eau. »

Le feu vert de l’AFSCA

Autant de considérations qui ont poussé Damien Huysmans à créer Green Kow – au départ, il avait pensé à « Green Cow », qui signifie « vache verte » – en 2012. Immédiatement, il songe à s’associer à Sang-Hoon Degeimbre, jamais en retard quand il s’agit de donner une saveur d’avance aux produits du terroir, qui accepte de lui préparer plusieurs recettes de tapenades dont il confie la fabrication à un producteur agréé bruxellois. En octobre 2013, au lendemain de la vente de ses premiers petits pots en foire, l’Agence fédérale pour la Sécurité de la Chaîne alimentaire lui demande des explications. Très vite, cependant, le directeur général de l’époque, Gilbert Houins, lui donne le feu vert pour autant que son entreprise soit enregistrée à l’AFSCA et que les produits soient fabriqués dans des conditions sanitaires requises.

« Tout le monde, je pense, reconnaît aujourd’hui la valeur nutritionnelle des insectes grâce à leur apport en protéines, mais également en lipides. Leur impact environnemental est également nettement moindre que celui causé par le bétail. »


« C’est ainsi que Green Kow est devenue la première entreprise européenne à commercialiser des aliments à base d’insectes,
explique son responsable. Je ne parle pas de ces plats préparés avec des insectes entiers importés d’Asie, ni des sucettes ou autres gadgets semblables, mais d’une véritable préparation d’aliments quotidiens. En fait, grâce au dynamisme de l’AFSCA, la Belgique est le premier pays occidental à autoriser officiellement la consommation d’insectes. »

Sur la liste des espèces d’insectes autorisés par l’AFSCA*, Daniel Huysmans a choisi le ver de farine pour se lancer à l’assaut du marché belge. Élevés aux Pays-Bas, ces vers arrivent congelés chez le fabricant qui les fait frire avant de les mixer avec les tomates ou les carottes. « J’ai opté pour les vers de farine, ou ténébrions, parce qu’ils sont très faciles à élever et réduisent donc notre prix de revient. Les produits sont ensuite distribués dans les magasins bios. Non pas qu’ils soient totalement bios – en fait, seuls les insectes ne le sont pas –, mais parce que la clientèle de ces magasins est la plus susceptible d’être intéressée par cette forme d’alimentation écologique. Par ailleurs, nous venons de développer, sous l’appellation ‘Green Bugs’, une version non bio des mêmes produits pour un grand distributeur belge. »

* À l’occasion d’un tour de table de la Commission européenne en 2001, l’AFSCA a établi une liste de dix espèces dont la mise sur le marché est tolérée à condition que les prescriptions relatives à la sécurité alimentaire soient respectées : le grillon domestique, le grillon à ailes courtes, le criquet migrateur africain, le criquet pèlerin d’Amérique, le ver de farine, le ver de farine géant, le ver Buff alo, la chenille de la fausse teigne, la chenille de la petite fausse teigne et la chenille du bombyx.

Dernier obstacle, les préjugés

Reste à convaincre le consommateur de franchir la barrière de la culture. Si certains croquent avec délectation ces vers et autres grillons entiers dans certains restaurants – après tout, les crevettes ne sont-elles pas des insectes marins ? –, la plupart n’accepte de tenter l’expérience que si ces bestioles sont réduites en mitraille, voire en poudre, comme, par exemple, dans les biscuits ou les pâtes. Une façon plus light de s’adonner à l’entomophagie.

Le plus curieux est que si les Européens se décident peu à peu à goûter aux insectes, les Asiatiques qui débarquent chez nous ne rêvent très souvent que d’un bon morceau de viande. « Les insectes, disent-ils, c’était au Moyen Âge ! ». Conclusion : l’Histoire repasse les mêmes plats, mais pas aux mêmes endroits !

 

LES GOFFARD SISTERS, LA MAIN À LA PÂTE !

Depuis janvier, Géraldine et Sophie Goffard ont entrepris la commercialisation, via des coopératives et des points de vente spécialisés, de pâtes fraîches à base de farine d’insectes. Un produit que les deux Liégeoises ont baptisé « Aldento » et qui a accaparé leur énergie pendant près de deux ans avant d’arriver à maturité. De la découverte des insectes comestibles comme alternative à la viande, à leur commercialisation en règle sous forme d’aliments, il y a en effet des obstacles que même une puce ne franchirait pas d’un seul bond.

