Waw magazine

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UNE EXPOSITION À VOIR JUSQU’AU 19 SEPTEMBRE

NOOR/PULSE


© Yuri Kozyrev / NOOR

« Nous sommes un collectif indépendant d’auteur-e-s, de journalistes, de photographes, d’artistes et de cinéastes. Avec intégrité, passion et respect, nous documentons, enquêtons et témoignons de notre monde pour inspirer l’action. Nous racontons des histoires qui ont un impact sur notre humanité. Nous affirmons avec force le pouvoir de notre nar- ration visuelle pour contribuer à une meilleure connaissance du monde, provoquer des changements sociaux et modifier notre compréhension du monde contemporain et de ses enjeux. »

NOOR, qui signifie Lumière en arabe, a été créé en 2007. Basé à Amsterdam, ce collectif a comme volonté d’unir des photographes (mais également des réalisateurs, des artistes visuels, etc.) partageant des valeurs communes pour témoigner de l’état du monde en produisant des reportages visuels – résonnant souvent comme lanceurs d’alertes – et en faisant la promotion collectivement et activement du travail de ses membres.

NOOR est uni par un désir de s’associer autour de questions critiques tels le changement cli- matique, la surconsommation, la migration for- cée, la montée de l’autoritarisme ou encore les injustices du patriarcat. Chercher à comprendre en profondeur les enjeux sous-jacents de l’ac- tualité, garder le vivant et l’humain au centre de son questionnement, dénoncer pour agir face aux injustices, telles sont quelques-unes des voies prises par NOOR.


Alixandra Fazzina, Al-Baida, Yemen, Mai 2007, de la série Million Shilling © Alixandra Fazzina / NOOR 

Éclairé par la lumière d’une torche, le corps sans vie d’un homme est découvert dans des eaux peu profondes de la plage d’Al-Baida. Des marques sanglantes autour de son visage révèlent qu’il a été violemment battu avant d’être jeté à la mer.

L’exposition NOOR/PULSE propose un aperçu des travaux de quatorze photographes du collectif, gardant en tête une des idées primordiales inscrites dans le Manifeste de sa fondation : « Some things simply need to be seen » (« Certaines choses ont simplement besoin d’être vues ») , Stanley Greene.


Stanley Greene, Tchétchénie, Grozny, Janvier 1995, de la série Open Wound © Stanley Greene / NOOR

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à l’heure des grands hommes

Grand voyageur épris de liberté, le Liégeois Sébastien Colen est cofondateur de Col&MacArthur, une marque de montres de collection dont il est désormais l’unique chef d’orchestre. Retour sur une saga hors-norme.

 


Sébastien Colen, cofondateur de Col&MacArthur

Une montre de collection, c’est quoi ? Un petit bijou technique à la mécanique bien huilée ? Un design d’exception lui permettant de passer les décennies sans prendre une ride ? Un peu des deux, probablement. Sans parler, évidemment, de la dimension émotionnelle de la montre en question. Celle qui ne s’explique pas vraiment et qui donne à chaque exemplaire un petit supplément d’âme. Si cette dernière définition s’applique assez bien aux modèles du label liégeois Col&MacArthur, elle va comme un gant à Sébastien Colen, son cofondateur. Car il fallait tout de même être un peu fou pour lancer une nouvelle marque de montre. Surtout quand on ne vient pas du secteur de l’horlogerie et qu’on n’est pas né en Suisse.

Pour cet ingénieur liégeois passionné de voyages, rien n’aurait été possible sans sa rencontre avec Iain Wood-McArthur, un horloger anglais installé en Belgique. Leur premier rêve commun : une montre dédiée aux Scots Guards de la garde royale britannique, l’ancien régiment de l’horloger. Si le chemin des deux hommes s’est séparé en 2018, avant d’avoir connu un premier succès commercial, Sébastien Colen n’avait pas choisi de quitter un poste enviable dans le secteur pétrolier pour abandonner son projet avant de l’avoir fait décoller. Contrairement aux goliaths de l’industrie horlogère, Col&MacArthur s’inscrit dans un marché de niche. Le public visé : les passionnés d’histoire, les férus de patrimoine et les amoureux de l’horlogerie de collection qui souhaitent s’offrir une montre au design étonnant. Mais avant que la sauce prenne vraiment et que les montres liégeoises s’écoulent en Belgique, en France et en Angleterre, Sébastien Colen a tout de même dû faire preuve d’audace et d’une sacrée dose de détermination.

Il fallait tout de même être un peu fou pour lancer une nouvelle marque de montre. Surtout quand on ne vient pas du secteur de l’horlogerie et qu’on n’est pas né en Suisse.


Au poignet du président

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le garçon a le sens du storytelling ; mais aussi un sacré penchant pour le buzz. « Quand on a de grands rêves, on n’a souvent pas d’autre choix que de se jeter à l’eau », précise-t-il. En 2018, alors que la marque ne convainc pas encore le public, le jeune entrepreneur imagine Armistice 1918, une montre commémorative de la première guerre mondiale. « Cette montre, c’était celle de la dernière chanceSi le succès n’avait pas été au rendez-vous, je n’aurais pas eu d’autre choix que de retourner à mon premier métier. » C’est lors d’un voyage en France que l’heureux déclic s’est produit. « Je savais qu’à l’occasion des commémorations qui devaient avoir lieu plus tard dans l’année, Emmanuel Macron allait passer par Compiègne. J’ai donc contacté la mairie pour obtenir un rendez-vous. Comme la montre leur a plu, je leur ai proposé de l’offrir au Président. » Un joli buzz qui vaut à la marque liégeoise un reportage à la télévision française en prime time. La machine Col&MacArthur était lancée.


La montre Armistice offerte au président Emmanuel Macron. Un joli buzz.

Un Liégeois sur la lune

Au travers des différentes collections lancées depuis 2018, Sébastien Colen a cherché à titiller l’esprit de collection, mais aussi la fibre patrimoniale des amateurs de belles montres. De la Lunar 1969 créée pour commémorer les 50 ans des premiers pas de Neil Amstrong sur la lune au très ludique modèle Schtroumpf Collector en passant par la Da Vinci 1519 qui célèbre les 500 ans de la mort de Léonard de Vinci, chaque création raconte un petit bout de notre grande Histoire.

« Pour chaque nouveau modèle, je commence par me documenter sur le fait historique, puis je confie mes idées à un designer. Les étapes plus techniques, je pense notamment aux complications, sont confiées à une manufacture suisse. Quant aux montres, elles sont assemblées à Liège par notre horloger. Si je suis seul à bord, je peux compter sur une équipe de collaborateurs indépendants qui m’épaulent quand j’en ai besoin. Cette gestion entièrement digitale, y compris pour la distribution des montres via notre e-shop, me permet de continuer à voyager. A l’heure actuelle, mon objectif est de pérenniser la marque. En décembre dernier, nous avons lancé une version White du modèle Lunar, mon préféré en termes de design pur. Les prochains mois seront riches en nouveautés (voir encadré), mais mon rêve ultime n’est pas lié à un produit en particulier. A terme, j’espère pouvoir générer assez de profits pour financer une ONG et soutenir des projets sociétaux et humanitaires », conclut-il.

