Waw magazine

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Un majestueux gîte spadois avec des bulles !

C’est une villa spadoise typique qui se dresse, à l’entrée sud de la commune, en bordure de la route menant à la source de Barisart, l’une des trois sources (avec Spa Reine et Spa Marie-Henriette) qui contribuent à la notoriété de l’eau de Spa. Elle daterait de 1850 et s’appelait à l’époque Villa San Antonio. Après avoir été longtemps la propriété d’une famille spadoise, les Stassen, elle fut acquise, au début des années 2000 par des Hollandais qui l’aménagèrent et en firent un gîte spacieux doté d’un sauna. En 2010, elle retourna dans des mains locales, celles de Cécile Lontin et Gwenn Jehin, deux trentenaires issus de l’école hôtelière et qui venaient d’ouvrir un restaurant – lui aux fourneaux, elle en salle – en face de l’Office du Tourisme de Spa. En achetant cette majestueuse habitation, le couple escomptait présenter une deuxième enseigne gastronomique dans la commune, mais l’idée fut vite abandonnée.

«Les transformations n’étaient pas évidentes et, de fait, il nous apparut que cette maison convenait mieux à un gîte, explique Cécile. Nous nous sommes donc lancés dans des travaux de rénovation et de rafraîchissement, car la toiture était très vieille et les murs humides. Nous avons refait toute la peinture et la décoration, tout en veillant à préserver le caractère ancien de la villa. Nous avons ainsi sauvé le parquet dans les chambres et privilégié le mobilier rustique. Si l’on excepte quelques peintures modernes, la TV, le Wi-Fi et l’ameublement de la cuisine, la maison a gardé son charme de jadis. »

Rebaptisée « Le Grand Maur » en référence au restaurant tenu par le couple, la villa impose, dès la grille d’entrée, par son aspect majestueux. Sitôt à l’intérieur, c’est l’espace qui prédomine. Trois vastes chambres au premier étage et quatre au deuxième en font un gîte d’une capacité de quatorze personnes. Particularités de la maison : une terrasse à l’ancienne face au jardin, où il fait bon prendre le petit-déjeuner en été, et une tour d’angle qui sert de cadre circulaire à un petit salon au rez-de-chaussée, à une alcôve pour bébés au premier étage et à un lit pour enfants au deuxième. Histoire de s’occuper en hiver, le salon est équipé d’un billard et la cave d’un kicker et d’une table de ping-pong. Et à ceux qui auraient besoin de se réchauffer le corps et l’esprit, le sauna et la cave à vins – que Cécile, en sommelière attentive, a garnie de bouteilles de son choix – combleront tous les sens. Ah ! On allait l’oublier : l’une des salles de bain est équipée d’une baignoire qui envoie de l’eau avec des bulles… Dame ! On est à la source de Spa Barisart, oui ou non?

De nombreuses possibilités de distraction

« Nous clients viennent principalement de Flandre, des Pays-Bas, voire d’Angleterre et d’Allemagne, confie Cécile. Ce sont généralement des familles nombreuses avec enfants. Il faut reconnaître que la région offre de multiples possibilités de distraction pour tous les âges et en toutes saisons. A commencer par les Thermes de Spa, le Musée de la Forêt, les balades dans les Hautes-Fagnes et les pistes de ski. Le circuit de Spa-Francorchamps, l’abbaye de Stavelot et le parc Plopsa Coo sont également tout proches. »

Précisons, à l’attention des amateurs de vélo, que si le relief se prête mieux au mountainbike, un Pré RAVeL a été récemment aménagé qui permet de relier Spa à la ligne 45 qui va de Trois-Ponts à Waimes en passant par Stavelot et Malmédy. Les possibilités d’excursion à vélo sont dès lors nombreuses.

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

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Un gîte cocon dans la Boucle de l’Ourthe

« C’est avant tout un lieu de détente sis dans un lieu magique, en pleine nature. Le chalet est chargé d’ondes positives. La précédente propriétaire, une homéopathe réputée, y organisait des séances de méditation. Il dégage une belle énergie ! Les clients me le confirment fréquemment. »

Les clients ? Depuis qu’elle a ouvert son gîte à Esneux, dans la boucle de l’Ourthe – c’était en août 2012 –, Virginie Gorremans a vu défiler des touristes venus des Etats-Unis, de France, d’Espagne, de Finlande et d’un peu partout en Wallonie. La plupart du temps pour un week-end, souvent pour une semaine complète, parfois pour un ou deux mois. Des randonneurs amoureux de la nature, des pêcheurs acharnés ou, plus simplement, des gens venus pour trouver le calme ou l’inspiration. Comme ce musicien qui a loué le chalet le temps de composer un nouveau CD ou cette dame qui y a trouvé un climat propice à  l’écriture d’un livre. « J’ai même reçu la visite de Français qui n’ont pas hésité à parcourir 1.000 bornes pour venir observer les oiseaux », s’exclame la propriétaire, elle-même passionnée par la faune et la flore, si riche, il est vrai, dans cette région.

C’est en 1997 que Virginie et son mari décidèrent de s’installer au bord de l’Ourthe, le long d’un petit chemin qui constitue aujourd’hui le début du RAVeL conduisant vers Liège et Maestricht. L’objet de leur convoitise : une maison éclusière construite aux environs de 1850 et pourvue d’un chalet situé au bout d’un pré. Au début du XIXe siècle, en effet, les Hollandais commencèrent à canaliser l’Ourthe afin de faciliter le transport de pierres de la région vers la Meuse et les Pays-Bas. En 1846, un projet belge prit le relais qui prévoyait de faire construire, à certains endroits, des portions de canal et des écluses. Ces embarcations étaient alors tractées par des chevaux via des chemins de halage, mais l’aventure prit fin avec l’arrivée du chemin de fer en 1866. « Ces canaux ont été remblayés les uns après les autres, mais les maisons éclusières ont survécu », explique Virginie, en montrant une bite d’amarrage devant sa maison. « Quant au chalet, je suppose qu’il s’agit d’un baraquement construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale afin d’y abriter des habitants ayant perdu leur toit ».

Après avoir restauré la maison à son goût, le couple se retourna vers le chalet en bois qui, bien que délabré, n’avait rien perdu de son charme. C’est Virginie qui eut l’idée, voici un peu plus de deux ans, de lui redonner une nouvelle vie et de lui rendre sa fonction première de lieu de villégiature. « Nos trois garçons devenant grands, j’ai cherché à anticiper leur départ en me lançant dans une nouvelle activité, explique la propriétaire. Comme j’adore accueillir les gens et partager avec eux le bonheur de vivre dans pareil endroit, j’ai pensé à le transformer en petit gîte pour deux ou quatre personnes. Nous l’avons restauré à l’identique avec le souci d’utiliser des matériaux écologiques : nouvelle structure en bois, bardage en cèdre, isolation en cellulose de papier, plaques écologiques, peinture biologique, double vitrage… Le tout en suivant les conseils de la Fédération des Gîtes de Wallonie et en respectant les normes actuelles, bien sûr. »

Reconnu comme meublé de vacances par le Commissariat général au Tourisme qui lui a accordé le label 3 clés, le gîte s’est enrichi rapidement de l’éco-label international « clé verte ». Et, plus que jamais, il distille des énergies positives, comme en atteste le récent parcours de sa propriétaire. « L’aventure venait à peine de démarrer que mon mari me quitta et que je perdis mon travail, explique Virginie. Le choc fut très dur, mais je devais me reconstruire. Par hasard, j’ai rapidement retrouvé du travail à Battice, au sein de la petite entreprise qui avait si bien isolé mon chalet. Je me suis sentie en totale harmonie avec cette société qui n’emploie que des produits naturels. A un point tel que j’en suis devenue la directrice. Mais je dois jongler avec mon temps pour m’occuper également du gîte car celui-ci se loue très bien. »

Aujourd’hui, « Le bonheur » a donc retrouvé tout naturellement sa place « au bout du pré », entouré de groseilliers, de hêtres, d’ibiscus et d’autres essences indigènes. Et comme il a cette particularité rare de s’accroître lorsqu’on le partage, Virginie vous invite à passer un petit séjour en amoureux à Esneux.

