Waw magazine

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Depuis le 10 septembre, à Redu, le Mudia embarque ses visiteurs sur le « fleuve des arts ». Un voyage de sept siècles à travers 46 courants artistiques. Un enchantement pour les enfants. Une découverte magistrale pour tous !


Une deuxième vie pour Redu ? 
 C’est le rêve devenu réalité d’un collectionneur passionné. Grâce au Mudia, le musée didactique des arts qui se visite comme une attraction, le village de Redu pourrait redevenir un pôle touristique majeur dans la région.  

 « Quand je voyais mes petits enfants qui ne tenaient pas plus de dix minutes dans un musée, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose… »

Eric Noulet n’a certes pas été le premier à se dire qu’il y avait sûrement « quelque chose à faire » afin d’intéresser un large public à l’art. D’autres avant lui ont entrepris, depuis pas mal d’années, de dépoussiérer les musées en jouant la carte de l’interactivité, du dynamisme, de la surprise. Mais nul, sans doute, n’a été aussi loin que ce collectionneur passionné d’art. Non seulement il est allé au bout de son rêve, mais le résultat est un véritable enchantement. Jamais les enfants – ni même les parents – ne se sont élancés avec autant d’entrain à travers le monde de l’art que depuis l’ouverture du Mudia à Redu. Un musée où les nouvelles technologiques et l’aspect ludique ont pris une telle place qu’il a été reconnu comme attraction touristique par le Commissariat Général au Tourisme.

Car c’est bien d’attraction qu’il s’agit. Si le parcours conçu par Eric Noulet afin de permettre à tout un chacun de découvrir quarante-six mouvements artistiques différents (du XVe au XXIe siècle, des primitifs flamands à la bande dessinée) se veut d’abord pédagogique, l’attractivité est présente dans toutes les salles par le biais d’animations interactives surprenantes. Ici, c’est une jeune femme qui s’anime sur la toile et imite les courbettes des visiteurs ; là c’est un personnage d’un tableau de Seurat que ceux-ci sont invités à colorier ; dans cette salle, grâce à une simple pression du doigt sur l’écran, les personnages de ce triptyque de Jérôme Bosch entament un ballet pour le moins surprenant ; dans cette autre, le « Marat assassiné », de Jacques-Louis David, se complète d’une macabre découverte… Comme dans les parcs d’attraction, les frissons sont garantis, mais ils sont ici liés au mariage de l’art, de la mise en scène et du numérique. Et la visite est parsemée de jeux permettant à chacun de tester ses connaissances en s’amusant.

Retour à l’essence de l’art

« L’idée est de présenter certaines œuvres d’une façon différente et originale avec l’appui des nouvelles technologies, explique Karlin Berghmans. Ces différents dispositifs ludiques apportent aux visiteurs des bols d’air rafraîchissants tout au long de leur parcours. Il leur suffit de lancer l’animation via le badge qu’ils reçoivent à l’entrée. C’est on ne peut plus simple. »

Karlin Berghmans (32 ans) est la directrice et la conservatrice du Mudia. Les aléas de la vie l’ont menée de Rendeux, où elle est originaire, à Redu, où sa carrière d’historienne d’art vient de prendre une nouvelle envolée, après des premières expériences comme conservatrice au Musée du Sart-Tilman à Liège et shop manager au Bastogne War Museum. « Ce musée est tel que j’aurais moi-même aimé le concevoir. Il est indéniable qu’un fossé s’est progressivement créé entre l’art et les gens. Beaucoup n’osent pas pénétrer dans un musée parce qu’ils se disent que ce n’est pas pour eux mais pour les connaisseurs. Avec le Mudia, où un véritable travail de réflexion a été effectué au niveau du choix des œuvres, de la présentation, de l’affichage et du contenu des audio-guides, on en revient à l’essence de l’art. Chacun, quelles que soient ses connaissances, peut réagir et apprécier avec ses croyances et ses émotions. »

Enrichir l’offre culturelle régionale

La jeune directrice est d’autant plus ravie du projet que celui-ci a pour écrin une région qui ne déborde pas d’offres muséales artistiques. « Il y avait une véritable attente dans ce domaine dans la Province du Luxembourg. Pour de nombreux habitants de la région, le Mudia sera leur première véritable confrontation avec l’art. Et quelle confrontation puisqu’ils pourront dorénavant s’immerger dans une aventure qui s’étend sur sept siècles et traverse quarante-six courants ! »

Pour Olivier Lefèvre, responsable tourisme au sein de l’asbl, il appartient maintenant au musée – pardon, à l’attraction ! – de participer au développement de l’offre culturelle régionale en jouant la carte de l’originalité et de la complémentarité. « Nous allons réfléchir sur la meilleure façon d’intégrer le Mudia au village du livre, de mettre en place des synergies avec les commerçants, les artistes, les habitants. Redu pourrait redevenir un pôle touristique majeur. Et contribuer au rayonnement de la région au même titre que la nature, l’Euro Space Center et le Bastogne War Museum. »

« Puisque le Mudia se veut un tremplin vers l’art, nous allons mettre en place une véritable collaboration avec les écoles, souligne encore la conservatrice. Nous allons planifier des activités pédagogiques et organiser des stages de découvertes avec la participation des artistes locaux. Notre intégration dans le village est d’ailleurs déjà bien avancée. Tout le monde ici a vu notre arrivée d’un très bon œil ! »

Un accueil facilité par la volonté des responsables de sous-traiter avec les corps de métier ardennais, d’engager du personnel de la région et de proposer, dans le petit restaurant intégré au musée, des produits locaux. Résultat : jamais un nouveau venu dans le village n’a été aussi vite adopté ! 

Le Mudia en quelques touches : vingt salles, quatre étages, 1.000m2  - 300 œuvres - 46 mouvements artistiques  -  du XVe au XXIe siècle 

Œuvres originales de (liste non exhaustive) :
Paul Véronèse, Pierre Brueghel II, Felicien Rops, Fernand Khnopff, Léon Spilliaert, Odilon Redon, Alfons Mucha, Gustav Klimt, Auguste Rodin, Rik Wouters, Fernand Wery, Kees Van Dongen, Pablo Picasso, Fernand Léger, Amedeo Modigliani, Paul Klee, Gustave De Smet, Alberto Giacometti, René Magritte, Paul Delvaux, Jean Dubuffet, Pierre Alechinsky, Andy Warhol, Marcel Broodthaers, Pol Bury, Hergé, Franquin, Philippe Geluck…

 

MUDIA
Place de l’Esro
B-6890 Redu (Libin)
+32 (0)61 51 11 96
[email protected]
www.mudia.be

N° 40- Hors Série – Spécial Tourisme d'affaires : Namur Congrès

Chaque année, Namur Congrès répond à de nombreuses demandes d’agences événementielles, d’entreprises ou d’associations souhaitant organiser des activités MICE en province de Namur.

 

Pays de vallées, de traditions, de culture et de gastronomie, la destination jouit d’un cadre de vie exceptionnel et occupe une position stratégique, vivement recherchée par le monde des affaires. Sa situation, au cœur de la Wallonie et à la croisée de deux axes autoroutiers majeurs (Bruxelles-Luxembourg et Mons-Liège), en fait une destination de choix pour les décideurs d’entreprises.

Ensuite, il y a la volonté des Namurois de s’ouvrir aux changements, d’opérer une mue économique et d’accueillir le tourisme d’affaires. Hôtels somptueux, gîtes, châteaux « contes de fée », anciens moulins, centres technologiques high-tech, halls d’exposition, ... Depuis de nombreuses années déjà, les opérateurs locaux n’hésitent pas à se couper en quatre, à abattre murs et planchers et à mettre en place des idées audacieuses afin de créer un univers original et unique, parfaitement adapté à la demande du monde entrepreneurial en quête de lieux événementiels classiques ou de prestige, voire insolites. Si les grands sites touristiques comme le Domaine de Chevetogne, les Lacs de l’Eau d’Heure, le Domaine des Grottes de Han, les Citadelles de Namur et Dinant,… sont plus que jamais à la pointe du combat en matière de tourisme d’affaires, ils sont aujourd’hui entourés d’une armée d’opérateurs au profil très varié venus renforcer l’attractivité de la région dans ce domaine.

Son succès est également lié à la place prédominante de la nature et son riche passé. De la Basse-Sambre aux vallées de la Semois, de la Meuse andennaise aux Lacs de l’Eau d’Heure, la province étend son manteau vert cousu d’un patrimoine naturel et architectural d’exception, cadre rêvé pour l’organisation de séminaires « au vert » à l’écart de l’agitation quotidienne. Son relief vallonné, ses plaines et forêts transpercées de cours d’eau ne constituent-t-ils pas l’écrin idéal pour l’organisation d’activités incentives et de team-buildings, axés sur le sport, la gastronomie ou la culture? Sports nautiques sur la Haute-Meuse, family days sur le thème de la ferme, parcours team-building en sous-sol ou dans les airs sous la canopée des arbres, initiation au golf et à la spéléo, randonnées pédestres et cyclables, visites de brasseries et dégustations de produits locaux ne sont que quelques idées épinglées dans un catalogue d’activités qui s’enrichit d’année en année.

Dans les pages qui suivent, nous vous invitons à découvrir quelques bonnes adresses MICE en province de Namur, divisées en trois catégories : MEET (lieux de réunion), ENJOY (incentives) et STAY (hébergements).

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Mad Cat Studio est une jeune société de production de films d’animation installée dans la région namuroise. Une équipe talentueuse si l’on en juge par son premier film, « Léopold, Roi des Belges », qui a été sélectionné au Festival International du Film Francophone de Namur.

