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la gaume et le crayon

La table à dessin de Jean-Claude Servais trône au milieu d’une forêt de livres et de documentation dans le grenier de la maison familiale à Jamoigne

Amateur de récits mêlant sorcières et fées, Jean-Claude Servais est lui-même une légende en Gaume. Normal, l’auteur de Tendre Violette est le meilleur ambassadeur de sa région. Sur ses planches, la nature nous parle, les pierres nous racontent leur histoire et les villageois nous touchent profondément.

Le chalet bleu de Jean-Claude Servais ? Chut !… Ne comptez pas sur nous pour vous dire dans quel épais fourré de la nature gaumaise il se cache, nous aurions trop peur qu’il nous jette un sort et que nous soyons à tout jamais privés de notre inspiration. C’est que l’artiste tient à garder le plus grand secret sur ce coin de paradis qu’il s’est construit au creux d’un petit bois baigné d’étangs. Tout ce qu’il nous autorise à dire c’est qu’il est situé dans le fief de Florenville et que c’est là qu’il se réfugie pour écrire ses scénarios, alors que sa table à dessin, elle, trône au milieu d’une forêt de livres et documentation dans le grenier de la maison familiale à Jamoigne.

C’est dans ce chalet, cet havre de paix, que cet éternel défenseur de la nature a accepté de nous rencontrer afin de parler de sa région et de ses nombreux attraits qui guident chaque jour son crayon. Petit tour d’horizon, thème par thème.

La Gaume et les Gaumais

Si Jean-Claude Servais est né à Liège où il a étudié les arts graphiques, ses racines sont profondément ancrées dans le sol gaumais puisque sa mère est de Jamoigne (Chiny) et son père de Tintigny. « Enfant, j’adorais revenir chez ma grand-mère maternelle pour parcourir la nature et aller à la pêche. La Gaume, c’est la nature à l’état pur, une forêt assez délicate avec beaucoup de feuillus, une belle lumière et un climat plus doux que celui de l’Ardenne voisine. Le caractère gaumais est moins rude également. Il a un petit côté marseillais : on cause beaucoup, mais il ne faut pas croire tout ! Cependant, si le Gaumais est fier de son pays et vantard, il est aussi très accueillant », nous confie-t-il en déposant quelques Orval sur la table devant nous. On le croit sur parole !

La mémoire des arbres et le pouvoir des chauve-souris

L’artiste étant entouré d’arbres, il s’est vite pris à les aimer et à vouloir les rendre plus vivants encore dans ses récits. « Il y a beaucoup de légendes qui collent aux arbres, ils peuvent raconter beaucoup de choses. Dans la collection Mémoire des arbres, j’ai surtout pensé aux chênes, les seigneurs de la forêt. Le chêne d’Orval qui trône dans le cœur de l’abbaye est un arbre mémoire, il a connu la Révolution française… » De l’abbaye voisine, Jean-Claude Servais change de sujet et attrape au vol celles qu’il considère comme les sauveuses du site : les chauve-souris. « Savez-vous que deux projets de parc éolien étaient dans l’air voici quelques années, l’un près de mon chalet, l’autre près de l’abbaye ? C’est grâce à la présence de ces mammifères qui nichaient dans les souterrains que les promoteurs se sont retirés sur la pointe des pieds ». Et le Gaumais d’éclater de rire : « Vous vous rendez compte : la maison de Dieu sauvée par des chauve-souris en qui certains voient le Diable ! »

Le Labyrinthe de Durbuy et les Grottes de Han

Jean-Claude Servais n’écrit pas uniquement sur la Gaume. Entre 2007 et 2009, il a imaginé des histoires originales destinées à animer deux sites touristiques bien connus de Wallonie. « Ce sont d’abord les responsables du Labyrinthe de Durbuy qui m’ont demandé d’écrire un scénario avec un dragon pour en faire un spectacle théâtral. Je leur ai donc proposé une histoire écologique qui se passait au pays des fées. Puis ce fut le tour du Domaine des Grottes de Han pour lesquelles j’ai imaginé une opposition entre le monde du dessus et le monde du dessous ». Et le Gaumais de confier : « J’apprécie le fait que le parc animalier du domaine redonne vie à certaines espèces avant de les relâcher dans la nature dans leur pays d’origine… »

Orval et Bouillon

L’artiste ne peut le nier : ce sont les paysages de la Gaume et ses villageois (es) qui ont guidé son dessin. Et les légendes locales qui ont nourri son imaginaire. « Comme j’étais loin de tout, j’ai utilisé ce que j’ai pu trouver ici. Ces histoires de fées et de sorcières ont tracé mes rails. Mais j’aime aussi mélanger les légendes et les assaisonner à ma sauce. Cela me permet d’aller plus loin… » Parmi les sources d’inspiration de l’artiste, Orval, bien sûr, et Bouillon. « C’est Marc Heyde, un ami et historien de l’abbaye, qui m’a lancé ce défi. Les moines m’ont laissé faire. Partant des racines de l’abbaye, j’ai pris des libertés pour m’engager dans la fiction. Les moines ont été très contents du résultat, j’avais embelli leur environnement ! »

© Dupuis, 2022

Après Orval, Jean-Claude Servais s’est attaqué à un autre monument proche. « Je n’avais pas envie de partir moi aussi en croisade à la suite de Godefroid de Bouillon, alors j’ai eu l’idée de jouer sur plusieurs époques, de confronter ce que l’on nous a appris à l’école avec les éclairages plus récents. Quand on voit tout ce que l’on nous a fait croire ! », lance-t-il en faisant également allusion aux aventures de Léopold II au Congo.

