Waw magazine

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De l’abreuvoir et du lavoir mérovingien, qui sont visibles dans le parc, à l’ancienne brasserie Saint-Joseph, dont les cuves furent confisquées par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale, en passant par les ruines du château féodal, qui se dressent sur la colline, ce ne sont pas les fantômes du passé qui manquent dans ce magnifique site de la vallée du Samson, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Namur.

Nous sommes au Manoir de Houte, le « petit château de Gesves », déjà cité en 1256 et reconstruit au XVIIe siècle. Avec ses dépendances et la ferme attenante appelée le Moulin de Houte, cette antique demeure forme un ensemble de bâtiments harmonieux au sein d’un parc de deux hectares entouré de vieux murs percés d’une grille majestueuse. Aménagé en gîte rural pouvant accueillir 14 personnes, le manoir dispose, aujourd’hui, d’un équipement et d’un confort modernes, tout en ayant conservé un ameublement à l’ancienne. À l’extérieur, le ruisseau qui traverse la propriété, la terrasse ensoleillée, le verger, voire le potager, contribuent à faire de cet endroit une oasis de calme. « Quand nous étions assis devant le feu ouvert crépitant ou nous promenions dans le parc remarquable, nous nous sentions comme dans un vieux manoir anglais, dans un film avec Miss Marple, l’héroïne d’Agatha Christie ! », confiait récemment un couple de locataires allemands.

« Les gens qui viennent loger ici avouent souvent ressentir des sensations particulières », confirme le propriétaire, Alain Verkindere, qui aime rappeler que les armoiries de la famille Houtardt – le baron habite aujourd’hui le « grand » château de Gesves – figurent sur la pierre bleue en façade, et que, pendant la guerre 40-45, une cache avait été aménagée dans la pointe en diamant du toit afin d’abriter deux enfants juifs.

Après le manoir viendra bientôt le tour du moulin qui abritait la brasserie. « J’ai en projet l’aménagement de la grange et de la tonnellerie en vue d’en faire un deuxième gîte », confie Alain Verkindere, qui espère également pouvoir proposer aux enfants des balades à dos d’âne à travers la commune.


Renseignements

Le Manoir de Houte
Rue de Houte
5340 Gesves
+32 (0) 473 308 217
[email protected]
www.manoirdehoute.be

 

À voir, à faire

Le village de Mozet

« Le site étant classé Natura 2000, les amateurs de promenade pédestre prendront un guide nature pour s’en aller explorer la faune et la flore », suggère Alain Verkindere, qui a, en outre, un petit coup de coeur pour le village voisin de Mozet, sur la route de Namur, qui fait partie des plus beaux villages de Wallonie. « Les maisons, en pierres du pays, sont jolies et soignées. Je conseille particulièrement à mes locataires d’aller jeter un oeil sur la Tour de Royer, monument classé du XVIIe siècle, qui est en réalité un petit gîte de charme fort bien aménagé. »

Autres curiosités et activités

Le Centre équestre provincial à Gesves, le musée Monopoli à Barsy-Flostoy, le Centre régional de l’artisanat à Natoye, le château de Haltinne, Namur et la citadelle, le musée de la Céramique à Andennne, le château de Spontin…

« Pourquoi cela s’appelle la Maraude ? Parce que j’y ai aménagé une mare basse et une mare haute… Plus sérieusement, parce que, lors de la réfection de la toiture, une chouette effrayée s’est faufilée à l’intérieur et y est morte, faute d’avoir pu en ressortir. Je l’ai fait empailler et je l’ai invitée à s’installer dans le salon. Mais j’en ai également fait un dessin qui a été reproduit dans la pierre bleue sur le pavement, à l’entrée du gîte. »

Charles Boucher pourrait passer des heures à vous parler de cette « Maraude » située un peu à l’écart du village de Daverdisse et à l’aménagement de laquelle il a consacré dix ans de sa vie avant de l’ouvrir aux voyageurs à la fin des années 90. Il pourrait ainsi vous raconter l’histoire de la cloche qu’il a achetée à Tellin ou celle de la grille de jardin qu’il a lui-même dessinée, avant de confier sa destinée à un forgeron.

« J’ai toujours aimé l’Ardenne », explique ce Bruxellois paysagiste et horticulteur de formation qui « avait envie de faire quelque chose de ses mains », et qui a trouvé matière à les abîmer lorsqu’il est tombé sur cette ancienne fermette, en réalité une maison de saisonnier ou de « manouvrier », qui tombait littéralement en ruine. « Je cherchais un endroit typique, fort. Daverdisse m’a tout de suite plu parce que c’est un véritable îlot entouré de forêts. J’ai acheté cette maison pour une bouchée de pain et j’ai tout refait moimême, pièce par pièce. J’ai traversé les champs et les bois avec ma brouette pour aller chercher des pierres, j’ai fait les plans de toutes les ferronneries, je me suis ensanglanté les mains à dessiner des enluminures sur le plâtre des murs… »

La fierté de Charles Boucher semble cependant être le magnifique jardin paysager, dont la vue donne sur la vallée de la Lesse, et qui lui a valu de recevoir le label Gîte au jardin. « J’y ai planté des espèces de la région, comme des hêtres, des charmes, des noisetiers, ainsi que de nombreux arbres fruitiers et des plantes (rosiers, églantiers…), dont j’ai retranscrit les noms sur des ardoises. Je l’appelle le “jardin du silence”. On s’y sent à ce point bien qu’un jour un locataire, à peine arrivé avec sa valise, s’est jeté sur une chaise de terrasse, en s’écriant : “Je reviendrai l’année prochaine !”, alors qu’il n’avait même pas franchi la porte du gîte. »

Pas encore persuadé que l’aménagement de La Maraude est le fruit du travail d’un véritable passionné ? Dans ce cas, écoutez- le expliquer l’origine de cette minuscule maison en pierres dans le fond du jardin. « Je cherchais quelque chose pour refermer l’espace. Je l’ai construite avec les mêmes matériaux que le gîte, de sorte que les gens pensent qu’elle a toujours existé. Sa petitesse fait que le jardin a l’air plus grand, mais on peut y loger, car j’y ai installé l’eau et l’électricité, et j’ai construit un feu ouvert que chapeaute une énorme cheminée. C’est ma cabane en pain d’épices, la maison de Hansel et Gretel… » Vous avez bien compris, les enfants ? Si un jour (ou une nuit), vous vous perdez dans la forêt autour de Daverdisse, vous savez où vous réfugier !

 

À voir, à faire

Promenade le long de la Lesse

« Il y a de nombreuses balades possibles autour de Daverdisse, explique Charles Boucher, mais je vous propose la promenade des deux rives qui longe la Lesse vers sa source et dont le départ peut se faire au pont des Barbouillons. Le circuit passe d’abord près d’une superbe cataracte, puis par le lieu-dit « La roche aux chevaux » – une crête d’où les gens jetaient leurs chevaux devenus vieux ! – avant de rejoindre l’autre rive via une passerelle et de retourner à son point de départ. C’est superbe ! »

Autres curiosités et activités

Le Village du livre à Redu, l’Euro Space Center à Transinne, la basilique ainsi que les musées du fer et de la vie rurale à Saint-Hubert, le musée de la cloche et du carillon à Tellin, les Grottes et la réserve naturelle de Han-sur-Lesse

 

Renseignements

La Maraude
Rue Ry de Dinnan 14
B-6929 Daverdisse
+32 (0) 2 411 14 65
[email protected]

Son premier cyclotron a été construit en 1986 à Louvain-la-Neuve. Aujourd’hui, Ion Beam Applications (IBA) emploie 1 300 personnes dans quinze pays et est leader mondial en protonthérapie.

«Savoir que l’on contribue à sauver des vies humaines, cela fait chaud au coeur. Surtout s’il s’agit d’enfants… » Yves Jongen sait de quoi il parle. Il est le Chief Research Of f icer de IBA (Ion Beam Applications), une société qu’il a fondée en 1986 et qui rassemble aujourd’hui 1 300 collaborateurs dans quinze pays et une soixantaine d’implantations dans le monde, dont 500 en Belgique. À Louvain-la-Neuve principalement. Si le groupe produit des traceurs radiopharmaceutiques permettant la détection précoce de tumeurs, ce sont surtout ses cyclotrons spécialement conçus pour la radiothérapie, et plus particulièrement pour le diagnostic et le traitement du cancer, qui ont contribué à sa renommée. Mieux ! IBA est leader mondial en protonthérapie. Une technique qui consiste à détruire les cellules cancéreuses en les irradiant avec un faisceau de protons et non plus de photons. L’avantage ? Elle permet de mieux cibler les tumeurs et donc de limiter les effets secondaires de cette thérapie qui sont particulièrement dangereux chez les enfants.

Malgré les avancées des chercheurs américains et japonais, la société néolouvaniste détient à elle seule 50 % des parts du marché dans ce domaine. « Nous avons une longueur d’avance, certes, mais la course continue tous les jours, explique l’ingénieur, dans le soussol de l’un des quatre sites néolouvanistes de la société où se concentrent les activités de recherche et de développement. Jusqu’il y a peu, l’hôpital qui désirait s’équiper de salles pour la protonthérapie devait investir entre 100 et 120 millions €. Aujourd’hui, grâce à une nouvelle génération de cyclotrons de plus petite taille que nous avons mis au point et qui utilisent le principe de la supraconductivité, le coût est descendu à une vingtaine de millions €. Ce qui est déjà plus accessible », souligne- t-il, en montrant, d’un côté, le modèle traditionnel de 200 tonnes et 4,70 m de diamètres qui est en partance pour Dresde et, de l’autre, le « petit dernier », un cyclotron de 50 tonnes et 2,50 m qui, lorsqu’il sera complètement monté et réglé avec une précision extrême, mettra le cap sur le centre de protonthérapie de Nice.