 « J’ai en tête de réaliser un petit film d’animation de cinq minutes sur Léopold Ier. J’aimerais montrer ses côtés romantique et lugubre. Est-ce que cela t’intéresserait de t’occuper de la mise en scène et de l’aspect historique ? »

Nous sommes en 2013 et celui qui fait cette proposition s’appelle Cédric Vandresse. Il a montré son savoir-faire en réalisant de fantastiques décors pour le cinéma américain puis pour des films d’animation en stop motion avant d’atterrir dans les studios du Pôle Image de Liège. En face de lui, le Namurois Matthieu Collard, historien et homme de théâtre qui a été à la base de la création de l’Isolat, le collectif chargé de retravailler le concept des Médiévales sur le site de la Citadelle de Namur. C’est dans ce cadre que Cédric a été engagé afin de réaliser des décors médiévaux, mais il a une autre idée en tête et c’est cette petite graine qui va germer et donner naissance à Mad Cat Studio.

« Notre entreprise a été créée en 2013 sous forme d’asbl, puis en 2016 sous forme de société coopérative, explique Matthieu Collard, qui cumule mise en scène de théâtre et organisation de spectacles et d’expositions. Formée initialement autour de Cédric et moi, l’équipe – des dessinateurs, des spécialistes en animation mais également des financiers – s’est peu à peu étoffée au hasard des rencontres et des affinités sur le principe que si l’humain suit, le reste suivra également. Il faut savoir qu’en 2013 le rythme de travail des artistes belges, principalement liégeois, dépendaient beaucoup du bon vouloir des sociétés françaises, alors qu’aujourd’hui les demandes pour les films d’animation affluent. En développant notre propre studio, nous nous sommes assuré la maîtrise des coûts depuis la conception jusqu’à l’aboutissement des projets et nous jouissons ainsi d’une autonomie totale. Cela nous permet de pérenniser une équipe. Mon rêve, pour 2019, serait de pouvoir engager des dessinateurs, dont plusieurs sont en situation précaire, et de trouver un bâtiment pour y aménager des bureaux. Car si le siège de Mad Cat Studio est chez moi, à Cognelée, chacun travaille encore chez lui devant son ordinateur. »

Des petits films, des illustrations, des décors…

En attendant de rasseoir Léopold Ier sur ses fondements historiques, la société namuroise a commencé à travailler sur base de commandes. Pour des illustrations principalement. Ainsile Bureau International de la Jeunesse lui a demandé d’illustrer sa campagne contre la haine en ligne « No hate » et l’agence-conseil en économie sociale Propage’s s’est adressée à elle pour donner une touche un peu plus détendue à son site. Mais grâce à l’expertise de Cédric Davresse, le Mad Cat Studio est également en mesure de proposer ses services dans la réalisation de décors réels pour le cinéma, le théâtre et les expositions. Enfin, ses artistes mettent aussi leur talent au service de la création et de la fabrication de décors pour les films réalisés en stop motion.

Un premier court métrage sélectionné au FIFF

Mais si l’on parle aujourd’hui de Mad Cat Studio, c’est surtout grâce à sa première production, « Léopold, roi des belges », un court métrage d’animation réalisé par Cédric Vandresse et sélectionné pour le Festival International du Film Francophone de Namur (28 septembre - 5 octobre). « Le film a mis cinq ans à voir le jour, soit trois consacrés aux discussions et à l’écriture du scénario, et deux à la réalisation », raconte Matthieu Collard qui s’est logiquement chargé de veiller au respect de la vérité historique. « Notre objectif était d’expliquer aux plus jeunes qui était le premier Roi des Belges et comment il a pris les affaires de la Belgique en main. Compte tenu du public ciblé, nous avons opté pour un ton « peps » et des dessins caricaturaux. De fil en aiguilles, le scénario a grossi et, in fine, le film fait 47 minutes ! Ce qui explique qu’une cinquantaine d’artistes, dont des stagiaires, ont été nécessaires pour dessiner les décors, animer les marionnettes (les personnages) à l’écran, faire les voix et jouer la musique ».

Coup d’essai, coup de maître : le film est un petit bijou qui se regarde avec énormément de plaisir. Non seulement le ton est décalé et les répliques drôles, mais les images sont un régal. Grâce à la technique de l’animatique, qui consiste à enregistrer le storyboard en synchronisation avec la bande-dialogues, on a l’illusion de regarder un film en 3D, impression renforcée par un découpage et un montage très cinématographiques. Quant à l’éclairage tout en contrastes qui donne au film son atmosphère, elle est due – dixit Matthieu – « au génie de Cédric en matière de mise en lumière ».

La musique originale contribue elle aussi à l’ambiance. Elle est l’œuvre de Stéphane Orlando, un compositeur namurois qui est à la fois professeur d’académie, pianiste-concertiste et spécialisé dans la production de bandes-son musicales (soundtracks). « Il s’est présenté lui-même après avoir entendu parlé de notre projet à la radio et a accepté de travailler pour un salaire défiant toute concurrence ».

Diffusé par Arte France

Il n’a pas été le seul dans le cas et c’est ce qui a permis au budget global de ne pas dépasser la barre des 250.000 euros alors qu’il en aurait fallu trois fois davantage. Pour le financement, Matthieu Collard a eu recours au crowfunding et fait appel à des investisseurs privés, mais le film a surtout bénéficié du soutien du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Belgique (commission de sélections des films) et de divers organismes comme le Taxshelter et le Bureau d’accueil des tournages de Liège (CLAP).

« Nous avons proposé notre film à différents festivals, comme le Festival du Film Historique de Waterloo, le Festival du film d’animation de Bruxelles, le Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand et le Festival d’Annecy, qui est en quelque sorte le Festival de Cannes des film d’animation, mais ce qui est particulièrement réjouissant c’est qu’il a été accepté par Arte France dont les exigences de qualité sont bien connues. Ce qui signifie que le grand public pourra le voir sur le petit écran… »

Jacques Arcadelt, compositeur méconnu

En attendant des récompenses qui ne sauraient lui échapper, le Mad Cat Studio continue à répondre aux demandes d’illustrations tout en se penchant sur une deuxième production cinématographique : un court-métrage sur le compositeur… namurois Jacques Arcadelt, qui vécut au XVIe siècle et composa de très nombreux madrigaux pour les Médicis à Florence et les Farnèse à Rome, avant de devenir musicien du roi de France de 1556 à 1560. « Le CAV&MA, le Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne, qui a obtenu la gestion du Grand Manège à Namur lorsqu’il sera rénové, a décidé de faire sortir ce compositeur de l’oubli en reprenant des chansons et musiques de son répertoire. Et il s’est adressé à notre studio afin de réaliser sur ce personnage un film d’animation. Ce sera sans doute plus difficile d’adopter un ton humoristique, mais on verra ; le dossier est entre les mains de la Commission des Films. »

 www.madcatstudio.be

 Encadré :

Léopold Ier, Roi des Belges

On le surnomme le roi vampire, tant le personnage, qui mit longtemps à se remettre de la mort de sa jeune épouse Charlotte, l’héritière du trône d’Angleterre, vivait de façon lugubre dans son château, peu enclin à participer aux fastes de la cour. Mais placé devant ses responsabilités, il va prendre de l’envergure et faire de ce petit état qu’est la Belgique une véritable nation.

« Ce film, qui allie esprit didactique, justesse historique et humour, a pour ambitions de mieux faire connaître le premier Roi des Belges mais aussi d’expliquer comment la Belgique est née, explique Matthieu Collard. C’est une histoire un peu surréaliste que les cours d’histoire de primaire résument souvent par la volonté des grandes puissances de créer un état tampon afin d’éviter que les idées révolutionnaires françaises se propagent en Europe. Mais la réalité historique est plus complexe car la Belgique fut longtemps étranglée par Guillaume Ier et les Pays-Bas. Si, au début de son règne, Léopold apparaît comme un roi faiblard que l’on a placé sur le trône pour ne pas avoir de problème, au terme de son règne, il est écouté par toutes les cours d’Europe. Il a une véritable envergure diplomatique et est le garant de la paix ».

Toute médaille, même royale, ayant un revers, Léopold Ier, trop occupé à ériger un nouveau pays, néglige son fils, l’héritier du trône, et le film se termine sur l’image d’un Léopold II agressif et égocentrique qui interroge le portrait de son père : « Comment avez-vous pu tenir entre des frontières aussi étroites ? » Si, sur l’échiquier politique, le roi blanc est couché, l’avenir des petits pions noirs n’est guère rassurant…

 

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Le Grand Curtius

 La poudre à canon qui a fait la fortune de Jean Curtius, au XVIe siècle, ne mène heureusement pas qu’à la guerre. L’évangéliaire de Notger, le « Napoléon » d’Ingres et 5500 autres pièces d’exception ont aujourd’hui trouvé une vitrine dans son ancienne demeure, au bord de la Meuse. Une exposition qui file de pièces en pièces comme… une traînée de poudre. Et qui va enflammer le public.

 

La neige ne tombe plus sur Liège, un vent de culture l’a balayée !

 

Que se passe-t-il donc à Liège ? Il y a quelques années, elle apparaissait rouillée, comme figée dans son passé. Elle passait ses journées à regarder glisser la Meuse, les mains dans les poches, à la recherche d’un temps où les piécettes d’argent brillaient autrement que par leur absence.

Et puis, tout à coup, sans qu’on l’ait vue passer au vestiaire, la voilà qui s’affiche, plus élégante qu’un prince, sous toutes ses coutures. Il paraît qu’en s’appuyant sur un plan stratégique et un projet de ville, elle a réussi, avec l’aide de la Région wallonne, à assainir ses finances et à retrouver son dynamisme économique. Encouragée par ses 107.000 travailleurs et ses 10.000 entreprises, elle joue aujourd’hui des coudes pour se positionner comme métropole culturelle au carrefour des grands courants européens.