A VOIR, A FAIRE

Le site de la Boucle de l’Ourthe

Les randonnées, le vélo, la pêche, le kayak, la découverte de la région de l’Ourthe-Amblève, la visite de Liège… Quand on lui demande son « coup de cœur » en matière d’activité au départ de son gîte, Virginie a cette réponse qui fuse tout naturellement : « Il faut venir ici pour ne rien faire, profiter de la nature et du calme et se détendre ». Mais elle lance aussi quelques pistes : « La Boucle de l’Ourthe regorge d’endroits merveilleux comme le hameau de Ham, le site fortifié de Beaumont, le château Lavaux, le vallon de Beauregard, la douve de Plainevaux et la Roche aux Faucons, du haut de laquelle on peut admirer toute la région. Ces sites peuvent être découverts à pied ou en vélo, en partie en suivant le RAVel, en partie en VTT dans les bois. Je propose d’ailleurs gratuitement des vélos à mes locataires… »

Rue Devant Rosière 10c

B-4130 Esneux

+32 (0) 495 / 78 53 58

[email protected]

www.lebonheurauboutdupre.be

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

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À côté du Château des Princes de Croÿ, la Ferme de l’Abbaye Saint-Feuillien propose deux belles suites et une chambre d’hôtes. Venez découvrir les parcs et canaux de la région.

L’une des caractéristiques de la Ferme de l’Abbaye Saint-Feuillien est qu’elle fait partie de la chaîne hospitalière d’accueil des pèlerins de Belgique. La raison ? La ville princière du Rœulx est traversée par la Via Gallia Belgica, ou chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle qui, s’élançant d’Hélécine en Brabant wallon, rejoint Saint- Quentin en France. Si l’on vous glisse cette information, ce n’est pas pour que vous pensiez que les deux superbes suites et la chambre d’hôtes que Pascale Massin-Theys et son époux ont aménagées dans cet édifice datant de 1850 sont réservées aux pèlerins de passage. Mais parce qu’en écoutant la propriétaire raconter les 18 années de labeur nécessaires pour remettre en état cette ancienne ferme en carré, on ne peut s’empêcher de penser qu’eux aussi ont quitté le confort et leurs habitudes pour s’ouvrir aux autres et partager de nouvelles façons de vivre au hasard des rencontres.

Trois chevaux, un Shetland et une ânesse

« Quand nous avons racheté cette ferme en 1995, elle était inhabitée et dans un triste état, explique Pascale, une Wavrienne qui a longtemps travaillé en tant qu’assistante en ressources humaines à Louvain-la-Neuve. Nous avons commencé par abattre la petite maison qui dénaturait la façade avant de la ferme afin de rénover le corps de logis. Après avoir emménagé dans cette partie, nous nous sommes attelés à la transformation de l’aile perpendiculaire, en face de la grange, qui abritait l’étable et des logements pour les ouvriers agricoles. Il a également fallu éventrer complètement la cour pour installer l’égouttage. J’y ai ensuite dessiné un jardin avec terrasse et effectué moi-même les plantations, car j’adore la nature et le jardinage. La propriété se prolonge par un verger et une grande prairie où caracolent trois chevaux, un poney-Shetland et une ânesse », ajoute la propriétaire, qui travaille aujourd’hui dans le cabinet de dentisterie de son mari, mais qui a suivi une formation lui permettant de pratiquer l’hippothérapie.

Le long de cette prairie, un vieux mur rappelle que le parc de l’Abbaye Saint-Feuillien jouxtait jadis la ferme. Fondée par l’évêque de Cambrai en 1125, près du lieu de recueillement où Feuillien – moine irlandais qui vint évangéliser la région au VIIe siècle et auquel on doit le monastère de Fosses – et ses compagnons furent assassinés. L’abbaye était située dans le parc du Château des Princes de Croÿ qui fait partie du patrimoine majeur de Wallonie. Comme beaucoup d’autres, elle fut détruite à la Révolution française...

Des chambres d’hôtes 4 épis

Mais revenons aux chambres d’hôtes qui ont été classées 4 épis par le Commissariat général au Tourisme. « Dès l’achat, cela m’a semblé évident qu’il fallait que d’autres personnes puissent profiter de cette propriété, raconte Pascale. Nous avons commencé par aménager une suite à l’étage de l’ancien corps de logis. Puis nous l’avons fermée le temps d’entreprendre les travaux de jonction entre les deux ailes de la ferme. De sorte que, depuis fin 2008, nous sommes en mesure de proposer, côte à côte, deux suites et une chambre d’hôtes. Nous pouvons y héberger une dizaine de personnes selon plusieurs modes de configuration. »

Si la chambre Papillon, avec ses deux lits jumeaux, est d’aspect plus moderne, la suite Fougère (deux lits doubles et un lit simple), aménagée dans la partie ancienne est plus craquante avec son plancher en bois et ses poutres apparentes. La suite Coquelicot, elle, est à cheval sur les deux parties. À signaler, un superbe lit à baldaquin et un petit bureau d’époque. Les deux suites, qui sont équipées d’un petit salon, bénéficient en outre d’une jolie vue sur le jardin et la terrasse qui sont ouverts aux locataires en été. « Notre clientèle est surtout constituée de personnes qui viennent pour se détendre ou pour visiter leurs familles ou des amis, explique Pascale. De par notre situation dans le parc des canaux et châteaux, nous recevons également de nombreux touristes qui viennent des différentes régions du pays, de France et d’Angleterre. L’an prochain, dans le cadre des activités culturelles liées à Mons 2015, nous nous attendons à une hausse de notre clientèle. »

À VOIR, À FAIRE

Le Domaine de Seneffe et son musée de l’orfèvrerie, le parc de Mariemont et son arboretum, le château de Louvignies, le château- fort d’Écaussinnes... La région regorge de parcs et châteaux magnifiques. Mais aux familles avec enfants, Pascale Theys suggère une balade du côté de l’ancien canal du Centre et la visite de ses ascenseurs hydrauliques. « On peut y louer des vélos et longer les berges de l’ancien et du nouveau canal en suivant le Ravel. » Une bonne idée, d’autant que la visite des ascenseurs est combinée avec celle de la brasserie Saint-Feuillien, au Roeulx. Un pur produit local qui se déguste avec sagesse.

La Ferme de l’Abbaye Saint-Feuillien

Chemin de l’Abbaye Saint-Feuillien, 10

B-7070 Le Roeulx

+32 (0)64 677 117

[email protected]

www.abbeyfarm.be

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

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Un week-end de détente, en amoureux, dans une chambre d’hôtes 4 épis ? Le Temps Différent à Velaine propose un séjour tout confort et des arrangements bien-être à la carte.

Quatre chambres de luxe pour deux, voire trois personnes, une piscine couverte, un jacuzzi, un sauna, une salle de massage, un solarium, une large terrasse avec pièce d’eau, une vue panoramique sur la campagne, une cave avec un bar et des jeux divers... C’est à un moment de détente totale, dans un cadre de luxe, que Sofie Raveel confie ses hôtes, le temps d’un week-end, dans le village de Velaines, à Celles. « Dans certaines chambres, il y a moyen d’ajouter un canapé pour des enfants, mais la maison est surtout prisée par des couples seuls qui veulent profiter du calme de la campagne tournaisienne pour passer un week-end en amoureux », confie la maîtresse de maison, qui propose également des arrangements bien-être ou pour jeunes mariés, voire à la carte. Les combinaisons sont nombreuses et Sofie n’hésite pas à s’installer derrière les fourneaux pour ceux et celles qui demanderaient un repas de fête, avec bulles, plateau fromages et chandelier, par exemple.

Les chambres ont chacune leurs caractéristiques propres. Aménagée dans un style flamand, la chambre campagnarde fait la part belle au bois et baigne dans les tons beiges et taupe. La chambre marocaine est plus chaude, avec un éclairage tamisé et des faïences aux couleurs méditerranéennes. Dans la chambre design, le mobilier moderne et de couleur sombre tranche avec les murs clairs. Enfin, la chambre royale, la favorite des jeunes mariés, est non seulement la plus spacieuse, mais également la plus luxueuse, comme en témoigne le sol en marbre dans la salle de bain.

« C’est mon mari qui s’est occupé de l’aménagement, explique Sofie. Il est entrepreneur en construction, mais il peut également se charger de la finition et de la décoration. Il est installé à Deerlijk, une petite commune située près de Courtrai, à une quinzaine de kilomètres de Celles. En semaine, je travaille avec lui, je l’aide pour la partie administrative et la comptabilité. Le week-end, je suis ici, à Velaines, je m’occupe de recevoir nos hôtes et de les gâter. J’aime les contacts humains. Je ne pourrais pas vivre enfermée sans cesse dans un bureau. »

Une aile pour dormir, une aile pour nager

Si Sofie et son mari ont choisi de venir s’installer au pays des Collines, c’est parce qu’il est quasi impossible de trouver des terrains à un prix abordable à la campagne, en Flandre. Ils ont donc décidé de pousser un peu plus loin, en Région wallonne. « Quand vous passez le pont d’Escanaffles, à Celles, le paysage change radicalement. La campagne s’offre à vous à perte de vue... »

Quand il a commencé à construire cette spacieuse maison rurale en forme de U en 2004, sur les fondations d’une ferme qui tombait en ruines, le couple ne pensait pas y aménager des chambres d’hôtes. C’est Sofie qui l’a proposé. Il y avait de la place dans une aile, au-dessus des boxes pour chevaux. La partie privée est dans l’aile du milieu. La troisième est occupée par la piscine et le jacuzzi. Pour y arriver, les clients passent par le sous-sol aménagé, lui aussi, en espace de convivialité – attention de ne pas vous arrêter trop longtemps devant l’armoire à whisky ! – sous la grande cour de la maison. Astucieux.