Le retour des loups

Des loups sont signalés en Wallonie, dans nos Ardennes ou le Luxembourg ? Une femelle et sa portée se sont établies dans les Hautes Fagnes ? Les loups hantent aussi de nombreux récits de Jean-Claude Servais (La Tchalette, Lova, Le loup m’a dit…). Même si dans ses histoires aussi ils tuent – pour se nourrir – les animaux domestiques, l’auteur se range à leurs côtés, rappelant qu’il est l’ancêtre du chien, le meilleur ami de l’homme. Et que sa présence nous invite à penser l’écologie concrètement. « Le retour du loup en Wallonie, comme celui du milan royal ou de la cigogne noire en Gaume, est une bonne chose, dit-il. Le voir revenir chez nous, c’est bon signe. C’est parce que la forêt est mieux entretenue, qu’elle est exploitée de façon plus positive. Ces animaux ont retrouvé chez nous des espaces où ils se sentent protégés ».

© Dupuis, 2022

Julos Beaucarne

D’un côté, un virtuose du crayon respectueux de la nature et de ses hôtes, de l’autre un jongleur de mots profondément humain et tolérant. La rencontre entre les univers du Gaumais Jean-Claude Servais et du Tourinnois Julos Beaucarne – décédé en 2021 – était inévitable. Ce fut L’appel de Madame la Baronne (1989), une balade poétique dans un monde onirique où les vélos volent. « A l’époque, j’avais demandé à Julos d’écrire la préface du troisième album d’Isabelle qui était axé sur les contes médiévaux. Nous avons alors projeté d’écrire ensemble un scénario de bande dessinée, mais l’idée est restée dans l’air et les années ont passé. Plus tard, j’ai repris la main et décidé d’écrire une histoire autour du personnage de Julos en m’inspirant de ses textes et poésies. L’histoire a pour décor les grottes de Han ».

© Ch. Sonon

Tendre Violette sur un mur de la place Galilée à Louvain-la-Neuve. « La première fresque, celle de Louvain-la-Neuve, a été réalisée en 2003 par les étudiants du kot BD de l’UCL sur base d’un dessin que je leur avais fourni ».

Un foisonnement de fresques

Tendre Violette sur un mur de la place Galilée à Louvain-la-Neuve, la belle coquetière près de la gare de Tubize, Mathilde et la légende de l’anneau au cœur de l’abbaye d’Orval, deux amoureux entrelacés en face de l’école Sainte-Anne de Florenville, un ensemble de cinq panneaux dans le parking du château du Faing, à Jamoigne, à deux pas de la maison de l’artiste… On ne compte plus les fresques reproduisant les dessins de Jean-Claude Servais. Point commun à toutes celles-ci : la passion des commanditaires pour l’œuvre de l’artiste. « La première fresque, celle de Louvain-la-Neuve, a été réalisée en 2003 par les étudiants du kot BD de l’UCL sur base d’un dessin que je leur avais fourni, explique l’artiste. Celle de Florenville, quelques années plus tard, était le rêve de Michel et Hélène Rogier, les anciens libraires du Club de la bande dessinée de Florenville. Elle a été réalisée par Yves Piedbœuf, professeur à Saint-Luc, et subsidiée par les lecteurs en échange d’un tiré à part que je leur ai offert… »

Mais encore…

© SI Florenville

• Depuis octobre 2006, la sculpture en bronze « Tendre Violette », réalisée par Francis Darras, trône près de l’église de Florenville, en face de l’Hôtel de ville.

• Du même endroit démarre un parcours pédestre de neuf kilomètres qui relie Florenville au château du Faing, à Jamoigne. Baptisé « Parcours Servais », cette promenade est jalonnée de panneaux didactiques permettant de faire connaissance avec les espèces d’oiseaux locales.

• En mai 2010, le Fourneau Saint-Michel (Saint-Hubert), et plus précisément le Musée de la vie rurale en Wallonie, a mis Jean-Claude Servais à l’honneur en lui dédiant l’une de ses maisonnettes – baptisée la chaumière de Malvoisin – où les visiteurs ont pu, jusqu’il y a peu, découvrir ses portraits et scènes de la vie d’autrefois.

• En octobre 2018, au Musée Piconrue de Bastogne, a été inaugurée une magnifique exposition consacrée à Jean-Claude Servais, dont l’univers singulier a été mis en valeur via une sélection de 120 planches originales et une scénographie immersive.