À l’heure actuelle, 22 hôpitaux ou centres de thérapie répartis dans le monde ont choisi de s’adresser à la société belge afin de s’équiper en protonthérapie (voir encadré). Il est loin le temps du premier cyclotron conçu dans un parc à conteneurs de Louvain-la- Neuve, en 1986. Yves Jongen était alors directeur du Centre de recherche du cyclotron pour le compte de l’UCL (Université catholique de Louvain), lorsqu’il eut l’idée de concevoir et de construire des accélérateurs de particules de plus petite taille, non plus pour des applications nucléaires, mais médicales. « On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal pour la production de radioisotopes et la radiothérapie, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. Finalement, c’est la Région wallonne qui nous a aidés. Elle nous a suggéré de créer une société pour mener ce projet à bien et a accepté d’avancer 75 % de l’argent nécessaire à sa mise en route. Née dans le giron de l’UC L, notre spin-off connut un départ rapide puisque nous avons eu quatre commandes dès la première année. »

Très vite, Yves Jongen, le « chercheur », sentit la nécessité de s’adjoindre du soutien d’un « commercial ». Ce fut Pierre Mottet, ingénieur en gestion (UCL) et futur directeur (CEO) de la société – il quitta ce poste en mai dernier pour être nommé vice-président du conseil d’administration –, avec lequel il allait entamer une longue et fructueuse collaboration et être nommé « Manager de l’année » en 1997. « IBA effectua un tournant majeur en 1989 lorsque le chef du service de radiothérapie des Cliniques universitaires de Saint-Luc m’appela pour me lancer sur la piste de la protonthérapie, poursuit Yves Jongen. Nous avons dû patienter jusque 1994 pour décrocher notre première commande, venue du centre de thérapie de Boston, mais quatre ans plus tard, notre croissance était telle que nous avons décidé d’entrer en bourse… »

« On sait, par exemple, que le sucre se concentre de préférence sur des tumeurs ou des métastases. En le marquant à l’aide de traceurs radioactifs, on parvient à le suivre et à détecter les cellules cancéreuses. Nous avons réfléchi aux caractéristiques que devrait avoir le cyclotron idéal, puis nous l’avons dessiné. Mais aucune firme n’a voulu s’engager dans la construction, estimant ce système trop révolutionnaire. »


La suite ne fut pas toujours facile. Au début des années 2000, le groupe doit composer avec les retombées de l’affaire Lernout & Hauspie et la méfiance des banquiers. Mais ses cyclotrons eurent le mérite de ne pas s’affoler et, aujourd’hui, IBA engage à nouveau : 120 nouvelles têtes en 2011, 150 (prévues) en 2012… « Principalement pour nos départements Recherche et Développement à Louvain-la-Neuve », explique Didier Cloquet, le directeur du personnel, qui souligne que si la société recherche surtout des physiciens, physiciens d’hôpitaux, chimistes, électroniciens, électromécaniciens et commerciaux, ce sont surtout des ingénieurs qui constituent la denrée rare. « Nous avons pourtant un projet passionnant pour des jeunes prêts à voyager : partir un ou deux ans à l’étranger en équipe afin de monter un hôpital clé sur porte. Un projet qui demande esprit d’autonomie et de décision, car les patients ne peuvent pas attendre ! »

Un centre de protonthérapie en Wallonie ?

« IBA n’est pas une bombe à dividendes, car nous investissons sans cesse dans de nouveaux produits et de nouveaux services. C’est pourquoi l’action monte et descend régulièrement », annonce Yves Jongen. Le responsable de la recherche ne cache pas qu’une nouvelle idée, un nouveau défi, n’a cessé de tourner de plus en plus vite dans sa tête avant d’aller marteler récemment sa matière grise : la construction d’un centre de recherche en protonthérapie en Belgique ! « C’est notre grand espoir. Pareil centre se justifie pour une population de 10 millions d’habitants. Le projet existe depuis dix ans dans notre pays, mais comme bien d’autres aujourd’hui, il a des difficultés à recueillir l’adhésion au niveau fédéral. Avec la collaboration de l’UC L, des Cliniques universitaires Saint-Luc, de la Région wallonne et d’IBA, il pourrait voir le jour en Wallonie. »

Le premier habitant de Louvain-la-Neuve

Venu de Nivelles où il a passé sa jeunesse, diplômé de l’Université catholique de Louvain, Yves Jongen a connu la cité universitaire alors qu’elle n’était encore qu’un champ de boue gisant entre une poignée de fermes brabançonnes et quelques vieilles bâtisses. « J’ai conclu mes études d’ingénieur électronicien par une spécialisation en physique nucléaire et c’est ce qui m’a valu d’être engagé par l’UC L pour diriger le Centre de recherche du cyclotron, explique-t-il. On m’a trouvé un logement dans une maison rue Basse, près du futur centre de la nouvelle ville, et j’y ai émigré en août 1970. J’étais ainsi devenu le premier habitant de Louvain-la- Neuve que j’ai vu sortir de terre peu à peu. Au sens propre du mot, car je me rappelle que je devais mettre des bottes pour traverser les chantiers en ligne droite depuis mon habitation jusqu’au cyclotron. »

www.iba.be

 

Dans le monde

Vingt-deux hôpitaux ont déjà choisi Ion Beam Applications pour s’équiper d’un centre de protonthérapie. Douze sont opérationnels et dix en phase de construction ou d’installation :

Sites opérationnels : Boston, Chicago, Princeton, Hampton, Philadelphia, Bloomington, Jacksonville et Oklahoma (USA), Kashiwa (Japon), Zibo (Chine), Iisan (Corée du Sud) et Paris.

Sites en cours d’installation : Prague (Tchéquie), Essen (Allemagne), Trente (Italie) et Seattle (USA).

Sites en construction : Dresde (Allemagne), Dimitrovgrad (Russie), Uppsala (Suède), Cracovie (Pologne), Shreveport et Knoxville (USA).

Installée depuis 2002 dans l’aéropole, site qui a contribué à lui donner une image de marque tout en lui assurant une position stratégique au centre de l’Europe, la société Ecoplast Technology, anciennement connue sous le nom de Car Styling, a conquis une place de leader mondial sur le marché des accessoires automobiles grâce à un procédé technologique unique et breveté, l’Ecoplast System. « L’Ecoplast System est une procédure d’injection polyuréthane basse pression qui permet de faire des moules en résine et non plus en aluminium, explique Bernard Gonsette, qui dirige la société avec Éric Vanhamme. Grâce à cette technologie, le produit a les mêmes qualités qu’une injection haute pression mais son coût est nettement moindre. Et comme nous ne travaillons pas en sous-traitance mais que nous faisons tout nous-mêmes sur un site unique, depuis la conception jusqu’à la fabrication, nous sommes très concurrentiels. »

Particularité d’Ecoplast Technology : alors que les produits « made in Asia » déferlent en Europe, une partie de plus en plus importante des ailerons, spoilers, contours d’enjoliveurs et autres supports de phares fabriqués par la société carolorégienne met le cap sur les pays émergents comme l’Iran, la Russie, la Turquie, le Brésil… « C’est Renault, notre partenaire depuis toujours, qui nous a ouvert ce marché, précise le responsable. Il s’agit d’un marché de niche. Ces accessoires ne sont pas installés sur les modèles d’origine, mais ils permettent aux différents fabricants de créer des séries spéciales. »

Si l’industrie automobile fournit la quasi-totalité du chiffre d’affaires de la société, celle-ci essaie de se diversifier en fournissant également des accessoires pour l’industrie maritime, la grande distribution (des bustes en matière plastique noire grainée), ainsi que des objets de décoration originaux tels que porte-cartes de visite, porte-crayons, pots de rangement pour les cabinets dentaires, etc. « Nous avons même ouvert une porte sur le marché de l’art, souligne Bernard Gonsette. L’artiste américain Stephen Talasnik nous a en effet demandé de participer à la construction d’une structure flottante géante qui sera installée dans un parc à New York. Un nouveau challenge… » ■

 

En chiffres

⇒ 26 ans d’existence.

⇒ 90 % des ventes exportées.

⇒ 7 millions € de chiffre d’affaires prévus en 2012 contre 5 millions en 2011.

⇒ 45 personnes employées.

 

SAVIEZ-VOUS QUE 

Si vous envisagez d’acheter la nouvelle Renault Clio qui a été présentée mondialement en automne, vous pourrez demander qu’elle soit équipée d’éléments extérieurs aérodynamiques conçus par Ecoplast Technology. Ce pack spécial comprend un aileron, une paire d’enjoliveurs, de phares antibrouillard et un diffuseur arrière, le tout en noir.

Qui se ressemble s’assemble ! Quelque 600 personnes travaillent en effet au sein du Biopark de l’aéropole. Dans des entreprises et des spin-offs, des centres de recherche et de formation… Un réseau professionnel qui se renforce d’année en année.

L’idée a germé en 1994 lorsque l’ULB décide d’assurer sa présence en Wallonie. La réforme institutionnelle confie de plus en plus de compétences aux Régions et Communautés, et l’ULB décide, elle aussi, de se construire un ancrage wallon. Le choix de Charleroi s’impose assez facilement : malgré sa densité de population importante, la métropole ne comporte pas d’université et la province de Hainaut vient de se voir accorder les aides européennes au développement économique (Objectif 1).

Le choix du domaine d’activités est tout aussi stratégique : les biotechnologies et les sciences du vivant sont déjà avancées comme un des principaux domaines de développement industriel pour le XXIe siècle. Le pari est donc lancé : c’est à Gosselies, sur les vastes terrains jouxtant le jeune aéroport, que le « Biopole ULB Charleroi » sera créé. Le but : poursuivre une recherche d’excellence qui serait compétitive sur le plan international et permettrait le développement d’applications bénéfiques au développement économique de la région. Un défi concrétisé en 1999 par l’inauguration, au sein de l’aéropole, de l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires (IBMM).

La chaîne complète de l’innovation

Treize ans plus tard, le Biopole, rebaptisé Biopark Charleroi Brussels South (BCBS), est devenu un pôle d’excellence en biotechnologies impliquant de nombreux acteurs actifs dans toute la procédure de l’innovation scientifique, depuis la recherche jusqu’à la production.

C’est ainsi que le BCBS englobe :

→ Quatre centres dédiés à la recherche: l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires (IBMM), l’Institut d’Immunologie Médicale (IMI), le Laboratoire de Biotechnologie Végétale (LBV) et le Centre de Microscopie et d’Imagerie Moléculaire (CMMI).

→ De nombreuses plateformes technologiques regroupant des compétences variées (laboratoires et équipements exceptionnels), principalement en biologie moléculaire, imagerie et immunologie, à destination des chercheurs académiques et privés.

→ Deux unités de valorisation : l’Office de Transfert Technique, qui soutient les chercheurs dans toutes les étapes depuis l’émergence d’une idée jusqu’à son exploitation commerciale en passant par la validation de brevets, et le Biopark Incubateur, qui aide les futures spin-offs à se lancer.

→ Une quinzaine d’entreprises, majoritairement des spin-offs universitaires, qui profitent de leur situation stratégique au sein de l’aéropole pour se développer.