Le Liégeois semble sur la bonne voie puisqu’en 2020, boosté par sa présence à la télévision belge et française, Col&MacArthur a enregistré une augmentation de son chiffre d’affaires de 300 % ! Une croissance de bon augure pour ce passionné qui, au travers de ses collections de montres conçues pour être transmises de génération en génération, entend bien satisfaire notre profond désir d’accéder, nous aussi, à une certaine forme de prospérité.


 
Montre Da-Vinci

De futurs collectors
Au printemps prochain, les amoureux de la conquête spatiale découvriront un modèle commémoratif des 60 ans du premier homme dans l’espace. En 2021, Col&MacArthur célèbrera aussi les 500 ans de la mort du grand voyageur qu’était Magellan. Un modèle sous le signe de l’aventure en mer, à découvrir en avril. L’an prochain, Sébastien Colen rêve d’inviter les collectionneurs dans les coulisses de la bataille de Stalingrad. Il a d’ailleurs déjà planifié ses recherches tant à Berlin qu’en Russie. Et s’il parvient à franchir les nombreux obstacles liés aux droits de propriétés intellectuelles, le Liégeois lancera également une montre célébrant le cinquième anniversaire de la disparition de Johnny Halliday.

 

colandmacarthur.com

Yves Deneyer ne choisit pas

Dans son atelier de La Bouverie, à Frameries, Yves Deneyer prend autant plaisir à réaliser une volée d’escalier en fer qui tiendra trente ans que le bardage mural d’une maison. L’homme s’épanouit autant en créant des plats d’essences rares par du tournage sur bois qu’en soudant une passerelle d’acier en devenir.

C’est totalement par hasard qu’il a tenté l’approche des deux matières au point de transformer une passion en profession. « Ma formation, c’est programmeur-analyste en informatique… Cela n’a donc rien à voir ! Passionné d’automobile, c’est dans ce secteur que j’ai été actif durant douze ans. » De quoi lever le voile sur l’un de ses secrets lui permettant de se démarquer au quotidien : « La finition par la peinture sur mes ouvrages métalliques d’aujourd’hui émane de mon passé dans l’automobile. Par la qualité des peintures utilisées dans ce secteur, ma technique vient de la carrosserie et non du bâtiment ! »

Pas une bavure, pas une coupe avec un millimètre de travers, même pas un boulon qui dépasse…

 


© Fred Guerdin

Pour la satisfaction de ses clients

C’est durant cette période où il fut actif dans l’univers des quatre roues qu’Yves Deneyer a entamé sa reconversion voici quatorze ans. Sa maison qu’il a lui-même construite en 2005 et qui se démarque notamment par des murs intérieurs en MDF est le premier témoin palpable de son talent lorsque l’on débarque chez le Borain. Ainsi que la table en Mortex qu’il a également créée et l’escalier métallique de très belle facture – « J’en ai créé 200, depuis ! » - qui permet de rejoindre l’étage. Pas une bavure, pas une coupe avec un millimètre de travers, même pas un boulon qui dépasse…

« Mon architecte m’a dit que j’avais de l’or dans les doigts et que je devais me lancer dans ce créneau. C’est ainsi que je me suis installé en 2007, aidé par un ouvrier à mi-temps car je n’aime pas trop déléguer. Tant que j’en suis physiquement capable, j’aime tout gérer seul. J’interviens partout en Belgique, mais le projet doit me motiver. Je réalise ce qui est techniquement possible de faire mais il faut que cela m’inspire. Je ne fais pas de l’alimentaire, je travaille pour la satisfaction des clients… et la mienne ! Hormis de grosses pièces réalisées dans mon entrepôt, tout se fait directement sur les chantiers. »

Le spectre des interventions du quasi quinquagénaire est large, très large. Et pour cause : « Je déteste la monotonie ! J’aime passer de la création d’un mobilier à un bardage en bois, puis enchaîner avec l’aménagement d’une terrasse, par exemple. » Le fait de maîtriser à la fois le travail du bois et du métal lui permet de gagner du temps en ne dépendant pas des autres, comme ce fut le cas pour son meuble de télévision dont il a fabriqué la structure métallique avant d’en assurer l’habillage bois.

C’est totalement par hasard que Yves Deneyer a tenté l’approche des deux matières au point de transformer une passion en profession.


Artisan, pas artiste !

Il faut un peu gratter le vernis pour comprendre que son talent n’est pas arrivé par hasard. « Mon père et mes deux grands-pères avaient des ateliers, je bricolais avec eux, j’ai commencé à souder à 12 ans ! », raconte Yves Deneyer, qui a ainsi commencé à travailler la dextérité de ses dix doigts dès son enfance, sans songer toutefois que ses amusements de gamin feraient de lui le professionnel sollicité d’aujourd’hui. Au point que neuf clients sur dix signent désormais le devis sans être allés voir ailleurs.

Son style ? Ses créations correspondent à certains codes du XXIe siècle. « Tout ce que je fais est très contemporain. C’est très linéaire, épuré » … Mais n’allez pas lui dire qu’il est un véritable artiste. Ce statut, il le rejette aussi dans ses autres passions où il excelle, comme la photographie, notamment via ses images XXL de grands espaces de la côte ouest des Etats-Unis où il aime bivouaquer en famille. « Les photos sont belles mais ce n’est pas moi l’artiste, c’est la nature », insiste-t-il. Au terme artiste, Yves Deneyer oppose celui d’artisan, plus approprié à ses yeux. « Je me suis battu pour obtenir ce statut officiel. C’est l’artisanat qui me définit, avec mes nombreuses pièces uniques et cet esprit de finition à la main.»

Des arbres de défunts devenus des objets immortels
Stylos en magnolia, moulins à poivre en loupe de bouleau, sous-verres en noyer, pommes décoratives en cerisier du Japon … Pas moins de cinquante-six essences de bois ont déjà pu connaître une nouvelle vie grâce à sa dextérité. « La majorité provient d’arbres abattus dans la région. J’essaie au maximum de rester dans le bois local », explique Yves Deneyer qui travaille parfois également à partir de planches de skateboard recyclées.
Autant de pièces de bois qui ne manquent pas de provoquer une incommensurable émotion lorsqu’elles se transforment en objets d’art, voire en cadeaux. L’artisan se souvient ainsi du bois tiré d’un pommier ayant appartenu à une grand-mère décédée et qui est devenu le vide-poche de sa petite-fille. Il se rappelle aussi cette personne qui a voulu lui racheter les plats qu’il avait créés dans un tronc de noyer provenant du terrain de sa maman et qui a ensuite distribué à toute sa famille les stylos réalisés dans le restant du même bois. Notre interlocuteur pense enfin à ce tulipier de Virginie, bois dont il apprécie l’odeur et le travail qu’il confère. « Il a été abattu sur une propriété familiale où les enfants avaient construit une cabane lorsqu’ils étaient petits. Pour faire perdurer l’histoire de l’arbre dans la famille, le dame qui y habite m’a demandé d’en réaliser des plats afin de les distribuer à ses proches ». De belles histoires.