• En 2018, Jean-Claude Servais a été mis à l’honneur à Namur. Pour avoir toujours contribué au rayonnement de sa région et de la Wallonie, l’artiste a reçu du Gouverneur de la Province le titre d’officier.

www.jc-servais.be

Le château du Faing et les enfants juifs

© SI Florenville

Pendant de longues années, l’histoire est restée plus secrète encore que ne l’est aujourd’hui l’emplacement du chalet bleu de Jean-Claude Servais ! Lors de la Seconde Guerre mondiale, 87 enfants juifs furent cachés dans le château du Faing où ils réussirent à passer inaperçus au milieu des scouts de la localité. S’appuyant sur le récit historique du journaliste Dominique Zachary La patrouille des enfants juifs, le dessinateur et scénariste en a fait une bande dessinée, La lettre froissée, avant qu’un spectacle son et lumière, écrit et mis en scène par Pierre Maîtrejean, voie le jour en 2018, dans l’enceinte même du château. « Afin de coller au plus près de la réalité, je me suis mis à la recherche de ces enfants et j’ai finalement pu correspondre avec plusieurs d’entre eux qui étaient encore en vie », souligne le scénariste qui prépare actuellement, toujours avec le soutien du Syndicat d’Initiative de Jamoigne « Vierre & Semois », un autre spectacle qui sera également joué dans la cour du château. « Ce spectacle, qui commémorera cette fois les combats de la Grande Guerre, sera joué en 2023 en présence de quelque 150 figurants ».

Architecte au service de l’environnement

Originaire de La Louvière, désormais basé à Paris, Vincent Callebaut est diplômé de l’Institut Victor Horta de la Faculté d’Architecture de l’Université Libre de Bruxelles.

Après avoir fait sa marque à l’Exposition universelle de 2010 à Shanghai, il a conçu le complexe Solar Drop aux Emirats Arabes Unis, sur une île artificielle au large d’Abu Dhabi. Il a été qualifié d’« architecte de choix pour faire rayonner la Belgique à l’Expo de Dubaï et inspirer les nouvelles générations qui devront affronter la réalité du changement climatique ».

L’immeuble-jardin du Pavillon belge (photo) est vert aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Tout a été conçu pour qu’il produise une partie de l’énergie qu’il consomme. Il bénéficie d’une ventilation et d’une lumière naturelles, d’énergies renouvelables sous diverses formes, de matériaux bio-sourcés et d’une utilisation intelligente de l’eau. Par évapotranspiration, les plantes abaissent également la température dans les espaces intérieurs.

La préservation de l’environnement est l’inspiration qui anime cette conception, comme c’est le cas pour tous les projets de Vincent Callebaut. « Je veux offrir l’espoir d’un avenir meilleur », dit-il.

Time Magazine a qualifié son bureau parisien de « meilleur éco-prospectif et visionnaire cabinet d’architectes, concevant des projets fantastiques qui s’attaquent aux maux environnementaux et sociaux du monde ».

Plus digital, plus convivial

En mettant à la disposition du citoyen une partie de ses données numériques, la Ville de Namur veut faire preuve de transparence dans la gestion publique, mais aussi informer les citoyens et aider ses responsables à prendre des décisions.

 

Quels sont les travaux de voirie terminés ou en cours ? Combien y a-t-il de crèches ou d’écoles primaires dans chacun des quarante-six quartiers du territoire ? Combien de ménages monoparentaux ou d’enfants âgés entre 5 à 18 ans y trouve-t-on ? Quelle est la liste des sépultures enregistrées dans les trente cimetières publics de l’entité ? Où sont localisés les bibliothèques, les poubelles publiques ou encore les bâtiments et sites remarquables qui apparaissent sur les photos et cartes postales anciennes ? … Voici quelques-uns des cent septante-trois jeux de données anonymisées, répartis en treize thèmes et cent mots clés, accessibles via le site de la Ville de Namur. « Plus on a de données, mieux on comprend son territoire et mieux on pourra l’utiliser », avance Samuel Nottebaert, géomaticien et gestionnaire du site.

Namur est une des premières villes de Belgique à s’être dotée, en juin 2018, d’une plateforme (ou portail) Open Data. Son but est d’aider les citoyens qui cherchent à s’informer et les responsables de l’administration à prendre des décisions, tout en renforçant la transparence de la gestion publique. C’est un projet transversal qui n’est pas lié à un seul département. Toutes ces données existaient déjà pour les différents services et au sein d’administrations locales. « Dans d’autres villes, ces données existent sous forme de tableaux excel. Nous, nous avons choisi de les rendre lisibles en les croisant avec la cartographie. »Près de 5.000 consultations par mois

En trois ans d’existence, la liste des jeux de données disponible s’est largement étoffée. Aujourd’hui, le site comptabilise entre 4.000 et 5.000 consultations par mois. De nombreux architectes, par exemple, téléchargent les données en 3D de Namur afin de mieux visualiser leurs projets. Beaucoup d’éléments mis en ligne répondent à une demande du public. Ainsi, c’est suite à la question d’un citoyen que des fichiers de coordonnées GPS ont été ajoutés aux cartes des balades nature et des trails. « Nous ne savons pas jusqu’où nous pouvons aller avec ces données. Notre philosophie est de favoriser leur réutilisation de manière créative par les citoyens comme par l’administration et le secteur éducatif. »

Pour l’avenir du site, tout reste ouvert. Samuel Nottebaert aimerait davantage de communication avec les citoyens afin d’avoir leur retour et travailler avec le privé afin de mieux cerner les données utiles au développement économique.

