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Musée de la Photographie

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Une exposition à voir jusqu’au 15 mai 2022

par Gaëlle Henkens et Roger Job

Soleil Noir est un travail au long cours réalisé par Gaëlle Henkens et Roger Job durant quatre années en Camargue durant lesquelles ils se sont immergés dans le quotidien de plusieurs éleveurs de chevaux et de taureaux, dans ces familles de manadiers qui leur ont transmis non seulement leur passion mais aussi leurs craintes et espoirs.

Après plus de 176 journées de prise de vues et une multitude d’images enregistrées, les photographes ont tenté de comprendre et de raconter une culture unique qui érige dans les villages du delta du Rhône des statues et des tombes à la gloire de ses taureaux.

Soleil noir nous montre avec élégance une étrange passion pour le taureau, une dévotion particulière qui n’a rien à voir avec la tauromachie espagnole, car en Camargue, on joue avec le taureau mais on ne le tue pas. Le dieu c'est l'animal, pas l’homme qui le frôle !

Diplômée en sciences sociales puis en photographie à Saint-Luc Liège, Gaëlle Henkens (40 ans) a mené en parallèle, des années durant, les métiers de travailleuse sociale et de photographe indépendante, principalement dans le domaine de l’aide aux réfugiés et des sans-abris. Ses voyages en Afrique, Europe de l’Est et Asie, mais aussi la confrontation à la grande précarité en Belgique, ont fait naître en elle le besoin de raconter, transmettre, documenter des réalités mal connues. Actuellement photographe free-lance à temps plein, elle aime prendre le temps, celui de sentir, ressentir ce qui se passe autour d’elle afin de se convertir à ses sujets. Entre photojournalisme et photographie documentaire, elle travaille principalement sur des projets à long terme, que ce soit dans le monde agricole, les phénomènes migratoires ou les traditions du Maghreb. Elle y traque les qualités de l’être humain, sa détermination et sa résistance.

Roger Job (50 ans) est rédacteur et photographe. Il est diplômé en journalisme de l’IHECS Bruxelles où il est actuellement professeur invité. Son itinéraire photographique l’a longtemps mené aux côtés des victimes de catastrophes et de guerres. Prix Reporters sans frontières en 1992 pour un reportage sur l’exode des réfugiés mozambicains en Afrique du Sud, il a obtenu en 1999 le prix de la Fondation SPES pour son travail sur « Les derniers peuples pasteurs de l’humanité », et en 2011 le Nikon Press Award et le Days Japan Jury Award pour son travail sur les pasteurs nomades du Turkana (Kenya). Le prix Belfius lui a été attribué en 2016 pour son travail sur la brigade des Stups de Charleroi, et en 2021 pour un reportage sur le service de gériatrie en temps de Covid au CHwapi Tournai. Il a publié de nombreux ouvrages.

Zoé van der Haegen (1977, Cambridge, G.-B.) vit et travaille en tant que photographe et artiste à Bruxelles. Après avoir étudié les sciences politiques et travaillé en tant que coordinatrice dans le secteur social, elle change de voie et entreprend un master de photographie à La Cambre à Bruxelles, qu’elle obtient en 2011. Evoluant entre photographie documentaire et plasticienne, son travail sera exposé dans plusieurs institutions culturelles en Belgique et à l’étranger. Elle participe également à des résidences d’artistes en Belgique et à l’étranger pour y développer son travail dans des environnements différents.

Musée de la Photographie

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Une exposition à voir jusqu’au 15 mai 2022

par Michel Vanden Eeckhoudt

En même temps qu’une activité de journalisme engagé, Michel Vanden Eeckhoudt (1947-2015) s’est intéressé aux jardins zoologiques qu’il a photographiés en Europe et aux Etats-Unis, fasciné par l’aspect théâtral de ces lieux : ceux qui regardent, ceux qui sont regardés, tous regardés par le photographe. Sa carrière de photographe l’amène à réaliser de nombreuses expositions et à mener, seul ou en collaboration, des missions photographiques sur divers thèmes en Tunisie, au Népal, en Israël, au Maroc ou en Egypte. Il a également travaillé pour Libération, tournant son regard et son objectif sur le monde du travail, où qu’il soit.
Michel Vanden Eeckhoudt
Bruxelles, 1979

 

À MARIEMONT

Le Musée de Mariemont fait resurgir de terre le monde des Mérovingiens ! Marquée par Clovis, cette dynastie a exercé le pouvoir sur l’ouest de l’Europe pendant trois siècles, entre la chute de l’Empire romain et le couronnement de Charlemagne. Une époque bien plus intéressante qu’il n’y paraît.



Childéric Ier, roi des Francs et des Gallo-romains
Sur sa bague, qui lui sert de sceau, le roi mérovingien est représenté avec de longs cheveux tressés et portant une cape. Les deux sont des signes de pouvoir : les premiers chez les Germains, la seconde au sein de l’Empire romain. Sur une simple effigie de la taille d’un timbre- poste, Childéric arrive ainsi à dire à ces deux communautés culturelles bien différentes : « Je suis votre roi à tous » .

Soyons francs : à part l’histoire du vase de Soissons (que Clovis lui-même se souvint longtemps), la culotte du Roi Dagobert et la lignée des rois fainéants, nous ignorons tout des Mérovingiens qui régnèrent pourtant du Ve au VIIIe siècle sur une très grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur une partie de l’Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas. Heureusement, jusqu’au 13 juin, l’exposition « Le Monde de Clovis », organisée par le Musée de Mariemont en partenariat avec l’Agence Wallonne du Patrimoine, nous propose une rencontre intime et culturelle avec les Francs. Les mises à jour de nombreuses nécropoles dans nos régions ont permis de mieux connaître les us et coutumes de ce peuple et de redorer son blason, comme nous l’a expliqué Marie Demelenne, la co-commissaire de l’exposition avec l’archéologue Olivier Vrielynck.


Marie Demelenne co-commissaire de l’exposition “Le Monde de Clovis”.

Marie Demelenne, comment présenteriez-vous les Francs et les Mérovingiens ?

Les Francs sont l’un de ces peuples germaniques qui, lors des premiers siècles de notre ère, ont multiplié les incursions en Gaule, avant de s’y installer de manière durable et de s’associer avec les Romains. Au Ve siècle, ils ont même obtenu un traité et sont devenus un peuple fédéré ; ils ont pu garder leurs institutions, religion et droit, pour autant qu’ils contribuent à la vie de l’État, principalement du point de vue militaire. Ils ont alors pris de plus en plus d’importance au point de finir par imposer leur dynastie et de gouverner sur tout le territoire. Les rois Mérovingiens ont régné durant trois siècles, avant d’être déposés par les maires du palais, parmi lesquels les Pippinides, nom d’une famille dont les descendants les plus connus sont Pépin le Bref et Charlemagne. C’est avec eux que débute la dynastie carolingienne.