« Il a d’abord fallu trouver un aliment ou une préparation dans laquelle la présence d’insectes ne choquerait pas le regard, explique Sophie. On s’est dit que les pâtes seraient la solution pour aider les consommateurs à dépasser les a priori, puisque l’on peut, en outre, les servir avec des légumes et une sauce. Pour les insectes, notre choix s’est porté sur les vers de farine. Nous avons trouvé une ferme biologique dans le sud de l’Espagne qui est devenue notre fournisseur. Ces vers sont transformés en poudre que nous intégrons dans la farine à raison de 10%. L’apport en protéines animales et en bonnes graisses Oméga 3 est ainsi assuré avec un bon plat de pâtes sans viande. »

Sortie du nid

Pour l’étude de faisabilité de leur projet et la création de leur entreprise, les deux soeurs ont été soutenues par Nest’Up, un accélérateur de start-up créé par Creative Wallonia, et qui les a accompagnées et coachées pendant onze semaines intensives dans un espace équipé à cet effet à Liège. Bien souvent, quand on veut se lancer dans pareille entreprise, ce sont les fonds qui manquent le plus. Les deux jeunes femmes ont alors eu l’idée de recourir au crowdfunding, un mode de financement assuré par des internautes séduits par le projet. Banco ! Alors qu’elles demandaient 11 000 €, Géraldine et Sophie ont obtenu 13 000 €. « Pour élaborer notre produit dans les conditions requises, nous avons bénéficié de l’aide d’un Chef namurois, Olivier Bourguignon, qui nous a permis d’utiliser son unité de fabrication. Mais ce n’était pas tout d’élaborer une recette ; encore fallait-il la faire valider et la soumettre à l’analyse d’un laboratoire afin d’en connaître les données nutritionnelles et la date limite de consommation. »

Un goût de noisettes ?

La phase « recherche et développement » terminée, les portes du marché pouvaient enfin s’ouvrir aux « Goffard Sisters », nom qu’elles ont donné à leur société. Les premières pâtes Aldento ont trouvé acquéreurs lors des marchés de Noël. Aujourd’hui, elles sont commercialisées dans des magasins spécialisés, comme la coopérative Ardente à Liège, le magasin « D’ici » à Naninne ou encore la ferme Nos Pilifs à Neder-Over-Heembeek. Mais la question qui est sur toutes les lèvres est celle de leur goût. « Certains leur trouvent un léger goût de noisettes, mais c’est assez difficile à définir. C’est un peu comme les pâtes intégrales ; ce qui est sûr, c’est qu’elles sont plus riches », précise Sophie qui souligne que leur objectif n’est pas de mettre la viande définitivement au frigo, mais de proposer une alternative pour en alléger la consommation.

www.goff ardsisters.com

 

LA CUISINE SAUVAGE, CELLE QUI VOUS ENVOIE PROMENER

Il n’y a pas que les orties et les pissenlits. 96 % de la flore de la planète sont comestibles. Cela signifie que si vous êtes perdu dans un bois et que vous tendez la main, il y a un maximum de chances que vous attrapiez quelque chose qui soit mangeable !

Cuisine Sauvage est une ASBL reconnue comme organisme d’Éducation à la Nature qui promeut l’utilisation des plantes sauvages comestibles dans l’alimentation. Si ses activités principales sont l’organisation d’ateliers de cuisine et de balades saisonnières ou à la carte dans les garde-manger naturels, la structure est en train de mettre en place, avec l’éclairage d’organismes scientifiques, comme Gembloux Agro Bio Tech, un site Internet qui constituera une compilation du savoir en la matière, une sorte de « Wikipedia » ou de « Marmiton » des plantes sauvages. À Milan, dans l’espoir de sensibiliser les visiteurs à cette alternative, un espace non négligeable du pavillon belge sera envahi par ces aliments « sauvages » qui ne demandent qu’à être domptés.

« Le lien avec le thème de l’Exposition universelle est évident », explique Lionel Raway, coordinateur de l’ASBL. « Pour tenter de résoudre les problèmes d’alimentation de demain, il y a les solutions technologiques, comme l’hydroponie ou l’aquaponie, il y a les insectes par le biais de l’entomophagie, mais il y a également la possibilité de diversifier nos sources alimentaires. Les aliments bios et l’agriculture urbaine sont deux exemples de nouvelles filières ; la cuisine à partir de plantes sauvages comestibles en est un autre », signale ce conseiller en environnement qui a fait ses armes à l’étang de Virelles, à Chimay.