Au service de la mobilité

Quand on nous offre un service, on s’y habitue. Et, très vite, on ne peut plus s’en passer. En septembre 2020, la Ville a lancé son système de transport intelligent. Un système d’intelligence artificielle au service de la mobilité qui était en rodage depuis janvier 2019. Dans sa partie visible, il se traduit par une série de panneaux disposés le long des huit axes de pénétration dans la ville. Leurs messages lumineux informent sur l’état du trafic et proposent des déviations, annoncent la disponibilité des parkings du centre-ville et les alternatives multimodales. Les données proviennent de dix-sept caméras qui calculent le temps de parcours sur différents tronçons. « On mesure, on établit des statistiques sur l’évolution du temps de parcours, mais on ne prédit pas », nuance Michaël Petit, responsable du service mobilité. Des informations comme la disponibilité de places PMR devraient y être intégrées.

Son objectif étant de permettre une vue complète de la mobilité, le système est loin d’être dédié au “tout voiture”. Les abribus les plus fréquentés informent en temps réel sur les temps d’attente pour les bus. Des informations sont aussi mises à la disposition des cyclistes sur les places de stationnement qui leur sont dédiées, ainsi que sur les aménagements vélo et les itinéraires cyclables. Pour le moment, les gestionnaires du système ont décidé de ne pas fournir d’application spécifique préférant renvoyer l’utilisateur au portail. « Le système évolue encore, mais il devrait se stabiliser d’ici six à douze mois avec davantage de données en temps réel. A plus long terme, nous devrions pouvoir travailler dans le prédictif. »

Bientôt un éclairage intelligent

Dans l’éclairage des voiries aussi, il y a de l’évolution dans l’air. Cependant, même si des capteurs ont été mis en place, il n’est pas encore question de faire varier l’éclairage en fonction du passage des voitures. La Ville a préféré opter pour une atténuation généralisée de l’éclairage entre 22 heures et 6 heures grâce aux nouveaux luminaires LED, ce qui permet déjà une économie de 50 %. A terme, des endroits plus circonscrits, comme les sites de la Confluence et de la Citadelle, devraient être dotés d’un éclairage dont l’intensité varierait en fonction du nombre de promeneurs.

 LIre la suite du dossier : la transition écologique

LE NID, PISTE D'ENVOL DES NOUVELLES IDÉES

 

Si la capitale de la Wallonie est connue pour son patrimoine remarquable, dont sa citadelle et son beffroi, ainsi que pour son folklore, ses richesses culturelles et son centre-ville piétonnier, la ville ne cesse de se métamorphoser et de faire preuve de créativité, afin d’ajouter une dimension innovante à son côté attrayant et chaleureux.

 

L’avenir de Namur ? Il passera par le NID. Que l’on arrive par une rive de la Meuse ou de la Sambre, que l’on surgisse par la passerelle de l’Enjambée ou que l’on tombe du ciel : impossible de passer à côté de ce bâtiment futuriste qui domine l’Espace Confluence, la nouvelle vitrine de la capitale de la Wallonie.

Le NID. Pris au pied de la lettre, le mot signifie « Namur intelligente et durable ». Plus symboliquement, cette nouvelle construction se veut un lieu de rencontre, de réflexion et d’échange d’idées dont l’objectif est de mettre les citoyens au coeur du débat autour de l’avenir de leur ville. Un nid d’où s’envoleront les “architectes” du renouveau namurois. Pour en savoir plus, nous avons rencontré Sophie Marischal, la jeune responsable du NID.

Quelle est la genese du NID ?

Dès 2008, lors des semaines de l’aménagement durable, nous nous sommes rendu compte que les citoyens étaient désireux de débattre de l’avenir de leur ville. En 2015, nous avons créé un pavillon de l’aménagement urbain qui était un lieu de rencontre au sein même de l’Hôtel de Ville. Cet outil était cependant de trop petite taille. Au même moment a été lancé le concours pour l’aménagement du site du Grognon, devenu l’Espace Confluence. Un lieu emblématique puisque c’est le berceau de Namur et qu’il accueille le parlement wallon. Il était donc tout indiqué d’y construire un espace de débat destiné cette fois au citoyen et de positionner le site comme la vitrine d’une ville intelligente et innovante.

Quelles sont les fonctions de ce bâtiment ?