Les Mérovingiens étaient-ils des rois fainéants ?

Ce sont les Carolingiens qui, voulant légitimer leur prise de pouvoir, ont raconté l’histoire à leur sauce et véhiculé l’image d’une période de stagnation, de guerriers barbares et de rois fainéants qui circulaient avachis sur des chars trainés par des bœufs. S’il en était ainsi c’est parce qu’ils n’avaient ni capitale ni palais fixe et se déplaçaient constamment d’une région à l’autre afin de se montrer, de faire la justice… L’Histoire a retenu cette version parce que leurs écrits ont pu être conservés, au contraire de ceux des Mérovingiens qui n’ont pas résisté à l’usure du temps. Mais leur portrait est bien plus multiple et nuancé.

En faisant connaître ces rois, l’objectif de l’exposition est donc aussi de les réhabiliter ?

Nous avons également voulu montrer que la transition entre les Francs et les Gallo-romains s’est faite de manière nuancée et progressive. Car il n’y a pas eu de grands raids et de pillages, ni de débâcle et de brutal effondrement. Si la violence a bien été présente, les deux peuples se sont ensuite entendus au niveau de l’organisation du territoire et des mariages ont été célébrés entre les élites des deux camps. La période mérovingienne témoigne d’une intégration aboutie, incorporant survivances romaines et apports germaniques. Un mélange de tradition et de créativité.

La période mérovingienne témoigne d’une intégration aboutie, incorporant survivances romaines et apports germaniques. Un mélange de tradition et de créativité.

 

Comment avez-vous conçu l’exposition ?

Ce qui fait son originalité c’est que nous sommes partis du quotidien des habitants. Nous avons créé et mis en scène six profils de personnages fictifs mais réalistes, une princesse, une fillette, un garçon, un géant, une religieuse et un potier, afin de parler de l’habitat, l’alimentation, les armes, les ornements, les croyances, les déplacements, les écrits… L’exposition permet ainsi la rencontre d’hommes et de femmes à 1.500 ans d’écart ! A côté de cela, nous avons voulu montrer, à l’aide du matériel archéologique retrouvé dans de nombreuses nécropoles, que sous cette dynastie des échanges commerciaux existaient à l’échelle mondiale. Ainsi, on a constaté que les pierres qui sertissent une fibule, cette grosse broche qui servait à maintenir les vêtements, sont des grenats exportés d’Inde et du Sri Lanka. Et si des gens et des biens ont circulé aussi loin, c’est qu’il en a été de même pour les idées. Cela balaie donc l’image d’un Haut Moyen-Age replié sur lui-même et en régression par rapport à la civilisation romaine.

Des Francs habillés à Soignies
Edith, la princesse saxonne de Tournai, et Odon, le potier de Quévy : deux des six personnages fictifs qui « racontent » leur histoire personnelle aux visiteurs. L’illustrateur bruxellois Cédric Volon les a dessinés sur base d’une documentation très précise fournie par les archéologues et ce sont les élèves de la section couture de l’Institut Provincial des Arts et Métiers du Centre (IPAMC), implantation Soignies, qui ont réalisé les costumes.

Un mini Louvre

Établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Musée royal de Mariemont conserve, étudie et valorise les collections que le célèbre industriel et grand voyageur Raoul Warocqué a léguées à l’Etat belge à sa mort en 1917. Son intérêt pour l’art était à l’image de sa fortune : immense. Ces collections mêlent les trésors des plus grandes civilisations (Egypte, Grèce, Rome antique, Chine ancienne…) à ceux provenant des populations ayant vécu dans nos régions, des Celtes aux Mérovingiens en passant par les Gallo-romains. Tout ce qui a trait à l’histoire du domaine de Mariemont, depuis le XVIe siècle, y occupe une belle place également, ainsi que la porcelaine de Tournai. Le musée, sorte de mini Louvre, est donc une continuation de ses passions.

« Raoul Warocqué a légué ses collections, ainsi que le château du XIXe siècle et le parc, à la condition que l’ensemble soit accessible au public, souligne Marie Demelenne. C’est ainsi que le musée s’efforce de valoriser ces collections en organisant des expositions sur des thématiques qui lui étaient chères comme, récemment, les textiles coptes et la médecine au temps de la Rome antique, et de les enrichir en menant une politique d’acquisition influencée par les mêmes intérêts. »

Des intérêts que Raoul Warocqué partageait avec les habitants de Morlanwelz puisque, quand le château a brûlé en décembre 1960, ceux-ci se sont rués à la rencontre des flammes pour participer au sauvetage des fameuses collections dont 95 % ont pu être sauvés. Le musée actuel, construit sur le même emplacement, a été inauguré en 1975.

 

Des verres sans pied mais à plusieurs mains !
Ce gobelet apode (sans pied) est exceptionnel par son décor en résille. À l’époque mérovingienne se tenaient de fastueux banquets qui permettaient au souverain et aux élites de resserrer leurs liens, notamment en buvant au même verre. Comme il ne pouvait tenir debout, il fallait le passer de main en main ou le vider d’un trait !

D’où provient le matériel archéologique exposé ?

Une partie vient bien sûr de nos collections. Mais une vingtaine d’autres institutions, surtout wallonnes, nous ont également prêté des objets, comme les musées archéologiques de Namur et de Tournai, et, surtout, l’Agence Wallonne du Patrimoine, qui est notre plus grand prêteur. De précieux objets proviennent aussi du Musée d’Archéologie national de Saint-Germain-en-Laye, près de Paris, et du Rijksmuseum de Leyde, aux Pays-Bas. Cette diversité nous permet d’avoir un regard sur des populations présentant des caractéristiques différentes. Ainsi, en observant des objets venant d’une nécropole à Broechem, près d’Anvers, on constate des différences notables entre les Francs qui occupaient le territoire wallon et ceux qui vivaient en Flandre près de la mer.

Des patineurs hors pair
A Huy, des fouilles ont également mis au jour des… patins à glace. Réalisés à partir d’un os de bovidé scié, retaillé et poli, ils étaient ensuite fixés via des cordons sur des chaussons en cuir. Une fabrication maison qui montre que la société mérovingienne pratiquait une économie circulaire : toutes les parties de l’animal trouvaient leur utilité. Des vestiges d’une luge ont aussi été retrouvés sur le même site.