→ Un centre de formation continue pour les étudiants, chercheurs, professeurs et personnes sans emploi, qui fournit une précieuse main d’oeuvre qualifiée pour tout le secteur.

La présence de tous ces acteurs sur un même site est un atout car elle renforce les synergies et contribue à la création d’un véritable réseau professionnel. Le Biopark est ainsi devenu un lieu privilégié pour les partenariats entre les universités (ULB, UMons et même UCL depuis l’arrivée de la spin-off iTeos Therapeutics), les hautes écoles (campus technologique) et les partenaires publics (Wallonie, Province de Hainaut, IGRETEC...) et privés (GSK, UCB, spin-offs...).

« Le succès du Biopark vient du fait que l’ULB est parvenue à intégrer harmonieusement les différentes entités du secteur, expl ique son directeur, Dominique Demonté. En réussissant à attirer en moyenne une entreprise par an et en les encadrant d’un incubateur et d’un centre de formation en partenariat avec le Forem et les hautes écoles, c’est un véritable écosystème en connexion avec la région qu’elle est parvenue à créer. En complément de son pôle hospitalier à Bruxelles, l’ULB a aujourd’hui un pôle santé en Wallonie. Grâce à cette approche intégrée et dynamique, le Biopark est devenu un acteur important du développement socio-économique de la région de Charleroi et de la Wallonie. En outre, le BCBS est souvent cité comme un très bon exemple d’utilisation du fonds Feder. Le Fonds européen de développement régional a permis à l’UCB d’amorcer une stratégie dont on mesure aujourd’hui les effets bénéfiques. »

Le Hainaut, premier fournisseur du Biopark

Côté emploi, ce sont quelque 600 personnes, dont près de la moitié dans les entreprises et spin-offs, qui travaillent sur le site du Biopark. Une masse salariale qui se compose de docteurs (33 %), de détenteurs d’un master (38 %), de bacheliers (24 %) et de diplômés du secondaire (5 %). « Voici une douzaine d’années, à l’IBMM , j’étais l’un des rares Carolos à naviguer au milieu d’une flottille de Bruxellois, explique Dominique Demonté. Aujourd’hui, le Hainaut fournit 50 % des travailleurs du Biopark, la Région bruxelloise 21 %, le Brabant wallon 13 %, la Province de Namur 10 %, etc. C’est une autre preuve de l’impact socio-économique pour la région. » Et le directeur de conclure en se tournant vers l’avenir. « Même si nous avons atteint une masse critique importante, nous devons rester modestes. Le Biopark est encore jeune et pour assurer sa croissance, nous devrons à la fois poursuivre notre politique d’ouverture et renforcer nos axes forts afin d’assurer notre positionnement sur la scène internationale. »

Un positionnement qui devrait notamment passer par la création d’un centre inter-universitaire de recherche en immunologie. Un projet qui dégagerait des perspectives puissantes en termes de valorisation de la recherche, de la création d’entreprises ainsi que de formation. Les trois mamelles du Biopark ! ■

 

Les entreprises présentes sur le site

Aliwen: Services de gestion intégrée aux gestionnaires d’espaces verts publics et privés.

Bone Therapeutics: Traitement des maladies ostéo-articulaires par thérapie cellulaire.

CareSquare: Solutions IT innovantes permettant d’améliorer les conditions de vie des patients à domicile.

CF Pharma: Promotion, commercialisation et distribution de produits pharmaceutiques, parapharmaceutiques et médicaux.

Delphi Genetics: Solutions originales dans le domaine de l’ingénierie génétique.

DNA Vision: Services en analyses génétiques, orientées vers la médecine personnalisée. Euroscreen Récepteurs cellulaires couplés aux protéines.

ImmuneHealth: Centre de recherche spécialisé dans l’étude de la santé du système immunitaire.

MaSTherCell: Services dans le domaine de la production de cellules à but thérapeutique.

Novasep-Henogen: Société pharmaceutique et de bioingénierie intégrée.

Microcyc: Logiciels pour le secteur des soins infirmiers.

iTeos Therapeutics: Traitements innovants contre le cancer.

À noter également la présence de BioWin, le pôle de compétitivité Santé de la Wallonie, qui fut, en 2006, le premier partenaire extérieur à s’installer dans le pôle universitaire.

 

Le Biopark formation

En créant Biopark Formation, les autorités académiques de l’ULB visaient un double but : soutenir les activités de recherche et développement dans le domaine des sciences biomédicales et contribuer au développement socio-économique de la région. Depuis décembre 2008, le centre propose des cycles de formation allant de quelques heures à plusieurs mois à l’attention de tous les acteurs du secteur :

⇒ Les techniciens, chercheurs et managers académiques et industriels travaillant déjà dans ces domaines, mais souhaitant apprendre ou se perfectionner dans un sujet ou une technique.

⇒ Les demandeurs d’emploi : il s’agit de parcours de longue durée orchestrés en partenariat avec le Forem et grâce au Fonds Social Européen (FSE).

⇒ Les professeurs des hautes écoles ou du supérieur qui doivent former des étudiants à très haut bagage technologique et en adéquation avec les demandes du secteur.

Pour connaître les besoins en formation, les responsables sont allés à la rencontre d’entreprises et centres de recherche du secteur. C’est ainsi que, dans leur catalogue, on trouve des formations en imagerie, qui sont nées d’une réflexion avec le Centre de Microscopie et d’Imagerie Moléculaire (CMMI ), et en culture cellulaire, qui ont été mises sur pied avec la société MaSTherCell.

En quatre ans, Biopark Formation a déjà accueilli près de 1 300 stagiaires qui se sont répartis dans nonante sessions. Cela représente plus de 45 000 heures de cours dispensées par cinq formateurs épaulés d’académiciens.

Plus de trente entreprises différentes, ainsi que toutes les universités francophones et 90 % des hautes écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, y ont déjà participé. Ainsi qu’une soixantaine de demandeurs d’emploi pour lesquels le taux de réinsertion dépasse les 80 %. « Ce taux est même de 100 % pour les douze demandeurs d’emploi qui ont terminé leur session fin de l’été dernier, précise Dominique Demonté. Il est vrai que pour la plupart d’entre eux – des candidats qui étaient au chômage depuis deux à cinq ans –, il s’agissait en réalité d’une réorientation, puisqu’ils avaient déjà un diplôme. Demain, nous aimerions essayer avec des chômeurs présentant des profils plus complexes, comme des anciens ouvriers sidérurgistes… » ■

Le Biopark Incubator

Créé en mars 2010 à l’initiative de l’ULB et de l’intercommunale IGRETEC, en partenariat avec Sambrinvest et le centre d’entreprise Héraclès, le Biopark Incubator est une structure ayant pour objectif l’aide à la création d’entreprises dans les secteurs des biotechnologies et des sciences de l’ingénieur. Une structure composée aujourd’hui d’une équipe d’une dizaine de spécialistes et de deux bâtiments totalisant 10 000 m2.

En réalité, l’incubateur remplit trois missions distinctes mais complémentaires : accompagner les jeunes « chercheurs-entrepreneurs », aider la future entreprise à trouver des financements et l’héberger. La première est vaste puisqu’il s’agit d’aider l’auteur de projet à évaluer le potentiel de sa technologie, à réaliser des études de marché, à définir sa stratégie, à élaborer son business plan, etc. La deuxième consiste à l’aider dans la préparation du dossier qui l’aidera à lever des fonds et à trouver des investisseurs ainsi que des partenaires bancaires. Enfin, l’incubateur met à la disposition de la jeune entreprise ou spin-off la superficie de bureaux dont elle a besoin pour démarrer, mais également des laboratoires classiques et surfaces particulières spécifiques, ainsi que divers services administratifs comme un secrétariat ou une centrale d’achats.

Victime de son succès, le Biopark Incubator, qui a accueilli les sociétés Delphi Genetics et Novasep-Henogen, a très vite affiché complet, obligeant IGRETE C à se lancer dans la construction d’un second bâtiment avec l’aide financière de la Wallonie. Inauguré en avril 2012, le nouvel incubateur héberge déjà plusieurs spin-offs de l’ULB comme Aliwen, MaST herCell, Microcyc, CF Pharma et Caresquare. ■

L’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires

La création de l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires (IBMM) est le fruit d’une longue tradition de recherche en biologie moléculaire à l’ULB. C’est en effet en 1929 qu’un tout jeune étudiant en médecine, Jean Brachet, montre que l’acide thymo-nucléique est un composant des chromosomes et qu’il est synthétisé lorsque les cellules se divisent après la fécondation. Cet acide n’est autre que l’ADN ! Il fera ensuite d’autres découvertes sur l’acide zymonucléique (ARN) avant de rencontrer Raymond Jeener avec qui il formera le petit laboratoire du Rouge-Cloître à Auderghem. Le groupe, qui atteindra une réputation internationale en s’élargissant, donnera naissance au Département de Biologie Moléculaire (DBM), entité officiellement reconnue par l’Université en 1968. À l’étroit sur le site du Rouge-Cloître, le département essaimera au cours des années 60 vers le nouveau campus de Rhode-Saint- Genèse, ainsi qu’à Bruxelles (au CERI A, au campus de la Plaine et au Solbosch) et à Nivelles. En 1999, la plupart des laboratoires qui composent le DBM de la Faculté des Sciences se regrouperont dans l’aéropole. Ils seront rejoints par plusieurs équipes de l’IRI BHM (Institut de Recherche Interdisciplinaire en Biologie Humaine et Moléculaire) de la Faculté de Médecine avec lesquelles ils formeront l’IBMM.