Le NID se compose de deux niveaux. Le rez-de-chaussée, au niveau des quais de Sambre et de Meuse, est déjà occupé par une brasserie orientée circuits-courts, tandis que l’étage, situé au niveau de l’esplanade, accueillera bientôt un espace ouvert aux citoyens et dédié à l’innovation intelligente et durable. Il se compose de trois parties. Un espace d’accueil, « Namur en question », où seront expliquées au visiteur les différentes thématiques universelles, comme le changement climatique et les nouvelles technologies, le but étant de lui montrer que les villes sont responsables de beaucoup de dérèglements mais qu’il est possible de réagir. Cela le mènera à la deuxième partie, « Namur en transition », qui abordera une thématique qui changera tous les deux ans. Actuellement, celle-ci est consacrée au développement urbain au sens large. Le visiteur découvrira donc, via une scénographie interactive et ludique, les problématiques de la ville en matière de mobilité, de coût lié à l’étalement urbain, d’intelligence numérique et humaine ou encore de

résilience. A l’aide d’outils de réalité virtuelle, il sera amené à construire lui-même sa ville en faisant des choix. Enfin, « Namur demain » est un espace de débat qui permet aussi de voyager via la réalité virtuelle dans le Namur d’hier et celui de demain afin de comprendre pourquoi et comment la ville a évolué.

Quels sont les principaux defis de la ville qui demandent une prise de conscience de la population ?

La mobilité dans le centre de Namur et les artères pénétrantes, le changement climatique et l’autonomie alimentaire sont des problématiques bien réelles qui ont poussé les responsables de la ville à collaborer avec des panels de citoyens conscientisés. Des études ont été menées afin de trouver des solutions locales, par exemple sur la piétonisation des rues et sur les vulnérabilités du territoire namurois en matière de changement climatique. Et les habitants ont fait ou feront des propositions concrètes. D’une façon plus globale, on peut dire que notre plus grand défi est de voir comment Namur peut entrer en transition en impliquant les habitants et en faisant appel à la solidarité. A cet égard, le NID agit vraiment comme une interface entre le citoyen et le politique. Son aménagement devrait être terminé vers la mi-octobre.

LE PAVILLON ET LE KIKK

Autre lieu et autre bâtiment emblématique appelé à jouer demain un rôle de premier plan à Namur : l’ancien pavillon belge de l’Exposition universelle de Milan (2015). Conçu par l’architecte namurois Patrick Genard (voir page 10) dans des matériaux naturels et modulables, primé pour son éco-design, ce bâtiment d’une superficie de 2.500m2 a été racheté par la Ville de Namur et remonté sur l’esplanade de la Citadelle où il entame une deuxième vie puisqu’il est désormais entièrement dédié à la transition numérique. A travers une approche ludique, à la croisée entre l’art, la science et la technologie, le Pavillon proposera des expositions, des ateliers et des conférences. Inauguré ce printemps avec l’exposition Humans/Machines, il est à nouveau fermé afin de finaliser son aménagement et d’en optimiser les réglages dans l’optique de sa grande ouverture en 2022. Le centre permanent d’exposition est en de bonnes mains puisque sa gestion a été confiée à l’asbl Kikk qui, depuis dix ans déjà, secoue les idées reçues concernant la créativité et les technologies numériques à travers un espace de coworking doté d’un Fab Lab, une plateforme de production artistique et, bien sûr, le Kikk Festival dont la dixième édition est programmée du 4 au 7 novembre prochain.

 

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DE CHARME


© OTThuin

Cet été, pourquoi ne pas s’évader dans notre belle région ? WAW a sélectionné sept villes wallonnes aux charmes touristiques variés. Pour chacune, notre magazine propose cinq bons plans qui permettront de découvrir la beauté du patrimoine, la richesse des musées, le charme des vieilles pierres et des coins verts, les possibilités d’escapades sportives,
les produits du terroir…

Si chaque ville a sa propre identité, toutes réservent d’agréables surprises qui donnent envie d’aller plus loin dans la découverte de la Wallonie.

À MARIEMONT

Le Musée de Mariemont fait resurgir de terre le monde des Mérovingiens ! Marquée par Clovis, cette dynastie a exercé le pouvoir sur l’ouest de l’Europe pendant trois siècles, entre la chute de l’Empire romain et le couronnement de Charlemagne. Une époque bien plus intéressante qu’il n’y paraît.



Childéric Ier, roi des Francs et des Gallo-romains
Sur sa bague, qui lui sert de sceau, le roi mérovingien est représenté avec de longs cheveux tressés et portant une cape. Les deux sont des signes de pouvoir : les premiers chez les Germains, la seconde au sein de l’Empire romain. Sur une simple effigie de la taille d’un timbre- poste, Childéric arrive ainsi à dire à ces deux communautés culturelles bien différentes : « Je suis votre roi à tous » .