 

Stylos en magnolia, moulins à poivre en loupe de bouleau, sous-verres en noyer, pommes décoratives en cerisier du Japon... Pas moins de cinquante-six essences de bois ont déjà pu connaître une nouvelle vie grâce à sa dextérité.

 

Trois expositions à découvrir jusqu’au 16 mai 2021

LE GRAND ATELIER DE JOËL-PETER WITKIN

Articulée autour de ses thématiques de prédi- lection que sont la mort, la religion, le mythe et l’allégorie, l’exposition démontre toute la maitrise technique et atypique de ce singulier photo- graphe né en 1939 à Brooklyn (New York). Fascination et répulsion, compassion et voyeu- risme sont autant de réactions possibles face aux photographies de Joël-Peter Witkin qui semblent être les tableaux d’une « monstrueuse parade » mettant en exergue un monde de souf- france, de mutilations, de désincarnations, sans exclure une forme de dérision. Mutilés, andro- gynes, transexuels, cadavres démembrés empruntés aux morgues réinterprètent des figures mythologiques ou bibliques, magnifiés par le travail d’artisan orfèvre de Witkin, une pra- tique excluant toute manipulation digitale.


Cupid and Centaur in the Museum of Love, Marseille, 1992 © JP Witkin, Baudoin Lebon

Joël-Peter Witkin démontre une connaissance approfondie de la peinture et de la sculpture autant que de la photographie et de la mythologie. A contempler ses pho- tographies, on ne peut se déprendre du jeu de l’analogie : ici Dürer ou Goya, là Picasso ou Marey, quand Botticelli, Vélasquez ou Man Ray ne sont directement cités. Witkin se réapproprie l’iconographie en d’éton- nants télescopages déjouant la chro- nologie et les disciplines, à l’exemple de ces équivoques Galatées aux corps érotisés dont il s’est fait le Pygmalion.


Anna Akhmatova, Paris, 1998 © JP Witkin, Baudoin Lebon

PETER H. WATERSCHOOT

SUNSET MEMORY

 
© 
PH. Waterschoot

Né à Gand, en 2009, Peter H. Waterschoot nous convie à un voyage immobile, dans ce qui pourrait être le récit recomposé d’une étrange nuit se déroulant en des espaces clos, aux lumières tamisées autant que dans la ville qui les héberge. Au cours de séjours de trois ou quatre jours consécutifs, à Ostende, Bruxelles, Venise, Osaka ou Berlin, Peter H. Waterschoot a photographié en reclus les signes du temps et de l’absence dans des chambres, des couloirs, des salons, des dancings dépeuplés... Ici et là, on aperçoit des lits et fauteuils abandonnés, des papiers peints défraîchis, des verres oubliés et des réveils arrêtés. Peter H. Waterschoot ne nous dévoile pas seulement le récit hypothétique d’attentes mystérieuses dans ces lieux clos, il se fait également l’œil indiscret de rues désertées, qu’un faible éclairage seul anime.



© PH. Waterschoot

DEBI CORNWALL

WELCOME TO CAMP AMERICA


Compliment Detainee Media Room, Camp 5, 2014 © Debi Cornwall

Hormis les tenues oranges des prisonniers, peu d’images circulent sur ce qui se cache réelle- ment derrière les murs de Guantanamo, la base militaire américaine située à la pointe Est de Cuba tristement célèbre pour être un lieu de tortures et d’incarcérations.

Entre mars 2014 et janvier 2015, durant trois séjours, la photographe new-yorkaise Debi Cornwall a été autorisée à entrer dans l’enceinte de Guantanamo pour réaliser un reportage pho- tographique à la condition impérative de respecter strictement certaines règles. Interdiction de photographier le visage des soldats, de prendre la moindre image des dispositifs de surveillance, obligation d’être perpétuellement escortée et de faire valider chaque jour les prises de vues enregistrées sur la carte SD de l’appareil et... de développer dans la foulée les négatifs pour qu’ils puissent être inspectés, ce qu’elle réalisera dans la baignoire de sa chambre d’hôtel, sous le regard attentif de son escorte.

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LE SAC SELON RACHEL CORNET

Elle aurait pu devenir styliste ou se détourner d’un métier qui laisse peu de place à la vie de famille et à la vie tout court. Sauf que Rachel Cornet semble plutôt douée pour le bonheur. En 2015, elle a lancé Kokko, une marque de sacs en cuir qui célèbre le savoir-faire traditionnel, mais aussi une joie de vivre communicative.

 

© Alessandro Volders

Quand vous entrez dans l’atelier de Rachel Cornet, un espace chaleureux, caché dans une rue discrète, un peu à l’écart du centre de la Cité Ardente, vous apercevez d’abord son établi, là où la jeune femme travaille le cuir.Cette table, c’est son frère, menuisier, qui l’a façonnée. Car chez les Cornet, la famille, c’est sacré. En témoigne le soutien dont Rachel bénéficie de la part de son mari, habile communicateur, qui l’épaule au quotidien, notamment dans la création de sa page Instagram. Sur les réseaux sociaux, Kokko affiche d’ailleurs clairement ses ambitions, mais aussi ses valeurs : l’artisanat, évidemment, puisque tous les sacs Kokko sont imaginés et fabriqués par Rachel elle-même, mais aussi l’approche humaine d’un label qui n’a jamais fait de compromis. « Mon métier, je l’ai construit petit à petit. D’abord en me formant à la couture dans le cadre de mon baccalauréat en styliste à HELMo Mode à Liège, puis en me perfectionnant sur le terrain. Ce qui m’importait, c’était de combiner la rigueur et le savoir-faire technique acquis pendant mes études à une approche plus pratique », précise Rachel.


© Alessandro Volders

« Quatre-vingt pour cent de mes sacs sont des pièces uniques que j’imagine et façonne après avoir rencontré la cliente ou échangé de longs messages avec elle par le biais des réseaux sociaux. »


Une formation en Finlande

A aucun moment, depuis sa formation en maroquinerie à Kokkola, en Finlande, là où elle a appris le travail du cuir lors d’un séjour Erasmus de quatre mois, la créatrice n’a cédé à la tentation de grandir trop vite ou de sacrifier ses moments en famille. Consciente de l’importance d’offrir aux femmes un produit façonné avec amour, la créatrice, maman de deux enfants, a toujours privilégié une approche totalement personnalisée du sac féminin. Centrée sur une poignée de modèles, tous baptisés en hommage à cette ville finlandaise, la créatrice offre à ses clientes le plaisir de tout choisir : le format, le cuir, les couleurs ou encore les finitions : longueur des anses, doublure intérieure, ajout de franges, chaînes, rivets, clous… « Il y a 5 ans, le métier d’artisan était peu valorisé. Aujourd’hui, le regard des gens a changé. Notre savoir-faire est reconnu. Je suis donc encore plus fière de ce que j’ai accompli. Dans ma vie privée, je privilégie le local. Dans le cadre de mon métier aussi. Si, pour le cuir, je ne peux évidemment pas me fournir en Belgique, je tente de faire appel, autant que possible, à des partenaires locaux. Pour ma dernière campagne, plutôt que de miser sur des mannequins professionnels, j’ai invité des amies entrepreneuses à poser avec mes sacs. L’occasion de les soutenir et de créer de jolies synergies entre femmes ».