Un «escape room» pour les familles

C’est un divertissement à programmer après la visite au musée, une activité à faire en famille au sein d’une bulle limitée à six personnes. Des gens sont « enfermés » dans une pièce et doivent résoudre des énigmes pour en sortir. Le pitch ? Des événements bizarres se passent dans le musée au temps du dernier des Warocqué ! Quel est ce secret ou cette malédiction ?…

Infos et réservations : www.charleroom.be

Le mobilier funéraire de la reine Arégonde
Les responsables du Musée de Mariemont ont essayé par tous les moyens d’avoir en prêt le trésor de Childéric Ier, dont la tombe fut découverte à Tournai en 1653 et dont une partie est conservée au Département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. En vain… « Les Français avaient trop peur qu’il arrive quelque chose aux précieuses reliques de celui qu’ils considèrent comme le premier roi de France ! relate Marie Demelenne. En revanche, après plusieurs années de négociations, nous avons obtenu du Musée d’Archéologie national de Saint-Germain-en-Laye qu’il nous prête le trésor funéraire de la reine Arégonde, l’épouse de Clotaire Ier et mère de Chilpéric Ier, qui régnèrent aux VIe siècle. Elle s’est faite inhumée avec sa parure de reine : sa bague avec le monogramme permettant de l’identifier et une série de bijoux personnels (fibules, boucles d’oreilles, grande épingle, garniture de ceinture…) qui sont des pièces uniques. Il n’y en a qu’une petite douzaine, mais il s’agit du mobilier funéraire complet, au contraire du trésor de Childéric qui a été pillé au XIXe siècle. C’est pour cette raison que celui-ci nous paraît plus précieux.»

Repères
• 342 Les Francs saliens s’installent comme fédérés à l’intérieur de l’Empire romain, dans le nord de la Gaule.
• 476 Déposition par les Germains du dernier empereur romain d’Occident. C’est la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Age.
• 457-458 Childéric, premier roi (reconnu) de la dynastie Mérovingienne.
• 508 (?) Baptême à Reims de Clovis, fils de Childéric et premier roi de tous les Francs. Début du lien entre le clergé gallo-romain et la monarchie franque.
• 511 Mort de Clovis et partage du royaume des Francs entre ses quatre fils.
• 613 à 639 Clotaire II, puis Dagobert Ier, rois de l’ensemble du royaume franc.
• 732 Les Francs conduits par Charles Martel battent les Arabes à Poitiers. Cette victoire constitue une étape marquante dans l’établissement de la dynastie carolingienne.
• 751 Déposition de Childéric III, dernier roi mérovingien, par les maires du palais. Pépin le Bref devient, en 754, le premier roi de la dynastie carolingienne.
• 800 Charlemagne, fils de Pépin le Bref et roi des Francs, est couronné empereur. Son empire va s’étendre de l’Europe occidentale à l’Europe centrale.
• 924 Fin de l’empire carolingien.


Musée royal de Mariemont
Chaussée de Mariemont 100
B-7140 Morlanwelz

+32 (0) 64 27 37 41

[email protected]
www.musee-mariemont.be

 

UNE HISTOIRE ÉDIFIANTE !

Construit entre 1845 et 1849, le Palais provincial d’Arlon est un bâtiment iconique du chef-lieu de la Province de Luxembourg. Son édification, liée au partage de territoire entre la Belgique et le Luxembourg, témoigne de l’extraordinaire développement de la ville au XIXe siècle.

 


© Mireille Neuberg

Si vous êtes déjà passé par la place Léopold, à Arlon, vous n’avez pas pu manquer le Palais provincial, bâti sur tout un côté de cette place. Sa façade classée est en effet imposante. S’il offre aujourd’hui tout le confort nécessaire pour loger le gouverneur et accueillir les membres de son cabinet, il n’en a pas toujours été ainsi. « C’est quelques années après la scission effective du Luxembourg, en 1839, que la décision de construire une nouvelle place, puis un véritable palais provincial, est prise, explique Jean-Marie Triffaux, historien arlonais. En 1843, pour la première visite du Roi Léopold Ier à Arlon, la place du même nom est construite. Celle-ci est située en dehors de la ville historique, qui est encore ceinturée par ses anciennes fortifications. Grâce à l’appui de Jean-Baptiste Nothomb, député d’origine luxembourgeoise, le palais provincial est construit le long de la place Léopold, entre 1845 et 1849. Avant cela, l’administration provinciale disposait de locaux mal adaptés, dans une maison située face à l’actuel hôtel de ville. »

Le palais n’a quasiment pas été endommagé depuis sa création en 1845. Seul un incendie de toiture durant la Première Guerre mondiale est à déplorer.


Une chambre pour le Roi

Le Palais provincial d’Arlon a été dessiné par l’architecte montois Albert Jean-Baptiste Jamot qui, après des études à l’École Royale des Beaux-Arts de Paris, était devenu architecte de la ville d’Arlon. De style néoclassique, le palais a été construit avec des matériaux luxembourgeois (pierre d’Eischen) et belges (sables de Mussy et Latour, ardoises d’Herbeumont et de la Géripont). Il est composé, au rez-de-chaussée, de deux salons richement décorés et d’une salle d’apparat, pour les réceptions. A l’étage, on trouve les bureaux de l’administration et ceux du gouverneur, ainsi que les appartements privés de celui-ci. Dans cet ensemble, une chambre est également disponible pour le Roi lorsqu’il est de passage dans la région. « Léopold Ier y a logé au moins trois fois, relève Jean-Marie Triffaux. Le développement des transports fait que cette chambre a été de moins en moins utilisée au fil des ans… »

Par la suite, diverses extensions viendront compléter le palais. Des écuries, un garage, une conciergerie, mais aussi un bâtiment dans lequel siège le Conseil provincial seront ajoutés à cet ensemble qui n’a quasiment pas été endommagé depuis sa création. « Seul un incendie de toiture durant la Première Guerre mondiale est à déplorer. Pour le reste, le bâtiment n’a pas bougé, à l’exception des quelques rénovations, notamment celle de la salle du Conseil provincial il y une vingtaine d’années », précise l’historien.


© Mireille Neuberg

Un jalon du développement d’Arlon

Le Palais provincial, avec son parc arboré à l’arrière, n’est que l’un des bâtiments qui seront construits tout au long du XIXe siècle afin de doter le nouveau chef-lieu des infrastructures lui permettant d’assumer son statut. « En 1839, du jour au lendemain, toutes les administrations débarquent à Arlon : écoles, armée, fonctionnaires provinciaux… Il fallait offrir à toutes ces personnes un cadre de travail adéquat. La plus grande entreprise urbanistique qu’ait connu la ville sera ainsi menée à cette époque », explique Jean-Marie Triffaux.