Soyons francs : à part l’histoire du vase de Soissons (que Clovis lui-même se souvint longtemps), la culotte du Roi Dagobert et la lignée des rois fainéants, nous ignorons tout des Mérovingiens qui régnèrent pourtant du Ve au VIIIe siècle sur une très grande partie de la France et de la Belgique actuelles, ainsi que sur une partie de l’Allemagne, de la Suisse et des Pays-Bas. Heureusement, jusqu’au 13 juin, l’exposition « Le Monde de Clovis », organisée par le Musée de Mariemont en partenariat avec l’Agence Wallonne du Patrimoine, nous propose une rencontre intime et culturelle avec les Francs. Les mises à jour de nombreuses nécropoles dans nos régions ont permis de mieux connaître les us et coutumes de ce peuple et de redorer son blason, comme nous l’a expliqué Marie Demelenne, la co-commissaire de l’exposition avec l’archéologue Olivier Vrielynck.


Marie Demelenne co-commissaire de l’exposition “Le Monde de Clovis”.

Marie Demelenne, comment présenteriez-vous les Francs et les Mérovingiens ?

Les Francs sont l’un de ces peuples germaniques qui, lors des premiers siècles de notre ère, ont multiplié les incursions en Gaule, avant de s’y installer de manière durable et de s’associer avec les Romains. Au Ve siècle, ils ont même obtenu un traité et sont devenus un peuple fédéré ; ils ont pu garder leurs institutions, religion et droit, pour autant qu’ils contribuent à la vie de l’État, principalement du point de vue militaire. Ils ont alors pris de plus en plus d’importance au point de finir par imposer leur dynastie et de gouverner sur tout le territoire. Les rois Mérovingiens ont régné durant trois siècles, avant d’être déposés par les maires du palais, parmi lesquels les Pippinides, nom d’une famille dont les descendants les plus connus sont Pépin le Bref et Charlemagne. C’est avec eux que débute la dynastie carolingienne.

Les Mérovingiens étaient-ils des rois fainéants ?

Ce sont les Carolingiens qui, voulant légitimer leur prise de pouvoir, ont raconté l’histoire à leur sauce et véhiculé l’image d’une période de stagnation, de guerriers barbares et de rois fainéants qui circulaient avachis sur des chars trainés par des bœufs. S’il en était ainsi c’est parce qu’ils n’avaient ni capitale ni palais fixe et se déplaçaient constamment d’une région à l’autre afin de se montrer, de faire la justice… L’Histoire a retenu cette version parce que leurs écrits ont pu être conservés, au contraire de ceux des Mérovingiens qui n’ont pas résisté à l’usure du temps. Mais leur portrait est bien plus multiple et nuancé.

En faisant connaître ces rois, l’objectif de l’exposition est donc aussi de les réhabiliter ?

Nous avons également voulu montrer que la transition entre les Francs et les Gallo-romains s’est faite de manière nuancée et progressive. Car il n’y a pas eu de grands raids et de pillages, ni de débâcle et de brutal effondrement. Si la violence a bien été présente, les deux peuples se sont ensuite entendus au niveau de l’organisation du territoire et des mariages ont été célébrés entre les élites des deux camps. La période mérovingienne témoigne d’une intégration aboutie, incorporant survivances romaines et apports germaniques. Un mélange de tradition et de créativité.

La période mérovingienne témoigne d’une intégration aboutie, incorporant survivances romaines et apports germaniques. Un mélange de tradition et de créativité.

 

Comment avez-vous conçu l’exposition ?

Ce qui fait son originalité c’est que nous sommes partis du quotidien des habitants. Nous avons créé et mis en scène six profils de personnages fictifs mais réalistes, une princesse, une fillette, un garçon, un géant, une religieuse et un potier, afin de parler de l’habitat, l’alimentation, les armes, les ornements, les croyances, les déplacements, les écrits… L’exposition permet ainsi la rencontre d’hommes et de femmes à 1.500 ans d’écart ! A côté de cela, nous avons voulu montrer, à l’aide du matériel archéologique retrouvé dans de nombreuses nécropoles, que sous cette dynastie des échanges commerciaux existaient à l’échelle mondiale. Ainsi, on a constaté que les pierres qui sertissent une fibule, cette grosse broche qui servait à maintenir les vêtements, sont des grenats exportés d’Inde et du Sri Lanka. Et si des gens et des biens ont circulé aussi loin, c’est qu’il en a été de même pour les idées. Cela balaie donc l’image d’un Haut Moyen-Age replié sur lui-même et en régression par rapport à la civilisation romaine.

Des Francs habillés à Soignies
Edith, la princesse saxonne de Tournai, et Odon, le potier de Quévy : deux des six personnages fictifs qui « racontent » leur histoire personnelle aux visiteurs. L’illustrateur bruxellois Cédric Volon les a dessinés sur base d’une documentation très précise fournie par les archéologues et ce sont les élèves de la section couture de l’Institut Provincial des Arts et Métiers du Centre (IPAMC), implantation Soignies, qui ont réalisé les costumes.

