Waw magazine

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La société liégeoise Geolives propose plus de 40 000 randonnées pédestres et cyclistes accessibles via un Smartphone ou une tablette. Sa plate-forme SityTrail compte plus de 140 000 utilisateurs qui ont dit adieu aux anciennes cartes.

Vous aimez vous balader en pleine nature, mais vous voulez savoir où vous allez mettre les pieds et vous n’avez pas envie d’embarquer dans votre sac une pile de cartes qui risquent de se déchirer ou de s’envoler à chaque coup de vent ? Comme les iBeakens, Geolives propose de nouveaux outils dans le domaine du tourisme. Des outils informatiques, basés sur des applications et l’usage des Smartphones et tablettes. Les QR-codes sont également de la partie. Et les possibilités de plus en plus nombreuses, puisque près de 40 000 promenades sont aujourd’hui proposées en Belgique, en France et même ailleurs en Europe.

« Geolives, dont le centre de développement est situé à Liège, est la société partenaire de Star-Apic, un éditeur de logiciels européens dans le domaine de la gestion cartographique du territoire et de ses infrastructures, explique Yves Peeters, son directeur. Nous l’avons créé en mars 2008 à l’attention du grand public. Jusque là, nous vendions principalement des supports physiques, tels que cartes, CD et DVD . L’arrivée de l’iPhone d’Apple nous a ouvert de nouvelles portes. Avant de partir en vacances, l’utilisateur peut désormais télécharger notre application SityTrail, soit via AppStore s’il possède un iPhone ou un iPad, soit sur Google Play s’il est détenteur d’un Smartphone ou d’une tablette Androïd. Cette application, auquel il a accès via un abonnement mensuel ou annuel, lui permettra de rechercher des randonnées pédestres ou cyclistes proposées par d’autres membres SityTrail, soit par une communauté qui, en cinq ans, compte déjà près de 140 000 utilisateurs. Son choix effectué, il lui suffit de scanner la ou les balade(s) via les QR -codes et, arrivé sur place, il n’aura qu’à suivre les indications fournies sans plus se soucier de rien. Ces itinéraires sont très précis puis qu’ils s’appuient sur les cartes IGN , notre partenaire en Belgique, en France, en Suisse et, dès cet été, aux Pays-Bas. »

Des randoguides gratuits

SityTrail sur ses rails – et même sur de très bons rails puisque SityTrail France a remporté en 2012 le Prix Géoportail de l’IGN dans la catégorie « Loisirs et Culture » –, Geolives s’est ensuite attelé à développer une deuxième application, appelée SityTour, qui permet aux opérateurs touristiques de publier eux-mêmes leurs promenades commentées sous forme de randoguides. « Il s’agit là de randonnées plus élaborées, avec des points d’intérêt contenant des textes, des photos, des fichiers audio… qui sont signalés par des sonneries en fonction de sa géolocalisation », explique Yves Peeters. Elles sont proposées par des regroupements de communes (GAL), des Maisons du Tourisme ou des associations. Ainsi, le Commissariat général au Tourisme met en valeur des promenades sur les communes de Marche-en-Famenne, Rochefort, Durbuy, Hotton, Nassogne et Somme-Leuze, qui se sont regroupées pour faire connaître le Pays de Famenne. En décembre 2012, les communes de Spa, Jalhay, Stavelot, Theux et Trois-Ponts ont décidé de faire de même afin de promouvoir le Pays des Sources à travers une centaine de promenades. Et Natura 2000 a également développé un large catalogue afin de mettre en valeur ses sites dans toute la Wallonie.

Le gros avantage de SityTour ?

L’application ainsi que les fonds de cartes sont gratuits pour le grand public – ce sont les opérateurs qui financent le système. En outre, une fois l’application téléchargée, le visiteur n’aura plus besoin de connexion Internet. S’il n’a pas encore effectué son choix avant de quitter son domicile, il peut « faire ses courses » parmi les circuits proposés à l’Office de Tourisme grâce à son Smartphone et une borne WiFi, particulièrement pratiques pour le touriste néerlandais, très friand de nos Ardennes.

Renseignements

Centre de développement Geolives
Liège Science Park
Avenue du Pré Aily 24
B-4031 Angleur
+32 (0)4 361 47 42
www.geolives.be

 
Description de l’application

• Téléchargez les randoguides des opérateurs touristiques, les cartes et contenus multimédia associés.
• Après téléchargement, les randoguides peuvent être suivis sans aucune connexion Internet.
• Les points d’intérêt sont déclenchés automatiquement et les textes peuvent être lus avec la synthèse vocale.
• Alarme en cas d’éloignement de l’itinéraire suivi.
• Gestion de plusieurs langues.
• Obtenez un itinéraire Google vers un point d’intérêt ou le point de départ d’un randoguide.
• Visualisez sur la carte OpenStreetMap les réseaux de randonnée (cyclables, pédestres...) des opérateurs touristiques, par exemple, en Wallonie, le réseau RAVeL et le réseau cyclable du Pays de Famenne.
• Reconnaissance de QR-codes de SityTour pour télécharegr directement un guide numérique ou encore des QR-codes donnant accès à des pages Internet.
• Accédez à des informations touristiques géolocalisées : articles Wikipédia, hébergements, restaurants, musées, attractions touristiques, …
• Consultez les prévisions météo sur 4 jours suivant votre position sur la carte.
• Mémorisez vos propres repères sur la carte.
• …

Jo Van Hove est tout sauf un touriste. Pourtant, c’est à leur intention que ce Floreffois a créé les iBeakens. Ces petites histoires codées, à lire sur un site ou un monument via votre Smartphone, se multiplient en Wallonie et en Europe en attendant une mise en réseau des sites et musées.

« Le beffroi de Namur est un cas atypique parmi les beffrois wallons puisque celui-ci était à l’origine la plus importante tour défensive de la troisième enceinte de la ville… » Le message qui est apparu sur le Smartphone de Jo Van Hove avec une petite photo du monument classé porte l’adresse internet « qrwallonie. be/Namu0007 ». Pour le lire, il lui a suffi de scanner le code QR (Quick Response) inscrit sur une étiquette en haut du Bouclier Bleu planté au pied du beffroi et signifiant que celui-ci fait partie du patrimoine mondial culturel protégé en cas de conflit armé. C’est l’une des 2 800 iBeakens que lui a commandés l’Institut du Patrimoine Wallon et dont à peu près 660 sont déjà installées. Les provinces, villes, parcs et musées ont commencé à en faire l’acquisition également.

Qui est Jo Van Hove ? D’abord un voyageur, ensuite un passionné de nouvelles technologies et, accessoirement, un Flamand installé en Wallonie – à Floreffe, plus précisément. Mais avant tout, un entrepreneur qui ne manque pas d’idées.