Parmi ces autres bâtiments, on peut relever le Palais de Justice, construit sur la place Léopold à partir de 1864, ainsi que des constructions privées qui finiront de ceindre la place, comme le bâtiment de la Banque nationale de Belgique (1881) et celui de l’Hôtel des Postes (1892). Pour accueillir les nombreux voyageurs rejoignant la ville par le train, une nouvelle gare sera construite en 1884.

Ces développements urbanistiques ont permis à la Ville d’Arlon de croître pour devenir la plus importante, en population, de la Province de Luxembourg. Aujourd’hui, on y compte en effet cinq fois plus d’habitants qu’en 1830.

La délicate scission du Grand-Duché de Luxembourg

Si la Palais provincial fait partie de notre paysage, son édification, à Arlon, ne tombe pourtant pas sous le sens aujourd’hui. En effet, des localités plus centrales auraient pu revendiquer le titre de chef-lieu de la Province de Luxembourg aux premiers temps du Royaume de Belgique.

Pour comprendre les raisons du choix d’Arlon comme chef-lieu, il faut se replonger dans l’histoire. En 1815, Guillaume d’Orange-Nassau, souverain des Pays-Bas, avait reçu le Grand-Duché de Luxembourg en compensation de la perte de ses possessions privées au profit de la Prusse. A cette époque, le Grand-Duché incluait l’actuelle Province de Luxembourg. En 1831, suite à la Révolution belge, une conférence est organisée à Londres. Elle réunit les grandes puissances de l’époque (Russie, Prusse, Autriche, France et Grande-Bretagne) dans le but de fixer les frontières de l’État belge. Celui-ci, après la Révolution, comprend le Grand-Duché de Luxembourg dans son ensemble, ainsi qu’une partie du Limbourg néerlandais. Mais Guillaume d’Orange ne souhaitait évidemment pas être dépossédé de ce Grand-Duché qu’il avait acquis en guise de compensation.


© Collection Jean-Marie Triffaux 

Wallons d’un côté, Germains de l’autre

Après de longues négociations, il a finalement été décidé de laisser à Guillaume d’Orange un bon tiers du Grand-Duché, avec la ville de Luxembourg, et d’attribuer la partie restante à l’État belge. La séparation est effectuée sur base d’un critère linguistique : les régions « wallonnes », où l’on parle le français, reviennent à la Belgique, et les régions de langue germanique au Luxembourg. Sous la pression de la France, qui voyait d’un mauvais œil une enclave germanique au nord de Longwy, Arlon reviendra finalement à la Belgique, alors que la langue luxembourgeoise y est majoritaire. Une partie du Limbourg sera donné au souverain hollandais en contrepartie. Le traité des XXIV articles, ou traité de Londres, officialise cette décision. Mais il ne sera signé qu’en 1839 par un Guillaume d’Orange très réticent à céder une partie de sa possession privée.


Dès 1831, c’est Arlon qui est choisie comme chef-lieu de cette « grande » province du Luxembourg, et pas la ville de Luxembourg.


Arlon chef-lieu par prudence

En attendant cette signature, c’est donc le statu quo : le Grand-Duché de Luxembourg, comprenant la province belge du même nom, fait partie de la Belgique. Toutefois, dès 1831, c’est Arlon qui est choisie comme chef-lieu de cette « grande » province du Luxembourg, et pas la ville de Luxembourg. Pourquoi ? « Malgré la restitution du Grand-Duché à Guillaume d’Orange, une garnison prussienne reste casernée à Luxembourg-ville, étant donné que le Grand-Duché fait partie de la Confédération germanique. En outre, le gouverneur de la ville est un Orangiste convaincu. Pour éviter tout risque, le chef-lieu a donc été déplacé dès le départ dans la deuxième ville du Grand-Duché : Arlon. Cette décision, d’abord provisoire, est devenue définitive en 1839 avec la scission du Grand-Duché » , précise Jean-Marie Triffaux.

Il y a 950 ans naissait l’une des plus emblématiques abbayes de Belgique : celle d’Orval. Niché au fond d’une somptueuse vallée, à Villers-devant-Orval, le monastère cistercien, connu dans le monde entier pour sa célèbre trappiste, présente un riche passé. Retour sur près de dix siècles d’histoire.


Il faut remonter à l’année 1070 pour trouver les premières racines de l’abbaye d’Orval dans une charte conservée aux archives de l’Etat. Ce certificat stipule que le comte Arnould de Chiny offrit des terrains à un groupe de moines bénédictins arrivant de Calabre, en Italie. Ces derniers s’employèrent alors à l’érection d’une église et d’un prieuré. Quatre décennies plus tard, les moines toscans décidant de se retirer, Othon, fils d’Arnould, les remplaça par une petite communauté de chanoines qui put mener à bonne fin les constructions entreprises par leurs prédécesseurs. En 1124, l’abbaye d’Orval était née.

Cinq siècles d’une existence discrète

En proie à des difficultés économiques, la communauté de chanoines demanda rapidement à rejoindre l’Ordre de Cîteaux, en pleine expansion. Sept moines cisterciens de l’abbaye de Trois-Fontaines, en Champagne, arrivèrent alors avec à leur tête Constantin. Durant près de cinq siècles, et malgré un incendie qui a ravagé une grande partie des bâtiments en 1252, l’abbaye permit aux nombreux moines de mener une existence relativement discrète.

Le XVIIe siècle marquera une époque prospère pour l’abbaye qui, en 1605, se voit désigner un nouvel abbé en la personne de Bernard de Montgaillard. Réticente à l’accueillir comme nouvel homme fort, la communauté tombe rapidement sous le charme d’un abbé qui permettra à Orval de vivre ses plus belles heures. Il rétablit l’économie du monastère, restaure la confiance avec les peuples alentour et permet à la communauté de jouir d’une excellente réputation. Fort de celle-ci, l’abbaye regroupe 43 membres en 1619, puis 130 un siècle plus tard. La communauté est alors « la plus nombreuse de tout l’Empire ».

Les ravages de la Révolution française

Les années suivantes seront malheureusement marquées par de grands drames pour l’abbaye. Après que le jansénisme ait amputé la communauté de plusieurs moines, c’est au tour de la Révolution française de frapper de plein fouet le monastère. Le 23 juin 1793, les troupes révolutionnaires pillent et incendient l’abbaye. Il ne reste plus rien. La communauté est dispersée et seuls les murs calcinés et les ruines peuvent témoigner d’un passé glorieux.