Le mouron blanc, la benoîte, l’armoise…

Le site de l’ASBL fourmille de noms de plantes et de recettes qui sont mises à la disposition des internautes. Nul besoin de partir en expédition dans une réserve naturelle pour aller faire ses courses, l’aventure commence dans son propre jardin. Outre l’ortie et le pissenlit déjà évoqués, nous connaissons tous l’oseille, la pâquerette, la ronce, le sureau noir, le lierre terrestre… Le mouron blanc, qui a un goût de maïs cru, constitue une salade douce agréable à manger; les racines de la benoîte urbaine peuvent être infusées dans la crème fraîche ; les qualités aromatiques de l’armoise lui permettent d’entrer, avec les pois chiches et les gousses d’ail, dans la composition d’houmous, etc.

« Mais si la benoîte a la senteur du clou de girofle ou si l’épiaire goûte le champignon, la berce, par exemple, dont la tige peut constituer une bonne sauce pour accompagner un plat de pâtes aux moules, goûte… la berce ! C’est l’avantage que nous offre la nature : outre qu’elle met gratuitement à notre disposition des aliments sains, elle nous propose de nouvelles saveurs et contribue à la diversification de notre alimentation. Parmi nos clients nous avons des particuliers, des entreprises, des CPAS, mais également des traiteurs ou des chefs désireux de découvrir d’autres aliments et de développer de nouvelles recettes via nos ateliers. Nous ne disons pas qu’il ne faut manger que des plantes, mais qu’il convient de garder à l’esprit qu’il existe d’autres choix… »

cuisinesauvage.be

«Quoi ? Quand je cultive du quinoa sur cette grande dalle de granit en faisant baigner la plante dans l’eau, je fais de l’hydroponie ? Il y a donc plus de quarante ans que je fais de l’hydroponie sans que je n’en sache rien ! Je vous suis très reconnaissant de m’avoir appris cela… »

Sans manifester l’emphase de Monsieur Jourdain, le bourgeois gentilhomme ridiculisé par Molière, l’Inca du Machu Picchu n’en aurait pas moins été très étonné d’apprendre qu’il possédait un savoir, en matière de culture, que les scientifiques du XXIe siècle ressortiraient du grenier afin de l’exhiber fièrement à leurs contemporains. Que l’on descende en rappel dans la nuit des temps ou que l’on remonte jusqu’aux Jardins suspendus de Babylone, force est de reconnaître que l’homme a toujours su trouver le moyen d’adapter ses techniques à son environnement et aux matériaux à sa disposition.

Une alternative sérieuse pour demain Certes, personne ne va jusqu’à prétendre, aujourd’hui, que l’hydroponie et ses dérivés constituent l’une des sept merveilles du monde de demain, mais ils sont néanmoins nombreux à avancer qu’elle est une alternative sérieuse pour nourrir l’humanité. Eric Stöcklin, qui a été le premier à expérimenter ce procédé en Wallonie et dont l’expérience lui a valu d’être sollicité pour mettre en place ce procédé dans la cave du pavillon belge à Milan, fait partie de ces convaincus. Cet ingénieur agronome de 59 ans, propriétaire d’une exploitation maraîchère à Éghezée, ne compte en effet plus les avantages de l’hydroponie. « La culture hors sol est une solution à la pénurie des terres de culture, commence-t-il. Elle n’entraîne pas de gaspillage en eau, diminue la pression des maladies et réduit donc les traitements nécessaires. En outre, elle permet de contrôler de nombreux facteurs de production. Sans compter qu’elle améliore fortement l’ergonomie de certaines interventions et soulage donc la santé des agriculteurs. »

Un avenir dans l’agriculture urbaine

Si le Namurois a choisi de pratiquer la culture hydroponique en plein air – alors qu’en Flandre et aux Pays-Bas, elle se pratique sous serre – à Milan, l’ingénieur devra adapter sa technique à l’environnement puisqu’il s’agira de travailler « en cave ». « Mon rôle sera de coordonner et de veiller au bon fonctionnement des installations d’hydroculture ‘ futuriste’ qui seront mises en place, explique- t-il. Les visiteurs pourront voir diverses étagères de gouttières de culture, ainsi qu’un système de roue en rotation qui sera aussi mis en relation avec une production de poissons. La scénographie a pour objectif de susciter l’intérêt des visiteurs en leur montrant que ces technologies seront de plus en plus souvent appliquées, notamment dans le cadre de l’agriculture urbaine. »