« J’ai longtemps voyagé un peu partout dans le monde afin de chercher des paysages et décors pour une maison de production de photos publicitaires dans le domaine de l’automobile, explique ce père de famille de 47 ans. C’est ainsi que j’ai souvent constaté que ces sites manquaient d’informations ou que celles-ci ne figuraient que dans la langue du pays. Comment pourrait-on faire, me suis-je demandé, pour mieux communiquer avec les visiteurs présents sur le terrain ? La question me semblait d’autant plus pertinente que de moins en moins de gens, aujourd’hui, préparent leurs voyages. »

Nous étions en 2008 et le secteur de l’automobile amorçait un tournant difficile en raison de la crise économique. Jo Van Hove décide que le moment est venu de tenter une nouvelle expérience via le Net. « J’avais déjà lancé un site appelé “locamundo”, qui proposait des maisons en location. Une sorte d’e-commerce avant l’heure. Fort de cette expérience, j’ai réfléchi à la meilleure façon de présenter, sur un modèle similaire, tous ces lieux chargés d’histoire à travers le monde. Mon développeur de sites m’a suggéré d’utiliser les Smartphones qui n’en étaient alors qu’à leurs balbutiements. Je me suis mis à plancher sur une application et, en 2009, la commune de Floreffe a accepté de faire un test sur vingttrois sites touristiques. Je lui ai livré les plaquettes avec les QR -codes et elle a fabriqué les poteaux pour les y accrocher. L’essai s’étant révélé encourageant, je me suis attelé à développer l’application. Et, en septembre 2010, j’ai attaqué la prospection. Mon premier gros client a été la Province de Luxembourg qui m’a commandé des iBeakens pour toutes ses Maisons du Tourisme. »

Maximum 250 mots

Le principe ? Tout organisme (syndicat d’initiative, commune, musée…) ou professionnel du tourisme qui a envie de créer des iBeakens reçoit un code d’accès à la plate-forme mise au point par Jo Van Hove. Pour chaque site, bâtiment, monument ou oeuvre d’art de son choix, il lui suffit de rédiger un court texte explicatif ou anecdotique – « pas plus de 250 mots, souligne Jo, car nous avons remarqué qu’au-delà les gens décrochent. » – et d’y intégrer trois photos maximum. Un petit quiz peut y être ajouté pour encourager le visiteur à aller voir plus loin sur le sujet, ainsi qu’un commentaire audio, qui peut être un témoignage, un accompagnement musical ou une ambiance. Cette mise en place terminée, l’iBeaken reçoit un code QR qui lui permettra d’être répertorié, mais surtout d’être lu, dans la langue choisie, via toute une série d’applications disponibles sur n’importe quel Smartphone. « En réalité, je fais seulement payer l’accès à ma plate-forme via un système d’abonnement qui donne droit à un certain nombre d’iBeakens, explique l’entrepreneur. À cela, il faut ajouter les plaquettes personnalisées que je fais réaliser par un soustraitant. Pour les traductions, je fais appel à des free-lance recrutés dans différents pays. Et j’ai des agents un peu partout en Europe. Je n’ai pas encore d’employés car je désire rester simple. Je connais des concurrents qui ont fait faillite parce qu’ils ont voulu trop en faire. »

Un iBeaken peut en cacher un autre !

Le marché est en train d’éclater : « J’ai environ 500 clients dans le monde, dont un peu plus de 300 en Belgique, quasi tous en Wallonie. Les iBeakens se vendent moins bien en Flandre pour deux raisons : parce que les Flamands sont moins portés vers les nouvelles technologies et parce que je suis installé en Wallonie. Il n’y a rien à faire, j’ai beau être Flamand, les portes se ferment. »

Outre l’IPW et la Province de Luxembourg, Jo Van Hove a aujourd’hui comme clients la Province de Liège (550 plaquettes placées), la Ville de Namur (40 commandées) ou encore le Musée de la Céramique d’Andenne qui a choisi de poser une plaquette devant chaque vitrine. « Il arrive que le même site dispose de plusieurs iBeakens installés par des clients différents, explique-t-il, mais ils ne font pas double emploi. Ainsi, l’église Saint-Martin à Arlon en a quatre ! Celui de l’IPW met l’accent sur le volet patrimoine, celui de la ville sur son histoire, celui du réseau des églises ouvertes sur sa richesse intérieure et celui de la paroisse sur le point de vue du… paroissien. »


Le jeu et la collection, les deux piliers du futur

Pour Jo Van Hove, cependant , les Smartphones ne constituent pas l’avenir du système. « Le client qui souscrit un abonnement ne paie pas seulement pour les plaquettes mais pour que l’info travaille et devienne une plate-forme de marketing attractive. L’idéal serait d’arriver à une plate-forme active de mise en réseau des sites et des musées. J’aimerais également développer la notion de jeux intermusées. Steve Jobs, le patron d’Apple, l’avait bien compris : « Si vous voulez que quelque chose fonctionne, faites-le fonctionner par le jeu !», disait-il. À cette notion, j’ajouterai celle de collection. Le jeu et la collection d’infos via iBeaken seront mes deux piliers pour me démarquer de mes concurrents dans le futur. »

www.ibeaken.com

 

Qualifié en « Champions League »

Jo Van Hove est fier : il a récemment été contacté pour participer à un concours (www.llga.org) organisé par une association de 22 villes dans le monde connaissant des problèmes de croissance, telles que Barcelone, Boston, Londres, Mexico, Rio de Janeiro… « Ces villes ont déterminé 22 challenges pour leur avenir et l’un d’eux concerne la façon de communiquer avec les touristes, explique-t-il. Je leur ai proposé ma plateforme et j’ai été retenu parmi les cinq finalistes avant d’échouer sur le fil, battu seulement par Metaio, une société allemande spécialisée dans la réalité augmentée. C’est quand même déjà exceptionnel d’avoir été si loin, c’est comme si une petite équipe wallonne s’était hissée en finale de la Champions League en football ! », conclut l’entrepreneur qui a décidé de contacter le vainqueur du challenge en vue d’une éventuelle collaboration.

Petit mode d’emploi des aides et subventions avec Philippe Reynaert, le directeur de Wallimage.

Même si l’on parle beaucoup de ses montures blanches, son dada n’est pas l’équitation mais le cinéma. Et plus particulièrement le cinéma belge dont il est devenu un fin connaisseur et qu’il a servi sur un plateau, pendant plusieurs années, lors de l’émission L’envers de l’écran (RTBF). Depuis 2001, Philippe Reynaert est également le directeur de Wallimage, le Fonds régional d’investissement dans l’audiovisuel créé par la Région wallonne. L’interlocuteur idéal donc pour parler de la santé de notre cinéma et nous éclairer sur ce mode de financement des films qui profite à la Région. Nous l’avons rencontré dans ses bureaux à Mons, un lieu enraciné dans le paysage audiovisuel, puisqu’il s’agit de l’ancienne maison de la RTB Hainaut.