La bière d’Orval, star de l’abbaye

Sa popularité, l’abbaye la doit notamment à ses produits de bouche et, principalement, à sa bière. L’Orval est l’une des onze bières trappistes, c’est-à-dire brassée dans une abbaye sous le contrôle de moines trappistes. Avec sa robe ambrée et la forme de sa bouteille si particulière, l’Orval est particulièrement apprécié des amateurs de bières.

Le fromage, fabriqué à l’abbaye, également sous le contrôle des moines, jouit aussi d’une excellente réputation. Ce fromage à pâte semidure et à la croute orange vif si caractéristique est vendu et apprécié, à l’instar de la bière, aux quatre coins de la planète.


La résurrection au XXe siècle

Il faudra attendre plus d’un siècle pour revoir la vie monastique renaître. En 1926, la famille de Harenne offre les ruines d’Orval à l’Ordre de Cîteaux qui enjoint un groupe de moines à former la nouvelle communauté. L’œuvre titanesque de la reconstruction est entreprise par Dom Marie-Albert van der Cruyssen, moine de l’abbaye Notre-Dame de la Trappe (entre Paris et la Normandie). Très vite, grâce aux revenus d’une brasserie et d’une fromagerie développées au sein de l’abbaye, un nouveau monastère, construit selon les plans de l’architecte Henry Vaes, s’élève sur les fondations mêmes du monastère du XVIIIe siècle. Le 8 septembre 1948, la consécration solennelle de l’église est célébrée et l’abbaye, tel qu’on la connaît aujourd’hui, renaît de ses cendres.

Aujourd’hui, l’abbaye d’Orval est devenue l’une des plus populaires du pays. Malgré près de dix siècles d’histoire, le monastère cistercien a su résister aux injures du temps et offre aux milliers de personnes qui le visitent chaque année un spectacle saisissant.

La légende de Mathilde de Toscane

Une légende raconte que c’est à Mathilde de Toscane que l’on doit la naissance de l’abbaye d’Orval. De passage dans la région, la comtesse, plongeant sa main dans une source jaillissante, perdit son anneau nuptial. Implorant Dieu pour le récupérer, elle reçut l’aide d’une truite surgissant de l’eau et tenant en sa gueule le précieux métal. Mathilde de Toscane s’exclama alors : « Vraiment, c’est ici un Val d’or ! ». En guise de reconnaissance, elle décida de fonder un monastère en ce lieu béni. La fontaine éponyme au cœur de l’abbaye, les nombreuses références sur les ferronneries d’art du monastère et les produits de l’abbaye, ainsi que le célèbre vitrail de Jean Huet, ont permis à cette légende de traverser les siècles.


www.orval.be

ou la révolution du silex

A Spiennes, à 6 kilomètres de Mons, s’étend un vaste réseau de galeries creusées par les hommes du Néolithique pour extraire le silex. Ce site exceptionnel du patrimoine wallon, qui fête cette année les vingt ans de sa reconnaissance par l’Unesco, a été enrichi d’un centre d’interprétation.

 


© AWaP-SPW

A l’époque néolithique, le site d’extraction de silex à Spiennes a été exploité pendant près de deux millénaires, entre 4350 et 2300 avant notre ère. Une échelle de temps qui nous donne le vertige à une époque où tout change si vite. Siècle après siècle, des hommes sont descendus par des puits verticaux qui atteignent parfois seize mètres de profondeur pour extraire la précieuse roche à l’aide de pics et d’outils en silex. La sédentarisation et le développement de l’agriculture qui se développent à cette période nécessitaient de nouveaux outils, tels que des haches en silex poli pour débroussailler le terrain et abattre les arbres. Le silex, abondant dans la région, a la particularité d’être facilement taillable en présentant des arrêtes dures et tranchantes. Son utilisation marque une étape majeure dans l’évolution culturelle et technologique de l’homme de la préhistoire.

L'utilisation du silex marque une étape majeure dans l’évolution culturelle et technologique de l’homme de la préhistoire.


Entre 10.000 et 40.000 puits

Redécouvertes au XIXe siècle et inscrites depuis décembre 2000 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, les minières de Spiennes représentent une centaine d’hectares de vestiges répartis sur deux zones, Camp-à-Cayaux et Petit Spiennes, situées de part et d’autre de la vallée de la Trouille. Sur 140 ans, seulement une quinzaine de puits d’extraction ont pu être fouillés alors que le site abriterait entre 10.000 et 40.000 puits, suivant les évaluations. Autant dire qu’il sera impossible, même à plusieurs générations d’archéologues, d’en venir à bout. L’objectif de l’Agence wallonne du Patrimoine consiste donc avant tout à protéger et étudier ces vestiges du génie minier.

Spiennes s’intègre à un vaste ensemble discontinu qui s’étend sur toute l’Europe avec près de 200 sites. Il est néanmoins exceptionnel par son étendue et par la présence, par endroits, de deux bancs de silex, ce qui a nécessité des galeries plus larges et permet aujourd’hui aux visiteurs de s’y tenir debout. « C’est un site majeur pour la recherche sur le silex », pointe Hélène Collet, archéologue à l’Agence wallonne du Patrimoine. « C’est aussi un témoignage unique du début de l’extraction minière. Il n’y a pas beaucoup de sites archéologiques et encore moins de sites préhistoriques, inscrits au patrimoine de l’Unesco. »

Sur 140 ans, seulement une quinzaine de puits d’extraction ont pu être fouillés alors que le site abriterait entre 10.000 et 40.000 puits, suivant les évaluations.

 


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Le centre d’interprétation Silex’s

L’archéologie préhistorique, contrairement aux périodes ultérieures, est rarement spectaculaire. Elle nécessite une mise en perspective et des explications. C’est dans cette optique qu’a été imaginé le centre d’interprétation Silex’s inauguré en 2015. Posé comme une couronne sur le site de fouilles, le bâtiment, conçu par l’architecte Etienne Holoffe, comprend des éléments didactiques et le produit des fouilles. Des vitrines et panneaux didactiques situent la période du Néolithique en Chine, en Amérique, au Proche-Orient et en Europe, avant de s’attarder sur Spiennes. On peut, grâce au produit des fouilles, mieux comprendre la technique d’extraction du silex et avoir un aperçu de la vie quotidienne de ces populations qui vivaient il y a 6.000 ans.