Installé au sein du Biopark, rue des Professeurs Jeener et Brachet, l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires est aujourd’hui une entité vouée essentiellement à l’enseignement et à la recherche académique. Centre d’excellence de l’ULB, l’IBMM réunit plus de 200 scientifiques (biologistes, chimistes, physiciens, informaticiens, agronomes, vétérinaires ou médecins) impliqués dans l’étude, l’analyse et la compréhension des mécanismes moléculaires fondamentaux à l’origine du sida, du diabète, du cancer ou de la maladie du sommeil. Leurs recherches peuvent aussi aboutir à un nouveau vaccin, un nouveau médicament, un nouveau traitement de la stérilité. À la base d’une véritable dynamique ayant donné naissance à de nombreuses spin-offs, l’Institut, en une douzaine d’années, a multiplié les publications, citations, prix et projets de recherche. Ainsi, pas plus tard que cet été, le laboratoire de virologie moléculaire de l’IBMM s’est distingué en amorçant une piste innovante dans les stratégies visant à contrôler le virus du sida. C’est bien sûr un partenaire clef pour le redéploiement de la région de Charleroi. ■

Delphi Genetics

Créée en novembre 2001, Delphi Genetics est l’exemple même de spin-off née dans le giron de l’ULB. Fondée par des chercheurs ayant travaillé (ou travaillant encore) dans les laboratoires de l’IBMM, la jeune société a développé des technologies basées principalement sur la compréhension fine des mécanismes d’action de gènes poison et antidotes bactériens. Pour faire simple, on dira que ces technologies lui ont permis de concevoir des produits biopharmaceutiques n’utilisant plus d’antibiotiques. Aujourd’hui, la société est titulaire d’une licence d’exploitation des brevets de l’ULB découlant de ces recherches. C’est ainsi qu’en octobre dernier, Delphi Genetics a signé son troisième accord de licence avec une société pharmaceutique mondiale.

Après Sanofi Pasteur en 2009 et GSK en 2010, Delphi Genetics a accordé cette année une licence à Merck pour l’utilisation de la technologie « Staby Express » qui permet d’obtenir un rendement élevé sans utiliser d’antibiotiques. Hébergée initialement dans le Biopark Incubator 1, la société connut une croissance telle qu’elle fut contrainte de faire construire ses propres bâtiments qu’elle inaugura cette année. ■ 

 

DOMINIQUE DEMONTÉ EN BREF

Carolo d’origine, 42 ans, deux enfants, habite Floreffe. Licencié en biologie des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur, où il obtient un doctorat en génétique. En 2000, il débarque à l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires afin d’y entamer un postdoctorat de six ans pour l’ULB. En 2003, il est conseiller scientifique au Bureau de Transfert Technologique (OTT ). En 2006, il devient directeur adjoint à l’Institut d’Immunologie Médicale (IMI ). En 2010, il est nommé directeur du Biopark.  

Jean-Jacques Cloquet est, depuis fin 2010, le directeur général de Brussels South Charleroi Airport qui est entré cette année dans le top 3 des meilleurs aéroports low-cost au monde. Interview d’un Carolo qui ne s’est pas embarqué à la légère – son bagage en témoigne ! – dans cette aventure.

 

Vous travailliez chez Solvay en 1991, quand l’aéroport de Charleroi a été créé. Avez-vous suivi sa mise en route ?

Jean-Jacques Cloquet — J’ai effectivement suivi sa progression au fil des ans. J’ai trouvé que c’était une belle expérience et une valeur ajoutée pour la région. Bien sûr, je n’imaginais pas que j’en deviendrais le directeur. Bien que j’ai toujours rêvé de m’investir pour ma région. J’avais 11 ans quand mes parents sont venus s’établir à Charleroi et je me considère Carolo.

Vous débarquez chez BSCA en 2008 et, aussitôt, c’est le grand envol : le nombre de passagers enregistre une progression de 33 % en 2009 et encore de 32 % en 2010. Et cela alors que la crise vient d’éclater et que la récession frappe l’Europe ! Quel rôle avez-vous joué dans cette croissance ?

JJC — Je suis arrivé à un moment charnière. D’une part, le nouveau terminal d’une capacité de trois millions de passagers est devenu opérationnel début 2008 et, d’autre part, nous nous équipons l’année suivante d’un « Instrument landing system » plus sophistiqué qui permet aux avions d’atterrir et de décoller malgré des conditions météorologiques difficiles. À cela est venu s’ajouter le concept du low-cost qui, précisément en ces temps de crise, répondait davantage à l’attente des passagers. Nous avons développé un modèle de vols familiaux qui, nonobstant des commodités moindres, a permis aux gens de prendre des vacances à bon marché et de rendre visite à des membres de leur famille en deux heures.

Le développement de l’aéropole a-t-il contribué à ce succès ?

JJC — Nous offrons, il est vrai, de plus en plus de destinations « business », de sorte qu’aujourd’hui environ 17 % de nos passagers utilisent BSCA pour leurs affaires. Il y a sans doute un lien avec la présence de l’aéropole, mais on ne peut pas dire qu’il soit fort. Ce qui est sûr, c’est que la croissance de l’un a entraîné celle de l’autre et vice versa.

Vous avez été directeur des ressources humaines. Quel est l’impact de BSCA sur l’emploi dans la région ?

JJC — Selon les saisons, le nombre de travailleurs fluctue entre 500 et 600 personnes, dont 80 % habitent dans un rayon de 40 kilomètres. Si l’on ajoute le personnel des compagnies aériennes, ainsi que celui lié à la sécurité, à l’Horeca, aux transports, etc., cela fait environ 3 000 personnes qui travaillent sur le site. Sans compter les emplois indirects, comme l’hôtellerie, les fournisseurs… L’impact sur le bassin de Charleroi au niveausocial est donc considérable. N’en déplaise aux responsables du nord du pays qui nous ont attaqués à propos des avantages accordés par la Wallonie à Ryanair, c’est le plus beau return sur investissement réalisé par une région au profit de ses habitants. Il s’agit véritablement d’aides publiques à l’emploi !

La Région wallonne vous aide encore ?

JJC — Depuis 2008, son aide financière est limitée aux domaines de la sécurité pompiers et de la sûreté, c’est-à-dire du contrôle des passagers. La Région n’intervient plus dans nos projets d’investissements. Nous les finançons nous-mêmes, une partie sur fonds propres et une autre partie via des emprunts.

Venons-en précisément à vos projets…

JJC — Notre croissance annuelle est telle que nous sommes proches de la saturation. Pour maîtriser cette croissance, dix à quinze millions d’investissements par an seront nécessaires. Ainsi, cette année, nous avons aménagé quatre nouvelles portes d’embarquement. En 2013, nous allons développer la zone commerciale de l’aéroport : nouvelles boutiques, bar, Horeca... L’année prochaine, nous disposerons également de dix places de parking supplémentaires pour les avions, soit 29 au lieu de 19. Des places qui seront toujours en contact avec notre terminal. Cela nous permet de gagner du temps pour le transfert des passagers. Vous savez que nous traitons un avion en 25 minutes ? Nous sommes peut-être les seuls au monde à pouvoir réaliser cela grâce à notre organisation et à nos équipes qui sont super rodées. En quelques années, nous sommes passés d’un aéroport low-cost à un aéroport « cost-minded ». Tout est calculé pour un moindre coût.

Vous venez de franchir cette année le cap des six millions de passagers. Or, votre terminal a été conçu en 2008 pour en accueillir trois !

JJC — C’est ce que je voulais dire en parlant de saturation. Nous sommes en train d’étudier le marché afin de déterminer, en fonction de la croissance annoncée, quelle serait la taille la plus judicieuse pour notre nouveau terminal. Une capacité d’accueil de l’ordre de dix millions de passagers à l’horizon 2016 serait sans doute idéale. Pour ce faire, il faudra vraisemblablement agrandir l’espace actuel de 40 %. Dans l’axe de la longueur, de part et d’autre du terminal actuel, toujours dans le but d’éliminer les pertes de temps.

Et où en est le projet de l’aérogare ?

JJC — Nous sommes bien sûr preneurs, mais nous n’en sommes pas les maîtres. Tout dépendra du budget que la SNCB voudra bien consacrer à cette nouvelle ligne. Idéalement, il faudrait que l’aéroport soit en connexion directe avec la gare de Charleroi et celle de Bruxelles-Midi. Pour les liaisons vers l’extérieur… ■

 

JEAN-JACQUES CLOQUET, BIO EXPRESS

 

⇒ Louviérois d’origine, Thyrocastellopolitain d’adoption (il habite Thy-le-Château, à Walcourt) et Carolo dans l’âme.

⇒ 52 ans, 5 enfants.

⇒ Joue durant sa jeunesse au football au Sporting de Charleroi.

⇒ Diplôme d’ingénieur civil électricien à Mons.

⇒ De 1984 à 2003, il travaille chez Solvay où il est accède aux postes de directeur de l’unité opérationnelle du Benelux et de directeur européen pour la promotion du PVC.

⇒ Directeur du Sporting Club de Charleroi de 2003 à 2004.

⇒ Directeur technique de la Carolorégienne de 2005 à 2007.

⇒ En 2008, il entre chez BSCA en tant qu’indépendant pour créer un nouveau département et est nommé directeur commercial non-aviation. Il y devient directeur des ressources humaines, puis directeur général ff en 2009 et, enfin, administrateur délégué en décembre 2010.

⇒ Manager de l’année et Carolo de l’année en 2011.

 

BSCA, L’HISTORIQUE

 

1991 Création de Brussels South Charleroi Airport (BSCA).

1997 Première destination : Dublin / 200 000 passagers.

2001 Arrivée de Ryanair. BSCA devient la 1e base continentale de la compagnie irlandaise / 800 000 passagers.

2004 Arrivée de Wizzair (Hongrie) / 2 millions de passagers.

2006 Arrivée de Jet4you (Maroc).

2008 Nouveau terminal / 3 millions de passagers.

2010 Prix européen du meilleur développement dans la catégorie de 3 à 5 M passagers.

2011 Idem dans la catégorie de 5 à 10 M passagers.

2012 Jet4you intègre Jetairfly. BSCA dessert 96 destinations dans 25 pays et atteint le nombre record de 6,2 millions de passagers (estimation 2012).

Le saviez-vous ?

L’histoire de l’aéroport de Charleroi débute en 1919, quand le Roi Albert Ier inaugure la première école de pilotage belge au « Mont des Bergers », à Gosselies. L’année suivante, la SE GA (Société Générale d’Aéronautique) débute la maintenance d’appareils utilisés par les aéro-clubs de la région. Quatre cents pilotes militaires et civils destinés à l’aéronautique militaire furent ainsi formés à l’école d’aviation. À partir de 1931, grâce à la société Avions Fairey, Gosselies devient le centre de l’industrie aéronautique belge. En 1954, associée à Fairey, la S.A.B.C.A crée une usine à Gosselies. Progressivement, d’autres entreprises s’établissent sur le site. En 1978, la Sonaca est créée pour reprendre les activités de Fairey.

La première porte

Le tarmac carolo est désormais la principale porte d’entrée en Wallonie pour près de 7 millions de voyageurs. La Wallonie, à l’initiative de Paul Furlan, son Ministre du Tourisme, envisage un gros projet d’aménagement et de placement d’écrans d’information dans les installations de l’aéroport. Films, annonces d’événements, informations diverses à vocation touristique, tout ce qui peut valoriser les atouts et attraits de la Wallonie sera disponible en un clin d’oeil.