En sortant de l’eau, des fauteuils en osier vous tendent leurs bras dans l’Orangerie. Vous pouvez prendre un livre dans la bibliothèque et vous installer confortablement face au Mont-Saint- Aubert. Les moutons ne vous dérangeront pas. L’horloge non plus. « Prendre le temps – Me faire des illusions – Croire dans le bon – Flâner dans les champs – Appelle-moi naïve. » La chanson d’Axelle Red sied si bien à la maîtresse de maison qu’elle a fait transcrire les paroles sur l’un des murs de couloir. Bienvenue au Temps différent ! 

À VOIR, À FAIRE

Envie de prendre l’air pendant votre week-end à Velaines ?

Le site Internet du Temps Différent vous propose un large choix d’activités, visites et divertissements. Le coup de cœur de Sofie va aux promenades pédestres, en amoureux, au Mont-de-l’Enclus, lieu de passage régulier des coureurs du Tour des Flandres, et au Mont-Saint-Aubert, d’où vous disposerez d’une large vue sur la vallée de l’Escaut et sur Tournai. Si vous disposez d’un peu plus de temps, la ville aux cinq clochers mérite que l’on s’y attarde, de même que l’Hôpital Notre-Dame à la Rose, à Lessines, et le château de Belœil, avec ses magnifiques jardins français. Et le vélo ? « Ce n’est pas évident, répond Sofie, car nous sommes au Pays des Collines. Mais la Wallonie picarde est en train de se doter de circuits avec points nœuds, comme en Flandre, et il y a les chemins de halage le long de l’Escaut qui sont aménagés en Ravel... »

Le Temps Différent

Rue du Haut Rejet, 7

B-7760 Celles

+32 (0) 477 75 26 09

[email protected]

www.le-temps-different.be

 

Avec le soutien du Commissariat Général au Tourisme

 

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Une phrase, une ville. Des murs, un livre à ciel ouvert. L’esprit de Verlaine, de Dumont, de Verhaeren, de Bervoets... couvrira les façades des maisons. Un projet fou de la Française Karelle Ménine.

Dans le concert d’événements culturels prévus dans la programmation de Mons 2015, la littérature aura bien évidemment voix au chapitre. Une septantaine de projets graviteront autour de la Maison Losseau, transformée pour l’occasion en guinguette littéraire. Pour coordonner ceux-ci, leur donner force et cohésion, appel a été fait à une artiste française habituée à porter des projets collaboratifs et à travailler la question du langage via des installations, des projets théâtre et éditoriaux. Née dans le Tarn, en France, Karelle Ménine a fait des études d’économie à Montpellier, d’histoire ancienne à Toulouse et de journalisme à Paris. Elle a fondé sa propre compagnie, Fatras Production, en Suisse, et a été plusieurs fois l’invitée du Festival d’Avignon. Elle a séjourné en Belgique de 2009 à 2013 en tant qu’artiste en résidence au Théâtre de l’L, à Bruxelles. On lui doit le projet fou de transcrire la pensée des auteurs montois sur les murs de la Cité de Doudou : une seule phrase de dix kilomètres, écrite mot après mot, jour après jour, du 14 décembre 2014 au 19 décembre 2015. Rencontre avec la cheffe des projets « Littérature » de Mons 2015.

Karelle Ménine, vous êtes Française, vous avez créé votre compagnie en Suisse, vous vivez entre Genève et Bruxelles. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire pendant un an sur les murs de Mons ?

K.M. — Je me sens dans la peau d’une Européenne francophone. Entre la Belgique et moi, il y a une belle histoire d’amour. Je trouve ce pays intrigant, complexe, généreux. Quand on m’a proposé ce projet, je ne connaissais pas du tout Mons. J’ai donc d’abord voulu rencontrer les habitants et mieux les connaître. J’ai rapidement constaté  qu’ils avaient un rapport émotionnel avec leur ville. L’enjeu artistique et la perspective d’être entourée d’une belle équipe m’ont séduite. Je me suis alors penchée sur la littérature montoise... et ce fut un choc. J’ai découvert un patrimoine intellectuel et littéraire énorme. Mons a été un lieu de foisonnement d’idées, de disputes, d’enthousiasmes et d’unions de nombreux grands écrivains. Principalement à la charnière des XIXe et XXe siècles. 

Qui sont ces hommes et femmes de lettres qui ont vécu à Mons ou qui ont écrit sur la ville ? 

K.M. — Il y a tout d’abord les surréalistes hennuyers, Fernand Dumont et Achille Chavée. Puis Paul Verlaine, qui a séjourné deux ans à la prison de Mons, et le poète flamand Émile Verhaeren, qui recevait ses amis dans sa résidence à Roisin, un village d’Honnelles. Ainsi que la jeune enseignante et résistante montoise Marguerite Bervoets. Leurs œuvres littéraires sont essentiellement composées de poèmes et de correspondance. Tout en étant fort liés à leur territoire, ils avaient un regard qui portait loin. Il s’est créé entre ces écrivains, leurs amis et leurs correspondants (Stefan Zweig, André Gide, Victor Hugo, Simone de Beauvoir...) un incroyable réseau d’échanges d’idées. J’ai notamment été étonnée de constater que Dumont, dans la prison de Mons en 1942, et Eluard, au même moment, mais à l’autre bout de la France, avaient écrit des textes sur la liberté qui se rejoignent et sont rythmés par une même musique. J’ai également été frappée par le fait que Dumont et Bervoets, qui ont tous deux connu un destin tragique, aient habité Mons au même moment. Ils ont dû se croiser. On peut imaginer des liens...

L’idée est de réintroduire la littérature dans la ville, d’écrire à partir du matériau littéraire montois, mais aussi à partir de souvenirs, de rencontres, d’archives.

 

Et vous avez décidé de synthétiser tous leurs écrits en une seule phrase ?

K.M. — L’idée est de réintroduire la littérature dans la ville, d’écrire à partir du matériau littéraire montois, mais aussi à partir de souvenirs, de rencontres, d’archives. Il ne s’agit pas de slogans, mais d’une véritable phrase cohérente, composée avec les mots de ces auteurs, que l’on pourra lire de bout en bout. Le but est de jouer avec l’écriture, sur les murs, les vitrines, les trottoirs... Ce sera un travail très propre puisque le lettrage a été confié à deux graphistes, Ruedi Baur et Anouck Fenech. Les mots seront dessinés sur un film protecteur de façon à pouvoir être enlevés facilement.

Par où va passer « La Phrase » ?

K.M. — Elle traversera l’intra-muros en suivant quatre espaces géographiques. Le premier, dans la partie nord, est lié à Verlaine et s’étendra de la gare de Mons à la prison où il a séjourné. Le deuxième, centré sur le « Kilomètre culturel », accompagnera les surréalistes montois du groupe Rupture depuis la prison jusqu’à la Grand-Place en passant par le Palais de Justice et la rue de Nimy. Le troisième, lié à Marguerite Bervoets, sera situé dans la partie sud, de la rue d’Havré au Carré des Arts. Enfin, le quatrième espace, consacré à Verhaeren, raccompagnera les voyageurs à la gare.

Vous l’avez écrite avant de chercher des murs pour la porter à travers la ville ?

K.M. — Pas du tout. Je suis partie du principe que l’on n’écrit pas sur le dos d’une ville, mais bien avec elle. J’ai donc entrepris de contacter les 600 propriétaires des immeubles situés sur le parcours afin de leur expliquer le projet et demander leur adhésion. Nous avons parlé littérature et évoqué les auteurs. J’ai écouté ce que ces gens pensaient d’eux, ce qu’ils appréciaient ou non chez eux. Le choix des mots s’est ensuite fait en fonction de ces rencontres, des anecdotes et des souvenirs recueillis.

Comment ont réagi les habitants ?

K.M. — Quand ils ont compris la démarche, une large majorité a accepté que l’on écrive sur leur façade. Certains ont demandé un droit de regard, c’est-à-dire qu’ils ont voulu lire les mots préalablement. D’autres étaient à ce point emballés qu’ils nous ont demandé d’écrire à même la pierre, sans film protecteur, de façon à ce que les mots continuent à parler après l’événement et ne s’effacent qu’avec l’usure du temps. Des commerçants ont même décidé d’arranger leurs vitrines pour qu’elles répondent aux mots inscrits sur leur façade !