Un mini Louvre

Établissement scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Musée royal de Mariemont conserve, étudie et valorise les collections que le célèbre industriel et grand voyageur Raoul Warocqué a léguées à l’Etat belge à sa mort en 1917. Son intérêt pour l’art était à l’image de sa fortune : immense. Ces collections mêlent les trésors des plus grandes civilisations (Egypte, Grèce, Rome antique, Chine ancienne…) à ceux provenant des populations ayant vécu dans nos régions, des Celtes aux Mérovingiens en passant par les Gallo-romains. Tout ce qui a trait à l’histoire du domaine de Mariemont, depuis le XVIe siècle, y occupe une belle place également, ainsi que la porcelaine de Tournai. Le musée, sorte de mini Louvre, est donc une continuation de ses passions.

« Raoul Warocqué a légué ses collections, ainsi que le château du XIXe siècle et le parc, à la condition que l’ensemble soit accessible au public, souligne Marie Demelenne. C’est ainsi que le musée s’efforce de valoriser ces collections en organisant des expositions sur des thématiques qui lui étaient chères comme, récemment, les textiles coptes et la médecine au temps de la Rome antique, et de les enrichir en menant une politique d’acquisition influencée par les mêmes intérêts. »

Des intérêts que Raoul Warocqué partageait avec les habitants de Morlanwelz puisque, quand le château a brûlé en décembre 1960, ceux-ci se sont rués à la rencontre des flammes pour participer au sauvetage des fameuses collections dont 95 % ont pu être sauvés. Le musée actuel, construit sur le même emplacement, a été inauguré en 1975.

 

Des verres sans pied mais à plusieurs mains !
Ce gobelet apode (sans pied) est exceptionnel par son décor en résille. À l’époque mérovingienne se tenaient de fastueux banquets qui permettaient au souverain et aux élites de resserrer leurs liens, notamment en buvant au même verre. Comme il ne pouvait tenir debout, il fallait le passer de main en main ou le vider d’un trait !

D’où provient le matériel archéologique exposé ?

Une partie vient bien sûr de nos collections. Mais une vingtaine d’autres institutions, surtout wallonnes, nous ont également prêté des objets, comme les musées archéologiques de Namur et de Tournai, et, surtout, l’Agence Wallonne du Patrimoine, qui est notre plus grand prêteur. De précieux objets proviennent aussi du Musée d’Archéologie national de Saint-Germain-en-Laye, près de Paris, et du Rijksmuseum de Leyde, aux Pays-Bas. Cette diversité nous permet d’avoir un regard sur des populations présentant des caractéristiques différentes. Ainsi, en observant des objets venant d’une nécropole à Broechem, près d’Anvers, on constate des différences notables entre les Francs qui occupaient le territoire wallon et ceux qui vivaient en Flandre près de la mer.

Des patineurs hors pair
A Huy, des fouilles ont également mis au jour des… patins à glace. Réalisés à partir d’un os de bovidé scié, retaillé et poli, ils étaient ensuite fixés via des cordons sur des chaussons en cuir. Une fabrication maison qui montre que la société mérovingienne pratiquait une économie circulaire : toutes les parties de l’animal trouvaient leur utilité. Des vestiges d’une luge ont aussi été retrouvés sur le même site.

Un «escape room» pour les familles

C’est un divertissement à programmer après la visite au musée, une activité à faire en famille au sein d’une bulle limitée à six personnes. Des gens sont « enfermés » dans une pièce et doivent résoudre des énigmes pour en sortir. Le pitch ? Des événements bizarres se passent dans le musée au temps du dernier des Warocqué ! Quel est ce secret ou cette malédiction ?…

Infos et réservations : www.charleroom.be

Le mobilier funéraire de la reine Arégonde
Les responsables du Musée de Mariemont ont essayé par tous les moyens d’avoir en prêt le trésor de Childéric Ier, dont la tombe fut découverte à Tournai en 1653 et dont une partie est conservée au Département des Monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. En vain… « Les Français avaient trop peur qu’il arrive quelque chose aux précieuses reliques de celui qu’ils considèrent comme le premier roi de France ! relate Marie Demelenne. En revanche, après plusieurs années de négociations, nous avons obtenu du Musée d’Archéologie national de Saint-Germain-en-Laye qu’il nous prête le trésor funéraire de la reine Arégonde, l’épouse de Clotaire Ier et mère de Chilpéric Ier, qui régnèrent aux VIe siècle. Elle s’est faite inhumée avec sa parure de reine : sa bague avec le monogramme permettant de l’identifier et une série de bijoux personnels (fibules, boucles d’oreilles, grande épingle, garniture de ceinture…) qui sont des pièces uniques. Il n’y en a qu’une petite douzaine, mais il s’agit du mobilier funéraire complet, au contraire du trésor de Childéric qui a été pillé au XIXe siècle. C’est pour cette raison que celui-ci nous paraît plus précieux.»