Un pôle spatial autour de l’aéroport.

Outre les bien connues S.A.B.C.A. (Société Anonyme Belge de Construction Aéronautique) et Sonaca (Société Nationale de Construction Aéronautique), qui sont implantées dans le parc d’activités économiques de Gosselies, d’autres entreprises actives dans le secteur de l’aéronautique et du spatial gravitent autour de l’aéroport de Charleroi. À commencer par le centre de formation technique en aéronautique WAN (Wallonia Aerotraining Network), qui s’adresse également aux demandeurs d’emploi, ainsi que le Belgian Flight Group, qui est spécialisé dans la formation de pilotes de ligne. Les deux sociétés sont établies à Gosselies également.

Dans le parc d’activités économiques de Jumet, le Service Centres Aero Belgique est spécialisé dans la distribution de demi-produits en aluminium destinés au marché de l’aéronautique et à la Sonaca en particulier. Quant au centre d’excellence en recherche aéronautique Cenaero, qui rassemble une cinquantaine d’ingénieurs, il a naturellement choisi l’aéropole pour démarrer ses activités en 2002. Enfin, Charleroi est aussi le terreau où s’est développée et ramifiée une société dont la renommée n’arrête pas de faire le tour de la planète, puisque plus de 150 satellites, actuellement en orbite, disposent d’équipements réalisés par Thales Alenia Space ETCA qui est basée à Mont-sur-Marchienne. Il s’agit d’une entreprise bien ancrée dans la région vu que ce sont les ACEC (Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi) qui, désireux de s’ouvrir un secteur d’activité dans le domaine du spatial, sont à l’origine de la création de ETA (Études Techniques en Constructions Aérospatiales) en 1963.

On passe outre les péripéties politicocommerciales qui ont influencé la trajectoire de ETCA et ses changements de dénomination au fil des rachats, absorptions et fusions avec des compagnies étrangères – Thales est un groupe français et Alenia Spazio est le département espace de l’italien Finmeccanica –, pour retenir que la société, qui emploie plus de 600 collaborateurs à Charleroi, est leader européen du conditionnement et de la distribution d’énergie sur les satellites. C’est elle qui a livré la plupart des bancs de contrôle de la famille des lanceurs Ariane et elle est aujourd’hui le plus important fournisseur d’électronique de bord de la fusée Ariane 5.

À noter également qu’en 2008, Thales Alenia Space ETCA s’est vu attribuer par l’AWEX le Prix Wallonie pour son taux élevé d’exportation (80 % de ses activités). ■

Oubliées les rondeurs des terrils ! L’aéroport et l’aéropole de Charleroi sont désormais les deux mamelles de la reconversion économique de la région. Du petit lait pour les investisseurs comme pour les jeunes diplômés. Plongée dans le giron d’un parc scientifique en pleine croissance.

Certains en parlent comme d’une véritable Silicon Valley belge. Avec ses 180 entreprises générant plus de quatre mille emplois, le parc scientifique et technologique de Gosselies, à Charleroi, est devenu en moins de 20 ans un moteur de l’économie régionale. Mais un moteur qui n’est plus alimenté par le charbon ni forgé dans l’acier : à quelques jets de bagages de l’aéroport, dans ces bâtiments au design futuriste décorés d’un ruban de verdure, ce sont les cerveaux qui sont désormais en état de chauffe permanent. L’aéropole abrite en effet des entreprises actives dans les domaines de la santé, de l’information et la communication, de l’aéronautique et du spatial, et de l’industrie technologique. Bref, des sociétés dites « à haute valeur ajoutée ». C’est-à-dire tournées vers le futur…

« On a en effet vécu, à la fin des années 80, le déclin des sites sidérurgiques, miniers et verriers dans la région, expliquent Patrick Leclercq et Marc Arno, tous deux conseillers économiques pour IGRETEC, l’intercommunale qui gère l’ensemble des parcs d’activités économiques de la région de Charleroi et du Sud Hainaut. D’où la volonté des forces vives locales de changer de décor, de redonner des couleurs au Pays Noir en créant un aéroport régional et un nouveau type de parc d’activités qui romprait radicalement avec l’image des anciennes zones industrielles et créerait de l’emploi durable pour la région. »

Certes, celle-ci n’a pas attendu les années 90 pour penser à ce changement de cap et entamer sa reconversion. La plate-forme multimodale de Montignies-sur-Sambre, qui permet le transport combiné entre la voie d’eau, le chemin de fer et la route, ainsi que le parc d’activités économiques de Charleroi-Jumet et le parc de Courcelles, axé sur la logistique routière, avaient déjà ouvert au fil des ans la porte à nombre d’entreprises cherchant un nouveau site pour se développer. Mais dès 1994, les premiers fonds structurels européens accordés au Hainaut (Objectif 1), cumulés aux financements obligatoires de la Région wallonne, allaient encourager les acteurs locaux à dérouler sur une centaine d’hectares, au milieu des champs, ce magnifique tapis rouge en béton à l’intention des sociétés tournées vers le futur. Le développement économique de la région pouvait désormais passer les vitesses supérieures.

Un parc où les places se sont vendues au fil des ans au même rythme que les tablettes informatiques aujourd’hui. En cette fin 2012, seuls cinq hectares restent à attribuer.

 

La première entreprise à croire en la plus-value de l ’aéropole fut l ’Espagnole Europrinter qui y ouvrit ses portes en 1994. Pourquoi cette société active dans l’impression de quotidiens internationaux jeta-t-elle son dévolu sur le site carolo ? Parce que, dans cette activité, la disponibilité du personnel, la localisation et les possibilités de communication jouent un rôle important. Avec le jeune aéroport et les bretelles d’autoroute au bout des chaînes d’impression, les journaux bénéficiaient de magnifiques rampes de lancement vers la France, l’Allemagne, les Pays- Bas, la Grande-Bretagne et la Scandinavie.

En 1999, l’arrivée de l’Institut de Biologie et de Médecine Moléculaires (IBMM) et de ses chercheurs issus de la Faculté des sciences et de la Faculté de médecine de l’ULB, suivie quelques mois plus tard par l’inauguration d’Henogen, la première spin-off de l’université, allaient jeter les bases du « Biopole ULB Charleroi » et marquer la véritable envolée du parc scientifique et technologique qui allait rapidement s’affirmer comme un pôle d’excellence en Belgique. Un parc où les places se sont vendues au fil des ans au même rythme que les tablettes informatiques aujourd’hui. En cette fin 2012, seuls cinq hectares restent à attribuer.

Les raisons d’un succès

« En plus de sa location et de son accessibilité, il y a deux raisons essentielles qui expliquent le succès de l’aéropole, explique Patrick Leclercq. Primo, parce qu’il englobe dans son périmètre des bâtiments innovants sur le plan architectural – c’est important pour l’image des entreprises –, des lieux de restauration, des sentiers de promenade et des services divers comme une banque et une crèche, le site a tous les atouts pour attirer un large public et contribuer à la qualité de vie de ceux et celles qui y travaillent. Secundo, l’aéropole présente dans chaque secteur la filière complète du monde du travail : des instituts de recherche, des centres de formation et des entreprises. Par exemple, dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, la quinzaine d’entreprises présentes peut prendre appui sur le CETI C et ses chercheurs en informatique et sur le centre de compétences Technofutur TI C qui organisent annuellement 450 000 heures de formation tous publics à l’intention de 15 à 20 000 personnes.»

« Et de nouveaux outils sont constamment mis en place pour attirer les entreprises étrangères, poursuit Marc Arno. Ainsi, début octobre, nous avons inauguré dans l’aéropole, avec l’Awex, l’Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers, un Welcome Office destiné spécialement aux entreprises établies en Europe et en Afrique du Nord, soit dans les deux parties du globe que dessert l’aéroport de Charleroi. Il s’agit d’un incubateur dans lequel les entreprises intéressées sont hébergées gratuitement pendant six mois, le temps de voir si la région peut constituer pour elles une bonne terre d’implantation. Notre intercommunale va prochainement inaugurer deux nouveaux parcs d’activités économiques mixtes de trente hectares chacun à Jumet. Il y aura donc de la place ! » ■

 

Dix-huit parcs gérés par IGRETEC

L’intercommunale gère aujourd’hui 18 parcs économiques sur une superficie de 800 hectares dans la région de Charleroi et dans le Sud Hainaut. Au total, cela représente environ 600 entreprises et quelque 20 000 emplois.

Quatre de ces parcs sont situés sur le territoire de Charleroi : l’aéropole (180 entreprises), les parcs d’activités économiques de Charleroi-Gosselies 1 (11 entreprises, dont Caterpillar et ses 4 700 emplois) et Charleroi-Gosselies 2 (13 entreprises, dont la Sonaca – 1 600 emplois) et celui de Charleroi- Jumet (69 entreprises). Parmi les autres grosses pointures implantées dans ces parcs : AMI Metals, Johnson & Johnson, AGC (ex-Glaverbel), Getaway… Le rôle du département animation économique d’IGRETE C est d’aider ces entreprises dans leurs démarches et projets de développement. Une cellule de conseillers est ainsi spécialement chargée de les accompagner dans la rédaction de leurs dossiers de demandes d’aides financières (à l’investissement, à l’emploi, à l’innovation, aux aides fiscales, etc.).

Import-export

L’Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers joue également un rôle très important dans le développement de l’aéropole. L’une de ses missions est précisément de promouvoir les investissements étrangers.

Dans ce cadre, elle prospecte auprès des entreprises susceptibles d’être intéressées à développer une activité commerciale ou industrielle en Wallonie. Après avoir identifié un investisseur potentiel, l’AWEX veille à recourir à la collaboration de tout organisme public ou privé, européen, fédéral ou régional, dont l’intervention pourrait décider l’investisseur potentiel à faire le choix de la Région comme lieu d’implantation. C’est encore elle, ensuite, qui propose les divers sites d’implantation possibles en collaboration avec les intercommunales de développement économique ou les agences immobilières. Elle participe également à l’élaboration d’un dossier d’incitants financiers européens et régionaux, à la mise au point avec les services fédéraux concernés des aspects fiscaux et sociaux, et à la mise en relation avec des partenaires financiers.