Quels effets espérez-vous qu’elle produise sur les passants ?

K.M. — C’est une phrase qui avancera avec le temps puisque chaque jour, jusque décembre 2015, nous allons y ajouter un petit segment. Elle va donc bouger, les gens vont la perdre puis la retrouver. Je serais touchée de les voir s’arrêter pour se mettre à la lire. J’espère qu’elle créera des rencontres, des échanges, des émotions. Qu’elle va ouvrir un débat sur l’art. Qu’on va la savourer. Au départ de la gare, elle sera écrite en patois montois du XVIIe siècle. C’est un patois qui n’a pas d’objectif politique, mais qui raconte l’autre et s’en moque parfois. J’ai par exemple aimé utiliser le mot « chamboulette ». J’espère que les promeneurs seront parfois « chamboulés » en découvrant des bribes de la phrase.

CARL NORAC VA FAIRE PASSER AU PUBLIC DES « NOIRS QUARTS D’HEURE »

Avec le dramaturge Wajdi Mouawad, le chorégraphe Frédéric Flamand, le styliste Jean-Paul Lespagnard, le chanteur Marc Pinilla (Suarez) et l’artiste polyvalente Fanny Bouyagui, Carl Norac sera l’une des personnalités complices de Mons 2015 qui a accepté de mettre son talent au service de l’événement. Le poète et écrivain montois, auteur de plus de 60 livres pour enfants traduits en de très nombreuses langues, se déplacera dans la région en lisant des « Noirs quarts d’heure », comme on appelait jadis, dans les familles de mineurs, ces moments où les mamans racontaient des histoires à leurs enfants dans l’obscurité. Un rôle qui siéra comme un gant à cet enfant du pays, dont la première émotion littéraire remonte aux histoires du Sapeur Camembert que lui racontait le soir sa grand-mère. « J’ai beaucoup fréquenté les quartiers populaires de Mons quand j’étais gamin et, quand je suis revenu y vivre plus tard, j’allais souvent chercher l’inspiration dans l’obscurité des rues », explique l’auteur, qui se dit par ailleurs très touché qu’on ait pensé à lui pour tenir un rôle actif, alors qu’il vit maintenant à Orléans et ne cesse d’arpenter le monde. « Pour raconter ces «Noirs quarts d’heure» et ainsi faire revivre cette tradition, je vais entraîner le public dans différents lieux montois, mais également dans une forêt à Cuesmes, un château à Ghlin, au bord d’une rivière à Saint-Denis... Mon espoir est que l’on puisse éteindre toutes les lumières pendant les lectures. Celles-ci ne seront d’ailleurs pas noires, mais plutôt joyeuses », s’empresse de souligner celui qui fut tour à tour professeur de français, bibliothécaire vagabond, journaliste, professeur d’histoire littéraire au Conservatoire Royal de Mons, avant de vivre de sa plume et de remporter plusieurs récompenses littéraires, dont le Grand Prix de la Société des Gens De Lettres de France (SGDL).

Carl Norac sera présent sur plusieurs fronts à l’occasion de Mons 2015. Jusqu’au 22 novembre, afin de « montrer aux enfants la magie des images », il exposera, à la bibliothèque de Jemappes, sa collection privée de dessins illustratifs datant du XIXe siècle à nos jours et signés Benjamin Rabier, Charles Dickens, Art Spiegelman, Terry Gilliam, etc. Le fils de Pierre Coran (80 ans) sera aussi le rédacteur en chef de la revue trimestrielle de l’événement, L’Impertinente, qui portera un regard espiègle sur la programmation elle-même. « Le premier numéro sera consacré à Van Gogh. Je vais donner la parole à diverses personnalités dans le monde qui ont envie de s’exprimer sur l’artiste. »

Les passionnés et les curieux se retrouveront au Carré des Arts pour manier les nouvelles technologies. Autour d’un verre et sur une chaise fabriquée par une imprimante 3D.

Dans la genèse de Mons 2015, il y a indéniablement la Digital Innovation Valley. Les implantations dans le Cité du Doudou de Google, de Microsoft et d’une centaine d’autres entreprises spécialisées dans l’innovation digitale ont largement contribué à ouvrir les portes de l’emploi high-tech dans la région et, donc, à lui redonner espoir et vitalité. À l’heure de partir présenter sa candidature auprès de l’Europe, Mons 2015 a donc tout naturellement pensé au numérique. Mais elle ne s’est pas contentée de l’embarquer dans ses bagages, elle en a fait son slogan : « Where Technology Meets Culture ». L’enjeu n’étant pas de prôner la technologie pour la technologie, mais de l’utiliser afin de réduire la fracture sociale et numérique. Créer du lien, de la chaleur, de l’intergénérationnel afin d’inventer de nouveaux modèles artistiques et économiques. Placés sous la responsabilité de Pascal Keiser, le directeur de Technocité, le centre mon- tois de formation continue, les projets arts numériques se présenteront sous diverses facettes en 2015. Si Transnumériques, la biennale des cultures numériques, Mons Street reView et ses images insolites, le projet Media DJ, qui s’adressera aux jeunes, en seront quelques- unes parmi les plus intéressantes, les regards seront surtout portés sur le Café Europa dont les Montois ont pu humer les premiers arômes au printemps dernier, lorsqu’un prototype avait été installé dans la cour de la Fondation Mons 2015. Visiblement, ils n’ont pas eu peur de venir s’immerger dans la tasse du numérique puisqu’en deux mois cet établissement d’un autre type avait attiré 2000 personnes.

Du 12 mars au 19 décembre, après avoir bénéficié de quelques retouches, le projet reviendra en force et s’implantera, non pas, comme c’était initialement prévu, dans l’enceinte érudite du Mundaneum, en rénovation, mais dans la cour du Carré des Arts. « Le Café Europa que nous avons conçu est né du désir de créer un lieu culturel public et intergénérationnel à l’heure du numérique et du développement durable, explique Pascal Keiser. Ou plutôt, un réseau de lieux, puisque des Cafés Europa, construits à partir de matériaux recyclés, seront installés dans les villes européennes partenaires de Mons 2015. Interconnectés, ils seront des laboratoires où les gens viendront manier les nouvelles technologies pour les comprendre, discuter de leur impact sur la société et partager ces débats en temps réel avec d’autres interlocuteurs aux quatre coins de l’Europe. Ils seront la preuve qu’en travaillant sur les technologies chaudes, on peut créer des liens sociaux. »

Un lieu de rencontre et de formation

On a tous en tête l’image du boutonneux, féru de technologie, enfermé matin et soir dans son bureau, le nez devant l’écran. Le Café Europa prendra le contre-pied de cette image en montrant comment le numérique peut susciter rencontres et échanges. Les technologies s’approprieront ce lieu public qu’est le café en remplaçant les activités de jadis, comme les parties de cartes, les concours de pigeons, les paris sportifs, les activités tricot ou les discussions chaotiques. « En redevenant ce lien d’intégration sociale cher aux générations précédentes, le café contribuera à donner une nouvelle identité collective aux citoyens », assure le responsable. Concrètement, le Café Europa se présentera d’abord comme un lieu de rencontre et de formation. Des ateliers permettront ainsi aux jeunes d’imaginer des jeux vidéo à l’attention d’un public varié. « L’intergénérationnel sera au cœur du Café Europa, souligne Pascal Keiser. Avec la collaboration du centre Microsoft de Mons, nous avons permis à des jeunes de créer un jeu mettant en scène des personnages reproduisant des mouvements d’un maître de taï-chi, l’art martial le plus populaire au monde. Testée au printemps, cette activité a fortement intéressé les personnes du troisième âge. »

Un écran géant à taille humaine

Deuxième outil, l’écran interactif ou Europa Wall. En permettant d’entrer en contact direct avec les membres des autres Cafés Europa, ce mur communiquant sera l’élément central du projet. Une programmation planifiée proposera des cours ou des ateliers collectifs, ainsi que des débats auxquels chacun pourra participer, à Mons, ainsi que dans les autres cafés du réseau. Pascal Keiser : « Ces systèmes de communication se différencieront des autres techniques, telles que celles utilisées par Skype, par leur taille. Cet écran mesure en effet trois mètres sur deux, c’est-à-dire que les gens se verront en taille réelle, ce qui renforcera l’impression de proximité et permettra un autre rapport dans les dialogues. C’est peut-être une utopie, ajoute le responsable. Mais ces écrans rejoignent l’idée des deux fondateurs du Mundaneum, Paul Otlet et Henri La Fontaine, qui était d’amener la paix dans le monde par une meilleure connaissance de l’autre. Car, aujourd’hui, les gens souffrent d’un énorme déficit en matière de compréhension ».