Et elle a déjà bien préparé le terrain. Le manège de la Caserne Fonck a été rénové et ré-équipé, les cinémas des Grignoux se sont projetés au cœur de la Ville, la gare des Guillemins, construite par Santiago Calatrava, est bientôt prête pour accueillir le TGV, la Médiacité et son Pôle image sortent de terre non loin du parc de la Boverie. Et d’autres fleurons de la ville sont déjà inscrits sur la liste du patrimoine à re-toiletter: le Théâtre de la Place, l’Opéra, le Musée d’art moderne et d’art contemporain, le Musée Grétry, etc.

Mais aujourd’hui, c’est le Grand Curtius que l’on fête. Avec l’aide des pouvoirs subsidiants, la Ville a en effet réussi son défi titanesque : regrouper en un même lieu, dans un écrin entièrement restauré, les prestigieuses collections des Musées d’archéologie et d’Art décoratif, du Musée du Verre, du Musée d’Armes et du Musée d’Art religieux et d’Art mosan.

Cet ensemble, qui marie judicieusement l’art et l’histoire du Pays de Liège, ouvre ses portes au public ce 6 mars 2009. A savourer avec un petit peket… (En découvrir plus avec le flipbook)

 

Il y a tout juste dix ans, en juin 2008, nous portions le WAW sur les fonts baptismaux. Au sommaire de ce premier numéro : William Dunker, les 70 ans de Spirou, le Palais des Princes-Evêques de Liège, la cuisine moléculaire de Sang Hoon Degeimbre, la société dans le vent Air Energy, etc. Des gens, des entreprises, des événements qui traduisent l’originalité, le dynamisme, l’envie d’entreprendre. Des articles qui nous font découvrir un pan moins connu de la Wallonie et nous font dire « WAW ! , elle est bien notre région. »

Aujourd’hui, 10 ans, 40 numéros et des centaines de bons moments plus tard, notre magazine a décidé de jeter un coup d’œil dans le rétro. Que sont devenus ces gens, ces entreprises, ces événements ? Comment ont-ils évolué ? 

En raison d’un par an, voici donc dix sujets qui ont retenu notre attention et que nous actualisons aujourd’hui. Comme vous le verrez, il n’y a pas beaucoup de place pour la déception.

Bonne redécouverte  !

 

 

WAW n°2 
2008

Bernard Depoorter

Taillé pour Paris

Quand nous l’avons rencontré, durant l’été 2008, Bernard Depoorter s’était déjà frayé un joli petit passage dans le monde de la haute couture. Il avait acquis du savoir-faire dans les studios de création chez Dominique Sirop, Christian Dior, Stéphane Rolland, Jean-Louis Scherrer…, créé sa propre maison et présenté, en 2004, soit à 22 ans, sa première collection à Paris. Son avenir semblait cousu de fil blanc mais le plus difficile restait cependant à faire : convaincre les grandes maisons qu’il était taillé pour la capitale européenne de la mode.

C’est chose faite depuis son défilé, en juin 2017, dans les salons de l’ambassade de Belgique à Paris où sa collection « Hitchcock » a reçu les applaudissements nourris des 300 invités de marque.

« J’ai vu la réaction des professionnels et je suis rassuré », explique celui qui, entretemps, a signé les robes de plusieurs personnalités (Lara Fabian, la Princesse Claire, la Reine Mathilde, Line Renaud...). « Mon ambition, désormais, c’est de développer ma maison à Paris avec le soutien d’un groupe de luxe comme LVMH (Louis Vuitton Moët Hennessy) ou Kering (Yves Saint-Laurent). Actuellement, je prépare un grand événement qui aura lieu début 2019 dans un lieu prestigieux et historique de Paris. Ma collection rendra hommage à une icône du cinéma et à deux prestigieux artistes, tous français.»


WAW n°4
2009

Le Grand Curtius

Relié par la Meuse à la Boverie



Le 7 mars 2009, le Grand Curtius ouvrait ses portes au public. Une inauguration grandiose pour le nouvel ensemble muséal liégeois qui regroupe, depuis lors, le musée Curtius (musées d’archéologie et d’arts décoratifs), le musée d’art religieux et d’art mosan, le musée d’armes et le musée du verre. Le tout sur un site historique en bordure de Meuse.

Neuf ans plus tard, le nouvel outil culturel répond-il à l’attente ? « Avec une moyenne de 65.000 visiteurs par an, nous sommes satisfaits », répond Alain Delaunois, l’attaché scientifique aux musées de la Ville de Liège, qui rappelle que la mission d’un musée n’est pas d’accueillir un maximum de visiteurs mais repose aussi sur l’acquisition, la conservation et l’étude du patrimoine. «C’est pourquoi, compte tenu de la forte demande des visiteurs pour nos collections d’armes civiles, nous allons agrandir la superficie de ce musée sur deux étages supplémentaires ! Un budget de 800.000 euros, sur 5 ans, est prévu pour cette réorganisation.»

Cerise sur la gâteau : l’ouverture, en mai 2016, de la Boverie (voir WAW n°33) qui, en deux ans à peine, a engendré 330.000 visiteurs ! «Cet outil nous permet de faire rayonner Liège sur la scène culturelle internationale. Ces deux pôles sont désormais reliés par une navette fluviale et un billet d’entrée combiné  ».

 

WAW n°10
2010

Flying Cam  

De nouveaux horizons pour la «caméra volante»

C’est ce qu’on appelle un pionnier. En 1988, Emmanuel Prévinaire, un as de l’aéromodélisme, décida d’embarquer une caméra dans un petit hélicoptère téléguidé afin d’offrir des images saisissantes… mais insaisissables avec d’autres moyens. Les portes de Hollywood s’ouvrirent tout grand et la Flying-Cam (caméra volante) liégeoise fut sollicitée afin de prendre des vues pour de nombreuses films, parmi lesquels des James Bond et des épisodes d’Harry Potter. Le succès était tel que la petite société d’Oupeye se hissa rapidement au rang de leader mondial et ouvrit des bureaux à Los Angeles et à Hong-Kong.

Au début des années 2010, on pensait que la concurrence des drones allait porter un coup fatal à l’entreprise, mais Flying-Cam sut rebondir en perfectionnant ses modèles. C’est ainsi qu’en 2014, le développement de Sarah (pour Special Aerial Response Autonomous Helicopter) lui valut un deuxième Oscar après celui de l’innovation en 1995. 

Aujourd’hui cependant, alors que Flying-Cam s’est encore signalé en signant des prises de vue pour des épisodes de la septième saison de la série Games of Thrones, l’entreprise a décidé, sous l’impulsion d’un investisseur industriel américain et grâce à un nouvel hélicoptère encore plus performant, de ne plus se limiter à l’industrie cinématographique : «Nous allons orienter nos activités vers l’ensemble des domaines ayant besoin de technologies pour capter des informations à partir d’un vecteur aérien», explique Emmanuel Prévinaire, en citant la surveillance militaire et la préservation du patrimoine. Précisons qu’en mars dernier, pour son 30e anniversaire, Flying-Cam s’est vu décerné une nouvelle récompense : un Emmy Award® Technology and Engineering !

 

WAW n°15
2011

Château Bon Baron  

AOC Côtes de Sambre et Meuse


De huit à quatorze cépages (Pinot noir, Pinos gris, Pinot blanc, Chardonnay, Garanoir, Gamaret…), de 20 à 40 saisonniers occupés d’avril à novembre, de 20.000 à 60.000 (voire 100.000 certaines saisons) bouteilles par an… Jeanette et Piotr van der Steen, le couple de Hollandais qui s’est établi à Lustin (Profondeville) en 2000 afin de faire renaître la tradition vinicole sur les coteaux de la Meuse (17 hectares cultivés, dont 15 à Yvoir), peut être fier de la progression du Château Bon Baron depuis 2011. Leurs vins rouges et blancs ont non seulement tous reçu l’AOC Côtes de Sambre et Meuse, mais ils sont entrés dans la cour des grands comme en témoignent les récompenses nationales, mais surtout internationales, gagnées chaque année. «En 2017, l’un de nos vins a reçu la médaille d’or au concours « Muscat du monde » dans le Languedoc-Roussillon et un autre la médaille d’argent au concours « Chardonnay du monde » en Bourgogne », explique la patronne qui a elle même donné son surnom – « La Baronne » – à un crémant rosé. 

Le couple, qui s’est logiquement investi dans la Commanderie des Vins de la Vallée mosane (Wépion), a en projet l’aménagement de l’ancienne église Saint-Nicolas, à Dinant, afin d’en faire un lieu événementiel, d’exposition et un espace de dégustation. Leur entreprise est aujourd’hui installée dans le zoning de Sorinnes.

 

WAW n°19
2012 

Le Biopark   

Doubler l’emploi dans 10 ans

C’est en 1999 que l’ULB, désireuse de se construire un ancrage wallon, inaugura son Institut de Biologie et de Médecine Moléculaire (IBMM) au sein de l’aéropole de Charleroi. Axé sur les biotechnologies et les sciences du vivant, le Biopark allait rapidement devenir un acteur du développement socio-économique de la région. Fin 2012, 600 personnes travaillaient au sein de ce nouveau pôle santé qui englobait alors quatre centres de recherches, de nombreuses plateformes technologiques, un incubateur, un centre de formation et une quinzaine d’entreprises parmi lesquelles des grands noms comme Bone Therapeutics et Delphi Genetics. 