Quelle était la santé du cinéma belge francophone lorsque Wallimage lui a tendu la main à l’aube du nouveau millénaire ?
Philippe Reynaert — Il avait commencé à faire parler de lui dans les années ‘80, grâce à des réalisateurs comme Chantal Akerman, Jean-Jacques Andrien et Marion Hansel, dont les films étaient régulièrement présents dans les festivals. Mais si c’étaient des oeuvres d’une grande richesse culturelle, elles ne touchaient pas un vaste public. En revanche, les années ‘90 constituèrent à ce point de vue une décennie exceptionnelle. Un grand pas en avant avait déjà été réalisé en 1989 par Gérard Corbiau et Le Maître de musique. Un film belge qui remporte un Oscar – du meilleur film étranger, NDLR –, vous vous rendez compte ? Dans la foulée, en 1991 et 1992, Toto le héros décroche la Caméra d’Or à Cannes et C’est arrivé près de chez vous est nominé dans la compétition officielle. En 1998, c’est le tour d’Alain Berliner et de La vie en rose de recevoir le Golden Globe du meilleur film étranger, et l’année suivante, la Wallonie de Jean-Pierre et Luc Dardenne décroche la timbale à Cannes avec Rosetta. Une reconnaissance inattendue mais méritée ! Depuis lors, la liste des « Wallons palmés » ne cesse de s’allonger (rires).

L’aide à la création dans le sud du pays a donc connu un déclic…
PhR — … grâce à notre petite Rosetta. Depuis les années ‘60, la Communauté française se chargeait d’octroyer une aide au cinéma belge francophone, mais celleci était motivée par la valeur culturel le et essentiellement perçue comme bruxel loi se. Lorsque Rosetta a reçu la Palme d’or et Émilie Dequenne le prix d’interprétation, l’embarras politique a été tel que tout le monde s’est précité sur le film pour le revendiquer. Ce fut un véritable électrochoc. Le dossier du financement wallon qui avait été entrouvert quelques années plus tôt est ressorti du tiroir et c’est ainsi, sous l’impulsion de Serge Kubla, alors ministre wallon de l’Économie, qu’est né le fonds d’invest issement Wallimage financé par la Région.  

Avec un objectif davantage axé sur l’emploi que sur la culture ?
PhR — Oui, car il ne fallait pas proposer le même type de soutien que la Communauté française. Une évidence s’imposait : il était temps que la Wallonie dispose de ses propres outils de création. Mais à quoi cela servait-il de financer la construction, par exemple, d’un studio de montage si celui-ci n’avait pas encore de clients ? C’est ainsi que j’ai proposé que le soutien profite d’abord aux films afin de créer un flux financier, c’est-à-dire un marché. L’idée était de dire à un producteur : « Il vous manque de l’argent pour boucler votre budget ? OK, nous intervenons, mais à condition que l’argent prêté ou investi dans le film soit totalement réinvesti en Wallonie. » L’objectif est de faire vivre nos commerces, mais aussi de donner du travail à nos acteurs et nos techniciens. Notre aide est donc essentiellement économique.

Combien de films Wallimage a-t-il déjà soutenus ?
PhR — Depuis sa naissance officielle, le 14 février 2001 – un cadeau pour tous les amoureux du cinéma –, la filiale Wallimage Coproductions a soutenu environ 200 films. Dont ceux des frères Dardenne, de Bouli Lanners, de Joachim Lafosse… Nous en sommes particulièrement fiers car ce sont des cinéastes qui construisent une oeuvre à très haute valeur culturelle. Et ce qui est encore plus réjouissant, c’est qu’en moyenne ce ne sont plus 100 % du financement qui sont réinjectés en Wallonie, mais 300 % ! En effet, notre budget, qui est de l’ordre de 5,5 millions €, ne nous permettant pas de soutenir plus d’une vingtaine de films par an, il s’est créé un effet de concours parmi les candidats. Plus ils projettent de dépenser chez nous, plus ils ont des chances d’être retenus. À condition bien sûr que les films respectent certains critères et ne fassent pas l’éloge de la violence, du racisme, etc. Il faut aussi savoir que ces 300 % réinvestis génèrent à leur tour de l’impôt et de la TVA ! Bref, près de 100 % retournent dans les caisses de la collectivité. Voilà donc une opération financière neutre qui génère de l’emploi et, bonus suprême, donne une image positive de la Wallonie. Grâce à son impact commercial, Rien à déclarer, de Dany Boon, a joué un rôle important pour la promotion de notre région. Il faut dire que ce film a investi chez nous… 1 200 % de l’aide reçue !

Parlons de votre deuxième filiale, Wallimage Entreprises…
PhR — Encouragées par ce nouveau marché, des sociétés spécialisées dans les secteurs de pointe de l’audiovisuel ont pu voir le jour en Wallonie. C’était ce que nous espérions. Le problème c’est que, faute d’un fonds de rou lement qui leur aurait permis de tenir le coup le temps de plusieurs films, certaines sont tombées en faillite. Il était donc important de placer également de l’argent dans ces entreprises jusqu’à ce qu’elles deviennent autonomes. J’en ai parlé au ministre Jean- Claude Marcourt qui a aidé à la mise en place d’une ligne d’investissement spécifique. Le fonds Wallimage Entreprises intervient en par ticipation au capital ou en prêts subordonnés. À ce jour, nous avons aidé 18 sociétés et contribué à la mise en place, en Wallonie, d’une gamme de services très étendue. Ces entreprises sont principalement rassemblées en trois grands pôles : le Pôle Image de Liège, où les professionnels de l’audiovisuel peuvent y faire leur shopping complet, le pôle de Marcinelle qui est en train de se construire autour de Dreamwall, le studio d’animation et de graphisme lié à Dupuis, et Genval-les-Dames, qui est encore un mini pôle proposant postproduction, montages, mixage, studio son…

Grâce à son impact commercial, Rien à déclarer, de Dany Boon, a joué un rôle important pour la promotion de notre région. Il faut dire que ce film a investi chez nous… 1 200 % de l’aide reçue !


La Wallonie a également sauté dans le train du CrossMedia !

PhR — Avec l’apparition des nouveaux médias est née une nouvelle forme de promotion : le marketing digital. Pour toucher les jeunes, les professionnels ont recours aujourd’hui à des campagnes numériques qui sont diffusées sur Internet et des sites comme YouTube et Facebook, où des pages entières sont dédiées aux films et à leurs personnages. En 2011, la Région wallonne a donc logiquement décidé de soutenir, via le programme Creative Wallonia, le secteur naissant du CrossMedia. Une ligne Wallimage spécifique a ainsi été créée. Elle permet de financer, à raison de 50 000 € par film et de 800 000 € par an, les projets de créations digitales pour le cinéma. Il ne s’agit plus ici d’un investissement, mais d’une subvention subordonnée à la même règle : il faut que la somme reçue soit réinvestie à 100 % en Wallonie. Le mécanisme est bien sûr réservé aux productions dans lesquelles Wallimage s’est investi. C’est ainsi que nous sommes fiers d’avoir apporté notre contribution à des films comme L’écume des jours et Ernest et Célestine, lesquels ont bénéficié du formidable travail de promotion de Créaxial, pour le premier, et de Digital Graphics, pour le deuxième. Deux boîtes wallonnes.