« Interconnectés, les Cafés Europa seront des laboratoires où les gens viendront manier les nouvelles technologies pour les comprendre, discuter de leur impact sur la société et partager ces débats en temps réel avec d’autres interlocuteurs aux quatre coins de l’Europe. »

 

La 3e révolution industrielle dans les cafés

Le troisième axe, l’EuropaLab – le FabLab du Café Europa – est un espace de rencontre et de création collaborative qui permettra, entre autres, de fabriquer des objets uniques (décoratifs, prothèses, mobilier...). Toutes sortes d’outils technologiques seront mis à la disposition du public, notamment des machines pilotées par ordinateur. D’un FabLab à un autre, on pourra non seulement échanger des procédés de fabrication d’objets divers, mais également les réaliser en direct, à l’aide d’une imprimante 3D, au départ de fichiers 3D et de blocs de résine. « Une chaise fabriquée à San Sébastian pourra ainsi être reproduite à Mons, lance Pascal Keiser. L’idée est de former les jeunes à l’utilisation de ces outils. Mais il y aura également des ateliers pour les familles et les personnes plus âgées. Car l’EuropaLab s’adressera tant aux entrepreneurs et designers, qu’aux artistes, bricoleurs, étudiants, familles ou hackers en tout genre. Avec cet outil, on intègre la troisième révolution industrielle dans les cafés. »

Vous avez l’impression que le monde va trop vite ? On vous rassure. Les Smartphones ont certes remplacé les cartes à jouer sur les tables, les écrans interactifs succéderont sans doute aux télévisions sur les murs, mais les cafés seront toujours des lieux où des hommes et des femmes viendront s’asseoir afin de refaire le monde. Et il n’y manquera jamais de chaises, l’imprimante y veillera !

La Wallonie picarde et ses habitants se sont pleinement investis aux côtés de la Capitale européenne de la Culture. Un projet rassembleur et aérien, piloté par un merveilleux fou volant, Mr Zo, et ses drôles de complices.

Àl’ouest de la Wallonie, représentant 10 % de sa population, la Wallonie picarde (Wapi) se déploie entre les frontières française et flamande à travers 23 communes. S’élançant de Mouscron, avec Comines-Warneton en guise de marchepied, elle escalade le Pays des Collines jusqu’ Enghien. Tournant autour de Tournai, elle inclut quelques sites touristiques fameux tels les châteaux d’Antoing et de Belœil, l’Archéosite d’Aubechies, le Musée de l’Iguanodon à Bernissart, la Maison des Géants à Ath, l’Hôpital Notre-Dame à la Rose à Lessines et le parc Pairi Daiza à Brugelette. Si l’on en parle aujourd’hui, c’est que la Wallonie picarde s’est vue octroyer le titre officiel de « territoire partenaire » de la Capitale européenne de la Culture, aux côtés de 17 villes partenaires de Belgique et du nord de la France. Pour faire partie de cette aventure ambitieuse et adhérer ainsi à la construction d’une dynamique culturelle territoriale inédite et solidaire, 18 communes de cette région ont accepté de verser une cotisation de 0,5 € par habitant et par an, misant ainsi sur un retour important au niveau touristique et économique. La Fondation Mons 2015 ayant décidé de doubler la somme recueillie, le projet bénéficie ainsi d’un budget avoisinant le million €.

Un Tournaisien aux commandes

Mais à qui allait-on confier les rênes de cette entreprise ? Afin d’attribuer ce marché public de services dans le cadre de « la dynamique culturelle territoriale Wapi/ Mons 2015 », l’Agence culturelle de la Wallonie picarde (Culture.Wapi) opta pour un concours dont le cahier des charges prévoyait une série de critères : mise en valeur du patrimoine culturel européen, participation des artistes et associations du territoire, dimension populaire, intégration des spécificités de la Wapi... C’est un Tournaisien qui décrocha le lot avec son équipe. Alias Mr Zo, Alain Maroy est un metteur en scène bien connu dans le monde de l’événementiel, un spécialiste des arts de la rue pour lequel tous les coups sont possibles comme, par exemple, faire naviguer une vraie péniche de 80 tonnes dans les rues de Bruxelles, ce qu’il fit en 2005, à l’occasion des 175 ans de la Belgique. « Ce qui nous a séduit ? Le défi qui était de construire un pont entre les entités et les personnes, et de placer l’humain au centre d’un projet qui se voudrait rassembleur et généreux, répond Mr Zo. Un projet territorial et non pas local, qu’il fallait pouvoir partager avec toute la population de la Wallonie picarde. Donc, un projet cohérent dans le ton. Le thème du ciel s’est vite imposé, car nous voulions nous élever au-dessus des pâquerettes, des réflexes de clocher, des mentalités locales. Notre programme a été conçu afin que l’ensemble des habitants de la région ait envie d’embarquer avec nous dans notre univers poétique et céleste. »

Au départ, un état d’esprit, une dynamique culturelle propre au territoire de la Wallonie picarde. À l’arrivée, un grand projet polymorphe nomade, un cortège d’objets volants qui va survoler la région, entraînant dans le même souffle audace, folie douce et émotion. L’événement « Les 400 coups », imaginé par Mr Zo et sa compagnie « Les Facteurs d’amour », sera constitué d’une dizaine de gestes artistiques qui vont se décliner sur l’ensemble du territoire, du 2 août au 13 septembre. L’un de ces gestes, le « Concerto de public dis dong ! », aura l’immense honneur d’être intégré à la fête d’ouverture de Mons 2015, le 24 janvier. Chaque commune lancera ensuite un geste qui va démarrer chez elle et se propager comme un son de cloche. « Nous aimerions faire des habitants et spectateurs des nomades, avoue Mr Zo. Et les entraîner d’un geste à l’autre jusque Tournai, où la fête se terminera par un rassemblement général et un dernier coup. »

LES FACTEURS D’AMOUR

C’est en 1996 que Mr Zo a l’idée de créer une équipe afin de mettre en place un service de messagerie sentimentale pour la Saint-Valentin. Depuis lors, ces « Facteurs d’amour » sont de tous les bons coups : les épopées de « Mali mali », « Décrocher la lune » à La Louvière, « Les Inattendues » et « La nuit des intrigues » à Tournai... La compagnie est composée d’une dizaine de fidèles (compositeur, régisseur, comédiens, artistes, designers, animateurs, marionnettiste...), cumulant les compétences et chargés d’un bagage incomparable dans l’événementiel grand public, le parcours spectacle, les arts forains, le théâtre de rue, la scénographie urbaine. Adeptes d’un art social et populaire, ils sont rompus à l’encadrement des amateurs. Ils peuvent faire danser, chanter, raconter, peindre, jouer, construire et inventer, à la mesure des moyens rassemblés et des désirs rêvés. Ils transportent des publics dans des challenges inédits et n’accouchent au grand jamais de spectacles passe-partout. L’émotion et la poésie constituent leur Graal, l’audace et le défi sont leurs marques de fabrique.

Des concertistes... déconcertants!

C’est une création qui résonnera longtemps dans le ciel hennuyer qui va faire décoller Mons 2015. Et pour cause, pour ce spectacle inaugural, Mr Zo emmènera avec lui, outre l’équipage bigarré d’un opéra, des cloches volantes de 5 m de diamètre et 4 m de hauteur, ainsi que 400 clochettes harmonisées. Aux commandes de la manœuvre, Éloi Baudimont, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre tournaisien qui travaille en complicité avec Mr Zo depuis des lustres. Les fanfares font partie de son univers. Il adore leur insuffler un répertoire festif et décoiffant. Il dirige Le grand orchestre national lunaire de La Louvière et La fanfare détournée de Tournai. Et il aime entraîner avec lui des musiciens amateurs, une démarche qu’il met en exergue en quelques mots : « Il ne faut pas jouer juste, il faut juste jouer. Le concerto que nous sommes occupés à monter ne sera destiné à aucun spectateur », explique-t-il sans rire, avant de dévoiler une des clés de sa partition. « Ce seront les spectateurs qui seront les concertistes. Ils agiteront des clochettes au sol pendant qu’une diva, Carine Chantry, chantera suspendue dans le ciel, dans la nacelle d’une montgolfière. » Combinant musique et aspect visuel, ce « concerto de public » s’envolera ensuite vers d’autres communes. À Tournai, les cloches de la cathédrale seront intégrées au concert, de même que celles de l’église, à Lessines.

À l’arrivée, un grand projet polymorphe nomade, un cortège d’objets volants qui va survoler la région, entraînant dans le même souffle, audace, folie douce et émotion.