Moins de cinq ans plus tard, le développement du Biopark s’est encore amplifié au point d’accueillir quelque 1.300 travailleurs. Près de 50 entreprises s’y sont établies, des spin-offs et des start-ups, mais aussi des sociétés internationales comme Caprion (Canada) et Ncardia (Pays-Bas), attirées par la réputation de la Wallonie dans le secteur bio-pharma, par la qualité de la recherche universitaire et les possibilités de financements. «Le Biopark est particulièrement attirant parce que, de par sa taille, il est devenu un véritable écosystème permettant de nombreuses possibilités de connexions – et donc de synergie – entre tous les acteurs », explique son directeur Dominique Demonté. « Notre plan de croissance prévoyant de doubler l’emploi dans les dix ans, notre challenge sera de gérer celle-ci au niveau des infrastructures. C’est ainsi que nous avons en projet la construction d’un nouveau bâtiment dont 20.000 m2 sera dédié à l’accueil des sociétés biotechnologiques.»

WAW n°20
2013

Fabienne Bister 

Une renaissance à Ciney

A l’époque, dans les pages de notre numéro consacré aux femmes, Fabienne Bister nous disait qu’on n’était pas nécessairement conditionné pour diriger une entreprise familiale toute sa vie et qu’elle recevait régulièrement des propositions pour aller exercer ses talents ailleurs. Cinq ans plus tard, la Jamboise est toujours à la tête de la moutarderie Bister (elle a succédé à son père en 1995) et cette dernière ne s’en plaint pas. Le fait d’avoir quitté en 2013 le « bocal » familial au centre de Jambes au profit du zoning d’Achêne (Ciney) lui a enfin permis de respirer et de se réorganiser. Les 2.800 m2 des nouveaux bâtiments ont été mis à profit pour développer des produits et services sur mesure (de la moutarde variée pour les fabricants de sauce, des cornichons découpés en cube…), ce qui a eu pour effet de hisser le chiffre d’affaire de l’entreprise belge au-dessus des 3 millions d’euros et de passer le cap des 5 millions en cumulant ses rentrées avec celles du site français en Champagne. 

Parallèlement, Fabienne Bister s’est lancée dans quelques investissements, mais avec modération. « Il ne faut surtout pas culpabiliser les chefs d’entreprise en leur racontant qu’ils risquent de rater le train de la digitalisation », explique cette défendeuse des PME et de l’industrie alimentaire. « Il faut bien sûr se moderniser, mais il ne faut pas investir à tout prix. En ce qui nous concerne, nous avons fait réaliser un audit pour voir ce qui pouvait être amélioré et nous avons agi en conséquence en fonction des priorités ». 

 

WAW n°25
2014

Dirty Monitor  

Des monuments réhabillés au Moyen-Orient, en Inde, au Vietnam…

Dirty Monitor, c’est le roi du mapping vidéo, cette technique qui permet, grâce à des logiciels créatifs, de projeter des images 3D sur des bâtiments ou des surfaces afin de leur donner une nouvelle peau. En 2014, sur la carte de visite de ce collectif d’artistes carolo, la comédie musicale Peter Pan à Forest National côtoyait l’ouverture du Festival International du Film à Pékin.

Depuis lors, les prestations se sont enchaînées. En Belgique, ils étaient présents à Mons 2015 et au bicentenaire de la bataille de Waterloo. Au Moyen-Orient, ils ont habillé les plus beaux centres culturels et musées. A Dubaï, au Nouvel An 2015 et 2016, leur spectacle son et image sur la plus haute tour du monde, le Burj Khalifa, a fait l’objet d’une diffusion mondiale. Et cette année, ils ne comptent plus les projets au Koweit, au Vietnam, en Chine, au Texas… « Nous effectuons quatre ou cinq prestations par mois. Il nous est même arrivé de prester dans trois pays sur deux continents en seulement dix jours ! », explique Orphée Cataldo, l’un des responsables de la société (30 personnes) installée aujourd’hui dans le pôle image de Charleroi. «Le gros changement, c’est qu’un tiers de notre chiffre d’affaires provient désormais d’installations muséales. Ainsi, cet été, nous sommes présents au Heysel, pour l’exposition consacrée aux 60 ans des Schtroumpfs. » 

Le secret de Dirty Monitor afin de rester à la pointe ? La motivation. « Pour chaque projet, il nous faut chercher de nouvelles idées, développer de nouvelles technologies… C’est passionnant ! »

 

WAW n°27
2015

Mons 2015  

Une Biennale avec Niki de Saint-Phalle

L’exposition Van Gogh au Borinage, les installations urbaines, les cafés Europa, le Festival au Carré, les Ailleurs en Folie, la Cité Miroir… En 2015, la Ville de Mons s’était hissée au rang de capitale européenne de la culture afin de proposer plus de 300 événements et un millier d’activités originales. Dans la ville et ses faubourgs, mais aussi dans toute la Wallonie Picarde, au sein des institutions culturelles voisines (le Mac’s, le Pass, le Musée de la Photographie…) et jusque dans le nord de la France. Plus de deux millions de visiteurs ont été comptabilisés. L’événement, qui avait bénéficié d’un budget de 71 millions d’euros – plus 250 millions consacrés à la rénovation des infrastructures – en aurait rapporté 5,5 fois plus au secteur horeca.

Trois ans après, que reste-t-il de cet incroyable engouement ? La soufflé est-il retombé ou la culture est-elle restée une activité… capitale à Mons ? Pour Caroline Kadziola, la secrétaire générale de la Fondation Mons 2025, la réponse est évidente : «Une convention tripartite a été conclue entre notre fondation, le Pôle muséal de la Ville et Mons arts de la scène (Mars) afin de continuer à faire souffler l’esprit culturel né avec Mons 2015. Cet événement a permis aux gens de voir la culture autrement. Aujourd’hui, celle-ci n’est plus seulement dans les musées, elle s’est approprié l’espace urbain. C’est dans ce sens que nous avons établi le programme de notre première biennale, qui mêlera, de septembre 2018 à juin 2019, la rétrospective de l’artiste Niki de Saint-Phalle, le projet participatif le Grand Huit, des spectacles internationaux, des fêtes de quartier, des activités gastronomiques, etc. »

 

WAW n°33
2016

Vésale Pharma

Prochains objectifs : l’Ukraine et le Texas

Lancement d’un bureau de représentation permanente en Inde avec le soutien de l’Awex, ouverture d’un nouveau marché immense grâce à un contrat de partenariat avec la firme Honz Pharma portant sur la distribution en Chine de sa gamme pédiatrique Bacilac, publication aux Etats-Unis d’un nouveau brevet (Drops) portant sur les solutions huileuses pour les probiotiques, découverte d’un tout nouveau mécanisme de protection et de traitement contre les infections, notamment uro-génitales… L’année 2017 a rassuré, s’il le fallait encore, les quelque 50 travailleurs et 20 délégués sur leur avenir chez Vésale Pharma (Eghezée).

«Nous continuons plus que jamais à investir dans la recherche et le développement », explique Eric Poskin, le responsable communication, qui annonce pour début 2019 le transfert des laboratoires et de l’unité de production de Ghlin à Hannut. «Parallèlement, nous cherchons à nous positionner sur les grands marchés étrangers. Ainsi, en 2018, nous allons ouvrir une filiale de commercialisation au Texas et conclure un nouveau contrat de distribution de nos produits en Ukraine.» 

Rappelons que c’est en concentrant toutes ses activités sur les probiotiques en 2007 et en déposant, quatre ans plus tard, un brevet pour l’Intelicaps®, ce procédé de microencapsulation qui protège ces bactéries durant leur transfert, que Jehan Liénart a ouvert la voie de son entreprise vers le leadership mondial.

 


WAW n°37
2017

CMI et la Fondation John Cockerill    

Un Caïus et bientôt un arc

Il y a un peu plus d’un an, le 26 janvier 2017, le groupe CMI portait la Fondation John Cockerill sur les fonts baptismaux dans le but de préserver l’héritage culturel et patrimonial dont il était dépositaire. Pas un hasard puisque ce jour était celui du 200e anniversaire de l’achat du Château de Seraing par le célèbre industriel anglais. Sa première initiative : mettre sur pied une série d’activités liées à cet événement, parmi lesquelles un film, un livre et une exposition, « John Cockerill, 200 ans d’avenir », que quelque 20.000 visiteurs découvrirent à la Boverie.

Un bel effort visant à sensibiliser un large public aux enjeux de l’innovation industrielle, mais aussi un coup de maître puisque ces actions ont valu au groupe CMI de remporter, le 29 mars dernier, le Caïus du mécénat du Patrimoine décerné par l’association Prométhéa.

La Fondation John Cockerill a décidé de ne pas en rester là. C’est ainsi qu’outre des actions de préservation de la mémoire et de l’histoire, et des partenariats avec les institutions culturelles liégeoises, elle s’engagera, avec l’aide d’entreprises partenaires, dans la réalisation de la plus grande sculpture du monde, l’Arc majeur, de l’artiste français Bernard Venet. C’est en effet à Seraing, au Centre d’Expertisage Soudage de CMI, que l’œuvre, composée de deux arcs monumentaux, sera réalisée avant d’être offerte à la Région wallonne et « déposée » sur l’autoroute E411 à hauteur de Lavaux-Ste-Anne. Son inauguration est prévue à l’automne et fera l’objet d’une publication de prestige. Une façon pour CMI de mêler mécénat financier et savoir-faire wallon.

Christian Lange aspirait à faire de la Formule 1, mais sa passion pour la mécanique a fait de lui un conducteur d’entreprise. Au lieu de bolides, ce sont des aspirateurs de rue qu’il construit dans ses ateliers à Andenne. Un succès mondial.