Jamboise, wallonne, mère de famille, femme d’idées, journaliste, chef d’entreprise, défendeuse des PME et de l’industrie alimentaire dans le sud du pays… Il y a en autant d’étiquettes qui collent à la peau de Fabienne Bister que sur ses pots de moutarde. Attention, propos épicés !

Si elle est sortie des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix, à Namur, avec une licence et un maîtrise en sciences économiques et sociales en poche, le parcours en bord de Meuse de Fabienne Bister est loin d’être un long fleuve tranquille. Au début de sa carrière, elle quitte même assez souvent ses pénates pour Paris et l’Algérie. Elle travaille alors comme journaliste spécialisée dans le franchising, mais aussi comme consultante. En janvier 1991, elle effectue une courbe rentrante et rejoint la moutarderie familiale à la direction de laquelle elle s’installe quatre ans plus tard. Depuis, elle est sur tous les fronts. Tout en veillant matin et soir sur les petits pots épicés, elle échafaude de nouveaux plans de campagne, bataille en faveur des PME wallonnes, défend l’industrie alimentaire dans le sud du pays et regarde comment le monde évolue. Chemin faisant, elle trouve encore l’énergie – et surtout la volonté – de repousser les offres de reprise des concurrents qui l’assaillent continuellement. Car ce n’est pas demain que l’entreprise fondée par son grand-père vendra son âme, foi de Jamboise !

À la fin de ses humanités, pourtant, c’est à un avenir plus serein que songeait Fabienne Bister. L’architecture et la décoration d’intérieur tapissaient alors ses rêves encore flous de jeune fille. Mais son père, qui avait le nez fin – normal, direz-vous, quand on dirige une moutarderie –, lui tint à peu près ce langage : « Essaie d’abord sciences éco. Si tu rates, tu pourras faire l’architecture d’intérieur ». À ces mots, la jeune fille ouvre la porte de la première candi et laisse… la spirale du succès la happer. « Réussir ses études, dans la famille, ce n’était pas un choix, mais une évidence », note celle dont le parcours professionnel est aujourd’hui cité en exemple dans la « cellule des anciens » des Facultés Universitaires.

« Peu après mes études, j’ai été repérée par Michel Hansenne, alors ministre de l’Emploi et du Travail, qui m’a fait entrer dans son cabinet, mais la politique ce n’est pas mon truc. C’est pourquoi j’ai accepté l’offre du journal L’Echo, qui trouvait intéressant d’utiliser des économistes pour alimenter ses rubriques plutôt que des journalistes. J’ai toujours eu une bonne orthographe », précise Fabienne Bister, qui s’arrête un bref moment – sans doute a-telle une pensée pour sa mère qui la soumettait au régime d’une dictée par jour –, avant de reprendre : « Parallèlement à cette activité de journaliste, j’ai également travaillé comme consultante, notamment pour la Banque mondiale pour laquelle je suis allée en Algérie. J’avais une de ces trouilles ! À un point tel que je me suis forcée à suivre une formation complémentaire en gestion de la timidité. »

Fin des années 80, cependant, elle fait une rencontre qui s’avérera décisive pour la suite de sa carrière. On connaît la citation du romancier et critique Jules Janin : « Le journalisme mène à tout à condition d’en sortir. » Henri Mestdagh, le patron du groupe de distribution qui était client de la moutarderie Bister la connaissait également. « Pourquoi ne reprenez-vous pas l’entreprise familiale à la suite de votre père ? », lui suggéra-t-il. « Cet encouragement me stimula. Il faut dire qu’à ce moment-là, les affaires allaient moins bien. Je me suis dit que si j’attendais, il serait trop tard. Je me suis donc attelée à l’élaboration d’un plan de redressement de l’entreprise que j’ai présenté à mon père et à mon oncle, les deux principaux actionnaires, qui l’acceptèrent. J’ai poursuivi mes activités de journaliste en free-lance à mi-temps, puis, début 1995, j’ai succédé à mon père à la tête de l’entreprise. »

Home sweet home ?

L’expression n’est pas la plus appropriée pour qualifier le quotidien de Fabienne Bister au sein de l’entreprise jamboise. « Je consacre bien sûr beaucoup de temps à la bonne marche et au développement de la moutarderie, mais la gestion professionnelle des liens émotionnels n’est pas le moindre des challenges quand on est à la tête d’une PME familiale d’une quinzaine de travailleurs, souligne-t-elle. Heureusement, je ne vis pas que dans et pour mon usine. Quand les problèmes quotidiens m’en laissent le temps, je me bats pour aider les PME . C’est ma passion, mon bénévolat social à moi. Comme d’autres femmes font du tricot… » Parmi ses nombreux mandats, ceux dont elle a eu la charge au sein de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB). Pendant quatre ans, la Namuroise a ainsi présidé la commission des PME. Mais, surtout, elle fut la première femme belge à avoir été vice-présidente de la FEB. « Il fallait une femme, une Wallonne et une responsable de PME . Je répondais aux trois critères », explique celle qui s’est notamment battue pour que les travailleurs soient représentés dans les PME. « Mais pas forcément par le biais d’un syndicat, au contraire ! », nuance-t-elle.

En 2010, Fabienne Bister est nommée présidente de Fevia Wallonie, l’aile wallonne de la Fédération de l’industrie alimentaire belge, à laquelle elle essaie d’insuffler une nouvelle dynamique. « Un secteur qui est de plus en plus important dans notre pays et qui résiste bien à la crise, car constitué de nombreuses petites entreprises dont la souplesse permet mieux de s’adapter au marché. »

À l’Union Wallonne des Entreprises, où elle exerce également plusieurs mandats, son franc-parler touche les esprits. Son combat ? Il a pour échéance 2020 : « Que la Wallonie ne dépende plus de la Flandre, qu’elle retrouve son indépendance financière ! Comment ? Non pas en s’obstinant à aider le secteur de la sidérurgie, mais en misant sur les PME . Nos entreprises ont un atout majeur : leur savoir-faire. Il faut les encourager à croître. Il y a dans le sud du pays une très forte concentration d’universités, donc un gros potentiel de développement économique, notamment via les spins off », lance celle qui réfute l’idée préconçue selon laquelle l’herbe serait plus verte ailleurs. « Au contraire de la Flandre, la Wallonie a encore de nombreux terrains accessibles à bas prix. À Achêne, petit village de l’entité de Ciney où notre moutarderie va déménager cet été, le terrain est à 16 €/m². Près d’un noeud autoroutier ! »

Le sujet monte de plus en plus au nez de Fabienne Bister. Impossible de la tenir par la bride, le terrain socio-économique est trop propice au galop. « Le problème de la Wallonie, c’est le piège à l’emploi, martèle-telle. Comment voulez-vous encourager un chômeur à trouver du travail quand il touche 900 € sans rien faire alors que certains travailleurs en gagnent à peine 1 200, somme à laquelle ils doivent retirer les frais de voiture ou de déplacement ? J’estime qu’un débutant doit gagner au minimum 1 500 € ! » Comment y arriver ? Sur ce sujet, la responsable d’entreprise rejoint les partisans d’une réforme énergique dans le nord du pays. « En diminuant les charges sociales ! Le chômage est un droit essentiel, mais il doit retrouver sa fonction de filet de sécurité. Il faut le limiter dans le temps et l’économie réalisée doit servir à mieux payer ceux qui travaillent. Moi-même, en tant qu’administratrice déléguée de la moutarderie Bister – L’Impériale, j’aimerais que mes employés et ouvriers gagnent davantage ! Aujourd’hui, les gens ne commencent à travailler pour eux-mêmes qu’à partir d’octobre. Jusque fin septembre, ils nourrissent l’état et la sécurité sociale… »

Un peu d’histoire

L’histoire de la moutarderie Bister – L’impériale débute officiellement en 1926 à Jambes, avec François, le grand-père de Fabienne. Un homme d’entreprise qui, dans l’entre-deux-guerres, décida de se lancer dans la torréfaction de la chicorée. Las ! La soudaine montée des eaux de la Meuse en décida autrement. Qu’à cela ne tienne, Franz, lui, débordait d’idées. Le hasard l’amenant devant une moutarderie et la recette – soigneusement protégée – de L’Impériale, il décide de racheter stock, machines et camions et de se lancer dans une nouvelle aventure. Tirée d’abord à la louche, par l’épicière, d’un gros pot en grès, la moutarde trouve ensuite refuge, avec l’arrivée des selfservices, dans les fameux pots en forme de grenade Mills – qui n’ont aucun lien de connivence avec le gaz moutarde ! – inventés par François et qui trônent encore aujourd’hui sur de nombreuses tables belges. La route de l’épice est ouverte et, après Jean, le fils de François, c’est donc Fabienne qui fait tourner l’entreprise. Au fil des ans, son activité s’est bien sûr élargie puisque le nom de Bister est désormais lié à une quarantaine de sortes de moutarde, dont les plus connues sont L’Impériale, bien sûr, et la moutarde de Dijon – qui n’est pas une appellation d’origine mais une recette obtenue à partir d’une seule variété de graine. L’usine de Jambes produit également des sauces froides (Piccalilli…), des oignons, des cornichons, des câpres, etc.

« En 2002, afin de bénéficier d’une image de marque française, nous avons construit une deuxième usine en Champagne, près de Troyes », explique Fabienne, qui essaie toujours de se démarquer en développant de nouveaux produits. « Nous y produisons surtout des moutardes bios, un concept sur lequel nous travaillons depuis 1997. Soit deux ans avant la crise de la dioxine et donc la concurrence ! »

Cet été, cependant, les bons vieux bâtiments de la rue de Francquen, qui ont vu défiler des millions de pots durant trois générations, vont être abandonnés. L’entreprise, en effet, prépare son déménagement à Achêne (Ciney), dans un ancien bâtiment industriel réaménagé. Une séparation douloureuse mais inévitable. « Depuis le rachat, en 2007, des activités condiments de la vinaigrerie wavrienne L’Etoile, nous sommes vraiment à l’étroit. En plus, les locaux sont peu pratiques, obsolètes et nos camions sont source de nuisance pour le voisinage. Nous serons bien mieux dans ce zoning où nous disposerons des 1 700 m² existants ainsi que d’une extension de 1 100 m². »

Alors, en route pour une nouvelle aventure ? « On n’est pas nécessairement conditionné pour diriger une entreprise familiale toute sa vie », répond la patronne, qui ne cache pas qu’elle reçoit régulièrement des propositions pour aller exercer ses talents dans d’autres sociétés. « On m’a proposé jusqu’à 10 fois mon salaire… » Une dernière question s’impose donc. Y aurait-il un autre pilote dans la famille Bister pour reprendre les commandes ? Fabienne secoue régulièrement son arbre généalogique comme un prunier dans l’espoir qu’un moutard ou l’autre en tombe et prenne à son tour de la graine au sein de l’entreprise. En vain, jusqu’à présent. « Ma fille aînée semble être tentée. Elle est en rhéto… »

 

La Moutarderie Bister en chiffres :

- Nombre d'emploi : 15

- Chiffre d'affaires : 4 millions d'euros, principalement sur le marché belge

- Pays d'exportation : France, Angleterre, Pays scandinaves, Pays-Bas et Suisse

 

TOURISME ET TRADITION

Dans le giron de l’entreprise familiale, l’asbl Tourisme et tradition, qui est soutenue par le Commissariat général au Tourisme de la Région wallonne et dont le siège est situé à la moutarderie Bister, propose aux groupes des visites d’un jour afin de découvrir une trentaine d’entreprises et petits producteurs régionaux. Le catalogue des partenaires touche des domaines variés puisque l’on y trouve l’abbaye de Malonne, les cafés Delahaut, la cristallerie du Val-Saint-Lambert, le Moulin Defrenne à Gembloux, les escargots Petits Gris de Namur, etc.