 

La longue balade des géants

Les autres spectacles ne seront pas moins décoiffants. Il paraît que l’on pourra voir un engin interstellaire décoller d’une piste jaillie de nulle part – une portion d’autoroute ? – près de Mouscron. Des montgolfières transporteront en live des berceuses, des chants d’amour et des cocasseries sonores, pour le plus grand plaisir des vaches et des blés (Antoing, Chièvres et Leuze, Obigies et Comines). Le public, entremêlé de solistes de talent, participera à un concert improvisé qui verra les chaises d’église battrent la mesure (Lessines). Les géants « wapiens », entourés de 400 baladeurs, entreprendront une promenade de 80 kilomètres qui reliera Estaimpuis, Celles, Frasnes, Ellezelles et Brugelette, où ils s’écrouleront pour s’endormir à la belle étoile. Ces mêmes communes accueilleront des campings safaris inédits qui proposeront escapades, observation du ciel, grimpettes dans les arbres, ballets de cerfs-volants et banquets de Gaulois. Mieux : le 16 août, les organisateurs des « 400 coups » invitent toute la Wallonie picarde à passer la nuit dehors. Chacun pourra planter son nid où il l’entendra et avec qui il veut. Attention, toutefois, à ne pas s’endormir dans la forêt de Bonsecours, à Péruwelz, car il se raconte qu’un dragon futé, qui aurait fait son nid dans la mine, se cache dans les futaies. Enfin, le 13 septembre, tout ce beau monde (concertistes, cloches, fusée, géants, campeurs, dragon...) se réunira pour un Grand Tintouin général, un « Concerto de public » grandiose, sur la Grand-Place de Tournai où le dragon tentera d’allumer les cloches et les cloches de flanquer le bourdon au dragon.

Rencontre avec Yves Vasseur, commissaire-général de Mons 2015

Avec plus de 300 événements marquants et un millier d’activités originales, la Cité du Doudou s’apprête à vivre, en 2015, une explosion culturelle sans précédent. Les trois coups seront donnés dans les murs de la ville ce 24 janvier. Mais l’éblouissement ne faiblira pas au fil des saisons. L’exposition Van Gogh au Borinage, les installations urbaines, les cafés Europa, le Festival au Carré, les Ailleurs en Folie, l’ouverture du Pôle muséal, la Cité Miroir de Frédéric Flamand... ne sont que quelques-uns des temps forts sur lesquels les organisateurs, la Fondation Mons 2015, misent pour faire entrer la ville dans l’ère du renouveau. Construit autour de la rencontre entre la technologie et la culture, en donnant largement la parole à la jeunesse, l’événement parie également sur la métamorphose. Si la ville en fête sera méconnaissable pendant douze mois, les nouveaux musées et autres lieux d’expression artistique vont l’habiller pour plusieurs décennies. La volonté est de donner à tous l’accès à la culture. L’espoir ? Que tous répondent présents. Un pari déjà gagné puisque c’est toute la région, tout le pays même, qui a exprimé son désir de participer. Une nouvelle dynamique citoyenne, un décloisonnement qui traduit le désir de chacun de s’ouvrir à l’autre et d’entreprendre ensemble cette traversée du siècle. Yves Vasseur, le commissaire-général de Mons 2015, est le premier à s’en réjouir.

YVES VASSEUR BIO EXPRESS

— Naissance à Jemappes le 1er février 1951. Jeunesse et adolescence à Quiévrain. — Licences en communication sociale et en études théâtrales à l’UCL.

— Journaliste RTBF à Mons de 1974 à 1985, où il s’intéresse activement à la vie culturelle hennuyère, puis coordinateur du Centre Dramatique Hennuyer de 1985 à 1990.

— Nombreuses publications littéraires, BD et théâtre.

— De septembre 1990 à décembre 2009, directeur administratif du Théâtre du Manège, Scène Nationale de Maubeuge.

— Depuis avril 2002, intendant du Centre Culturel Transfrontalier le Manège à Mons.

— Désigné en mars 2004 comme commissaire du projet « Mons, Capitale européenne de la Culture 2015 », projet désigné lauréat en février 2010

Comment s’est faite cette ouverture vers tout le Hainaut et les principales villes belges ?

Y.V. — Tout naturellement. Notre volonté de rayonner autour de Mons était déjà exprimée dans notre dossier de candidature, car nous voulions valoriser aux yeux de l’Europe la richesse culturelle de toute la région. Nous avons commencé par englober l’arrondissement de Mons-Borinage. Cela nous a vite semblé évident parce que l’histoire de ses habitants est également la nôtre. En les invitant à participer, nous voulions qu’ils s’approprient l’événement. Ces douze communes ont ainsi élaboré un projet, le Grand Ouest, qui permettra à chacune d’elle de trouver sa place, d’identifier ses forces vives. Ensuite, nous avons tracé un deuxième cercle d’un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Mons de façon à mettre en évidence l’incroyable diversité des institutions culturelles (le Mac’s, le Pass, le Musée de la Photographie...) de notre région et leur apporter une visibilité qu’elles n’avaient pas jusqu’ici. Nous avons demandé à chacune de nous proposer un projet original, exceptionnel, en rapport avec nos thématiques. Ce qu’elles ont toutes accepté, sans exception. La troisième démarche, attendu que la Fédération Wallonie-Bruxelles nous aide beaucoup, a été d’inclure dans le projet les principales villes francophones. Ces villes partenaires vont ainsi proposer chez elles un événement qui va créer un flux de tourisme culturel entre elles et Mons. Enfin, nous ne pouvions pas nous couper de la moitié nord du pays, ni des villes du nord de la France avec lesquelles nous travaillons régulièrement. Grâce à Mons 2015, toutes ces villes et leurs institutions se connaissent déjà beaucoup mieux aujourd’hui.

Pourquoi avoir choisi de lier étroitement la culture aux technologies et à la jeunesse ?

Y.V. — Vers 2003-2004, le bourgmestre Elio Di Rupo avait déclaré qu’afin de relancer l’activité socio-économique de Mons, il fallait miser sur les technologies, le tourisme culturel et la jeunesse. Dix ans après, on peut dire qu’il a eu le nez fin puisque des entreprises comme Google, Microsoft et IBM, pour ne citer qu’elles, sont venues s’implanter chez nous, creusant ainsi une Digital Innovation Valley plus spécifiquement tournée vers des technologies liées à l’informatique, aux jeux vidéo, à l’image, à la reconnaissance vocale... vers lesquelles la culture peut tout naturellement jeter un pont. Quant à la jeunesse, comment ne pas en faire un axe fort de notre travail quand on sait que Mons compte environ 20 000 étudiants ? C’est évidemment un public cible. Notre idée est que les jeunes s’approprient l’événement et voient dans leur ville qui se métamorphose la possibilité de se former. Afin de les impliquer davantage dans le projet, nous avons conçu, avec la collaboration de l’artiste Wajdi Mouawad, l’opération « J’aurai 20 ans en 2015 ». Depuis 2011, un millier d’ados ont été embarqués d’une façon ou d’une autre dans l’aventure et sont devenus des acteurs de la Capitale européenne de la Culture.

Le budget de Mons 2015 est de 68 millions €, hors infrastructures. Quelles retombées économiques espérez-vous ?

Y.V. — Nous estimons qu’environ deux millions de personnes – soit un million venant du Hainaut proche © DR et un million venant des autres régions de Belgique et d’Europe – participeront au moins à un événement. Si l’on se base sur les expériences des autres Capitales européennes de la Culture, telles Lille et Marseille, nous pouvons tabler sur un rapport d’un à six pour la grande région montoise, c’est-à-dire qu’1 € investi devrait en rapporter six au secteur horeca. Quant aux 250 000 000 € consacrés à la rénovation des infrastructures (gare exclue), financés en très grande partie par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie et les fonds européens, ils sont déjà retombés dans le circuit économique. Notre espoir maintenant est que ces nouveaux outils, avec leurs services et leurs équipes, connaissent d’autres aventures. Que les autorités communales et régionales trouvent d’autres objectifs à la Fondation Mons 2015 afin de continuer à alimenter l’esprit qui s’est créé pour cet événement. C’est la première fois que toutes ces institutions tirent dans le même sens. Il faut donc profiter de nos acquis.

Et les retombées pour l’économie de la région et les perspectives de débouchés pour les jeunes ?

Y.V. — Mons 2015 fait souffler une dynamique positive sur toute la région. Je suis persuadé que les investisseurs vont être de plus en plus séduits par la panoplie de nos infrastructures, comme le nouveau centre de congrès, mais aussi par les possibilités de formation et de logement. Comme elle est en outre très bien située, la ville est devenue attirante pour agréger les entreprises de la nouvelle économie créative. Si Mons est au top en 2015, ces investisseurs n’y seront pas insensibles. Le tour de force réussi avec Google pourrait se renouveler. Et, quels que soient leurs domaines de compétences (informatique, marketing, ingénieurs...), les jeunes Montois, qui seront formés demain dans nos écoles et universités, seront les premiers à en bénéficier. Ces entreprises chercheront à attirer ces talents et à les retenir. C’est un nouvel état d’esprit qui est en train d’éclore.