On peut le croiser devant la Tour de Londres, le Colisée à Rome, le Lac Léman en Suisse, mais également en Tunisie, en Guadeloupe ou à La Mecque. Le Glutton, cependant, n'est pas là pour admirer monuments et paysages. Les touristes, comme les consommateurs et les usagers en général, il les suit à la trace. Sa cible, ce sont les endroits sales, les sols jonchés de déchets. Mû par un moteur électrique de 48 volts/1500 watts, équipé d’un container standard de 240 litres, d’une buse d’aspiration éléphantesque mais ultralégère et très maniable, l’appareil se délecte en un temps record des papiers, cartons, sacs en plastique, mégots, déjections canines, canettes et autres bouteilles, pour ne citer que les déchets les plus courants rencontrés dans les rues, les parkings, les parcs ou sur les quais.

@Glutton

Preuve de son efficacité, on se l’arrache non seulement en Belgique – les 333 communes belges de plus de 10 000 habitants en ont fait l’acquisition, ainsi qu’une vingtaine d’hôpitaux et tous les aéroports –, mais également dans une soixantaine de pays dans le monde. « Notre dispositif propose en option une vaste panoplie d’accessoires », ajoute Christian Lange, le créateur des ‘Glutton Cleaning Machines’, « comme un pulvérisateur qui désinfecte les déjections, un extincteur automatique, un phare de travail, une alarme de recul, une pince manuelle pour saisir les objets coincés, une corbeille latérale pour les objets encombrants… En fait, notre produit ne fait pas qu’améliorer la propreté dans les rues. En renvoyant au placard balais et ramassettes, en remplaçant le balayeur ancestral par un ‘agent de propreté’ aux commandes d’un engin qui exige du savoir-faire, il a complètement revalorisé le métier et remotivé le travailleur ».

Une famille d’indépendants

Comment l’idée est-elle venue à Christian Lange, Chimacien d’origine, de se lancer dans la conception d’aspirateurs de déchets urbains ? « Dans notre famille, nous sommes tous des indépendants », répond l’intéressé. « Mon père était pionnier en matériel de jardin en Belgique. C’est ainsi que j’ai appris la mécanique dans ses ateliers. Mon rêve, cependant, était de devenir pilote de Formule 1. J’ai commencé par faire du karting, puis, après des études en marketing à Namur, j’ai roulé en Formule Ford. Mais l’envie de me lancer était là et j’ai créé, en 1988, ma propre société de vente de matériel motorisé de jardin. Peu de temps après, j’ai été amené à vendre un aspirateur de rue fabriqué en France. Celui-ci présentant pas mal de défauts et le fabriquant ne semblant pas s’en soucier, je me suis mis à réfléchir à un modèle plus performant. En 1995, j’ai présenté un premier prototype à moteur à essence. Le succès étant au rendez-vous, j’ai arrêté mon activité initiale et ouvert un département « recherche et développement » afin de mettre au point un aspirateur à déchets 100% électrique. Et les chiffres sont repartis à la hausse de plus belle. En 2016, nous avons vendu 750 aspirateurs à 15 000 € pièce en moyenne, ce qui représente un chiffre d’affaires de 11,25 millions. »

Entretemps, en 2007, l’entrepreneur s’est installé dans une nouvelle usine dans le zoning de Sclayn, à Andenne, où il travaille aujourd’hui avec une soixantaine de collaborateurs. Et les récompenses remportées par la Lange Christian S.A. envahissent chaque jour un peu plus les murs du hall d’accueil : « Grand Prix Afters 2009 » pour ses efforts en matière d’investissements, innovations, exportations et emplois, « Prix Wallonie à l’Exportation 2010 », pour ses exportations et sa contribution à l’image de marque de la Wallonie et de ses produits, « Trends Gazelles 2012 » dans la catégorie Petites entreprises…

@Glutton

Mille idées par an

« Notre passé est sympa, mais l’histoire ne fait que commencer », assure le patron. « Nos ingénieurs sont constamment à la recherche d’améliorations. Nous avons mille idées par an. Leur tâche est de développer celles qui semblent les meilleures. C’est ainsi que nous avons conçu un espace de rangement d’une capacité de 20 litres afin de permettre à l’agent de ranger ses effets personnels et ses aliments. Nous avons également muni nos aspirateurs d’un kit de désherbage qui enlève et aspire les mauvaises herbes entre les pavés. Et nous avons doté un nouveau modèle de deux compartiments permettant le tri des déchets. »

Véritable camion-balai

Cette année, l’entreprise va passer à la vitesse supérieure en proposant sur le marché le Zen, une balayeuse urbaine 100% électrique qui a été présentée fin novembre en première mondiale à Paris. Manœuvré par un opérateur confortablement assis à l’intérieur d’une cabine ergonomique chauffée et climatisée, le véhicule nettoie le sol à l’aide des deux balais rotatifs fixés à l’avant avant d’aspirer les déchets. « Ce modèle, d’une capacité de 850 litres, est le fruit de sept années d’études », explique Christian Lange, « sa production démarrera en 2018. Nous comptons beaucoup sur nos voisins. L’Allemagne et les Pays-Bas sont très réceptifs aux modèles électriques. La ville de La Haye, par exemple, vient récemment de nous acheter cinquante aspirateurs qui sont venus s’ajouter à la soixantaine déjà acquise. » Croissance oblige, la société, qui vise désormais une production de l’ordre de 1 000 appareils par an, est en train de faire construire une nouvelle usine dans le parc Mecalys à Petit-Waret (Andenne). Celle-ci comprendra un hall de production, un laboratoire « R&D », des bureaux et des locaux de réunion et de formation. « Le recrutement va s’intensifier, annonce le responsable. Notre ambition est de passer de 60 à 100 collaborateurs dans deux ou trois ans, et de doubler ce chiffre dans le même délai. »


Lange Christian S.A.
rue de l’Ile Dossai 9
B-5300 Sclayn (Andenne)
+32 85 31 04 30
www.glutton.com

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Avec un peu plus de deux milliards de chiffre d’affaires, le secteur aérospatial n’occupe qu’une petite place sur la carte de l’industrie belge. Mais une place stratégique, puisque quasi tous les programmes des avionneurs et motoristes occidentaux ainsi que ceux de  l’Agence spatiale européenne transitent par notre territoire.


Secteur industriel de pointe à très haute valeur ajoutée et promis à des développements très porteurs, l’aérospatial (l’aéronautique et le spatial) est aujourd’hui l’un des axes de développement de la Wallonie, de quelques-unes de ses plus grandes entreprises et de tout un tissu de PME technologiques, innovantes et proactives. Mais connaît-on vraiment ces acteurs qui portent bien haut les couleurs de notre région ? L’aéroport de Charleroi, qui voit désormais défiler plus de sept millions de voyageurs par an, et l’Euro Space Center de Transinne, qui fait tourner la tête de ceux et celles qui rêvent d’espace, sont les enseignes les plus connues du grand public. Et puis ?... Et puis, il y a quelques entreprises dont le nom échappe à beaucoup, mais dont le rayonnement est visible des deux hémisphères, comme la Sonaca, la SABCA, Thales, Safran, Amos…

Et si l’on scrute le ciel wallon avec un télescope, on verra avec ahurissement qu’une grosse centaine d’entreprises et de centres de recherche complètent la galaxie. Des entreprises qui sont actives dans la recherche, le développement et la production aussi bien d’éléments de fuselage (cellulistes), de moteurs (motoristes) et de systèmes électroniques et de logiciels (équipementiers), mais qui ont également développé un savoir-faire dans la réparation, la maintenance et la modernisation d’avions et d’hélicoptères. Au point de réaliser plus de 60% du chiffre d’affaires du secteur en Belgique.

Pour tenter d’y voir clair dans cet univers en pleine extension, nous avons rencontré Pierre Sonveaux, le président de Skywin, le pôle de compétitivité aérospatial, et de l’EWA (Entreprises wallonnes de l’Aéronautique).

 

PIERRE SONVEAUX
BIO EXPRESS 

— Naissance à Tournai, 71 ans

— Diplôme d’ingénieur commercial (Université de Mons-Hainaut)

— Marié, 3 enfants et 8 petitsenfants

— Il débute sa carrière chez Solvay en tant qu’analyste financier. Il sera ensuite directeur de la division ferroviaire à la Brugeoise et Nivelles, puis directeur de la division mécanique chez CMI (Cockerill Maintenance Ingénierie)

— En 1995, il est choisi pour être chef de cabinet du ministre de l’Economie Robert Collignon (alors ministre-président de la Région wallonne). Le premier dossier qu’il trouve sur son bureau est celui de la Sonaca, alors en difficulté financière, dont il deviendra le président dès 1996.

— Principales fonctions actuelles : président des CA de la Sonaca, du pôle de compétitivité Skywin et des EWA (Entreprises Wallonnes de l’Aéronautique).

D’où vient notre savoir-faire en la matière en Belgique ?

p.s. — Le secteur aéronautique s’est développé chez nous, comme chez nos voisins, à partir des contrats militaires. Ce furent d’abord la SABCA en 1920, puis la SABENA en 1923, qui s’installèrent à proximité du champ d’aviation militaire de Bruxelles, à Haren. Puis la Sonaca, ou plutôt son ancêtre Fairey, qui opta en 1931 pour le plateau de Gosselies, parce qu’il y avait là une petite société, la SEGA, qui y avait développé une école de pilotage (développée par le Commandant Jacquet, par ailleurs as de la Première Guerre mondiale, NDLR) et un atelier d’entretien d’avions.