Des saveurs à cueillir dans l’eau, à Éghezée

Ses racines sont suisses, mais son travail a été irrigué et nourri par plusieurs années d’expérience dans la production aux États-Unis et au Portugal. L’image sied naturellement à ce spécialiste de l’hydroponie. Mais comment Eric Stöcklin est-il devenu l’un des pionniers de ce système en Belgique ? L’histoire commence en 1984 lorsque, de retour de Floride, cet ingénieur agronome, spécialisé en diversification des productions végétales, choisit de s’implanter dans le namurois. C’est à Leuze (Éghezée) qu’il met en route une petite exploitation maraichère sur trois hectares. Sa société, NewFarm SPRL, y produit des fruits et des légumes qu’elle distribue via la vente directe à la ferme et par l’intermédiaire de grossistes pour les restaurants. Peu à peu, Eric Stö cklin se lance dans une production plus importante (chicorées scaroles, frisées, laitues beurre, iceberg, feuilles de chêne ou romaine…) qu’il écoule en France, Belgique et Grande-Bretagne.

Le désir de partager et de promouvoir une autre consommation, la volonté de mettre en pratique des techniques de production en intégrant l’observation des traditions agricoles et sa formation scientifique, le conduisent bientôt à se lancer dans l’hydroponie. Une technique qui a déjà éveillé son intérêt quelques années plus tôt – comme en témoigne son travail de fin d’études sur le chicon hydroponique – et qu’il a approfondie en participant à de nombreux séminaires spécialisés et via les installateurs de systèmes sous serre.

Une culture en plein air

« Personnellement, j’ai opté pour le plein air, précise- t-il. Contrairement à l’intensification extrê me des productions sous serre, où le but est d’arriver le plus vite possible au meilleur rendement, nous cherchons à obtenir le meilleur goû t d’une plante qui pousse à son rythme dans des conditions de saison. Elle pourra alors exprimer tout son potentiel de façon naturelle. »

En 2011, Eric Stöcklin met ainsi en place un système de production pour satisfaire certains de ses clients qui demandaient à être livrés en salades avec racines, de couleurs vives et à la structure rustique, un type qui favorise la conservation à l’étalage et chez le consommateur. Adepte de la vente en auto-cueillette qui privilégie le contact avec l’acheteur, le Leuzois, créateur du concept « Saveurs à cueillir », invite celui-ci à se promener dans les allées et à choisir le légume qui lui plaît. La fraîcheur est assurée. La différence avec les autres supermarchés en plein air, c’est qu’à Leuze, les salades poussent... sur une table, à hauteur d’homme, dans des sortes de jardins suspendus. La plante ne grandit pas en pleine terre, mais s’épanouit grâce à un film d’eau en circulation (le système du Nutrient film technic) qui apporte tous les éléments nutritifs nécessaires à sa constitution.

Et voici les tables hydroponiques

Creusant davantage le sillon de l’innovation, Eric Stöcklin et son équipe ont développé – mais ils ne les commercialisent pas eux-mêmes – des mini jardins suspendus qui ont la forme d’une table, d’un peu plus d’un mètre carré facile à installer chez soi. De quoi permettre aux plus passionnés de cultiver, pour leur propre alimentation, 35 à 75 plants en hydroponie, à la manière d’un professionnel. Sans devoir s’armer de pesticides pour contrer les limaces et sans risquer les courbatures. De quoi mettre en sourdine les lamentations du genre : « Mon dieu, que la terre est basse ! »

 

DES TOURS AGRICOLES, UN PROJET ÉDIFIANT

Parce que les villes ne cessent de s’étendre et qu’en 2050, elles abriteront 7 milliards d’êtres humains (soit 70% de la population), parce qu’elles engloutissent les ressources des campagnes, parce qu’un tiers des aliments pourrit entre son site de production et l’assiette du consommateur, parce que ce système est à bout de souffl e et qu’il risque de s’eff ondrer bientôt, parce qu’il ne s’agit pas d’une question de principe mais de survie, la question de l’agriculture urbaine ne cesse d’alimenter les esprits des scientifi ques qui songent très sérieusement à ériger des « fermes verticales » dans les villes de demain. Le sujet a fait l’objet d’un passionnant reportage diff usé sur Arte, les 20 janvier et 4 février derniers. Inventé au début des années 2000 par Dickson Despommier, professeur à l’Université Columbia à New York, le concept de ferme verticale ne cesse de faire des émules. Une nouvelle génération d’urbanistes planche aujourd’hui sur des projets futuristes qui permettraient de cultiver des légumes par hydroponie dans de gigantesques tours agricoles.