Première collection au printemps

En mai dernier, juste après le confinement, comme pour célébrer la vie et sa passion du métier, Rachel a lancé sa première collection, complément évident de son service de sur-mesure. Si les clientes qui choisissent de s’offrir un accessoire entièrement personnalisé doivent patienter environ deux mois avant de pouvoir tenir leur précieux sac en main, celles qui misent sur les modèles proposés sur l’e-shop de la marque ont le plaisir d’en disposer tout de suite.

« Quatre-vingt pour cent de mes sacs sont des pièces uniques que j’imagine et façonne après avoir rencontré la cliente ou échangé de longs messages avec elle par le biais des réseaux sociaux. Généralement, elles sont parfaitement conscientes du temps qu’il faut pour imaginer et produire un tel accessoire : environ dix heures pour la fabrication, par exemple. Ce qu’elles recherchent, c’est un sac utilitaire avec une touche de fantaisie. Mon bestseller ? Le Mattoa, un modèle dont on peut facilement personnaliser les soufflets et qui, même lorsqu’on choisit des couleurs vives, reste classique », précise Rachel. Quant à sa collection propre, elle n’est pas née d’une envie de voir le label grandir exagérément. « C’est plutôt l’occasion, pour les femmes qui ont du mal à faire un choix face aux nombreuses possibilités qu’offre le sur-mesure, de trouver la combinaison qui va leur plaire » , ajoute-t-elle.


Sac Mattoa
© Alessandro Volders

Une réponse à la fast-fashion

Parmi les premiers modèles lancés cet automne, on peut notamment épingler Anola, un sac banane dont le côté pratique lui a été inspiré par sa vie de designer et de maman, mais aussi Halila, un cabas à franges aussi fonctionnel que ludique, et Parola, une pochette à porter au cou. Avec cette collection, l’artisane imprime plus que jamais son style : celui d’une marque qui privilégie les pièces uniques ou les toutes petites séries, mais aussi une approche éthique et durable. A une époque où de plus en plus de femmes se détournent de la mode jetable pour retrouver le plaisir de s’offrir des accessoires réalisés dans de belles matières, la marque de Rachel Cornet se révèle comme la plus belle des réponses à la fast-fashion. Une réponse qui, si elle s’apparente aujourd’hui à un petit business rentable, n’a pas la folie des grandeurs et qui, surtout, se passe de longs discours. Comme le sourire de Rachel.

 

Soppi, proche des femmes




Ce sac à dos, l’un des modèles phare de Rachel Cornet, est, comme tous les autres, ancré dans son quotidien de femme et de maman. Créé peu après le lancement de la marque comme sac de tennis, il a ensuite été retravaillé une première fois en vue d’un long périple en Australie. Lorsqu’elle est devenue maman, en plus du rabat et de la maxi-poche sur le devant, elle a imaginé une variante sous la forme d’un sac de maternité cool et pratique muni d’une grande tirette qu’on peut facilement attacher à une poussette. Aujourd’hui, Soppi l’accompagne partout, y compris pour transporter son ordinateur portable. Cet accessoire fun et pratique résume parfaitement les valeurs d’une marque proche des préoccupations des femmes.


kokkobags.com

À TOUT PRIX

Lauréats, en 2020, du prix presse décerné par Wallonie-Bruxelles Design Mode, Jérémy Perpète et Sarah Van Overstraeten, diplômés respectivement d’HELMo mode et de l’IFAPME, incarnent plusieurs visages d’un secteur en plein bouleversement. Portrait d’une double promotion pleine de promesses.


Fidèle à sa vocation première – celle de soutenir les talents dans les secteurs de la mode et du design actifs en Wallonie et à Bruxelles –, Wallonie-Bruxelles Design Mode s’est penchée sur les collections de fin d’année de la promotion 2020 des deux écoles de mode de la Cité Ardente : HELMo Mode, une école qui propose un bachelier en textile fortement centré sur le savoir-faire technique de ses étudiants, et IFAPME Château Massart, une formation programmée en horaire décalé à l’approche résolument artistique. Si les deux lauréats ont livré une collection très identitaire et donc résolument différente, les silhouettes primées tracent les contours d’une mode inclusive célébrant l’artisanat d’art, un travail sur les matières qui passe souvent par une réflexion écologique et des thématiques qui questionnent, entre autres, la notion de féminité et le genre.


Sarah Van Overstraeten

Pour ces deux jeunes designers, biberonnés aux grands enjeux écologiques de notre époque, pas question de « faire une collection de plus ou de trop. » Leurs préoccupations passent par une volonté de récupérer, de recycler et de transformer le vêtement. Cette génération qu’on associe souvent au virtuel accorde en outre une place centrale au concept de collaboration. Une collaboration qui passe, entre autres, par la notion de collectif. En effet, pour leurs collections, Sarah et Jéremy se sont tous deux associés à de jeunes graphistes. De ces dessins sont nés une peinture sur textile, mais aussi des broderies avec, dans les deux cas, une volonté farouche de remettre de l’humanité ainsi que de l’authenticité dans le propos mode.

Les préoccupations de ces deux jeunes designers passent par une volonté de récupérer, de recycler et de transformer le vêtement.

 


Jérémy Perpète

Deux écoles et beaucoup de talents

HELMo Mode et IFAPME. Si ces deux écoles liégeoises ne jouissent pas encore de la renommée que peuvent avoir des académies comme La Cambre et Anvers, elles ont toutes deux formé des stylistes et des créateurs pétris de talent et d’ambition. Le plus connu est sans nul doute Jean-Paul Lespagnard. Diplômé de l’IFAPME Château Massart, ce designer atypique et sans compromis a remporté le prestigieux festival de Hyères en 2008. Depuis, il a multiplié les projets dans le registre du vêtement, mais aussi du costume. Il a ainsi lancé, dans le centre de Bruxelles, la boutique Extra-Ordinaire, qui est l’expression pure et audacieuse de son univers. Et tout récemment, Silversquare lui a confié l’aménagement de son futur espace de co-working du quartier des Guillemins (ouverture prévue en 2022).

Quant à HELMo Mode, elle a formé des professeurs, modélistes, chasseurs de talents pour des agences de mannequins…, mais aussi des profils plus médiatisés comme Timour Desdemoustier, finaliste du festival de Hyères en 2020. Certains ont entamé des carrières en Belgique ou à l’étranger. C’est notamment le cas de Rachel Cornet, qui s’est lancée avec succès dans le secteur de la maroquinerie artisanale (voir p.77), et de Maxime Cordier, chef de produit pour la jeune marque parisienne Marine Serre connue pour son approche avant-gardiste et engagée du vêtement.