L’implantation du constructeur britannique sur le sol belge est le fruit de compensations économiques demandées par notre gouvernement en échange de l’achat d’avions Fairey Firely pour la Force aérienne belge. Après la Seconde Guerre mondiale, Fairey/Sonaca et la SABCA ont repris le travail dans le métier de reconfiguration d’avions achetés par la Belgique, puis, à partir des années ‘50, en participant aux programmes militaires. C’est ainsi que ces deux sociétés, devenues les fers de lance du secteur en Belgique, ont acquis une expertise en matière de fabrication de pièces et d’assemblage d’avions. De nombreux programmes militaires (Gloster, Metor, Hawker, Hunter…) ont ensuite rempli leur carnet de commandes, dont le fameux contrat des F-16 (116 avions commandés en 1975 pour remplacer les F-104G et 44 en 1983 pour remplacer les Mirage, NDLR) qui, à nouveau par le jeu des compensations, a contribué à l’essor de ces deux sociétés et, en aval, par le jeu des sous-traitances, au développement du secteur aéronautique wallon autour de Gosselies.

Quels sont les atouts des entreprises wallonnes aujourd’hui ?

p.s. — Leur spécialité. Pour être compétitif dans ce secteur, il faut en effet avoir un produit phare que l’on peut vendre si possible à l’ensemble de l’industrie et occuper avec celui-ci une position de leader. C’est ce qu’on appelle une stratégie de niche. Le contrat des F-16 l’illustre bien. Les industriels ne se sont pas reposés sur ses retombées, mais ils ont compris qu’à partir de cette base d’activités qui leur était assurée, il fallait développer une stratégie afin de se repositionner sur le marché avec une autre activité plus pointue. La Sonaca s’est ainsi spécialisée dans les systèmes de bord d’attaque d’aile, la SABCA Gosselies dans l’entretien et la remise à niveau d’équipements militaires, Safran à Herstal, dans les compresseurs basse pression pour moteurs, Siemens Samtech à Liège, dans les simulations numériques, Thalès à Charleroi et Euro Heat Pipes à Nivelles dans les systèmes de puissance pour satellites, Amos et le Centre spatial de Liège dans les systèmes optiques, Spacebel et Deltatec dans les softwares de gestion satellitaire... Toutes ces entreprises et bien d’autres ont su élaborer une stratégie adaptée aux caractéristiques du secteur et aux facteurs de compétitivité propres à la Belgique. De l’étranger, elles sont synonymes de dynamisme et d’innovation. Et ouvertes aux partenariats, ce qui est également un atout.

LE SECTEUR EN WALLONIE

CHIFFRE D’AFFAIRES
1,600 000 000 €
soit 1,35 milliard dans l’aéronautique
et 250 millions dans le spatial

EMPLOIS
7 000
Soit 5 500 dans l’aéronautique
et 1 500  dans le spatial

EXPORTATION
Un peu plus de 90%

CROISSANCE ANNUELLE MOYENNE SUR 10 ANS
3%
 

Le secteur est en pleine extension. Quelles sont les perspectives à plus long terme ?

p.s. — Le marché aéronautique reste très porteur, comme le montrent les études réalisées par Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault et Embraer – le carnet de commandes d’Airbus, par exemple, est rempli pour plusieurs années ! Mais la concurrence est en train de s’intensifier, notamment du côté de la Russie et la Chine, deux pays qui ont de réelles ambitions dans ce domaine. Le premier est déjà présent sur le marché avec des jets régionaux (les Sukhoï, NDLR) qui se posent en concurrents des Embraer. Et les commandes affluent chez le constructeur chinois Comac qui fabrique des avions de type A320 monocouloir.

Le fait que ceux-ci ne soient pas encore certifiés au niveau international laisse un peu de répit à ses concurrents occidentaux, mais les pressions vont devenir de plus en plus fortes. Car à défaut d’avoir les mêmes performances que l’Airbus ou le Boeing, le prix de cet avion sera certainement plus intéressant. Et la Chine est désireuse d’établir une industrie aéronautique civile capable de rivaliser sur tous les segments avec le duopole Airbus-Boeing. Il est donc impératif, pour l’ensemble de notre industrie, d’avoir une base d’activités très large et de pouvoir s’adresser à tous les constructeurs afin que les coûts fixes puissent s’amortir le plus largement possible. Il faut que les prix demeurent intéressants pour les clients de nos entreprises, sans toutefois affecter la rentabilité car la recherche demande des efforts financiers importants.

Côté militaire, la Belgique est en train de réfléchir au remplacement de ses F-16. Mais il semblerait que nos entreprises ne doivent plus s’attendre à de nouvelles compensations économiques…

p.s. — En 1975, l’acquisition de ces avions avait permis à l’industrie aéronautique de notre pays, et en particulier wallonne, de se développer de manière conséquente via des accords de collaboration – notamment au niveau de la production et de la maintenance – avec Lockheed Martin. Le retour sur l’investissement de départ a été estimé à 170 % – un record ! Depuis l’Europe est passée par là : les retours industriels ne sont plus autorisés par la législation. Le choix du remplacement du F-16 interviendra sans doute en 2018, mais il est d’ores et déjà acquis que son successeur, que ce soit le F-35, le Rafale ou l’Eurofighter, arrivera complètement monté. Il faudra donc convaincre les différents concurrents de développer d’autres collaborations avec l’industrie belge, dans un domaine où celle-ci serait particulièrement compétente. Ce sera très compliqué et rien n’est acquis. Heureusement, la survie de nos entreprises ne dépend pas du futur contrat comme ce fut le cas en 1975. 

 

 


Le marché aéronautique reste très porteur, comme le montrent les études réalisées par Airbus, Boeing, Bombardier, Dassault et Embraer – le carnet de commandes d’Airbus,  par exemple, est rempli pour plusieurs années ! 


QUELQUES ACTEURS

SKYWIN

C’est le pôle de compétitivité wallon du secteur aérospatial. Créé en 2006 dans le cadre du Plan Marshall, il regroupe aujourd’hui une centaine d’entreprises, 6 universités et écoles, 10 centres de recherche et 3 centres de formation. La mission principale du pôle est la mise en place et le pilotage de projets labellisés (72 projets mis en œuvre en 10 ans pour 225 millions de budgets engagés, dont les 2/3 financés par la Région wallonne et 1/3 par le privé) afin de développer les synergies entres les acteurs industriels et académiques, et de développer le secteur en Wallonie. Niveau formations, en collaboration avec le WAN, le Centre de compétence dans le domaine de l’aéronautique, Skywin a déjà dispensé 230 000 heures et formé 5 400 personnes (personnel des entreprises et demandeurs d’emploi).

EWA (ENTREPRISES WALLONNES DE L’AÉRONAUTIQUE)

L’association a pour objet d’entretenir et de renforcer l’esprit et les liens de solidarité et de collaboration professionnelle entre ses membres. L’EWA est également l’interlocuteur privilégié des autorités régionales et fédérales belges pour toutes les matières touchant à l’aéronautique. Elle regroupe 60 entreprises (5 000 emplois directs).

WALLONIE ESPACE

Cette association rassemble 36 entreprises et universités actives dans la recherche spatiale et le développement en Wallonie et à Bruxelles. Elle a pour objectifs de promouvoir le secteur auprès des autorités publiques afin d’obtenir des subsides, de stimuler l’intérêt du grand public, de favoriser les échanges d’informations entres ses membres et de développer des synergies.

CENAERO

Centre de recherche appliquée du secteur aéronautique. Sa vocation est de fournir à toute entreprise engagée dans un processus de performance, de compétitivité et d’innovation technologique des méthodologies et des outils de simulation numérique de haute fidélité. Il rassemble une cinquantaine d’ingénieurs et est basé à l’Aéropole de Gosselies où il a commencé ses activités en 2002.

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Thales Alenia Space  est la plus grosse entité du spatial en Belgique. L’entreprise est le principal fournisseur d’électronique de bord de la fusée Ariane 5. Forte de sa croissance actuelle à Charleroi, elle s’implante en Région flamande pour y produire des panneaux photovoltaïques.


Distribution de l’électricité à bord, pilotage des tuyères pour maintenir la fusée sur sa trajectoire, calcul de la position de la fusée dans l’espace et séparation de ses étages et de la coiffe de protection des satellites durant le vol… Plus de la moitié de l’électronique de bord d’Ariane 5 est conçue et fabriquée par Thales Alenia Space Belgium. Et la longue histoire avec le lanceur européen continue, puisqu’il est d’ores et déjà acquis que c’est la société carolorégienne qui fournira la chaine de sauvegarde pour Ariane 6 dont le vol inaugural est prévu en 2020. « C’est un système qui permet à la fusée, si elle dévie de sa trajectoire, de la faire retomber dans l’océan et non sur des zones habitées », explique Jean-Pol Castiaux, le directeur des projets. « C’est un premier contrat que nous avons obtenu l’an dernier, mais nous espérons en décrocher d’autres prochainement. »

De nouvelles salles blanches

Avec une hausse d’emplois de plus de 40% et un chiffre d’affaires qui a doublé en trois ans, la trajectoire de l’entreprise incite à l’optimisme. Il faut dire que celle-ci s’est toujours montrée attentive à l’évolution du marché et a su répondre au changement de pratiques qui ont peu à peu envahi le secteur spatial. Parmi celles-ci, l’introduction du numérique qui constitue une véritable technologie de rupture dans les équipements, mais aussi, en collaboration avec les centres de recherche et les universités, le développement de composants microcontrôleurs, ce qui lui a permis d’accéder au marché de l’avionique (équipements embarqués). « Pour nous permettre d’assurer notre croissance, nous avons également investi, avec l’aide des pouvoirs publics, dans huit nouvelles cuves à vide spatial et dans la modernisation, l’agrandissement et la construction de salles blanches ou chambres propres. Nous avons aujourd’hui 5 650m2 de salles blanches interconnectées », précise le directeur.