Le tax shelter est l’autre grand mécanisme de soutien aux productions. Quel est son impact ?
PhR — Énorme ! Si l’origine du financement est différente, puisqu’il provient ici des entreprises désireuses de bénéficier d’une exonération fiscale de 150 % du montant investi, l’objectif est le même : susciter des retombées économiques pour la région. Sur papier, le système est un peu moins performant que celui mis en place par Wallimage puisque la production n’est tenue de réinvestir que 90 % de la somme reçue et qu’une partie s’envole au profit des intermédiaires, mais son impact est beaucoup plus important. En effet, alors que Wallimage gère 5,5 millions par an, le système du tax shelter a levé 180 millions l’an dernier ! Mais c’est tout profit pour nous aussi, puisque depuis son arrivée, en 2004, les tournages en Belgique se sont multipliés par 4 ou 5. Je dis toujours qu’avec le tax shelter, ce sont les deux gros réservoirs accrochés à la fusée Wallimage !

Ce système d’aide est aujourd’hui menacé par la Commission européenne. Qu’adviendrait-il si l’exception culturelle disparaissait dans le traité de libre-échange qui se négocie entre les États-Unis et l’Europe ?
PhR — Dans cette discussion, les Américains ont demandé que l’aide d’État au cinéma soit supprimée en Europe ou, si ce n’était pas le cas, que celle-ci s’ouvre également à leurs productions. Ce qui signifierait qu’il ne resterait plus d’argent pour les films européens. La Commission a alors émis l’idée de maintenir ces aides mais de ne plus lier à un territoire afin de favoriser le libre-échange. Cela ne nous agrée pas davantage, car la Région ne va pas donner de l’argent qui sera, par exemple, dépensé en Europe de l’Est. Remarquez que chez Wallimage, nous pouvons contourner le problème en n’imposant plus rien aux demandeurs, mais en décidant de ne pas les aider si cela ne nous plaît pas. Nous resterions maîtres de nos choix. En revanche, pour le tax shelter, les entreprises prendront la décision en fonction de leur intérêt. Et si l’argent part ailleurs, ce sera la fin du système. Avec une série de faillites dans le secteur de l’audiovisuel à la clé. C’est pourquoi il faut nous serrer les coudes et continuer à nous battre tous ensemble.

www.wallimage.be

 

Subventions annuelles

Jusqu’il y a 4 ans, le fonds Wallimage était destiné à venir en aide à la Wallonie uniquement. En 2009, une ligne baptisée Wallimage/Bruxellimage a vu le jour af in d’équilibrer les chances de développement économique dans les deux Régions. Aujourd’hui, les f inancements annuels liés aux productions cinématographiques se répartissent comme suit : 3,5 millions € apportés par et pour la Wallonie (dont 1 million pour les films d’animation) et 2 millions apportés à parts égales par les deux Régions au profit de celles-ci. En outre, depuis septembre 2013, 1 million € supplémentaire est mis sur la table par les deux partenaires afin de soutenir les séries télévisées. Total : 6,5 millions €.

 

Success-story de Jean-Pierre et Luc Dardenne à Cannes

1999 — Palme d’or et Prix d’interprétation pour Émilie Dequenne dans Rosetta.
2002 — Prix d’interprétation pour Olivier Gourmet dans Le fils.
2005 — Palme d’or pour L’enfant.
2008 — Prix du scénario pour Le silence de Lorna.
2011 — Grand Prix du jury pour Le gamin au vélo.

Le cluster wallon lance un projet transmedia européen.

Ben Stassen n’est pas le seul Wallon à croire en l’avenir du cinéma en relief. À Liège, Pierre Collin (Eureka Conseil), le professeur Jacques Verly (ULg) et Alain Gallez (Eventis) ont lancé en 2009 un évènement appelé « 3D Stereo Media », au cours duquel sont projetés une quarantaine de films – courts et longs métrages – d’animation et de fiction, ainsi que des documentaires.

« Il ne s’agit pas d’un festival mais plutôt d’un forum européen qui propose des conférences professionnelles et scientifiques, une formation pour les réalisateurs, des rencontres entre experts et un grand marché du film en 3D, précise le premier nommé. Et Ben Stassen en est le président d’honneur. »

Si la cinquième édition a lieu du 3 au 6 décembre prochain au cinéma Sauvenière et dans d’autres salles de la Cité ardente, Pierre Collin, lui, n’en sera plus, car il tient à éviter les conflits d’intérêts. « Je suis en effet l’executive manager d’un cluster qui rassemble une centaine d’acteurs wallons dans le domaine des technologies audiovisuelles, explique l’intéressé. Baptisé Twist (pour Technologies wallonnes de l’image, du son et du texte), ce cluster a pour but premier de renforcer les synergies entre ses membres qui sont principalement des PME mais également des chaînes de télévision, des universités et des fonds d’investissement comme Wallimage. Grâce à une meilleure connaissance des uns et des autres, ces acteurs peuvent ainsi trouver des intérêts communs et développer des projets ensemble. Nous sommes actifs sur trois marchés : le cinéma et l’animation, le broadcast, c’est-à-dire le développement de technologies, la prestation de services à l’attention des chaînes TV, et le transmedia, qui est le grand marché du futur et concerne l’Internet, les téléphones mobiles et les tablettes. »

Twist vient ainsi de remporter un appel à projets qui sera financé par l’Europe et qui a démarré ce 1er septembre. « Ce projet vise, avec l’aide de plusieurs partenaires européens sensibilisés, à développer les technologies transmedia. Des appels seront lancés sur diverses thématiques. L’une d’elles portera sur l’interactivité dans les salles de cinéma. Via leur Smartphone, les spectateurs pourront interagir pendant la projection du film en participant à un jeu. On examinera aussi les façons de mieux rentabiliser les salles de cinéma pendant les heures creuses, par exemple en y projetant un opéra new-yorkais en direct ou en les transformant en espaces de jeux vidéo. Le but est de créer un univers parallèle afin d’amener les gens vers le contenu central qui est le film. Mais ce développement doit faire partie intégrante du film depuis sa conception. Le réalisateur doit donc travailler dans ce sens dès le départ ».

www.twist-cluster.com

 

Le festival en 3 dimensions

Liège est décidément la plaque tournante de la haute technologie 3D. Pour la cinquième fois, le festival 3D Stereo ME DIA prendra ses quartiers dans la Cité ardente. Cet évènement qui, comme son nom l’indique, se concentre sur l’imagerie en trois dimensions, rassemblera cet hiver les plus grands experts mondiaux dans le domaine. Citons parmi eux Ben Stassen (évidemment), mais aussi Robert Neumann (Walt Disney Animation Studios), Chuck Comisky (Chromium Labs), etc. Ce festival, qui s’intéresse à tout ce qui tourne autour de la 3D, que ce soit au niveau scientifique, technologique, artistique ou économique, n’est pas seulement réservé aux professionnels mais aussi à un public plus large. Et pour confirmer la légitimité de son existence et son internationalité, l’évènement a été reconnu par l’International 3D Society of Hollywood qui a choisi ce festival pour récompenser le « 3D Creative Arts Award » pour l’Europe.

3D Stereo MEDIA
Du 3 au 6 décembre 2013
www.3dstereomedia.eu

Innovateur et précurseur du cinéma 3D et 4D, Ben Stassen, avec sa société nWave, fait des vagues parmi les gros studios américains.