Jérémy Perpète et les métiers d’art

Avec sa collection Too Much is Never Enough, Jérémy Perpète (22 ans), étudiant d’HELMo Mode, a choisi de s’interroger sur l’essence de la famille traditionnelle en questionnant la place de la femme et la vision classique du genre. Si le discours mode du jeune designer est très engagé, la précision de son travail révèle la persévérance d’un garçon davantage centré, au début de son cursus, sur la création que sur la technique. « Depuis toujours, je rêvais d’intégrer une école de mode », raconte Jérémy. « Si l’approche très complète d’HELMo m’a séduit, j’avoue qu’en première année, l’un des professeurs ne croyait pas en ma capacité de dépasser mon manque de pratique. Pendant tout mon cursus, j’ai fait en sorte de lui prouver qu’il avait tort ».

Pour cette collection baroque et très aboutie, le designer a choisi de rendre hommage aux métiers d’art et de s’essayer à différentes techniques : broderie, tricot, perlage… « Cette démarche est partie de ma volonté personnelle d’explorer différentes facettes de l’artisanat d’art, un domaine qui m’a toujours fasciné. Par l’intermédiaire du Textlab de la Design Station de Liège (un lieu de recherche et d’expérimentation dans le registre du design textile, ndlr.), je suis entré en contact avec une étudiante de Saint Luc. C’est elle qui a imaginé les dessins sur lesquels j’ai basé mes deux broderies : les blasons colorés appliqués sur le manteau pour enrichir le brocard existant et ainsi récréer un nouveau tissu, et celui, d’inspiration religieuse, qui orne le devant d’une chemise. » Le résultat : une série de silhouettes entre masculin et féminin réalisées sur base de tissus issus d’anciens stocks qui soulignent le savoir-faire technique de Jérémy et la volonté de l’école liégeoise de former des créatifs, mais surtout de redoutables techniciens. « Cette collection m’a permis, d’une part, d’offrir un aperçu de mon savoir-faire technique et, d’autre part, de véhiculer certains messages. Pour moi qui suis de nature timide, le vêtement est un formidable outil d’expression, une manière de raconter la mode telle que je l’envisage. »

    

Une série de silhouettes entre masculin et féminin réalisées sur base de tissus issus d’anciens stocks qui soulignent le savoir-faire technique de Jérémy et la volonté de l’école liégeoise de former des créatifs, mais surtout de redoutables techniciens.


Le design textile selon Sarah van Overstraeten

Bien que très différente, ne serait-ce que par sa recherche sur les matières, l’autre collection primée cette année, celle de Sarah van Overstraeten (24 ans), n’en reste pas moins riche en questionnements et en messages subliminaux. La créatrice diplômée de l’IFAPME, qui entame aujourd’hui un bachelier en textile à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, a imaginé une série de pièces qui, elles aussi, transcendent l’idée du genre. « La mode, je suis tombée dedans un peu par hasard après avoir entamé des études en architecture d’intérieur que j’ai abandonnées au bout de quelques années. Ce qui m’a fascinée dans la mode, c’est la rencontre avec la matière. Mes professeurs m’ont poussée à expérimenter de nombreuses techniques de transformation du tissu ou de teinture. Entre peinture sur textile et essais dans le domaine du tricot, ces études me sont apparues comme un laboratoire permanent. »

« Ce qui m’a fascinée dans la mode, c’est la rencontre avec la matière. Mes professeurs m’ont poussée à expérimenter de nombreuses techniques de transformation du tissu ou de teinture. »

 


© Michael Briglio

Conformément aux exigences de l’école, Sarah s’est intéressée à la maille qu’elle a teinte selon la technique du shibori, mais ses recherches l’ont également guidée vers la déconstruction de plusieurs vêtements. « Dans le cadre de ces expérimentations, j’ai agrandi une veste en jeans et un bleu de travail. Ces volumes réinventés m’ont ensuite conduite à m’essayer à l’art du plissé ». Comme Jérémy, Sarah a joué la carte collaborative en s’associant à Keita, un plasticien liégeois. Le t-shirt en denim né de cette alliance est rehaussé d’un dessin original de l’artiste.

 

DEUX EXPOSITIONS DE JEUNES PHOTOGRAPHES BELGES
À DÉCOUVRIR JUSQU’AU 31 JANVIER 2021

Sarah Joveneau

GALERIE DU SOIR

Depuis plusieurs années maintenant, comme photographe, vidéaste et, peut- être plus fondamentalement, comme être humain, Sarah Joveneau, auteur de la série Piel de Lucha, parcourt le monde, va à la rencontre des gens les plus divers et tente de rendre compte des combats des uns, des choix de vie des autres...


© Sarah Joveneau


© Sarah Joveneau

« Bouger ? C’est un mode de vie depuis toujours, s’amuse-t-elle. Déjà pendant mes études à Saint Luc, je me suis lancée dans un long reportage sur les routes avec des nomades qui vivent en camion et se déplacent un peu partout.La plupart du temps, je voyage en stop car je n’ai pas beaucoup de sous. »
La route en question, elle la choisit en fonction de ses projets, de ses centres d’intérêt, des informations qu’elle découvre ça et là sur des mouvements qui attirent son attention. C’est ainsi que Sarah Joveneau a été attirée par ces manifestantes féministes à Valparaiso et à Santiago. D’octobre à décembre 2018, elle a suivi ces femmes et personnes transgenres s’identifiant au genre féminin qui sont descendues dans les rues pour crier leurs espoirs, bloquer la circulation, tatouer les murs de leurs fêlures et laisser leurs revendications courir sur les trottoirs...


© Sarah Joveneau

« Au Chili, c’est avec le corps, le chant, la danse, que ces femmes manifestent. Parce qu’il ne s’agit pas seulement de se libérer du pouvoir des hommes aujourd’hui. Pour ces femmes que j’ai suivies, c’est une manière de se libérer de la colonisation du corps qui les a privées d’une multitude de choses. Avant l’arrivée des Européens, les femmes mais aussi les homosexuels et les travestis, considérés comme des êtres magiques, faisaient office de chaman et avaient un rôle essentiel dans la communauté. L’arrivée des Européens et de la religion chrétienne a bouleversé tout cela, créant une vision binaire de la société et donnant tout le pouvoir aux hommes. »
Suivant une vingtaine de ces femmes qui veulent à la fois se défaire du pouvoir des hommes et ramener de la magie dans la société, Sarah Joveneau a photographié ces corps, ces peaux, entrant dans un dialogue de co-création avec chacune d’entre elles. Afin de faire entendre leur voix bien au-delà des frontières de leur pays.

Jean-Marie Wynants (Le Soir)

MICHAËL DANS

WHEN THE WATER CLOUDED OVER


© Michaël Dans

Diplômé de l’Ecole Supérieure des Arts Saint-Luc Liège et de la Rijksakademie d’Amsterdam, Michaël Dans s’exprime avec des techniques aussi différentes que l’installation, la performance, la sculpture, le dessin ou la photographie. Cette diversité se retrouve également dans les sujets abordés (mort, solitude, érotisme, enfance) et les formats utilisés. Cet éclectisme lui permet d’échapper à tout type de catégorisation et de surfer avec aisance à travers les codes de l’art contemporain.