Mons espère-t-elle suivre l’exemple de Lille qui bénéficie d’un nouveau rayonnement culturel depuis 2004 ?

Y.V. — En relativisant et en gardant les pieds sur terre, je suis persuadé que l’on peut espérer un rayonnement similaire. La ville a en tout cas toutes les cartes en main pour y arriver.

Vous avez toujours été féru de culture. Pouvez-vous compléter cette phrase qui ressort de votre vécu :

« Quand j’étais jeune, il n’y avait aucune possibilité de sorties culturelles à Dour ni à Quiévrain. Demain, j’aimerais... »

Y.V. — ... que ce ne soit plus le cas. Que tous les jeunes de Mons-Borinage aient accès à la culture.

Entre Houdeng-Aimeries et Trivières, le site minier, inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO, représente le savoir- faire et l’héritage industriel de la Wallonie. L’Écomusée entretient son histoire.

Aux portes de La Louvière, fille de la révolution industrielle, la cité de Bois-du-Luc tourne en totale autarcie en ce début de XXe siècle. L’ensemble des maisons est formé de quatre blocs serrés les uns contre les autres et séparés par deux voiries perpendiculaires. À l’extrémité de l’un de ces axes, légèrement surélevé, le château du directeur-bâtisseur Omar Degueldre. À la fois père protecteur et patron à la poigne de fer, celui-ci surveille la cité ouvrière : la rue principale, le café, l’épicerie et les 166 maisonnettes flanquées chacune d’un potager, l’hospice et l’hôpital qui émergent au loin. À gauche, le puits d’extraction et le puits d’exhaure. À droite, les bureaux, les ateliers et les hangars. De temps en temps, se rappelant la révolte de 1893, il lorgne vers la herse d’entrée, aussi appelée « porte-guillotine », afin de s’assurer qu’aucun individu mal intentionné ne pénètre dans l’enceinte. Au loin, dans une école, une sonnerie annonce la fin de la classe. Dimanche, ce sera au tour de la cloche de battre le rappel jusqu’à l’église Sainte-Barbe. Puis, les enfants se verront offrir un goûter dans la salle des fêtes. Cela sent déjà le chocolat chaud...

Depuis deux ou trois générations, voire plus, les ouvriers habitent, travaillent, se soignent, s’instruisent et se divertissent dans une communauté qui, à leurs yeux, représente probablement une grande famille. Quant au site, il affiche une belle prospérité. Dominé par le chevalement qui trône au-dessus du puits de la fosse Saint- Emmanuel et rythmé par le glissement des wagonnets sur les rails, il a traversé toutes les révolutions industrielles, de la vapeur à l’électricité, et est désormais l’un des sites les plus remarquables de l’ère industrielle de la région du Centre, de la Wallonie et même de l’Europe. Son histoire est celle de toute une région qui, pendant près de 300 ans, a palpité autour du charbon et du métal. Le bassin du Centre constitue en effet l’un des trois berceaux hennuyers – avec ceux de Mons et de Charleroi – de l’aventure charbonnière sur le sillon houiller Haine- Sambre-Meuse qui se prolonge jusqu’à la vallée de la Ruhr, en Allemagne. Tout a commencé en février 1685, quand des maîtres charbonniers, des négociants et des bourgeois s’associèrent pour fonder la Société du Grand Conduit et du Charbonnage de Houdeng.

Premier exemple de structure capitaliste

« C’est le premier exemple d’une structure capitaliste sur le territoire européen », explique Daisy Vansteene, la directrice de l’Écomusée – le premier de Belgique – du Bois- du-Luc qui a pris ses quartiers dans les anciens bureaux du charbonnage en 1983 et s’est donné pour tâche d’appréhender autrement la culture industrielle et de la promouvoir au travers d’outils et de moyens ludiques. « Les mineurs venaient avec leur savoir-faire, les bailleurs de fonds avec les capitaux. Ils avaient besoin les uns des autres. Notamment pour résoudre les problèmes d’inondation dans les galeries. Il a fallu construire des puits d’exhaure et évacuer l’eau à l’aide de troncs d’arbres évidés et aboutés. D’où le nom de Société du Grand Conduit. On peut d’ailleurs en voir un fragment à l’ancienne salle de paie des actionnaires, dans le bâtiment qui abritait les bureaux de la société. Par la suite, bien sûr, les techniques de pompage se sont modernisées. »

« La cité de Bois-du-Luc est le premier exemple d’une structure capitaliste sur le territoire européen. »

 

Dans cette salle, qui sert de point de départ à une visite d’une heure trente au cours de laquelle le public pourra découvrir tous les rouages du charbonnage, depuis l’austère bureau du directeur jusqu’à la remontée des travailleurs du puits, sont également exposées des aquarelles, photographies et maquettes de quelques sièges les plus prospères (Bois-du-Luc, Le Quesnoy, Havré, Beaulieu) parmi la trentaine qu’exploitait la société dans le bassin du Centre au XIXe siècle. La visite prend une autre dimension lorsque l’on franchit les portes de la fosse Saint-Emmanuel. Même si l’extraction y a cessé en 1959 sur décision de la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier), les bâtiments et de nombreuses machines ont été sauvegardés. D’un côté, le puits d’extraction, le chevalement ou châssis à molettes – le beffroi des cités minières – et la cage d’ascenseur. De l’autre, le puits d’exhaure et ses pompes, la salle du ventilateur, la sous-station électrique – qui alimentait tout le village – et les bains-douches des femmes. Entre ces deux bâtiments, la lampisterie, les bains-douches des hommes et la salle des porions, où le contremaître formait les équipes. Une scénographie originale y illustre aujourd’hui, heure par heure, la journée du mineur.

En contemplantvcet ensemble de maisons jaunes unies pour le meilleur et pour le pire au pied de l’usine, il y a aujourd’hui matière à se creuser l’esprit et à édifier un terril de questions sur l’avenir de l’exploitation des ressources naturelles, les conséquences écologiques de l’industrialisation...

 

La pensée patronale au cœur de la cité

Si le site minier de Bois-du-Luc, aujourd’hui propriété de la Région wallonne, est inscrit depuis 2012 au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO, au même titre que le Grand-Hornu, le Bois du Cazier et Blégny-Mine, c’est notamment parce qu’il présente un exemple remarquable d’ensemble architectural illustrant une période significative de l’histoire humaine. Lorsque la Société des Charbonnages du Bois-du-Luc mit la clé sous le paillasson en 1973, le site aurait pu être démantelé ou détruit. Mais plusieurs initiatives combinées eurent pour conséquence heureuse le maintien du site minier dans son ensemble. Figure centrale de celui-ci, le village d’ouvriers, avec ses maisons non pas alignées « en coron » le long d’une artère – ce qui le distingue du Grand-Hornu ou des cités du Nord-Pas-de-Calais – mais refermées en trapèze, est un exemple toujours bien vivant de cette aventure humaine au cœur d’un charbonnage. Une aventure où la trilogie « patron-cité-usine » constituait le noyau fondateur.

« C’est peu avant l’ouverture de la fosse Saint-Emmanuel en 1846 que naquit l’idée de créer un village d’ouvriers au lieu-dit Le Bosquet, sur les rives du Thiriau du Luc, raconte la directrice, Daisy Vansteene. Pour la direction, il s’agissait de construire des logements pour attirer, fixer et fidéliser les mineurs en leur offrant des facilités. La pénurie de main- d’œuvre à cette époque était en effet un frein à l’essor des sociétés. La nouvelle cité, inspirée de l’exemple du Grand-Hornu, devait servir à attirer les mineurs. D’abord en leur proposant un toit, ensuite en mettant progressivement à leur disposition Le site minier de Bois-du-Luc est inscrit depuis 2012 au Patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO. des infrastructures collectives telles qu’hospice, école, église, salle des fêtes, hôpital, épicerie, café... En garantissant leur bien-être, on s’assurait en outre de leur docilité. C’est ainsi que s’est construite, au fil du temps, la pensée patronale. »