En 1991, alors qu’il travaille avec la société bruxelloise Little Big One, Ben Stassen ouvre la voie des films en images numériques haute définition avec The devil’ s mine ride (La mine du diable), un film de quatre minutes qu’il scénarise et produit pour le grand format. En 1997, il réalise son premier film Trill ride : the science of fun, un moyen métrage percutant qui propulse nWave Pictures, la société qu’il a créée trois ans plus tôt, sur les rails de la notoriété. En 2007, il réalise et produit le premier long métrage européen en images de synthèses en relief, Fly me to the moon, un film spécifiquement conçu pour la 3D pour lequel il obtient la participation de l’astronaute Buzz Aldrin en personne. En 2010, Le voyage extraordinaire de Samy fait le tour du monde et réalise plus de 40 millions de dollars d’entrées. Enfin, en février de cette année 2013, le voilà qui se hisse à la première place des meilleurs réalisateurs de films en 3D sur IM Db, le plus gros site internet dédié au cinéma !

Le plus extraordinaire dans cette ascension, c’est que ce savoir-faire et ce succès, qui font la nique aux gros studios américains tels Dreamworks et Pixar, viennent de notre petit pays et, plus précisément, de la province de Liège. C’est à Aubel, en effet, que la famille Stassen, active dans la production de cidre, est originaire. Mais Ben n’a jamais mordu dans la pomme, il a préféré étudier le cinéma aux États-Unis avant de revenir exercer ses talents chez nous. « nWave est une société de production et de distribution qui emploie 130 personnes et est leader mondial de films d’animation pour les marchés spécialisés comme les parcs d’attraction », explique celui qui est considéré aujourd’hui comme le « pape de la 3D ». « Notre créneau touche trois types de production : les ‘Rides’, qui sont de petits films de quelques minutes pendant la projection desquels les spectateurs sont secoués, les films en 4D de 10 à 15 minutes qui sont accompagnés d’effets spéciaux (odeurs, vent…) dans les salles, et les plus longs métrages en format IMAX qui sont coproduits par Studiocanal. Nous ne travaillons pas sur commande : nous faisons nos films de A à Z en développant nos technologies et nous distribuons nos productions partout dans le monde. »

Fort de sa longue expérience dans le domaine des images de synthèse, Ben Stassen a ses idées : un film en 3D ne doit pas être mis en scène comme un film en 2D, mais il doit avoir sa propre grammaire et transformer le spectateur en acteur. Il n’a pas hésité à s’opposer sur ce sujet à James Cameron, le réalisateur d’Avatar, qui a cependant reconnu, quelques années plus tard, que le réalisateur belge avait raison. En revanche, les Américains Robert Zemeckis et Martin Scorsese sont quant à eux convaincus depuis longtemps de la force d’un vrai cinéma en 3D. Le drôle de Noël de Scrooge et Hugo Cabret, réalisés respectivement par le premier et le second, en sont les preuves.

www.nwave.com

Un film ne doit pas jouer sa carrière sur un coup de dé. Une sortie, cela se prépare longtemps à l’avance. Et avec méthode. Philippe Kauffmann et ses associés au sein de Cuistax l’ont bien compris : ils proposent des opérations marketing originales auprès d’un public bien ciblé. 

Parce qu’ils ont tous les trois une belle expérience dans le métier – Philippe Kauffmann (La Parti Production) et Joseph Rouschop (Tarantula) sont producteurs et Marco Calant gère une société de communication (Tramway 21) –, ils sont bien placés pour savoir quels efforts gigantesques sont nécessaires pour donner naissance à un film mais aussi qu’il est très facile de mettre un terme à sa carrière dès la première semaine d’exploitation parce qu’il ne fait pas assez d’entrées.

Aussi, nos trois gaillards ont-ils décidé d’ouvrir une nouvelle route et d’aller à la rencontre des spectateurs afin de leur faire découvrir les films bien avant leur sortie. Début 2012, ils ont créé Cuistax, une société de marketing pour le moins originale avec laquelle ils pédalent pour faire avancer le cinéma belge d’auteur. Avec une énergie telle que s’ils accrochaient une dynamo à leurs roues, ils arriveraient à faire briller la petite flamme dans l’oeil de nombreux spectateurs et peut-être même à rallumer des salles entières !

« Il faut commencer la promo bien avant que le film soit terminé et, si possible, avant même que le tournage ait commencé !, martèle Philippe Kauffmann, qui est à l’origine de l’entreprise. Et chaque stratégie de communication doit être unique et adaptée au produit. La première question c’est : “À qui ce film s’adressera-t-il ?” Puis, “Comment faire pour que les gens aillent le voir ?” » Et le Gaumais d’origine, ancien directeur artistique des Halles de Schaerbeeck – la hantise des salles vides, il connaît ! – d’expliquer comment lui et ses associés s’y sont pris pour faire connaître Mobile Home, le premier long métrage de François Pirot : « Puisque le film s’adressait aux jeunes, nous sommes allés à leur rencontre. Durant l’été 2012, nous avons baladé le camping-car équipé d’un “mobilhomaton” dans tous les festivals musicaux. Les spectateurs venaient s’y faire photographier puis allaient voir leur photo sur le site du film. Résultat : dès sa sortie, les gens se sont précipités dans les salles ! »

D’autres exemples ? Pour Ernest et Célestine, Cuistax s’est adressé directement aux plus jeunes en créant, avec des professionnels du crossmedia, des applications pour tablettes. Pour Je suis supporter du Standard, la société a monté des opérations avec le club liégeois : dossier de presse réalisé sous forme d’album Panini par la maison d’édition en Italie, conférence de presse dans le car des joueurs, diffusion de la bande-annonce dans le stade lors du match de play-off Standard-Anderlecht… « Et, chaque jour, sur son iPhone, le réalisateur Riton Liebman a écrit le journal du tournage sous forme de capsules humoristiques que Le Soir, en tant que partenaire, a diffusé sur son site », explique Philippe Kauffmann, qui insiste sur la nécessité de travailler par « coup de coeur » et à la demande des producteurs pour lesquels ces actions remplaceraient les campagnes de pub classique. « Est-il encore nécessaire de faire des affiches ? Est-ce qu’il faut continuer à suivre le circuit traditionnel : salles de cinéma, DVD, télévision ? Est-ce que la première d’un film doit absolument avoir lieu dans les salles ? », s’interroge même celui qui se sent de moins en moins l’âme d’un producteur compte tenu des difficultés inhérentes au métier. « Ainsi, pour “Kill me please”, d’Olias Barco, nous avons offert à 1 000 internautes l’occasion de voir le film sur son site, à minuit, la veille de sa sortie. Certains exploitants de salles nous en ont voulu, pensant qu’on leur avait piqué des spectateurs. Ils n’avaient rien compris : ceux qui ont vu le film sur leur ordinateur en ont parlé à leurs copains qui sont allés le voir au cinéma. C’est du marketing ! »

 