© Michaël Dans

A Charleroi, ce sont quelque quarante-cinq compositions ayant pour sujet les fleurs qui orneront les murs du musée. Tout a commencé par une photographie d’une nature morte prise chez sa grand-mère. Pendant plus de deux années, Michaël Dans a créé et aussi photographié des installations orales à partir de vases, de tissus ou de papier peints chinés ou empruntés çà et là avec une méthodologie et un souci du détail et de la mise en scène identiques à ceux d’un peintre de natures mortes. Et c’est dans le secret de son laboratoire photo que la nature reprend ses droits, tout reprenant alors vie. Naturelles ou pas, à peine écloses, en pleine oraison ou fanées, les fleurs sont sublimées.

www.museephoto.be

le rock dans les tripes 


© JC Guillaume

Tel un cheval fougueux, Gaëlle Mievis est une rockeuse de talent qui galope en toute liberté. Au programme de son groupe, « The Banging Souls » : du rock, du houblon... avec un soupçon de révolution ! 


Même si elle est née à Bruxelles, Gaëlle Mievis se sent avant tout namuroise. Elle a vécu dans la région depuis la maternelle jusqu’à ses études secondaires. Danseuse avant d’être chanteuse, c’est pourtant le chant qui va s’imposer dans ses tripes. A l’âge de 16 ans, elle monte son premier projet, « Velvet Shine », avec « LUD Et PITT », groupe rock d’adolescents furieux avec lequel elle sillonne les cafés-concerts et les festivals de Belgique. Trois ans plus tard, elle intègre le groupe « La Teuf » dirigé par Alec Mansion et réalise ses premiers enregistrements studios, télés, radios.

 Elle gère ce trio avec Ludwig Pinchart et Pierre Abras, ses potes de 20 ans, avec lesquels elle a partagé ses premières scènes, ses premières compositions.


Avec Beverly Jo Scott

En 2002, alors qu’elle vient d’obtenir son diplôme en relations publiques, Beverly Jo Scott lui propose de la rejoindre pour intégrer les chœurs. « Je collabore toujours avec cette grande dame de la chanson qui m’a tout appris, de la pose de voix à l’intention artistique. Je n’ai jamais suivi de cours de solfège mais à force de battre le rythme, de taper sur mes cuisses, elle m’a guidée vers la batterie. Je l’ai accompagnée pour la tournée de l’album français Dix vagues . C’est vraiment grâce à elle que j’ai découvert cet instrument. Je suis également autodidacte au clavier comme à la guitare sur laquelle je compose mes morceaux. » Joe Cocker, Toto, Sinclair… Gaëlle partage autant de premières parties dans des lieux mythiques (Olympia, Bataclan…) que de rencontres artistiques et de magnifiques expériences.

En 2010, suite à un rendez-vous provoqué par son amie de toujours BJ Scott, un tournant s’opère dans la vie de Gaëlle : avec les deux artistes françaises Claire Joseph et Skye, elle forme le trio sauvage et raffiné « Sirius Plan ». Après trois albums, des tonnes de concerts en Belgique, en France et aux Etats-Unis, des collaborations avec Rick Hirsch, Sophie Tith, Aldebert, des premières parties de Laurent Voulzy, Emmanuel Moire, Bertignac ou encore Alex Lutz, « Sirius Plan » cesse en 2018 et Gaëlle continue seule son parcours.

Un album « Rock’n Roll Terroir »

En parallèle, Gaëlle participe aussi à de nombreux projets en tant que choriste pour la télévision (The Voice Belgique, Télévie) ; elle est aussi la voix de nombreux jingles sur nos radios et s’est même essayée en tant que chroniqueuse belge sur TV5 Monde pour l’émission « 300 millions de critiques ».

Aujourd’hui, c’est avec « The Banging Souls » que l’on peut l’entendre ou la croiser sur scène. Elle gère ce trio avec Ludwig Pinchart et Pierre Abras, ses potes de 20 ans, avec lesquels elle a partagé ses premières scènes, ses premières compositions. Leurs chansons parlent de lâcher prise, de combats qu’on se livre à nous même, du calme après la tempête, de révolution, de la beauté qu’il y a en chacun de nous. Leur premier album Rich to the bone , est un album « Rock’n Roll Terroir ».


© JC Guillaume

DU ROCK ET DU HOUBLON

Chaque titre évoque un moment, une anecdote saupoudrée de houblon, associé à une bière belge artisanale.

Amoureux de la bière, qui est présente à chaque instant dans leurs retrouvailles, c’est tout naturellement que le groupe a eu envie d’inclure Madame dans leur LP. Chaque titre évoque un moment, une anecdote saupoudrée de houblon, associé à une bière belge artisanale. « Les brasseurs sont des artisans comme nous, des rêveurs, des passionnés », souligne Gaëlle. Dix bières belges, dix chansons rock et autant d’anecdotes, en voici deux.

Premier groupe belge neutre en carbone

En plus d’être des défenseurs du local et du terroir, « The Banging Souls » a été proclamé premier groupe belge neutre en carbone. « En août 2019, avec l’aide de CO2 Strategy, qui propose aux entreprises et collectivités de mettre en place un plan d’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous avons décidé de calculer notre empreinte carbone suite à la sortie de notre album. Nous avions émis près de 12 tonnes de CO2, ce qui équivaut à deux fois le tour de la terre en voiture, cinq vols AR Bruxelles–New York ou encore 17.700 bières de 25 centilitres ! Ce bilan carbone nous a permis de comprendre, ce qui est essentiel si on veut diminuer ses émissions. Mais nous voulions aller encore plus loin et rendre à la planète ce qu’on lui avait pris. Douze tonnes de CO2 c’est ce que peut absorber 1.400 arbres. Planter ceux-ci, via l’ONG « Graine de vie », compense nos émissions de CO2. »


• 
Seeds
La IV Saison

(Brasserie de Jandrain Jandrenouille)

« Ce morceau, on le partage avec Beverly Jo Scott qui est un peu la marraine du groupe ! Nous sommes toutes les deux très cash, sans artifice, tout comme cette bière naturelle blonde 100 % malt d’orge, non filtrée, non pasteurisée, brassée uniquement avec les quatre ingrédients de base (eau, malt, houblon, levure) et élue coup de cœur du label belge « La Bière des Femmes ». Alexandre, qui gère la brasserie à Jandrain, dans le Brabant wallon, est un artiste qui vaut le détour. Nous avons le souvenir d’un concert exceptionnel dans sa grange, juste à côté des fûts ! »

• Rage Racer
La Houppe

(Brasserie L’Echasse, à Namur)