C’est en 1994 que la Région wallonne entreprit les travaux de rénovation et de modernisation des maisons... À l’exception du n° 9 rue du Midi, conservé en son ancien état et devenu une reconstitution d’un intérieur ouvrier de la première moitié du XXe siècle. Pousser la porte de cette maisonnette, c’est plonger dans le puits du temps, dans les eaux sombres d’une époque où les familles vivaient dans la promiscuité, avec un mobilier rudimentaire, des commodités réduites... « À l’origine, chaque maison comportait deux pièces au rez-de-chaussée, des caves et un fenil. À la fin du XIXe siècle, la société construisit deux chambres supplémentaires à l’étage et, au début du XXe, elle ajouta à l’arrière deux nouvelles pièces dont une censée servir de salle d’eau. Petit à petit, les conditions de vie se sont ainsi améliorées. Aujourd’hui, elles sont la propriété d’une société de logements sociaux qui en assure la gestion. »

En contemplant, des hauteurs de la maison du directeur, cet ensemble de maisons jaunes unies pour le meilleur et pour le pire au pied de l’usine, il y a aujourd’hui matière à se creuser l’esprit et à édifier un terril de questions sur l’avenir de l’exploitation des ressources naturelles, les conséquences écologiques de l’industrialisation, les rapports hiérarchiques, le paternalisme, la place du travail dans la société... Des questions d’une brûlante actualité, mais que l’on ne se poserait peut-être pas si, avec l’aide de divers partenaires, dont l’Institut du Patrimoine Wallon qui a en charge la sauvegarde et l’entretien du site, l’Écomusée et son équipe de scientifiques n’avaient cessé de travailler à la réhabilitation cohérente des lieux et au sauvetage de plus de 1500 mètres d’archives. C’est sûr, le site du Bois-du-Luc représente le savoir-faire, mais également l’héritage industriel et la mémoire du bassin du Centre et de la Wallonie.

L’ÉCOMUSÉE, PARTENAIRE DE MONS 2015

L’Écomusée du Bois-du- Luc, qui travaille en partenariat avec la Brasserie Saint-Feuillien, le Bois du Cazier et le Canal du Centre historique, est l’un des partenaires de Mons 2015. Du 1er mai au 30 septembre, le musée présente l’exposition « Homo Faber, poétiques et mécaniques du travail ». S’inspirant du séjour de Van Gogh dans le Borinage, l’exposition explore les liens entre l’art et l’industrie. Un voyage du XIXe siècle à nos jours.

Écomusée du Bois-du-Luc

Rue Saint-Patrice, 2b

B-7110 La Louvière (Houdeng-Aimeries)

+32 (0) 64 28 20 00

[email protected]

www.ecomuseeboisduluc.be

Le musée international du carnaval et du masque comprend 30 000 pièces provenant des cinq continents. Il changera très bientôt de visage.

Dans quelle ville de Wallonie autre que Binche aurait-on pu voir naître et grandir un musée du carnaval et du masque, on vous le demande ? Son carnaval, qui anime la ville durant sept semaines – mais qui occupe toute l’année ses habitants à la préparation des costumes – et qui culmine au Mardi Gras, est un événement populaire, humain et social hors du commun dont la renommée a largement dépassé les frontières du pays. Figure centrale des festivités, le Gille fait la fierté des Binchois, qu’il arbore ramon et masque (le matin), porte un chapeau en plumes d’autruche et lance des oranges (l’après-midi) ou danse à la lueur des feux de Bengale (le soir). Issu d’un folklore lointain et confus (les Incas ?), le carnaval de Binche est à ce point spécifique qu’il a été inscrit – comme celui d’Alost – au Patrimoine culturel et immatériel de l’Humanité par l’UNESCO en 2003. Aujourd’hui encore, chaque pas du visiteur dans la petite ville hennuyère de quelque 33 000 (joyeuses) âmes lui rappelle l’attachement profond que celle-ci voue à sa tradition carnavalesque.

C’est en 1975 qu’un musée dédié au carnaval de Binche ouvre ses portes dans le centre-ville. Le bâtiment fait belle figure. C’est un ancien hôtel particulier transformé au XVIIIe siècle en collège des Augustins et situé à quelques jets d’orange de la Grand-Place où s’étirent traditionnellement les rondeaux. L’installation s’est cependant faite sans tambours (ni trompettes), l’objectif de son premier conservateur étant de rassembler des pièces ayant trait au folklore local provenant du musée d’archéologie de Binche créé au lendemain de la Première Guerre mondiale. Par la suite, les collections furent enrichies au gré des dons et d’une politique d’achats éclectique réalisée grâce à l’aide des pouvoirs publics. Si le carnaval de Binche y occupe toujours une place de choix – il a fallu veiller à ne pas couper le musée de ses racines locales et régionales –, le masque s’y est petit à petit taillé la part du lion. Il est aujourd’hui abordé tant dans sa multiplicité de formes que dans la pluralité de ses fonctions. Dans cette optique, l’institution – devenue le Musée international du carnaval et du masque ou MUM – propose au public un véritable tour d’horizon des usages du masque dans le monde.

« Le musée présente l’une des plus riches collections de masques et de costumes au monde et c’est cette diversité, ce caractère universel, qui en fait sa spécificité et lui vaut son rayonnement. »

 

Le masque dans tous ses états

« Le musée présente l’une des plus riches collections de masques et de costumes au monde et c’est cette diversité, ce caractère universel, qui en fait sa spécificité et lui vaut son rayonnement », explique Clémence Mathieu, la collaboratrice scientifique du MUM. « Son catalogue compte plus de 10 000 numéros, ce qui correspond à près de 30 000 objets (masques, costumes, marionnettes, accessoires, instruments de musique...), auxquels il convient d’ajouter les affiches, photographies, cartes postales, etc. Ils sont issus des cinq continents et illustrent le masque dans ses fonctions et ses formes les plus diverses. Ainsi, en Europe, le masque apparaît surtout aux carnavals, aux défilés organisés lors des changements de saison dans le but de célébrer la fertilité de la femme et de la terre. En Afrique, il accompagne les rituels dits de passage : à l’âge adulte, à la vie en couple, au royaume des morts, etc. En Asie, il est lié au théâtre et au maquillage. En Amérique, il est également rattaché aux coutumes de passage propres aux indigènes, tout en constituant, bien sûr, un pan de l’héritage des traditions importées par les colonies européennes. Enfin, si on le trouve parfois en Australie, la population lui préfère les peintures corporelles. »

« LE MONDE À L’ENVERS », DE MARSEILLE À BINCHE

Du 25 janvier au 28 juin prochain, dans le cadre de Mons 2015, le Musée international du carnaval et du masque accueillera une exposition exceptionnelle intitulée « Le Monde à l’envers. Carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée ». Conçue à Marseille, en coproduction avec le Musée des Civilisations d’Europe et de la Méditerranée (MuCEm), à partir des fonds de ce musée mais également de quelque 200 pièces appartenant aux collections du MUM, elle proposera un regard neuf et inédit sur les mascarades rurales et les parades urbaines. Son parcours sera divisé en trois parties : les masques de l’hiver ou la refondation cyclique du monde, le pouvoir des masques et la refondation de l’ordre social, l’une des fonctions les plus importantes du carnaval. La mascarade du Boe et du Merdule (Ottana, Sardaigne) (photo ci-dessus) Cette mascarade rejoue la domestication des bovins, principalement la veille de la Saint Antoine et lors des Jours gras. Le costume en peau de brebis des deux personnages est assez semblable, mais le masque des « Boes » est surmonté de cornes tandis que celui des « Merdules » est noir et évoque les âmes des morts et les ancêtres. Durant le carnaval d’Ottana, les « Merdules », armés de fouets, de bâtons et d’une longue corde en cuir, poursuivent les « Boes », en tentant de les attraper et de les domestiquer. Après avoir parcouru le village, les « Boes » sont attrapés et succombent sous les coups de leurs maîtres ; ils renaissent ensuite pour reprendre le cours de la mascarade.

Un centre d’interprétation en 2016

Géographiquement, le musée, qui est équipé d’un centre de documentation et d’un auditorium de 120 places, est divisé en plusieurs sections. Le rez-de-chaussée et une partie du 1er étage sont consacrés aux expositions temporaires, dont la prochaine, centrée sur les carnavals et mascarades d’Europe et de Méditerranée, sera présentée dès janvier dans le cadre du partenariat avec Mons 2015 (voir ci-contre). Le 1er étage est consacré aux expositions permanentes : sur le carnaval de Binche, les carnavals de Wallonie et les masques d’Europe. Quant au deuxième, il sert la mission pédagogique du musée qui propose notamment des ateliers et des activités ludiques. « L’exposition consacrée aux masques d’Europe vient toutefois d’être remisée dans les cartons afin de faire de la place pour accueillir notre nouvelle exposition temporaire, explique Clémence Mathieu. Quant à l’exposition consacrée au carnaval de Binche, qui date de 1975, elle sera retirée l’été prochain et remplacée, en 2016, par un centre d’interprétation dédié à ce carnaval. L’auditorium sera également réaménagé. »

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