Renseignements

Cuistax sprl
Rue Auguste Donnay, 99
B-4000 Liège

Le film où la Vierge fait une apparition

« Il y a un bulldozer en train de dévaster tout mon jardin !… Et le compromis de vente n’est pas encore signé… Quoi ? Une erreur de timing !… » Le jeune gars éberlué qui hurle dans son GSM, c’est Brice, un citadin nouvellement installé dans un petit village des Ardennes et qui s’évertue à faire face à un énorme projet de centre de vacances. Ce matin-là, il a été sorti de son lit par un vrombissement menaçant et a aussitôt appelé le bourgmestre pour avoir des explications. Son épouse l’a rejoint devant la porte du jardin. Scandalisée, elle aussi. La caméra cadre sur les visages : « Salaud ! », crie la jeune femme. « Tu dégages ! », hurle son mari. « C’est bon, coupez ! »

Le tournage de Jacques a vu, le premier long métrage du Namurois Xavier Diskeuve, a démarré le 13 juillet. Une aventure de trente jours dans laquelle se sont embarqués une trentaine de techniciens et une cinquantaine de comédiens, dont Nicolas Buysse et Christelle Cornil, le couple de néoruraux, mais également François Maniquet. L’économiste de renom et Prix Francqui 2010, interprète le rôle d’un fermier, Jacques, qui aurait vu… la Vierge. Pendant une semaine, l’équipe s’est installée dans une rue tranquille de Wépion. La maison qui accueille le tournage est en état de délabrement. Justement ce que cherchait Xavier qui l’a repérée alors qu’elle était encore en vente. Elle ne l’est plus, mais le nouveau proprio n’était pas encore là pour lancer devant les camions et caméras : « Qu’est-ce que vous foutez ici ? J’ai déjà signé le compromis de vente ! »

Ce lundi de tournage est le jour le plus chaud de l’année et l’équipe, venue des quatre coins de Wallonie, souffre un peu plus à chaque prise. Victoria Garnier (Liège), la régisseuse plateau, court de l’un à l’autre avec de la crème (sans fraises, c’est pour le soleil) et Cathy Tilman (Namur), la chef maquilleuse, monte sans cesse aux fronts pour les éponger. Dans la cour, la tension grandit car la pelleteuse est maintenant nez à nez avec la caméra. L’affrontement est inévitable. Arnaud Kervyn (Forest), le 1er assistant-réalisateur, demande de refaire une prise pour que les spectateurs aient l’impression que l’engin arrache vraiment des branchages. Tandis que Jean-Paul De Zaeytijd (Soignies), le chef opérateur – Magritte de la meilleure image pour Les géants –, vérifie la lumière, Damien Chemin (Tourinnes-la-Grosse), le cadreur, propose au grutier de déverser le chargement de la benne juste devant l’objectif. Celui-ci le déconseille car la grosse branche pourrait faire toboggan et abîmer la caméra. Il faudra travailler en deux temps. « Nous avons loué cette pelleteuse dans une entreprise, explique Nicolas George, le directeur de la production (Les Films du Carré, à Liège). Nous avons également dû trouver trois autocars pour les touristes, une voiture blanche pour simuler un taxi romain, une vieille guimbarde pour le couple, etc. » « Si l’on ne trouve pas ce qu’il faut en location, on joue la débrouille en ayant l’oeil sur les notes de frais », surenchérit Bastien Martin (Fossesla- Ville), l’assistant de production. La débrouille ? Pour le grutier, par exemple, Bastien a amené Eddy, son père, dont c’est le métier. « Je suis en congé, je suis donc venu raser gratis ! », confirme l’intéressé. Puis, comme quelqu’un lui demande d’être plus violent avec son engin : « Hé ! Ho ! Il y a une citerne de gaz, là, dans les broussailles. Pas envie de tout envoyer en l’air… »

« J’espère qu’on aura le Magritte du meilleur grutier ! », nous susurre Xavier. Puis, à la cantonade : « Allez ! On va manger un bout à la cantine du terrain de base-ball. Et cet aprèsmidi, tous à Godinne ! » On lui demande où il envoie son équipe. « À la gare ! » Mais il nous rassure : « Nous tournons le départ du couple pour le Vatican… » Ah ! Le Pape fait une apparition aussi ?

www.jacquesavu.com

 

Un premier long qui a failli tourner court !

« Quand j’étais jeune, je voulais être critique de cinéma, explique le réalisateur. Mais je suis devenu journaliste et c’est en suivant Benoît Mariage sur un tournage avec Benoît Poelvoorde que je me suis dit que ça ne devait pas être si compliqué d’être derrière une caméra… »

C’est en adaptant une de ses nouvelles qui avait décroché le prix Polar RTBF que Xavier Diskeuve se jette à l’eau. Entre 2002 et 2009, il réalise quatre courts-métrages qui se révèlent laborieux (à cause du financement), mais lui apportent satisfaction (grâce aux récompenses). Le Namurois décide alors de passer à la longueur supérieure avec Jacques a vu. Pas un film à message, car il s’agit d’une comédie. Mais le réalisateur aimerait néanmoins montrer qu’avec la disparition des petits commerces et l’érection de lotissements en cascade, c’est l’âme des villages wallons qui « pèt è-vôye » ! Première constatation : il est plus facile de trouver des comédiens qu’un producteur ! « François est un ami de longue date, Christelle et Nicolas sont devenus des potes. Ils répondent présents à chacun de mes films. Mais pour recevoir des aides à l’écriture et à la production, quelle galère ! Le tournage a longtemps été retardé. C’est le réalisateur Emmanuel Jespers qui a débloqué la situation en acceptant de produire le film via sa société Ezechiel 47-9 et Iota Production s’est joint à la production. Le budget approche le million d’€. Le film n’a pas reçu le soutien de Wallimage, mais j’ai finalement obtenu une aide à la production et plusieurs entreprises ont apporté leur contribution via le tax shelter. »

Deuxième constatation : il n’est pas facile non plus de dénicher les lieux de tournage rêvés. « La production a longtemps cherché dans le nord de la France et le Grand-Duché de Luxembourg avant de revenir dans la région, ce qui avait pour avantage de minimiser les frais de déplacements et de logement de l’équipe. Je me suis alors lancé dans le repérage pendant des mois, mais ce n’est guère aisé de trouver autour de Namur des sites pouvant être affublés d’une casquette ardennaise. Résultat, tous les lieux principaux sont dispersés : la maison de Brice est à Wépion, la ferme du cousin Jacques à Bothey (Gembloux), la boulangerie à Lesve (Profondeville), la boucherie à Evrehailles (Yvoir), l’église et le centre du village à Annevoie (Anhée)… Lors de notre première reconnaissance en équipe, nous avons mis trois jours en minibus pour faire le tour des sites ! »

Et comme on lui demande s’il a eu plus facile avec la Vierge : « Pas trouvée dans la région, il n’y en avait plus ! » (Rires)

 

Christelle Cornil, de Ghislain Lambert aux frères Dardenne

Contrairement à Xavier Diskeuve, François Maniquet et Nicolas Buysse qui sont tous trois Namurois, Christelle Cornil vient du Brabant wallon, plus précisément d’Ottignies. « C’est la troisième fois que je tourne avec Xavier, explique la jeune femme. Il était venu me trouver au Festival International du Film Francophone de Namur après m’avoir vue dans “Le vélo de Ghislain Lambert”. J’avais le profil qui convenait. J’ai d’abord formé un couple avec François dans “Mon cousin Jacques”, en 2003, puis il m’a de nouveau appelée pour Révolution en 2005 et me revoici aujourd’hui pour son premier long. »

Entre-temps, Christelle, qui a été formée aux conservatoires de Mons et de Bruxelles, s’est frayé une petite place dans le monde du cinéma. Parmi sa filmographie, déjà large d’une vingtaine de longs métrages : Cowboy, de Benoît Mariage, Soeur Sourire, de Stijn Coninx, Illégal, d’Olivier Masset-Depasse – qui lui a valu le Magritte du second rôle – et L’épreuve d’une vie, de Nils Tavernier, qu’elle vient d’achever.