« Nous ne pouvions pas faire cet album sans associer un de nos morceaux à une bière de notre patelin : la Houppe. C’est une bière blonde aux reflets cuivrés titrant 7,5° d’alcool. La Houppe envoie tout en finesse, elle était parfaite pour illustrer Rage Racer. François Collard, qui dirige la brasserie, est un passionné de musique, un fan de rock et de vinyles. Derrière cette bière, on a découvert un super gars prêt à défendre les talents locaux ; il est d’ailleurs devenu notre partenaire pour nos « Rock’n beers home sessions », des concerts que nous organisons à domicile et où on déguste des produits locaux et… de la bière. »

Infos : thebangingsouls.com


© Mitch

« Lors de la crise du coronavirus, j’ai vraiment senti la détresse du milieu culturel. Les contrats annulés, le manque de visibilité, les incertitudes sur notre avenir, la sensation d’abandon du gouvernement... » 


Solidarité entre artistes

Ecolo engagée, Gaëlle est aussi profondément solidaire d’un secteur en danger. « Lors de la crise du coronavirus, j’ai vraiment senti la détresse du milieu culturel. Les contrats annulés, le manque de visibilité, les incertitudes sur notre avenir, la sensation d’abandon du gouvernement… J’ai eu besoin d’agir. J’ai réalisé une vidéo sur Youtube appelant les artistes à être solidaires entre eux, à se découvrir, à s’abonner aux comptes les uns des autres. Karin Clercq était déjà dans le même style de démarche, elle partageait un artiste belge par jour sur sa page Facebook. De fil en aiguilles, nous avons décidé d’en créer une commune intitulée « Solidarité entre artistes. »

www.facebook.com/solidariteentreartistes

un creuset poétique

Geneviève Levivier voyage entre art et innovation textile. Ses créations, longtemps recherchées dans le secteur de la Haute Couture, sont aujourd’hui remarquées pour leur exceptionnelle présence visuelle et leur démarche artistique.


Geneviève est née en 1963 à Bruxelles. Après une enfance les mains dans la peinture, la jeune femme entame un parcours académique classique. Des études de philosophie « parce que, pour mon père, l’université, quand on avait une tête bien faite, c’était la voie royale ». Si la tête y était, le cœur, lui, vagabondait du côté des arts plastiques. Geneviève, l’identité contrariée, n’aura donc de cesse d’enchaîner les formations artistiques (peinture, sérigraphie, céramique, design textile) pour satisfaire ses propres envies essentielles, avec en parallèle une carrière de journaliste qui s’impose à elle. Un passage formateur qui lui permettra de réseauter et d’apprendre les modes de fonctionnement des milieux culturels et artistiques. À 40 ans, mariée, maman, elle est rattrapée par le démon de la création. C’est le grand chambardement intellectuel et les prémices de sa carrière d’artiste.

Tapisserie Synesthesia. Installation in situ dans le verger du musée Van Buuren – dans le cadre du projet "Van Buuren Solidaire » – faisant partie d’un ensemble de quatre oeuvres textiles et végétales créées spécialement pour le lieu, transfigurant des bois
du jardin.


En tant que journaliste, Geneviève Levivier approche le secteur du design textile. « J’ignorais à l’époque que le textile pouvait être un secteur artistique à part entière ». Coup de foudre ! « Je me suis dit, ça y est, j’ai trouvé mon médium, je ne me trompe pas. J’ai vu ce médium comme un creuset dans lequel il me serait possible de me livrer à des expérimentations libres. Le textile, c’est sensuel, matiériste, pictural et graphique. Je peux le suspendre, faire des sculptures, des interventions dans l’espace, le travailler comme du design commercial ou une œuvre d’art. La diversité et la multiplicité des applications étaient pour me plaire ». Une révélation qui offrait la possibilité de débouchés commerciaux non négligeables. « Je suis retournée sur les bancs de La Cambre et d’une haute école technique pour apprendre mes gammes ».

Chimie et art textile, un alliage précieux et eco-friendly

Arrivée au cœur de sa reconversion, Geneviève Levivier sollicite le savoir-faire de son époux, Pierre-Yves Herzé, ingénieur chimiste, spécialiste des polymères, pour développer et tester des formulations qui lui permettent de travailler des effets créatifs inédits. « Il ne s’agissait pas de juste mettre de la peinture sur du tissu ! »

Les produits innovants mis au point grâce à la science pointue des polymères sont alors repris par la créatrice pour des applications design sur son matériau de prédilection. De la chimie, oui, mais de la chimie propre. « Mon mari a formulé les ingrédients de polymères eco-friendly, sans solvant, sans plastifiant et non allergènes. Il n’était pas question que quelqu’un touche ou respire des produits toxiques. Ensemble, nous avons créé une nouvelle niche, mélange de textiles traditionnels nobles rehaussés par des techniques de chimie novatrices. Cette étape franchie, j’avais toujours à cœur de gagner ma vie ; je me suis donc posée la question de l’usage du tissu avec une valeur ajoutée de création et d’innovation. Pour qui ? Dans quel domaine ? La réponse fut évidente : la Haute Couture ».

Le duo développe alors une courte gamme de produits textiles avec rehauts de matière, effets de reliefs et de coloration, palette de leur savoir-faire, et la présente aux plus célèbres noms du milieu. Les broderies polymères font leur effet, une des maisons françaises de Haute Couture parmi les plus renommées de Paris accroche immédiatement. « Le rêve devenait réalité : j’ai enfin pu exprimer ma sensibilité picturale sur les matières les plus nobles, tulle de soie et de laine, cachemire, fibres pures… en travaillant main dans la main avec le plus grands. C’était un mélange de grande liberté et de contraintes techniques qui vous mettent immédiatement le pied à l’étrier ! »

« Geneviève, tu es une artiste »

Les premières commandes pour des collections-capsule affluent. En urgence, le couple loue trois ateliers de fabrication provisoires, engage du personnel et dépose le nom d’une société, A+ZDesign®, dont l’outil de travail se situe aujourd’hui à Genappe. « Nous faisions tout, la recherche & développement, les tests, la création des collections, la production et même la livraison. »

Geneviève reste concentrée huit années sur la Haute Couture tout en postulant sporadiquement à des appels à projets pour des expositions ou des bourses dédiées à l’innovation et au design textile. C’est l’époque des tapisseries polymères et des panneaux en dentelle de bois. « La difficulté était d’être au top sur les deux fronts, Haute Couture et expositions. En 2016, j’ai pris la décision de donner une chance à mon travail artistique en mon nom propre. J’ai alors bénéficié d’un coaching de la Région wallonne sur le positionnement des entrepreneurs. À la fin de la formation, le groupe m’a confié : « Geneviève, tu es une artiste, tu ne produis pas du tissu, tu produis des œuvres, tu dois donc les présenter comme telles et te rendre visible ».

En 2017, Geneviève est exposée pour la première fois comme artiste dans une galerie suisse. Il s’ensuit des invitations par d’autres galeries et musées comme, dernièrement, le Musée Van Buuren, à Bruxelles.