Visite des galeries

C’est par une passerelle que l’on accède au puits et aux galeries de la mine. La visite se déroule dans des conditions particulières, claustrophobes s’abstenir. L’exploration se fait en petits groupes et uniquement sur rendez-vous. Une fois équipé d’un harnais de sécurité et coiffé d’un casque, le visiteur est invité à descendre l’échelle métallique pendant une dizaine de mètres jusqu’aux galeries où un espace de 100 m2 a été dégagé. Le visiteur n’est pas laissé à lui-même car dans cet endroit exceptionnel toutes les surfaces peuvent receler des vestiges d’un passé lointain : ici des outils ou des ossements qui affleurent dans la roche, là des fossiles des animaux qui peuplaient les mers qui couvraient la région il y a 70 millions d’années.


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Les minières de Spiennes représentent une centaine d’hectares de vestiges répartis sur deux zones, Camp-à-Cayaux et Petit Spiennes, situées de part et d’autre de la vallée de la Trouille.


Un village mis au jour

Au cours des fouilles, les archéologues ont mis au jour les vestiges d’un village établi entre 4000 et 3500 avant notre ère par les communautés qui exploitaient la mine. Ils ont aussi découvert des ateliers de taille, car le silex était généralement taillé sur place alors que le polissage, opération longue et monotone, pouvait être exécuté ailleurs. Dans ces ateliers, le mineur débitait les morceaux de silex remontés à la surface. On y a trouvé des « ratés », des silex mal taillés ou brisés lors du façonnage ou du débitage.

Les vingt années de fouilles, menées par l’Agence wallonne du Patrimoine et la Société de Recherche préhistorique en Hainaut, ont permis de faire d’énormes progrès dans la connaissance et la compréhension de la vie des communautés de mineurs du Néolithique. Certaines découvertes étaient inattendues et spectaculaires comme les ossements presque complets d’un homme adulte et un nouveauné qui ont été retrouvés dans un des puits sans doute utilisé comme sépulture.

« Mais les découvertes les plus intéressantes viennent souvent de l’exploitation d’un matériau qui aurait été négligé au XIXe siècle », souligne l’archéologue. Finement tamisés, les débris de terre et de roche extraits des puits révèlent des graines, des fragments d’os qui ont beaucoup de choses à dire…

Vingt années riches en découvertes se sont écoulées depuis le début de la première campagne de fouilles. Et il reste encore bien des vestiges à faire parler.


Vingt années de découvertes

Les graines et les pollens, par exemple, ont permis de reconstituer le paysage environnant caractérisé par une forêt de tilleuls riche en noisetiers et en aubépines. Elles nous donnent également un aperçu de l’alimentation de ces populations composée, entre autres, de l’amidonnier, le premier blé cultivé par l’homme, de légumineuses (pois ou vesces) et de noisettes.

« Le travail de l’archéologue va bien au-delà de la récolte d’objets et de traces du passé, explique Hélène Collet. Il y a une démarche prospective qui commence avec l’analyse et l’interprétation de toutes les trouvailles, même les plus infimes. La présence d’ossements et de carcasses de fœtus nous apporte la preuve que ces populations élevaient porcs et veaux pour leur consommation. La découverte de mauvaises herbes avec le blé laisse penser qu’il y avait des champs sur le plateau. »

Vingt années riches en découvertes se sont écoulées depuis le début de la première campagne de fouilles. Et il reste encore bien des vestiges à faire parler. « On sait peu de choses sur le travail de la mine à la préhistoire. C’est un boulot qui nécessite des moyens et, heureusement, nous sommes activement soutenus depuis vingt ans par l’Agence wallonne du Patrimoine. C’est un travail passionnant et essentiel qui nous met à chaque instant face à notre humanité. Quand nous tombons sur un silex taillé ou poli, ce n’est pas un simple morceau de roche, mais un outil abandonné par un mineur, il y a 6000 ans. Un outil qui vient avec d’innombrables questions auxquelles nous avons envie de trouver des réponses. »

Des visites accompagnées et une animation seront prévues sur le site à l’occasion des Journées du Patrimoine 2020, les 12 et 23 septembre.

www.minesdespiennes.org

www.silexs.mons.be


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Des pierres à fusil

L’exploitation du silex à Spiennes ne s’est pas limitée au Néolithique mais a connu une résurgence tardive au XIXe siècle. Cette découverte – fortuite, comme souvent – a été faite lors de fouilles préventives réalisées au printemps 2017 avant de lancer d’importants travaux. Contactée par un exploitant qui souhaitait implanter un vignoble sur le versant sud du plateau de « Petit-Spiennes » à Nouvelles, l’Agence wallonne du Patrimoine y a réalisé des tranchées archéologiques qui ont permis de découvrir d’intéressants vestiges d’extraction du silex ainsi qu’une aire de production de pierres à fusil dont des sources écrites mentionnent l’existence entre 1819 et 1833.

Depuis l’invention de l’arquebuse, c’était la platine à silex qui permettait la mise à feu de la cartouche. Tant que nos régions étaient sous domination française, l’approvisionnement en pierres à silex était assuré par l’important site d’extraction du Loir-et-Cher. Passées sous domination hollandaise, les populations locales ont commencé sur le site de Spiennes une modeste extraction pour couvrir leurs besoins. Son exploitation fut de courte durée puisqu’elle devint obsolète avec l’apparition, au milieu du XIXe, de la platine à percussion et de l’amorce au fulminate.

Pour protéger ces fragiles vestiges, une parcelle d’une superficie d’un hectare a été exclue du projet de vignoble et classée en patrimoine archéologique.

Déjà mentionné dans certains textes du Xe siècle, le château de Bioul a appartenu jusqu’au XIIIe siècle à la famille d’Orbais. Suite à l’alliance de la dernière fille de la famille, Berthe d’Orbais, avec Gérard II de Jauche en 1379, la propriété changea de mains et fut dotée de ses premiers murs d’enceinte. Douves, tour de ronde, murs épais, meurtrières, mâchicoulis… la famille y fit construire tous les aménagements de défense disponibles au Moyen-Âge. Bien leur en prit, car cela permit au château de résister à une attaque des Dinantais en 1434 qui, dépités, allèrent plutôt piller l’église du village.

Entre Namur et Dinant, le château de Bioul est l’un des plus vieux châteaux médiévaux de la vallée mosane. Détenu par la famille Vaxelaire depuis 1904, il s’ouvre aujourd’hui au public par l’œnotourisme.


La terre de Bioul resta encore quelque temps dans la famille de Jauche avant d’être revendue en 1522 à Thierry II, baron de Brandebourg de Bolland, à l’époque lieutenant-général du comté de Namur. Celui-ci rénova le château en un manoir de plaisance, perdant ainsi sa fonction défensive. Construite en 1523, la tour Grimaud devient le véritable emblème du château et fait encore toute sa splendeur aujourd’hui.