« Mes rôles sont plus importants dans les films belges que dans les films français. Devrais-je m’installer en France ?, s’interroge l’actrice. Je ne sais pas. L’été dernier a été difficile pour moi, notamment en raison du report du film de Xavier. Mais cette année, cela se goupille mieux. Après ce tournage, je vais rejoindre le plateau de “Deux jours, une nuit”, le nouveau film des frères Dardenne, avec Marion Cotillard. Ce sera un autre univers. J’espère que le film me fera davantage connaître. »

C’est un rôle phare au cinéma. Il apporte l’image, le cadrage, la lumière. Sur le clap, le nom du directeur de la photographie est d’ailleurs le seul qui côtoie celui du réalisateur. Sur cette petite plaquette qui annonce chaque prise, Christophe Beaucarne a déjà figuré aux côtés de Jean-Marie Poiré, Cédric Klapisch, Jaco Van Dormael, Anne Fontaine, Mathieu Amalric, Marjane Satrapi, etc.

En faisant un zoom arrière, on s’aperçoit que ce sont principalement les réalisateurs français qui ont nourri la filmographie du Brabançon wallon. Logique : en 1990, dès la fin de ses études à l’Insas (Institut National Supérieur des Arts du Spectacle), c’est à Paris que Christophe, aujourd’hui papa de deux grands enfants, est allé chercher la lumière. « C’est là que j’avais le plus de chance de trouver du travail, justifie-t-il. J’y ai rejoint un ami de la famille, Robert Alazraki, qui était déjà à l’époque un chef opérateur très quôté, et c’est avec lui que j’ai commencé. D’abord stagiaire, puis 2e assistant, puis 1er assistant… Jusqu’au jour où, Jean-Marie Poiré s’étant disputé avec son directeur de la photo, on m’a proposé de finir le tournage des “Anges gardiens” à sa place. » Bien que sur les rails, Christophe va rapidement refuser le train-train des grosses comédies pour bifurquer vers un cinéma d’auteur. « C’est un genre beaucoup plus subtil en termes d’images. Le travail que j’ai réalisé pour Jaco Van Dormael, dans “Mr. Nobody”, par exemple, était passionnant. La scène où le garçon court derrière le train – scène qui a été tournée à la gare de Olloy-sur-Viroin, à Viroinval, ndlr – et qui revient à de nombreuses reprises a été à chaque fois filmée d’une façon différente selon le sens qu’elle prenait dans le récit. Nous avons donc utilisé une caméra fixe, puis sur l’épaule, en travelling rapide sur les rails et poussée par des cheminots, etc. À chaque fois, il y avait un travail de recherche personnel. Heureusement, je connais Jaco depuis l’Insas où il a été mon professeur et il existe entre nous une réelle complicité. » Une complicité qui a débouché sur le Magritte de la meilleure image, alors que Coco avant Chanel, d’Anne Fontaine, et Tournée, de Mathieu Amalric, lui valurent d’être nominé aux César. L’entente semble être très bonne également avec ces deux réalisateurs puisque Christophe alterne en ce moment les tournages de Gemma Bovery, de la première, et de La chambre bleue, d’après Simenon, du deuxième. « J’aimerais cependant retravailler avec des réalisateurs et des techniciens belges, d’autant que ces derniers sont d’un excellent niveau et que j’ai beaucoup d’affinités avec eux », avoue Christophe, en citant le chef machiniste Stéphane Thiry qui l’épaula notamment sur Mr. Nobody et sur Coco. « Je ne désespère pas, par exemple, de travailler avec Joachim Lafosse ou avec Benoît Mariage qui a étudié l’image avec moi à l’Insas. Mais il faut que nos agendas, aussi, s’harmonisent.» À Tourinnes-la-Grosse, il y a un chanteur et poète qui doit se féliciter d’avoir mis un jour une caméra vidéo dans les mains de son gamin : Julos Beaucarne. Juste retour de manivelle, des années plus tard, Christophe filma son père dans deux longs métrages de Bruno Podalydès : Le mystère de la chambre jaune et Le parfum de la dame en noir. C’est qu’entre-temps, il avait tout compris des… mystères de la chambre noire.

www.blasband.be

 

Filmographies (sélectives)


Christophe Beaucarne (Né à Uccle — Vit à Paris)
 Les anges gardiens de Jean-Marie Poiré (1995)
La dilettante de Pascal Thomas (1999)
Le mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès (2003)
 Peindre ou faire l’amour d’Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2005)
 Irina Palm de Sam Garbarski (2007)
 Coco avant Chanel d’Anne Fontaine (2009)
 Mr. Nobody de Jaco Van Dormael (2009)
 Tournée de Mathieu Amalric (2010)
 Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2011)
 L’écume des jours de Michel Gondry (2013)


Philippe Bourgueil (Né à Tournai – Vit à Bouge)
 Les convoyeurs attendent de Benoît Mariage (1999)
 Kennedy et moi de Sam Karmann (1999)
 Le Boulet d’Alain Berberian (2001)
 Podium de Yann Moix (2003)
 Cow-boy de Benoît Mariage (2006)
 Oscar et la Dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt (2009)
 L’homme qui rit de Jean-Pierre Améris (2012)
 Angélique d’Ariel Zeitoun (2012)


Renaud Mayeur (Né à Thieu (Le Roeulx) - Vit à Braine-le-Comte)
 Eldorado de Bouli Lanners (2008)
 Dans tes bras d’Hubert Gillet (2009)
 Torpedo de Matthieu Donck (2012)
 Mobile Home de François Pirot (2012)

 

La paume d’Irina, la plume de Blasband


C’est notre coup de coeur et il est illuminé par la lumière de Christophe Beaucarne. Irina Palm, coproduction internationale, réalisée par le cinéaste belge Sam Garbarski, montre avec beaucoup de sensibilité jusqu’où une femme – magnifique Marianne Faithfull – est capable d’aller pour sauver son petit-fils. Autre raison de voir ou de revoir ce petit bijou qui est sorti en DVD, cette histoire est née de l’imagination du Bruxellois Philippe Blasband qui en cosigne le scénario. L’écrivain, diplômé de l’Insas (section montage), avait déjà collaboré avec Sam Garbarski pour Le tango des Rashevski, mais son nom est surtout associé à celui de Frédéric Fonteyne pour lequel il a écrit de nombreux scénarios de films (Max et Bobo, Les liaisons pornographiques, Tango libre…). Le dramaturge a aussi réalisé quatre longs métrages, dont le premier, Un honnête commerçant, outre qu’il a réuni sur le tournage à Waterloo Philippe Noiret et Benoît Verhaert, a comme particularité d’avoir été le premier film terminé à avoir reçu l’aide de Wallimage (en 2001). Dans le paysage cinématographique belge, Philippe Blasband est aujourd’hui un acteur omniprésent qui se devait de figurer ici.