Mais si des légumes frais poussent déjà sur les toits de New York et de Montréal, si de minitours agricoles ont déjà vu le jour à Singapour, ville état où l’espace est compté, aucun gratte-ciel vert n’est encore sorti de terre. Et, pour cause, même en parvenant à aplanir les diffi cultés techniques – le problème de la lumière en hiver a été résolu avec l’arrivée des diodes électroluminescentes (LED) dernier cri –, la ferme verticale n’est pas viable économiquement à ce jour. La technologie a un prix : 12 € par kilo de légumes frais produit. À l’exception de quelques villes comme Shanghai, qui rêve de devenir la New-York du troisième millénaire, qui pourrait s’autoriser pareil luxe alimentaire ? En outre, le gigantisme de ces projets ne fait pas toujours l’unanimité. Et certains craignent la voracité de l’industrie agroalimentaire qui pourrait dévoyer le rêve de Dickson Despommier. De jeunes architectes cherchent donc la façon de s’approprier les principes fondateurs des fermes verticales dans l’optique de convertir les villes de demain en écosystèmes autonomes qui généreraient de l’emploi. Bref, la révolution est en marche, mais la pomme de terre peut encore dormir dans… la terre.

 

BON À SAVOIR

Les différents types de salades et d’herbes aromatiques qui seront cultivés lors de l’exposition seront proposés aux restaurants du pavillon belge.

Le Wépionnais Thierry Coche est le scientifique qui a relevé le défi de mener à bien le projet de « La Cave ». Il en est convaincu : si l’on veut nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050, il faut se tourner vers ces solutions alternatives.

A priori rien ne prédisposait Thierry Coche, docteur en biologie cellulaire à l’Université de Namur, responsable de la recherche sur les vaccins thérapeutiques chez SmithKline Beecham, à s’investir dans la présentation, dans les entrailles du pavillon belge à Milan, des avancées technologiques en matière d’hydroponie et d’aquaponie. Rien, sinon que le Namurois, qui a travaillé deux ans aux États- Unis dans le laboratoire de Herbert Boyer, le père du génie génétique, a acquis un bagage et une maîtrise en matière scientifique. Ce savoir acquis, cumulé à son intérêt personnel pour les enjeux de demain en matière d’alimentation, ont fait de lui le partenaire idéal pour coordonner ce projet.

« Celui-ci m’intéressait d’autant plus que j’avais été sensibilisé à la problématique de l’alimentation durant ma jeunesse au Congo belge, explique-t-il. Mon père, ingénieur agronome à Gembloux, était à l’époque l’un des grands spécialistes mondiaux en aquaculture. En Afrique, il s’est beaucoup intéressé à la rizipisciculture, procédé qui consiste à mêler, dans une rizière, l’élevage des poissons et la culture du riz. Quand on sait qu’il a travaillé pour la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, dont l’objectif était d’aider à construire un monde libéré de la faim, on ne peut s’empêcher de penser que le destin nous réserve parfois de belles surprises. D’autant que c’est le plus grand des hasards qui m’a mis en relation avec Benoît Gersdorff, le responsable Horeca du pavillon belge, qui, je dois le reconnaître, avait déjà bien débroussaillé le terrain avec l’architecte. Il cherchait un scientifique, un homme orchestre, pour passer du stade de la réflexion à celui de la réalisation. Nos routes se sont croisées au bon moment. »