Au cours des XVIe et XVIIe siècles, le château subit de nombreuses attaques et pillages, notamment par les armées de Charles Quint, les troupes du roi de France Henri II ou les mercenaires de Louis XIV. Il faut dire que l’Europe était alors un vaste champ de batailles.

Aujourd’hui, la cinquième génération de la famille incarnée par Vanessa Vaxelaire a pris les commandes du paquebot Bioul.


L’époque moderne

En 1708, le domaine passa aux mains de Guillaume Bilquin qui légua la terre de Bioul à son gendre, Guillaume-Nicolas de Moreau, dont la famille apportera quelques transformations (restauration du parc, moulin banal et la forge) et restera dans la place jusqu’en 1870.

Avec le décès du chevalier Félis de Moreau, cette branche de la famille s’éteint et ses biens furent cédés à René Moretus-Plantin qui reçut, outre la terre de Bioul de 322 hectares avec deux fermes, un moulin et un pressoir, la terre de Neffe (19 ha) et celle de Salet (142 ha). La famille possédait sept châteaux dans les environs, quasiment tous dédiés à la chasse.

En 1895, René Moretus meurt, sa veuve mit le château en location et le premier locataire du lieu fut François Vaxelaire, qui, avec son épouse Jeanne-Josèphe Claes, avait repris « Au Bon Marché » à Bruxelles, en 1866, jetant ainsi les bases du futur groupe GB-Inno-BM. Le couple rachète le château en 1904.

A son décès, en 1920, ses fils Raymond et Georges en héritent, puis, en 1956, c’est au tour du fils de Raymond, le baron François Vaxelaire, alors président du groupe, qui entreprend d’importants travaux de rénovation, notamment au niveau du parc redessiné par René Pechère.

Aujourd’hui, la cinquième génération de la famille incarnée par Vanessa Vaxelaire a pris les commandes du paquebot Bioul. Grâce à la création d’un vignoble de onze hectares, le château connaît désormais une activité agricole et œnotouristique avec l’ouverture récente de chambres et d’un restaurant.

LES TABLES DE BIOUL

Tous les vendredis et samedis, remontez le temps et dégustez une cuisine gastronomique de terroir – dans le grand salon du château ou, selon la saison, dans la brasserie, dans le chai de Bioul – en accord avec les vins du domaine ou d’autres grands domaines étrangers. Menu gastronomique 5 services à 69€ par personne.


La nouvelle vie du château

Une nouvelle page s'écrit aujourd'hui pour le château, mais aussi pour la comédienne Vanessa Vaxelaire et son publicitaire de mari, Andy Wyckmans, qui décidèrent, en 2008, de changer de vie et de créer un vignoble. Ils n’y connaissaient rien, ou à peine, mais des terres étaient disponibles autour du château. Ils se trouvent un logement non loin de là, inscrivent leurs enfants à Arbre et plantent une première parcelle de vignes fin avril 2009.

Inspiré par l’exemple de Philippe Grafé au domaine du Chenoy, le couple opte pour les cépages dits résistants (aux maladies) afin de pratiquer la viticulture la plus propre possible. Onze hectares sont désormais certifiés en bio depuis quelques mois et, grand changement, la gestion du château leur a été transmise par Catherine et Raymond Vaxelaire qui se sont installés un peu plus loin dans la propriété, où ils s’occupent notamment d’un verger truffier.

« Lorsque nous avons repris le château en 2017-18, nous nous sommes rapidement rendus compte que le vignoble que nous construisions depuis huit ans ne permettrait pas d’assurer son entretien, même s’il s’autogère plus ou moins, explique Vanessa. A côté de la société agricole, nous avons créé une autre structure qui propose plusieurs formules d’œnotourisme : un parcours-découverte dans le château, un restaurant durant le week-end et l’ouverture de quatre chambres. Mais plutôt pour des groupes car nous n’avons pas les équipes pour cela et nous ne pouvons pas engager quelqu’un pour une chambre par mois. Il est clair que les deux entités s’appuient l’une l’autre, mais chacune doit assurer ses obligations. »

Fidèle à la devise familiale In Arduis Constans (la ténacité dans l’adversité), Vanessa Vaxelaire ne baisse pas les bras devant la difficulté, même si la réalité n’est pas celle qu’elle imaginait il y a presque quinze ans d’ici : « L’idée que je me faisais d’aller habiter à la campagne pour être plus calme ne reflète pas exactement la réalité. Je travaille plus qu’avant et je suis toujours beaucoup sur mon PC. Mais j’adore ce que je fais et pour rien au monde je ne changerais de voie ni de vie. »

MADE IN BIOUL WITH LOVE 

Du premier week-end de Pâques jusqu’aux vendanges, le château de Bioul invite les amateurs au parcours-découverte “Made in Bioul”, un parcours dans le château à la découverte de l’histoire du château, de celle du groupe GB-Inno-BM et, bien sûr, des vins du château et des méthodes culturales utilisées. Panneaux explicatifs, objets, odeurs, films, les sujets d’intérêt ne manquent pas. A la sortie, trois verres de vin attendent les visiteurs avec des accompagnements préparés par la cheffe Nathalie Tihon qui crée aussi les plats du restaurant du château.
Une belle réussite.

 

ELEVER LE VIN EN MUSIQUE 

La musique a des pouvoirs sur les plantes, on le sait, mais aussi sur le vin. Mélanie Chéreau, l’ingénieure agro-alimentaire française qui supervise les vins du Château de Bioul depuis le début en est persuadée. Se basant sur les travaux du professeur Masuru Emoto, elle diffuse de la musique dans le chai, car sous l’effet des vibrations et des ondes, les lies restent plus longtemps en suspension dans les cuves, apportant de la richesse et de l’amplitude aux vins. Et le programme évolue selon les phases de vinification: grandes ouvertures de musique classique en octobre et novembre pendant la fermentation, musique “zen” pendant l’élevage sur lies de décembre à mars, et musique classique durant la clarification d’avril à août.
Musique, maestro!

En Wallonie, elle compte des dizaines de milliers de « patients », dont les plus vieux affichent une bonne centaine d’années. Bioingénieure et docteure en sciences agronomiques de l’ULB, Murielle Eyletters dispense sa médecine aux arbres, le plus souvent en milieu urbain.

 

Elle ausculte les arbres comme un médecin de famille, palpe précautionneusement leur écorce, examine leurs blessures ou leurs cicatrices, diagnostique leurs maladies… Murielle Eyletters est l’une des rares, sinon la seule experte du genre, à les aimer et à les connaître aussi bien. Elle leur a consacré neuf ans d’études avant de leur vouer tout son temps de travail, au travers de sa spin-off Aliwen, créée à Charleroi. C’est là qu’elle effectue sa première mission en 2003, sur le boulevard Audent, où des marronniers dépérissent. Très vite, elle identifie la présence d’un champignon fatal. Il faudra les abattre afin d’en replanter d’autres de la même espèce. A l’époque, on ne connaît pas encore l’existence du « pseudomonas syringae », un pathogène apparu peu avant 2010 et qui décime les marronniers.