Allez, hop ! on pêche un circuit au hasard, intitulé « De l’eau à la bouche ». Le programme comprend la visite de la brasserie Caracole à Falmignoul ou Purnode à Yvoir, suivie de la découverte de la moutarderie Bister – l’entreprise n’est cependant pas dans tous les circuits –, avant de se terminer par une croisière sur la Sambre et la Meuse. « Ces circuits promotionnels attirent 7 500 visiteurs par an, souligne Fabienne Bister. Dont 6 500 choisissent de découvrir notre entreprise et son petit musée. »

 
Renseignements

Bister sprl
Rue de Francquen, 1-3
B-5100 Jambes
+32 (0)81 300 306
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Depuis l’été 2012, le nom de Charline Van Snick est définitivement pendu à une médaille olympique. À 22 ans, la route de la judokate, qui vient d’emménager près du centre de Liège, est pourtant encore longue. Au propre comme au figuré…

Le 28 juillet 2012 restera à jamais marqué dans la mémoire de la famille Van Snick. Ce samedi-là, en début d’après-midi, sur les tatamis de l’Excel Exhibition Centre de Londres, Charline est en repêchage dans la catégorie des moins de 48 kg contre l’Argentine Paula Pareto. Après deux victoires suivies d’une défaite, la Liégeoise n’a plus droit à l’erreur. Elle jette ses dernières forces dans la bataille, bénéficie d’un Yuko en fin de combat et, après un temps qui lui a semblé interminable, elle voit l’arbitre de sa petite finale lever le bras dans sa direction. C’est l’explosion de joie dans le camp belge avec lequel elle fêtera cette médaille de bronze à la Belgium House. Ses parents, Marc et Anne, sont émus et fiers de leur fille qu’ils ont poussée sur les tatamis de Blegny dès l’âge de six ans. Dame ! Dans la famille Van Snick, le judo et le jiu-jitsu sont une école de vie. On y apprend à se battre, à souffrir et à triompher !

La liesse continuera quelque temps. Le 14 août, au Hall omnisports de Saive, le village familial, tous ses supporters et les membres de son club – le Bushido Saive dirigé par son père – sont présents pour lui faire un triomphe. Le 13 septembre, les autorités wallonnes lui décernent le titre de Cheval ière du Mér ite wal lon, et le 4 décembre, elle reçoit pour la troisième fois le Mérite sportif de la Fédération Wallonie- Bruxelles. Le bilan de la n°4 mondiale est remarquable. Outre son exploit olympique, elle a brillé au Championnat d’Europe (2e), a remporté le Grand Prix de Düsseldorf et s’est classée troisième au tournoi Grand Chelem de Moscou.

Les films de Tarantino

« Une médaille olympique, ça change toute une vie ! », a-t-on souvent entendu dire dans le monde sportif. Oui, mais… peut-être pas tout de suite. En ce qui concerne Charline, le seul changement notoire, c’est qu’elle a décidé de quitter la maison familiale en septembre dernier, à 22 ans, pour s’installer dans un petit appartement du quartier Saint- Léonard, à Liège. Histoire d’acquérir son autonomie. C’est là que nous l’avons rencontrée, début février, ainsi que son compagnon, le judoka français Anthony Cueillette – « un mec génial », susurre-t-elle, en le couvant des yeux –, qui fait régulièrement le déplacement depuis Paris. On débouche dans l’appartement après avoir traversé un long couloir. Il est de petite taille mais moderne. Dans un coin du salon, un gros lapin s’agite à notre entrée – « il s’appelle Navis, il adore jouer avec moi ». Sur le mur, une photo de nuit de Tokyo – « c’est moi qui l’ai prise, c’est l’un de mes hobbies », annonce-t-elle, avant de se soumettre au jeu des questions.

Le bilan de la n°4 mondiale est remarquable. Outre son exploit olympique, elle a brillé au Championnat d’Europe (2e), a remporté le Grand Prix de Düsseldorf et s’est classée troisième au tournoi Grand Chelem de Moscou.


Pourquoi le quartier Saint-Léonard ? Venant d’une Liégeoise de souche, la réponse ne surprend pas. « Je suis près du centre-ville. Pour sortir, c’est facile. J’adore déambuler dans les rues avec des amis, il y a plein de magasins, des brasseries, des animations… » Et les cinémas ? « Oui, mais je préfère aller au complexe de Rocourt ». Son dernier film ? « “Django Unchained”. J’adore Tarantino. Je regarde aussi des DVD. Surtout les séries policières. Ma préférée est “Esprits criminels”. J’aime les gens qui ont une forte personnalité… » Elle est interrompue par la sonnerie de son téléphone portable. Au ton de sa voix, on la sent quelque peu contrariée. « Ma voiture est en panne, mon sponsor m’en a donné une autre, mais ce n’est pas évident. J’en ai besoin tous les jours pour aller m’entraîner ! »

Et Charline d’énumérer ses aller-retour hebdomadaires afin de participer aux entraînements de la fédération donnés par Cédric Taymans et Damiano Martinuzzi. « Le lundi, ceux-ci ont lieu à Wavre, le matin en petit groupe et le soir à l’attention de tous ; les mardis et jeudi, ils ont pour cadre l’ULB , à Bruxelles ; enfin, le mercredi soir, je prends part à l’entraînement national à Etterbeek. En plus de cela – mais ça, c’est un choix personnel –, je me rends deux ou trois fois par semaine au Spiroudôme, à Charleroi, pour ma préparation physique. Enfin, je fais de la musculation dans une salle à Fléron et, de temps en temps, du jogging, du squash et de la natation au Sart Tilman. »

Vingt heures par semaine au volant !

C’est là que l’on comprend pourquoi, aux yeux de la judokate liégeoise, la situation n’a guère évolué depuis sa médaille. « J’avais espéré avoir quelques facilités ou avantages, mais cela n’est pas le cas », constate celle qui a brillamment obtenu un baccalauréat en marketing à la Haute École de la Province de Liège et est sous contrat à l’Adeps avec le statut de fonctionnaire administratif. Ces déplacements, surtout, sont fastidieux. « Comme d’autres, j’attendais beaucoup du projet de centre de haut niveau que la Région wallonne voulait mettre sur rails. C’eût été génial s’il avait pu voir le jour au Sart Tilman, mais le dossier n’a pas abouti – NDLR Le projet de dojo fédéral pour le judo francophone est toujours en discussion. Toutefois, le centre de haut niveau va se développer à Louvain-la-Neuve… en commençant par l’athlétisme. Donc, je dépense beaucoup d’énergie sur les routes. Je m’entraîne entre 15 et 20 heures par semaine et je passe 20 heures au volant ! » « Tu devrais changer de sport, tu ferais une excellente pilote ! », intervient Anthony. Celui-ci ne connaît pas ce problème. À Paris, toutes les disciplines, ainsi que le staff médical, sont concentrées à l’Institut National du Sport, de l’Expérience et de la Performance ( INSEP ), situé au coeur du bois de Vincennes, à deux pas de son logement.

Charline sourit à la boutade. Mais elle a un autre souci. Depuis l’automne, elle doit composer avec une entorse à la cheville qui l’a tenue de longues semaines à l’écart des tatamis. Son début de saison a donc été postposé. Elle a ainsi été contrainte de renoncer à l’Open de Paris-Bercy, ainsi qu’au Grand Prix de Düsseldorf. « Mais mon objectif n’a pas changé : je veux devenir championne d’Europe, en avril, en Hongrie, et me hisser à la première place mondiale ! »

La pression ne risque-t-elle pas d’être trop forte ? La Liégeoise a appris à la gérer. De plus, c’est une battante. À l’image de Justine Henin, qui est venue l’interviewer à Jodoigne avant son départ à Londres, elle n’abdique jamais, quel que soit l’adversaire. « Ce que Justine a réussi est exceptionnel, mais je n’en fais pas un modèle. Je n’en ai d’ailleurs pas. Je trace ma route, c’est tout ! », tranche-t-elle. Cela, on l’avait bien compris.

 

Le talent pour devenir n° 1

Vice-champion du monde en 2001, directeur technique de la Ligue francophone belge de judo et entraîneur de nombreux athlètes de haut niveau dont Charline Van Snick, Cédric Taymans ne se fait pas trop de souci pour sa protégée à l’aube d’une saison que la Liégeoise aborde avec un capital confiance quelque peu entaillé par sa blessure.

Cédric Taymans — Comme elle vise le Championnat d’Europe fin avril, il faudra absolument qu’elle puisse prendre part à un tournoi avant cette date, explique-t-il. On y verra plus clair alors sur sa forme, mais c’est une battante. C’est d’ailleurs sa principale force. Elle a le talent pour atteindre son objectif, devenir la n° 1 dans sa catégorie.

Et ses principaux défauts ?
C.T. —
E lle est trop fougueuse, elle a des difficultés à se plier à certaines règles de base. Mais elle est encore jeune…

 

Bio & palmarès

1990 : Naissance à Liège.
1996 : Commence le judo à 6 ans au JC Olympic Blegny, dans sa commune.
1998 : Le jour même de ses 8 ans, ses parents créent le Bushido Saive, son club actuel.
2004 : Premier podium international en Roumanie (cat. Espoir).
2009 : championne d’Europe (cat. Junior). La Fédération Wallonie-Bruxelles lui attribue le Mérite sportif pour la première fois.
2010 : première médaille d’or en Coupe du Monde à Sofia (cat. Senior) et médaille de bronze au Championnat d’Europe. Elle entre dans le top 10 mondial.
2011 : 5e au Championnat du monde.
2012 : vice-championne d’Europe et médaille de bronze aux JO de Londres (4e mondiale).