Une industrie 4.0 à Hasselt

Après avoir ouvert un site de microélectronique à Louvain en 2014, l’entreprise a décidé de construire une usine à Hasselt afin de se lancer, dès 2018, dans l’assemblage de cellules photovoltaïques pour en faire des panneaux solaires pour satellites. Une production qui aura la particularité d’être automatisée, numérisée, robotisée… « Cette industrie 4.0 sera unique en Europe », précise Jean-Pol Castiaux. « Il s’agit pour nous d’une activité de diversification. Notre ambition est de devenir le fournisseur du groupe et même un fournisseur extérieur. Vingt emplois seront créés au départ, puis une cinquantaine dans les années à venir ».

 

FICHE D’IDENTITÉ

NAISSANCE
C’est en 1963 que les ACEC (Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi) créent la société ETCA (Etudes Techniques en Constructions Aérospatiales) qui donnera naissance à Thales Alenia Space ETCA, devenue aujourd’hui Thales Alenia Space Belgium (filiale à 67% du français Thales et à 33% de l’italien Leonardo)
IMPLANTATIONS
Charleroi, Louvain et Hasselt (en 2018)
PERSONNEL
850
CHIFFRE D’AFFAIRES DU GROUPE
(de l’ensemble des filiales de Thales Alenia Space) : 2,4 milliards d'euros (2016)
PRINCIPAUX CLIENTS
La société est leader mondial en système de gestion d’énergie à bord des lanceurs Ariane 5 et des satellites. Exemples de satellites : Cosmo-SkyMed et Göktürk-1 (observation), Galileo (navigation), Iridium, Globalstar, O3b… (télécommunication).

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La recherche spatiale liégeoise ? Elle a démarré à l’Institut d’astrophysique de l’Université de Liège dont les bâtiments étaient situés sur une colline de Cointe, dans un parc privé qui abrite également un observatoire construit en 1881. Le Centre spatial de Liège, qui en est une émanation, a démarré ses activités dans les années 1960, lorsque l’Europe s’est décidée à entrer à son tour dans la course à la conquête spatiale déjà bien lancée par l’ex-URSS (avec Spoutnik) et les Etats-Unis (Apollo).


Une des premières missions auxquelles il participa fut l’observation des aurores polaires, phénomène encore mystérieux à l’époque. Un témoin de cette aventure – le mot avait déjà tout son sens, la fusée-sonde française Centaure dont les instruments embarqués ont été fabriqués de toutes pièces dans des ateliers de Cointe, trône d’ailleurs dans le hall d’entrée du CSL. « Elle a été lancée depuis la base de Kiruna, dans le nord de la Suède, avec pour mission d’observer les aurores et de prendre des photos », explique Nicolas Grevesse, astrophysicien retraité que la passion rend intarissable lorsqu’il fait visiter les lieux. « À l’époque, il n’y avait pas d’informatique. Les photos étaient prises avec un appareil avec des films 24x36. La fusée redescendait avec son parachute, on récupérait les films et l’on s’empressait de les faire développer. »

Planck et Herschel testés à Liège

Véritable petit musée qui retrace brièvement l’histoire de la recherche spatiale européenne, le hall d’accueil du CSL met également en lumière la participation du centre liégeois aux différents projets. Ici, c’est la sonde Giotto qui a photographié pour la première fois le noyau d’une comète, en l’occurrence celui de la comète de Halley, de passage en 1986. Là, c’est le télescope spatial Hubble qui fut lancé en 1990 par la navette Discovery et qui est toujours en service. Plus loin, le satellite SoHO, toujours en activité également, qui fut mis sur orbite en 1995 afin d’observer le rayonnement de l’astre dans l’ultraviolet. Et, côte à côte, dans une même vitrine, les satellites Planck et Herschel, lancés en 2009 par Ariane 5 avec un objectif commun, recueillir un maximum de données sur les premières structures de l’univers.

« Le CSL a eu pour missions de tester non seulement le satellite Planck pendant près de 10 mois juste avant son lancement, mais aussi le télescope de Herschel qui, avec ses 3,5 m de diamètre, était le plus grand télescope lancé dans l’espace », explique Nicolas Grevesse. « Ces deux satellites devaient être opérationnels sous des températures très basses, proches du zéro absolu, soit -273,15°. Mais si Planck a pu être testé dans une cuve existante de 5 m de diamètre, Herschel a nécessité la construction d’une cuve de 6,5 m. Nous les avons accueillis tous deux dans nos salles blanches, appelées ainsi car les instruments optiques étant particulièrement sensibles à la poussière, ces salles doivent être environ 500 fois plus propres que l’intérieur d’une maison ! Et le pilotage de ces opérations s’effectue depuis des salles de commande vitrées surplombant ces chambres ».

Le chaud et le froid autour de Jupiter

Inutile de préciser que l’on n’entre pas dans celles-ci comme dans un moulin, de la farine plein les mains. Il faut être protégé des pieds à la tête. Quant aux instruments, ce n’est pas toujours contre le froid qu’il faut les parer. Ainsi, pour la mission Solar Orbiter qui s’approchera du soleil à une distance 3,5 fois moindre que celle qui le sépare de la Terre, le CSL a non seulement dû construire l’instrument EUI mais également l’entourer d’un écran thermique lui permettant de supporter une température allant jusque 80°.

« Son lancement est prévu fin 2018, explique l’astrophysicien. C’est une des premières missions du programme spatial Cosmic Vision de l’ESA qui va se poursuivre jusque 2030. Le centre spatial de Liège participera à chacune d’elles, soit pour construire, soit pour tester les instruments. Ainsi, nous testons actuellement les panneaux solaires qui équiperont une sonde qui sera lancée en 2022, dans le cadre de la mission Juice, afin d’étudier les satellites de Jupiter. Elle arrivera dans son environnement en 2030 et ses panneaux solaires seront alors soumis à d’importants écarts de température, de -230° à +110° environ. »

Aladin pour de meilleures prévisions météos

Mais l’autre satellite qui a fait l’actualité cet été au CSL et que nous avons pu voir dans une salle blanche, alors qu’il allait être mis à rude épreuve dans une cuve à vide de 5 mètres de diamètre, c’est bien sûr Aeolus qui, avec son télescope Aladin, sera placé en orbite à 320 km de la Terre avec la mission de fournir des informations très précises et instantanées sur les vents.

« Les lasers super puissants dont est muni le télescope bombarderont l’atmosphère jusqu’à 30 km d’altitude et une infime partie de la lumière ainsi envoyée (un millionième de milliardième) lui reviendra après diffusion au contact des particules de poussière présentes dans les nuages. Le temps mis pour effectuer cet aller-retour permettra de connaître leur distance et la mesure du décalage de la fréquence, par effet Doppler, déterminera la vitesse des vents. » L’objectif étant bien sûr d’améliorer les prévisions météorologiques, ce que tout le monde appréciera. Ces données seront complémentaires avec celles récoltées par les satellites polaires Metop et les satellites européens Météosats qui, eux, sont géostationnaires et permettent l’observation en continu d’une zone précise du globe. « Pour établir des prévisions, on lance encore, parce qu’ils sont moins coûteux, entre 1 200 à 1 300 ballons sondes par jour dans le monde », explique Nicolas Grevesse. « Vous imaginez le temps qu’il faut pour qu’ils montent ! Avec Aeolus, dont les informations seront transmises instantanément au centre d’analyse des observations météos européennes, ces ballons n’auront plus guère de raisons d’être. Et tout ce matériel est testé au CSL. »


ULG — DEUX MASTERS ET DES SATELLITES LIÉGEOIS. OUFTI !


Quand elle a ouvert ses portes, voici 200 ans très exactement, l’Université de Liège proposait déjà un cours d’astronomie. C’est dire que l’histoire d’amour entre la Cité ardente et l’espace ne date pas de la dernière pluie. Aujourd’hui, l’ULg s’attèle plus que jamais à former des jeunes désireux d’étudier et de mieux comprendre notre univers. C’est ainsi qu’elle propose à la fois un master en ingénieur civil en aérospatiale, destiné aux futurs ingénieurs, et un master en sciences spatiales, à l’attention des physiciens.