« La musique de film ? C’est un complément parfait à ma vie de saltimbanque ! » Pourtant, quand Bouli Lanners invite Renaud Mayeur à mettre des notes sur son Eldorado, en 2008, le musicien n’avait guère de connivences particulières avec le 7e art. Ce n’était qu’une question de temps !

Certes, Renaud Mayeur avait connu quelques bons moments avec des films d’Édouard Molinaro, Yves Robert et Henri Verneuil. Bien sûr, il avait vibré sur les musiques de Morricone et de Badalamenti, mais cet univers n’était pas sa tasse de thé, la musique rock – au sens large.

« J’ai appris la batterie à l’académie, explique l’Hennuyer. Pour le reste, je suis autodidacte. J’ai arrêté l’école à 16 ans pour faire du rock, du jazz, du reggae… Et j’ai bourlingué d’un groupe à l’autre (Hulk, les Anges, la Muerte, Triggerfinger) en touchant un peu à tout : batterie, guitare, banjo, clavier… Entre 2005 et 2009, il m’arrivait de donner près de 150 concerts par an. En Belgique, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas principalement. » C’est lorsqu’il est en concert avec son groupe au Botanique, à Bruxelles, que Bouli le découvre. Pas au hasard d’un sentier. Le Liégeois est lui-même DJ et passionné de musique. Il a flashé sur un morceau de Renaud appelé Vendetta et lui demande s’il peut l’utiliser pour son long métrage. En outre, il lui propose, en s’inspirant des images tirées des paysages filmés du côté de Liège et dans les Ardennes, de composer trois autres thèmes. « Dans le style western-spaghetti, ça te va ? », lui lance Bouli. Et comment que ça lui allait, puisque c’était exactement ce qu’il était en train de faire !

Accrédité d’une fort belle note, le compositeur a un pied dans la maison cinéma. Une nouvelle porte s’ouvre quand Hubert Gillet l’appelle pour Dans tes bras, le film qu’il vient de tourner avec Michèle Laroque. « Tu me trouves quelque chose d’organique, de terrien, d’accord ? », lui demande le réalisateur. « Plus vague que ça, c’est impossible », pense le compositeur, qui s’exécute néanmoins en deux temps, trois mouvements. Puis, c’est le tour de Torpédo, un film produit par Dominique Janne et réalisé par le Belge Matthieu Donck. « J’y ai tout fait de A à Z, se rappelle Renaud. Y compris chanter, ce qui n’est pas vraiment mon truc ! » Son quatrième opus, Mobile Home, de François Pirot, lui vaut sa première reconnaissance cinématographique : le Magritte 2013 de la meilleure musique de film, qu’il partage avec Coyote, Michael de Zanet et François Petit. Surréaliste, cette récompense ? Il n’est pas loin de le penser. D’autant que voilà notre saltimbanque sur la scène du Mont des Arts aux côtés de Didier Reynders et du Prince Laurent. Mais le compositeur ne se prend pas la tête pour autant. En attendant d’être appelé pour vivre de nouvelles aventures à l’écran, il enregistre son premier album avec le groupe qu’il a créé l’an dernier, Dario Mars and the Guillotines. Une musique qui… tranche avec ce qu’il a fait jusqu’à présent.

renaudmayeur/tumblr.com

Était-ce le générique parlé de Jean-Luc Godard, la musique de Georges Delerue ou la villa Malaparte à Capri ? Philippe Bourgueil ne sait plus ce qui l’a séduit à ce point dans Le mépris. Toujours est-il qu’en sortant de la projection, alors qu’il était étudiant en arts plastiques à l’Institut Saint-Luc, le jeune Tournaisien avait trouvé sa vocation : il fera du cinéma.

C’est à l’Insas, quelques années plus tard, alors qu’il s’affaire sur un exercice de montage sur un extrait de Garde à vue, que Philippe Bourgueil décide, en serrant les images sur les bobines de Serrault et de Ventura, qu’il serait monteur. « Travailler en solitaire, j’aime ça », déclarera-t-il. C’est la réalisatrice belge Mary Jimenez qui, la première, lui fera confiance et lui tendra l’escabeau. Depuis, Philippe n’a jamais cessé de monter. Pour ses copains, Thierry Knauff et Olivier Smolders, pour Benoît Mariage, qu’il a connu à l’Insas et qu’il ne quitte plus, pour Jaco Van Dormael qui – parce qu’il était à l’aise avec les nouvelles technologies – lui confia le montage son du Huitième jour. Sorti de l’anonymat grâce à ce film, il… « monte » à Paris où les réalisateurs français se l’arrachent : Sam Karmann, Alain Berberian, Frédéric Forestier, Eric-Emmanuel Schmitt et, plus récemment, Jean-Pierre Améris et Ariel Zeitoun. En récompense de son talent, Wallimage lui remet, en 2006, le Coeur de Cristal du meilleur technicien images wallon. « Mon travail commence quand il y a des rushes et il dure, en moyenne, entre 15 et 18 semaines », explique celui qui vit aujourd’hui à Namur. « Il consiste à recomposer l’action à partir des images, à lui donner du rythme, à mettre en évidence des sentiments… C’est un travail de réécriture qui se fait en studio, avec ou sans le metteur en scène, mais personnellement, je préfère être seul de façon à apporter davantage de créativité. » De ce point de vue, Philippe Bourgueil n’a jamais été autant gâté – et n’a jamais perdu autant de cheveux – qu’avec Le Boulet, notamment sur cette scène de poursuite parisienne entre Gérard Lanvin et un flic en moto et qui se termine par la chute de la grande roue. « Au final, il y a environ 180 plans en trois minutes, soit un par seconde ! » Autre chose qu’il adore : travailler avec les grands comédiens qui lui fournissent une matière première exceptionnelle, tels Gérard Lanvin, François Berléand, Gérard Depardieu – « Il ne connaît pas son texte, il n’est pas dans le coup, mais il vous sort des scènes qui vous scotchent ! » – et, bien sûr, Benoît Poelvoorde – « C’est un génie, je n’ai jamais vu une image de lui qui n’était pas bonne ! » – qui est devenu un pote avant d’être le parrain de son fils. Ces dernières années, Philippe Bourgueil s’est lancé dans des entreprises moins solitaires : il a réalisé le clip de Jeff Bodart, ainsi qu’une septantaine de capsules humoristiques baptisées Qui est là ?, avec Charlie Dupont. Aujourd’hui, il travaille sur un projet de film dont il est occupé à écrire le scénario avec Bérénice, sa compagne et mère de ses enfants. L’animatrice de Bel-RT L fera partie de la distribution aux côtés de quelques grands comédiens de renom.

www.philippebourgueil.be

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