La Route Merveilleuse lui a servi de tremplin professionnel. Depuis cinq ans, Thierry Pierre propose des balades en Segway sur le site de la Citadelle de Namur. C’est original et pas fatigant du tout. Il suffit de se pencher. La machine fait le reste !

Il était constamment collé à terre, les genoux en feu, puis, un jour, il a entendu une voix lui souff lant : « Penche-toi et avance ! », et il s’est mis à gravir la Citadelle de Namur en deux temps et quelques mouvements. Suivi, comme le joueur de flûte de Hamelin, par une ribambelle de petits bonshommes fluo et casqués, enchantés de se mouvoir ainsi sans effort sur les pentes tortueuses de cette forteresse qui a résisté pendant des siècles aux assauts des plus grands conquérants.

Cette histoire, ce n’est pas celle de Lazare ni un conte des frères Grimm, mais bien l’aventure vécue par Thierry Pierre, un Namurois, qui propose depuis cinq ans, un moyen très original pour visiter la capitale wallonne et son fleuron, la Citadelle. Vous avez certainement déjà vu cet engin à deux roues sur lequel on se tient debout et que l’on fait avancer en se penchant vers l’avant. Cela s’appelle un Segway ou un transporteur personnel. L’engin fonctionne sur le principe du gyroscope, c’est-à-dire que c’est la position du corps qui décide de la vitesse et la direction. Grâce à ses capteurs très sophistiqués, l’appareil détecte votre inclinaison et donne aux roues le mouvement nécessaire pour que vous restiez en équilibre tout en vous déplaçant. C’est non seulement enfantin, mais c’est aussi électrique, silencieux et non polluant !

Départ dans la caserne Terra Nova

« J’ai travaillé une vingtaine d’années dans le bâtiment en tant que carreleur », explique Thierry Pierre sur la plate-forme Terra Nova, au coeur du domaine fortifié, où ses Segways sont alignés en attendant le départ. « Mais à force de m’appuyer sur le sol, j’ai commencé à avoir des problèmes aux genoux. Il devenait impératif pour des raisons de santé de trouver un autre job. Lors d’un séjour en République dominicaine, j’avais eu l’occasion d’essayer cette machine mise au point par un ingénieur californien. J’y ai réfléchi, pensant d’abord devenir vendeur officiel. Mais l’idée m’est vite venue de l’utiliser à des fins touristiques. Je l’ai testée sur les pentes de la Citadelle, puis je me suis lancé. »

En 2008, Thierry fait donc l’acquisition de douze Segways, à 8 400 € pièce. Mais il lui faut un camion pour les transporter et un site où s’installer. « La Ville de Namur a accepté que je prenne place dans l’ancienne caserne Terra Nova, à côté de l’accueil des visi teurs. J’ai signé avec elle une convention. Je promeus le site qui lui appartient et elle me soutient. »

C’est ainsi qu’est née Segwaynam, une petite sprl qui propose, par exemple, pour 30 €, un circuit d’une heure trente comprenant la visite de la Citadelle et le tour de la vieille ville. Ou une variante de deux heures… Grâce à ses deux batteries, le gyropode à une autonomie de 40 kilomètres environ. La plupart du temps, c’est Thierry Pierre lui-même qui fait office d’accompagnateur, tout en dispensant ci et là quelques commentaires à propos des lieux. « Je travaille aussi avec des moniteurs que je recrute via une agence d’intérim. Et, parfois, lorsque le client le demande, avec un guide attitré. Car ce n’est pas mon job et je ne veux prendre la place de personne. »

Également aux Lacs de l’Eau d’Heure

Au fil des grimpettes et des inclinaisons – en avant ou en arrière –, d’autres idées sont venues étoffer le catalogue de la petite société namuroise. Aujourd’hui, Segwaynam, qui est désormais riche de vingt-cinq transporteurs, propose également, le plus souvent en association avec des partenaires locaux, des balades autour des Lacs de l’Eau d’Heure, sur le Ravel de la vallée de la Molignée, dans le centre d’Andenne, les environs de Dinant et de Floreffe… « Au début de l’aventure, quand nous nous faufilions entre les passants, on devinait à leur expression qu’ils nous prenaient pour des fainéants, raconte l’initiateur. Aujourd’hui, c’est un sourire de sympathie qui s’affiche sur leur visage. Les automobilistes sont fair-play et prennent le temps de nous laisser passer. Quant aux touristes, ils sont de plus en plus intéressés, que ce soit en groupe ou en famille. Mais mon plus gros chiffre d’affaires vient des entreprises pour lesquelles j’ai concocté différents modules de teambuilding, tels que circuits découverte, chasses au trésor ou parcours d’habileté. » Le fondateur parvient-il à vivre de ses Segways ? « Pas encore, concèdet- il. J’ai gardé mon activité de carreleur pour meubler les périodes creuses. Comme en hiver. Celui-ci fut particulièrement long… »

Bref, si la partie n’est pas définitivement gagnée, Thierry Pierre n’en est pas moins sur la bonne pente !

 
Renseignements

Segwaynam
Rue Jean Colin, 2
B-5020 Flawinne
+32 (0) 475 66 14 47
www.segwaynam.be

 

En « mets et chants… sons »

Le dimanche 4 août, l’asbl Comité Animation Citadelle proposera un parcours pédestre sur le site de la Citadelle mêlant musique, gastronomie et histoire. De 11 à 14 heures, le public sera amené à découvrir des lieux historiques d’exception habituellement fermés et à y écouter des musiques en rapport avec leur période. De la musique médiévale au Château des Comtes, du classique à Terra Nova, de la musique folklorique au Hangar aux Affûts, des groupes vocaux au Théâtre de Verdure et de la musique pop-rock au Belvédère. Sur chaque espace, des chefs de renom accueilleront le public en proposant des dégustations culinaires également en lien avec l’époque.

 

Une visite de Namur sur deux roues

« Mettez bien vos pieds au milieu du plateau. Pour démarrer, il suffit de vous pencher légèrement en avant. Plus vous vous inclinerez, plus le Segway prendra de la vitesse… Pour tourner, tirez le guidon du côté où vous voulez aller. Pour freiner et vous arrêter, redressez-vous ! »

Avant d’entamer chaque balade, Thierry Pierre consacre toujours un petit quart d’heure à expliquer le fonctionnement de ses gyropodes. Ce matin-là, sur le parking de Terra Nova, il encadre des étudiantes de 6e année de l’Institut Ilon Saint-Jacques, l’école d’hôtellerie et de tourisme de Namur. Céline, Stéphanie et Anna n’ayant pu accompagner le reste de leur classe en voyage scolaire, les jeunes filles ont opté pour la visite de la Citadelle et du vieux Namur en Segway, accompagnées de Saji, leur professeur de mathématiques.

L’initiation terminée, le petit groupe s’élance en file indienne, escorté par Thierry et suivi par Renaud, son assistant. Tous portent un casque et un gilet fluo. En quelques louvoiements, l’Esplanade est atteinte. « Le Stade des Jeux et le Théâtre de Verdure sont l’oeuvre d’un architecte contemporain de Léopold II, Georges Hobé, qu’il ne faut pas confondre avec le pilote de motocross Georges Jobé qui, lui aussi, s’est illustré autour de la Citadelle », explique le guide, avant de sortir une clé et de débrider les Segways. « Au départ, je limite leur vitesse à 8 kilomètres à l’heure. Maintenant, ils peuvent rouler deux fois plus vite. »

C’est donc avec des ailes dans le dos que les jeunes filles s’élancent maintenant sur la Route Merveilleuse et dévalent la pente jusqu’aux Jardins de Médiane, où Thierry peut leur décrire la vue plongeante sur Namur : le Bef froi, la Cathédrale, le Parlement wallon, la Meuse… Après un nouveau coup de reins pour franchir le Pont des Hollandais, on poursuit la descente jusqu’au Jardin des Plantes, non loin de l’endroit où, voici un peu plus d’un siècle, s’élançait le funiculaire qui reliait la ville au Grand Hôtel de la Citadelle. « Son coût d’exploitation élevé et la concurrence du tram ont provoqué son démantèlement en 1907 », explique Thierry avant de s’élancer sur le chemin de halage.

Au pont du Grognon, où, malgré le nom, tous et toutes affichent un large sourire, le guide explique que ce triangle formé par la Meuse et la Sambre était jadis le berceau de Namur. « Plus de 2 000 personnes y étaient serrées dans 150 habitations. C’était le quartier des Sarrazins, nom donné à ceux qui travaillaient dans les bas fourneaux. » La Sambre franchie sans effort, voici le groupe devant le Théâtre de Namur. Puis, c’est la visite de la vieille ville : la Tour Marie Spilar, le Beffroi, la rue des Fripiers, la place Marché aux Légumes… Sur un coin, un établissement datant de 1616, le « Ratin-Tot » (« attends tout », en wallon). « C’est là que les hommes s’attablaient en attendant que leurs épouses reviennent de la messe à l’église Saint-Jean », commente Thierry.

Sous le regard amusé des passants, la chenille sur roues zigzague à travers les ruelles jusqu’au Musée Félicien Rops. Puis, c’est le retour via la Halle aux Grains et le chemin de halage. Au pont de l’Évêché, les Segways traversent la Sambre et attaquent les pentes de la Citadelle via l’avenue Jean 1er. « Nous sommes presque arrivés, lance Thierry, comme le groupe aborde la Route des Canons. Faites attention ! C’est souvent dans les dix dernières minutes, alors que l’on sent trop confiant, que l’on risque une chute. » Il n’avait pas fini de parler que Stéphanie se retrouve les jambes en l’air. Plus de mécontentement que de mal, heureusement. Près du Hangar aux Affûts et son magnifique point de vue, la jeune fille a retrouvé son sourire pour la « photo de famille ». « Je croyais que les Segways, c’était un truc pour garçons, commente- t-elle. Mais ce n’est pas compliqué… » « C’est une façon originale de découvrir la Citadelle », intervient Anna. « En un mot, c’est gé-nial ! », conclut Céline.

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