« Je capture ainsi un instant dans la nature passagère du vivant et ma quête est de le rendre éternel. »

 


© GenevieveLevivier
Robe-sculpture sélectionnée en 2015 pour l’Exposition Universelle de Milan par le Pavillon de France. Sollicitée par TextiFood, Geneviève Levivier a détourné une fibre innovante issue de reliquats de l’agroalimentaire, extraite du maïs et de la betterave.

« L’Abbaye de Villers-la-Ville, c’est un lieu dingue, je leur ai donc proposé d’exposer in situ les œuvres issues de mes dernières expérimentations. À l’époque, je fabriquais de grands panneaux textile à base de coquilles d’œufs récupérées. »

 


© GenevieveLevivier

Des vitraux flottants à Villers-la-Ville

« Artiste » n’est pas un statut autoproclamé. Malgré des encouragements sincères et des incitations appuyées, Geneviève Levivier doutait encore, jusqu’en 2018, de ses exceptionnelles qualités créatives. Jusqu’à sa rencontre avec l’Abbaye de Villers-la-Ville lors des Trophées Incidences qui récompense, en Brabant wallon, les pratiques novatrices et éco-responsables. « L’Abbaye de Villers-la-Ville, c’est un lieu dingue, je leur ai donc proposé d’exposer in situ les œuvres issues de mes dernières expérimentations. À l’époque, je fabriquais de grands panneaux textile à base de coquilles d’œufs récupérées. Du monumental dans les ruines abbatiales ! Ils ont accepté et m’ont donné carte blanche. Grâce à eux, je me suis enfin assumée comme artiste plasticienne et les « vitraux textile de l’abbaye » m’ont révélée. C’était le début d’une démarche actuelle. Mes œuvres interagissent avec la nature comme avec leur environnement, je travaille de plus en plus in situ et sur-mesure. Mes tapisseries ou sculptures textiles abstraites sont composées de fleurs, de plantes, de coquilles d’œufs, de fibres naturelles ou biosourcées. Je capture ainsi un instant dans la nature passagère du vivant et ma quête est de le rendre éternel. »

En 2019, une œuvre grand format de l’artiste, qui avait été exposée à l’Abbaye de Villers-laVille, a été a acquise par la collection d’Art de la Province du Brabant Wallon, tandis que d’autres font partie de collections privées dans le monde, dont récemment une œuvre sur mesure à New-York.

www.apluszdesign.be

Deux expositions à découvrir jusqu’au 17 janvier 2021

Yves Auquier

L’INSTANT QUI FUIT

Yves Auquier est né en 1934. Il passe son enfance au Pays Noir et part ensuite à Bruxelles où il débute sa carrière professionnelle. En 1965, il fonde avec d’autres photographes belges le groupe « Photo Graphie ». En 1969, il devient professeur à l’École Supérieure des Arts « Le 75 », à Bruxelles. À côté de conférences, d’écritures de livres et de commissariat d’exposition, il fonde encore en 1980 le Patrimoine photographique pour la gestion des collections photographiques de l’état.

L’exposition « L’instant qui fuit » retrace le parcours d’Yves Auquier. Photographe de l’intime, il s’intéresse au vivant, au temps qui passe, au familier et à l’instant fugitif. Il travaille tout au long de sa carrière en noir et blanc et de façon sérielle, classant minutieusement ses négatifs dans des classeurs thématiques et compilant à partir de ceux-ci de nouveaux recueils. Il publie principalement ses séries sous forme de portfolios qu’il tire lui-même en argentique.


De la série Bruxelles 
1974 © Yves Auquier

Dans son portfolio Bruxelles, publié vers 1970, Auquier nous immerge dans un univers urbain : la saturation des lumières sur les routes, la vitesse, la foule, le mouvement omniprésent. Les images se succèdent et invitent à voyager à travers la ville assis sur le siège avant d’une voiture perdue dans le trafic ou accroché à la barre verticale d’un tram.


« Rassemblement wallon », de la série Pays Noir 1968-1970 © Yves Auquier

Dans Pays Noir, son premier livre, publié en 1970, Auquier dresse le portrait du pays de Charleroi. Il y voit grandeur et beauté quand d’autres, y compris les habitants du « Pays Noir », y voient noirceur et ruine.
Il désire transmettre sa vision, partager par l’image, et y parvient grâce à la subtile simplicité et sensibilité de son geste.

La série Les Mineurs, publiée sous forme de recueil en 1975, met l’Homme au centre des photographies. La solitude, la camaraderie, la mine, l’obscurité et l’âpreté du labeur sont autant de sujets présents dans ces photographies. Yves Auquier capte des images spontanées, d’autres plus posées.

De la série Les Mineurs
1972-1973 © Yves Auquier

Peter Mitchell

Nouveau démenti de la mission spatiale Viking 4

Né en 1943 à Eccles, Greater Manchester, Peter Mitchell débute comme dessinateur pour le ministère du Logement. Il intègre le Hornsey College of Art de Londres et s’installe à Leeds en 1972, où il travaille comme graphiste et typographe. En 1973, il trouve un emploi de chauffeur de camion dans une entreprise et sillonne régulièrement la ville de Leeds qu’il décide de photographier. « Nouveau démenti sur la mission spa- tiale Viking 4 » regroupe ces images prises entre 1974 et 1979 et dévoile une ville tentant de se maintenir à travers les changements économiques, et les construc- tions et destructions qu’ils occasionnent. Peter Mitchell photographie les petits commerces, les devantures en friche, les manufactures à la dérive et les gens ordi- naires d’une classe plutôt ouvrière. Point d’ironie, ni de condescendance en ses images. Bien au contraire, photographiés de manière très formelle à l’aide d’un escabeau, les propriétaires ou les employés posent fièrement devant leur commerce et Mitchell les pré- sente tels des héros d’un conte moderne.


« Edna, George et Pat. Samedi 30 avril 1977. Midi. Waterloo Road, Leeds. Trois joyeux bouchers défiant les vandales et le temps orageux. » © Peter Mitchell / RRB Photobooks

Ces photographies de Leeds font évidem- ment un écho singulier aux paysages indus- triels de la ville de Charleroi. Mais quel est le lien entre ces images et une mission spa- tiale Viking ? L’humour britannique ? Peter Mitchell, en fait, s’inspire des théories conspirationnistes en vogue à l’époque et présente sa série comme le résultat d’une mission martienne à Leeds en réaction aux sondes Viking 1 et Viking 2, expédiées res- pectivement le 20 août et le 9 septembre 1974. Les photographies de Mitchell sont attribuées à de petits bonhommes verts qui découvriraient une ville avec un sentiment comparable à celui de l’Homme (avec un grand « H ») découvrant la planète rouge.

« M. et Mme Hudson. Mercredi 14 août 1974. 11 heures. Seacroft Green, Leeds. J’aime bien la manière dont l’échoppe est calée contre l’échelle. Ils viennent d’emménager dans une nouvelle boutique située au même endroit et l’église se fait ravaler la façade pour s’harmoniser avec l’ensemble. » © Peter Mitchell / RRB Photobooks

www.museephoto.be

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