« L’arbre est l’un des meilleurs amis de l’homme, mais il est souvent maltraité dans les villes, la Wallonie ne fait pas exception », observe-t-elle. En première ligne dans la lutte contre le réchauffement climatique, il agrémente les paysages. Parcs, jardins, squares, boulevards arborés offrent des lieux de promenades et de détente aux familles, tout en servant de terrains d’entrainement aux sportifs ou de jeux aux enfants. « L’arbre possède un mystère qui fait de lui un être vivant opaque, à la fois familier et inconnu, quotidien et éloigné », poursuit la scientifique. Depuis son plus jeune âge, elle s’en est éprise. « Dans les villes où on les considère souvent comme de vulgaires éléments de mobilier urbain, ils ont une action positive sur le psychisme, la relaxation et la santé sans parler de leur rôle essentiel sur le microclimat, et l’amélioration de la qualité de l’air que nous respirons. » Ces réservoirs naturels de CO2 sont aussi des écrans efficaces contre le bruit.

Des arbres transformés en porte-manteaux

Murielle Eyletters le souligne : c’est en période de canicules que l’on mesure le mieux leurs bienfaits, car ils procurent de l’ombre, rafraichissent les températures tout en favorisant la biodiversité. Mais c’est aussi en ces périodes qu’ils souffrent le plus. Chaque canicule les expose à trois stress qui se renforcent mutuellement : le manque d’eau qui pénalise certaines espèces comme l’épicéa et le thuya, la chaleur qui peut littéralement « brûler » des troncs et, enfin, l’excès de lumière qui perturbe leur photosynthèse.

« Il est important d’accorder la plus grande attention au choix de leur environnement et à leur entretien, car c’est ce qui augmente leur résistance aux poussées de chaleur. J’insiste là-dessus car je constate de nombreuses aberrations lors de mes expertises en milieu urbain : des architectes qui prévoient des fosses à plantation insuffisantes, des espèces hypersensibles à la sécheresse que l’on installe dans des milieux inadaptés (ndlr : comme un parking ou au milieu d’une place publique), des arbres plantés trop près les uns des autres et qui ne pourront pas s’épanouir… En villes, les arbres subissent aussi de véritables mutilations : on cisaille leurs racines pour creuser une tranchée, on les étouffe sous la couche de bitume d’une piste cyclable, quand on ne les réduit pas au statut de porte-manteaux pour ne plus avoir à ramasser leurs feuilles. Planter des arbres, cela se fait pour un siècle, je ne suis pas favorable au concept de l’arbre décoratif jetable ! »

Elle ausculte les arbres comme un médecin de famille, palpe précautionneusement leur écorce, examine leurs blessures ou leurs cicatrices, diagnostique leurs maladies...


Planter le bon arbre au bon endroit

Assurer leur longévité réclame des soins. Il faut, par exemple, leur épargner la taille radicale, c’est-à-dire l’étêtage ou la coupe des grosses branches. L’imperméabilisation des sols les vulnérabilise ; l’usage de couches de matériaux laissant filtrer l’eau est à recommander, comme le BRF, le Bois Raméal Fragmenté, un mélange non composté de résidus de broyage de petites branches. Mais, avant tout, il faut bien connaître les espèces, leurs besoins. « Planter le bon arbre au bon endroit est la recommandation de base pour les garder longtemps ! »

Souvent, le coup d’œil de l’experte lui suffit à estimer leur état de santé, à détecter la présence de maladies. A l’aide d’instruments comme le fluorimètre – le stéthoscope de l’agronome – ou du tomographe, qui scanne l’intérieur du bois comme une radiographie, elle approfondit son diagnostic. En cas de doute, le « médecin » peut procéder à des prélèvements envoyés en laboratoire. On distingue des centaines de pathogènes, comme le cameraria – minuscule papillon – qui s’attaque aux feuilles et le scolyte qui a ravagé les épicéas wallons l’été dernier. Parfois, ce sont des champignons comme l’armillaire, qui peut anéantir le système racinaire.

Quelques interventions en Wallonie

A Couillet (Charleroi), dans le parc Solvay, les traces noires présentes sur les troncs d’un massif d’érables indiquaient l’existence d’une épidémie de suie, dont les microparticules extrêmement volatiles peuvent contribuer à aggraver des troubles respiratoires. Le diagnostic a amené la fermeture des accès au parc, le temps d’abattre les centaines d’arbres condamnés.

A Namur, la disparition des huit marronniers du quai du site du Grognon était inéluctable. « Les habitants du quartier y étaient très attachés, se souvient-elle. Arguments scientifiques à l’appui, je leur ai expliqué que les arbres ne survivraient pas, qu’il leur restait au maximum trois ans avant de tomber. Et, en accord avec le bourgmestre Maxime Prévot que j’avais dû convaincre, je leur ai proposé de planter des chênes afin de les remplacer. »

A Nivelles et Chaudfontaine, Murielle a procédé à des inventaires complets du patrimoine arboré. Etat phytosanitaire, population, densité et âge. « Ces cadastres permettent d’établir l’espérance de maintien et la dangerosité de la canopée, mais aussi de mieux planifier les entretiens. »

« L’origine des premiers arbres remonte à 350 millions d’années. Ils nous survivront sans doute, mais ce qui est certain c’est que nous ne survivrons pas sans eux. Alors, mobilisons-nous pour les protéger des agressions et de la maltraitance ! »

 
Des aberrations dans la gestion

Il y a des aberrations dans les modes de gestion, une cohérence s’impose entre les opérateurs. A quoi cela sert-il, en effet, de s’engager à planter mille arbres par an à Charleroi si c’est pour en abattre mille autres au bord des autoroutes qui traversent la métropole ? Pour Murielle Eyletters, garantir la compensation du bilan carbone n’est pas le seul objectif à viser. La plantation d’un arbre est un geste réfléchi, il ne s’improvise pas. « Nous, citoyens, avons toutes les cartes en main grâce à notre savoir, à notre volonté et à notre vision pour les générations futures. L’origine des premiers arbres remonte à 350 millions d’années. Ils nous survivront sans doute, mais ce qui est certain c’est que nous ne survivrons pas sans eux. Alors, mobilisons-nous pour les protéger des agressions et de la maltraitance ! »

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