L’hydroponie à plat et rotative

Des routes qui ont amené Thierry Coche à s’immerger complètement dans ces nouvelles technologies et à entreprendre les démarches avec les partenaires potentiels afin de les présenter au public dans « La Cave » du pavillon et de lui faire prendre conscience de l’existence d’alternatives intéressantes. « En matière d’entomophagie, nous avons dû faire au plus simple. Les problèmes pratiques, ainsi que la législation sur les questions hygiéniques nous ont vite fait comprendre qu’il était hors de question de présenter des insectes vivants sur le site de l’exposition, et encore moins de les proposer à la dégustation. Ce mode de consommation riche en protéines sera donc expliqué à l’aide de films en trois dimensions. En revanche, nous allons bel et bien présenter dans ‘La Cave’ l’hydroponie. C’est Eric Stöcklin, ingénieur agronome, qui possède une grande expérience dans ce domaine et qui pratique cette culture à Eghezée, qui se chargera de coordonner et de veiller au bon fonctionnement des installations. Les plantes cultivées via ce procédé sans terre seront présentées sous deux formes : à plat et en rangées, ou fixées aux parois d’une roue. Dans les deux cas, c’est l’eau amenée par un système de goulottes qui leur fournira les éléments nutritifs. »

Roues canadiennes et aquariums barcelonais

C’est ici que la scénographie imaginée par notre pays risque de marquer des points. Le visiteur qui descendra les marches du temps pour s’aventurer dans la pénombre de cet étrange laboratoire ne pourra manquer ces grandes roues lumineuses, dont trois situées au centre de la salle seront couplées à des aquariums annulaires. « Ces roues proviennent du Canada, un pays précurseur en la matière, explique Thierry Coche, qui s’est lui-même rendu sur place afin de voir le système fonctionner. La société qui les a conçues les commercialise sous l’appellation ‘Omega Garden’, car c’est d’un véritable petit jardin qu’il est question. Pour une utilisation optimale de la lumière, les plantes fixées sur leur paroi tournent autour d’un éclairage LED. L’ensemble peut ainsi fonctionner en toutes saisons. »

Ainsi présentées, ces roues végétales constituent un système d’hydroponie. Combinées avec la technique de l’aquaculture, elles participent à l’aquaponie, procédé qui consiste à cultiver des végétaux en symbiose avec l’élevage de poissons (voir ci-dessus). D’où la présence de trois aquariums annulaires qui, eux, ont été fabriqués à Barcelone et dans lesquels baigneront des poissons d’eau douce comme des tilapias. « L’aquaponie est un système qui s’autorégule, où tout se transforme et rien ne se perd. L’eau circulant en boucle, il n’y a pas non plus de gaspillage. Mais ce procédé n’est pas aisé à mettre en oeuvre dans un espace aussi restreint. Aussi, nous avons opté pour une démonstration simplifiée. L’important, en effet, n’est pas de présenter en laboratoire une installation qui soit opérationnelle, mais bien de délivrer un message. »

C’est ici que la scénographie imaginée par notre pays risque de marquer des points. Le visiteur qui descendra les marches du temps pour s’aventurer dans la pénombre de cet étrange laboratoire ne pourra manquer ces grandes roues lumineuses, dont trois situées au centre de la salle seront couplées à des aquariums annulaires.


Privilégier les circuits courts

C’est avec le même objectif didactique que les organisateurs ont pensé à installer dans cette cave deux grands murs à thème. L’un portera sur l’aquaponie, qui fournit à la fois protéines et vitamines, l’autre sur la cuisine sauvage, une cuisine à base de plantes comestibles présentes dans notre environnement (voir page 88). Des solutions on ne peut plus écologiques.

« L’agriculture est de plus en plus confrontée à des problèmes de désertification et de raréfaction de l’eau, mais aussi de pollution, explique Thierry Coche. En même temps, aller chercher de la nourriture très loin coûte cher. Les circuits courts doivent être privilégiés et la confiance en la qualité de notre alimentation rétablie. L’agriculture urbaine demande très peu de place et permet de manger ce qui a été produit près de chez soi. Plus qu’une piste dans l’alimentation de demain, c’est déjà une réponse à ce challenge. Les techniques montrées dans le pavillon belge en sont des exemples. »

 

L’ASSOCIATION GAGNANTE POISSONS - PLANTES

L’aquaponie fonctionne grâce à la symbiose entre poissons, plantes et bactéries. Dans ce procédé, les excréments des premiers servent d’engrais aux deuxièmes qui, en échange, vont purifi er leur eau. Grâce à l’intervention de bactéries, l’amoniaque contenue dans les déjections des poissons est en eff et transformée en nitrates qui seront assimilables par les plantes et leur serviront de nutriments. En absorbant les nitrates par leurs racines, les végétaux nettoient l’eau qui, purifi ée, repart dans le bassin des poissons.

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