« L’Université de Liège est la seule institution en Belgique à proposer ces deux masters sous un même toit », explique Serge Habraken, directeur académique et scientifique. « Les deux métiers sur lesquels ils débouchent sont complémentaires. Quand l’ESA lance une mission spatiale, celle-ci est définie sur base de la science, c’est-à-dire qu’elle est confiée aux mains des astrophysiciens qui vont chercher à étudier tel phénomène et auront besoin de tel type d’instrument. Ensuite, c’est le travail des ingénieurs de traduire ces rêves, de concevoir et construire les instruments. Quand ceux-ci sont opérationnels, ils sont fournis aux astrophysiciens. Ceux-ci sont donc impliqués au départ et à l’arrivée, tandis que les ingénieurs s’occupent du chaînon manquant. »

En anglais

Proposé à l’ULg depuis une dizaine d’années seulement, le master en sciences spatiales est unique en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il est structuré en plusieurs orientations (cosmologie, astronomie, planétologie, océanographie,…) afin de permettre aux étudiants d’acquérir des compétences pointues dans l’ensemble de ces domaines. Ces apprentissages se complètent d’une formation pratique : observations au moyen de télescopes (à Liège ou à l’étranger), traitement de données scientifiques au moyen de logiciels spécifiques et travaux en laboratoire (par exemple en optique). « Comme le master en aérospatiale, il est donné en anglais afin de permettre aux étudiants belges d’améliorer leurs connaissances dans cette langue, mais également d’ouvrir la porte aux étudiants étrangers », explique le directeur. « Il est moins suivi, entre six et sept étudiants par année, mais les jeunes qui sortent avec ce diplôme trouvent très vite du travail, généralement dans le monde académique, en tant que professeurs d’université ou chercheurs FNRS, mais aussi dans des observatoires et centres de recherche, en Belgique ou à l’étranger (ESA, NASA…). »

« L’existence d’un écosystème local capable d’embaucher est un atout pour attirer les étudiants », explique Christelle Bertrand, en faisant allusion non seulement aux entreprises implantées sur le plateau du Sart Tilman, comme Amos, Spacebel et Deltatec, mais également à d’autres telles Safran Aero Boosters et Thales Alenia Space. « Avec ces entreprises en pleine croissance, notre tissu économique a une belle réputation en Europe. Et la récente découverte des exoplanètes a valorisé le travail des chercheurs de l’ULg. C’est très positif également. »

© S3L@ULiège
Oufti ! qu’il est petit ce satellite .

Oufti-2 et 3

En guise de travail de fin d’études, les futurs ingénieurs ou astrophysiciens se voient proposer divers sujets, comme la rentrée dans l’atmosphère, l’étude d’orbites ou encore la conception de nanosatellites (ou CubeSats), des satellites pesant moins de 10 kilos qui permettent aujourd’hui aux universités de développer et de placer en orbite leurs propres engins spatiaux.

En Belgique francophone, on se souvient ainsi d’Oufti-1, qui fut lancé en mai 2016 et qui avait pour objectif de tester un protocole de télécommunication pour les radios amateurs. Après douze jours, malheureusement, le contact fut perdu. « Le satellite est inutilisable mais pas détruit. On perçoit en effet encore un signal de balise, preuve qu’il est toujours en orbite », commente Serge Habraken. « Oufti-1 faisait partie du programme « Fly your satellite » (FYS) de l’ESA, ce qui avait permis son lancement à Kourou. Il était inscrit dans un calendrier, c’est-à-dire qu’il y avait des deadlines à respecter. Les lancements sont réservés par de gros groupes, pour de gros satellites. Les petits doivent s’inscrire dans les trains en partance et ils n’ont donc pas toujours le temps d’affiner leurs produits. Ceci dit, derrière le but éducatif, l’objectif principal était de donner aux étudiants un exercice pratique. »

Et ceux-ci se suivent en se ressemblant. Le professeur Jacques Verly, responsable du projet, s’est déjà attelé à la conception du CubeSat Oufti-2, avec une nouvelle équipe d’étudiants ingénieurs et informaticiens de l’Université de Liège. L’objectif est de prolonger la mission de son prédécesseur, en réalisant les corrections nécessaires. Le nanosatellite devrait être « prêt pour l’espace » début 2018 au plus tard. « Puis, ce sera au tour d’Oufti-3 », annonce le directeur. « Celui-ci aura pour mission d’observer la terre avec une caméra infra-rouge. »

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Le Centre Spatial de Liège est une émanation de l’Institut d’astrophysique et de géophysique de l’Université de Liège. Il est réputé pour sa compétence au niveau des essais environnementaux et en tant que centre d’excellence en optique. Une grande partie de ses activités concernent des projets destinés à l’Agence spatiale européenne.


Installé à proximité de l’Université de Liège, dans le Parc scientifique du Sart-Tilman (Liège Science Park), le Centre Spatial de Liège (CSL), a été créé en 1964 par le groupe spatial de l’Institut d’astrophysique et de géophysique de l’Ulg et ne rayonne pas seulement sur la Cité ardente et les vallées de la Meuse et de l’Ourthe. Ce centre de recherche, qui emploie une centaine de personnes et vise un chiffre d’affaires de 17 millions cette année, est le fleuron historique de l’industrie spatiale de notre pays dont nombre de nos voisins nous envient. Tant pour le travail de ses chercheurs que pour la compétence de ses ingénieurs et techniciens dans les mains desquels l’Agence spatiale européenne (ESA) confie régulièrement ses instruments et satellites afin de les tester. Ainsi, le CSL vient à peine de terminer son travail sur le développement technologique de l’instrument EUI (Extreme Ultraviolet Imager), lequel fournira des images de la couronne solaire pour la mission européenne Solar Orbiter, que le satellite Aeolus et son instrument Aladin sont entrés par la grande porte, le 1er juin, afin de subir une batterie de tests de qualification environnementale (voir plus loin).

Christelle Bertrand
Directrice générale du centre liégeois

Des partenaires de renommée mondiale

« Septante pour cent de nos activités concernent des projets à finalité de l’ESA », confirme Christelle Bertrand, la directrice générale du centre liégeois. « Ces projets sont intégrés à un consortium, scientifique ou industriel, au sein duquel nous sommes chargés de délivrer un sous-système en matière d’instrumentation spatiale. À côté de cela, 20% de nos activités concernent des conventions de recherche – au sein, par exemple, des pôles de compétitivité Skywin ou MecaTech – pour lesquels le CSL est associé à des partenaires industriels. Nous utilisons alors nos compétences pour faire du transfert de technologies du domaine spatial vers un autre domaine. Enfin, dans 10% des cas, le CSL travaille comme sous-traitant d’un industriel, à la demande, par exemple, d’autres agences internationales. » Parmi ces industriels, qui peuvent être tour à tour clients, fournisseurs ou partenaires du Centre Spatial de Liège, plusieurs, comme Deltatec (équipement embarqué, détecteurs) et Spacebel (logiciels de vol pour satellites), sont également implantés au Sart-Tilman. 

La performance optique dans l’ADN du centre

« C’est évidemment une force de pouvoir travailler avec des partenaires de renommée mondiale », assure Christelle Bertrand, qui souligne qu’avec un budget annuel de 206 millions d’euros, la Belgique a toujours été un gros contributeur aux projets de l’ESA. « Mais si le Centre Spatial de Liège est aussi souvent sollicité par celle-ci, il le doit en grande partie à la qualité de ses équipements. Nous avons, en effet, une grosse réputation en tant que centre d’excellence en optique. Cette envie de tester des charges utiles avec une orientation de performance optique, voire électronique, est ancrée dans l’ADN du CSL. C’est le cœur de notre centre. Notre réputation, nous la devons d’abord à notre capacité à avoir une approche systémique des instruments. Ensuite, nous avons également développé au fil des ans une compétence au niveau des essais environnementaux et ce, grâce à nos cuves à vide. Elles n’ont pas la vocation de tester des satellites car elles ne sont pas dimensionnées pour cela, mais elles sont toutes équipées de bancs d’optique qui assurent la stabilité des instruments. C’est un atout vis-à-vis de la concurrence, puisqu’à l’heure actuelle il n’existe que cinq centres de test en Europe qui sont capables de recréer les conditions spatiales. »

 © Centre Spatial de Liège
Les cuves à vide, comme celle ci-dessus, permettent au CSL de tester, dans les conditions environnementales spatiales, les instruments et  satellites tels que Planck et Herschel.

La concurrence de plus en plus présente

Dans le secteur spatial comme dans beaucoup d’autres, la concurrence est cependant bien présente, et de façon croissante même, et celle-ci laisse fatalement des traces sur les parts de marché. « Aujourd’hui, la guerre des prix est très importante, confirme la directrice. Il faut faire un gros travail pour rester compétitif. Nous ne pouvons cependant trop baisser les prix des prestations, car cela diminuerait nos marges. Ce qui nous mettrait en difficulté car, bien que le CSL soit une émanation de l’université, il est géré comme un centre de profit. À l’exception de notre directeur académique et scientifique, tous les membres du personnel sont payés grâce aux financements extérieurs. Il faut donc nous réorganiser, nous interroger sur nos pratiques professionnelles de façon à rester compétitifs tout en gardant notre capacité à financer nos investissements et le développement de nos talents. » Surtout, il faut suivre le marché qui est en train de s’ouvrir considérablement. Si l’observation de la Terre, par exemple, a longtemps eu comme objectif principal de récolter des données à des fins scientifiques, l’intérêt commercial est en train de motiver toutes les forces vives du secteur, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale avec le début de la conquête spatiale.

Vers une commercialisation de l’espace

« Ce n’est plus le même écosystème que le CSL a connu au début des années ’60 », explique Christelle Bertrand. « À cette époque, où les financements étaient institutionnels, il s’agissait de montrer que l’on participait à la course technologique et scientifique. Aujourd’hui, il faut délivrer à temps un produit qui corresponde au juste coût et pas forcément la Rolls Royce technologique. Il est de plus en plus facile d’avoir accès à l’espace, de lancer des microsatellites ou des nanosats. Les projets, qui bénéficient d’investissements privés, ont une autre finalité, par exemple l’exportation. Les pays émergents, qui se battent aujourd’hui pour entrer dans la course spatiale, sont en train de modifier le paysage. Voilà le nouvel écosystème qui se dessine et dans lequel le CSL devra veiller à garder une place incontournable. Dans ce milieu hautement concurrentiel, il nous faudra pouvoir nous mettre au service non seulement du monde scientifique, mais également d’une application plus commerciale de l’espace. Alors que les budgets institutionnels et publics sont en phase de réduction, le CSL devra viser à davantage de financements à caractère commercial. » C’est le moment d’ouvrir l’œil et le bon. Un jeu d’enfants pour un centre spécialisé en optique ?

 

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