Repères
• 342 Les Francs saliens s’installent comme fédérés à l’intérieur de l’Empire romain, dans le nord de la Gaule.
• 476 Déposition par les Germains du dernier empereur romain d’Occident. C’est la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Age.
• 457-458 Childéric, premier roi (reconnu) de la dynastie Mérovingienne.
• 508 (?) Baptême à Reims de Clovis, fils de Childéric et premier roi de tous les Francs. Début du lien entre le clergé gallo-romain et la monarchie franque.
• 511 Mort de Clovis et partage du royaume des Francs entre ses quatre fils.
• 613 à 639 Clotaire II, puis Dagobert Ier, rois de l’ensemble du royaume franc.
• 732 Les Francs conduits par Charles Martel battent les Arabes à Poitiers. Cette victoire constitue une étape marquante dans l’établissement de la dynastie carolingienne.
• 751 Déposition de Childéric III, dernier roi mérovingien, par les maires du palais. Pépin le Bref devient, en 754, le premier roi de la dynastie carolingienne.
• 800 Charlemagne, fils de Pépin le Bref et roi des Francs, est couronné empereur. Son empire va s’étendre de l’Europe occidentale à l’Europe centrale.
• 924 Fin de l’empire carolingien.


Musée royal de Mariemont
Chaussée de Mariemont 100
B-7140 Morlanwelz

+32 (0) 64 27 37 41

[email protected]
www.musee-mariemont.be

 

La famille Volkaerts


© Antoine Melis

D’abord, il y a l’aîné, celui qu’on appelle Marc’O, qui a montré le chemin à chacun et que l’on retrouve dès le matin un poêlon dans chaque main. Et puis, il y a Stéphanie, qui a le sourire câlin et qui aime le bon vin. Et puis… et puis, il y a Martin, qui a déjà seize sur vingt mais qui ne se sent pas bien s’il n’a pas plein d’idées pour demain…

 
Brabant wallon, janvier 2020. La famille Volkaerts est à la manœuvre sur deux fronts. A Genval, non loin du lac, Martin, le fils, hisse tous les jours bien haut le pavillon de « L’Amandier », épaulé par Stéphanie, sa maman, qui met les clients à l’aise et les bonnes bouteilles sur les tables. A quelques kilomètres de là, sur la magnifique place de Céroux, Marc’O, le père, s’active aux fourneaux des « Tilleuls », secondé par sa plus jeune fille Margaux, tandis que son beau-fils Sébastien veille sur la salle.

Les deux restaurants sont non seulement unis par le lien familial mais aussi complémentaires par leur type de cuisine : gastronomique à Genval, bistronomique à Céroux. De quoi ravir Marc’O, le responsable de cette belle aventure.
« Ma femme et moi avons ouvert « L’Amandier » en 1992, quand Martin avait un an », explique ce Waterlootois d’origine qui a appris son métier à l’école hôtelière du Ceria, à Anderlecht. « Je travaillais dans l’Horeca et Stéphanie était infirmière. Nos horaires étaient incompatibles, nous ne nous voyions presque plus. Nous avons donc cherché une petite maison pour travailler à deux, à domicile. »

Ouvrir un restaurant avec son mari ? Stéphanie a été facile à convaincre : « Je suis une épicurienne, j’aime la gastronomie et j’apprécie le contact avec les clients. Il ne me restait plus qu’à apprendre les vins : j’ai suivi une formation en sommellerie au cours du soir. »

L’Amandier. Avec sa cuisine ouverte, les convives peuvent entendre le fouet qui lèche les casseroles, les filets qui grésillent dans la poêle, les assiettes qui s’entrechoquent.

 


© Antoine Melis

La piste aux étoiles

La sauce prend rapidement. En 2012, le couple décide d’agrandir la maison et d’aménager une cuisine ouverte pour se rapprocher des convives. Désormais, ceux-ci peuvent entendre le fouet qui lèche les casseroles, les filets qui grésillent dans la poêle, les assiettes qui s’entrechoquent… tandis que le Gault&Millau n’en démord pas : encore un 16/20, et bravo à toute l’équipe du meilleur restaurant du Brabant wallon !

Et Martin, pendant ce temps là ? Après avoir mijoté pendant quinze ans dans les fumets de la cuisine, il décide de déclarer sa flamme : « Je voudrais faire l’école hôtelière ! ». Ses parents : « Tu es sûr ? Attention : toutes les cuisines ne sont pas aussi sympas que la nôtre ! » Et lui : « J’insiste ! ». A l’école hôtelière de Namur, le jeune homme enfile les expériences et les tabliers. En recherche de stage, il débarque (il aurait pu tomber plus mal) chez Sang Hoon Degeimbre, à Eghezée. C’est la révélation. « Pour ton compagnonnage, tu devrais voyager et postuler auprès des meilleurs chefs », lui souffle le maître. Comme un roi mage, mais sur un nuage, le jeune homme se met à suivre les « deux étoiles » de la constellation Michelin : il se forme chez « Nuance », à Duffel, « De Pastorale », à Rumst, « Noma », à Copenhague (alors le « meilleur restaurant du monde »), « Quique Dacosta » à Dénia (Espagne) avant de replonger dans « L’Air du Temps », puis de retrouver ses pénates à la crèche familiale.

« Less is more »

« Maintenant que je suis de retour, j’aimerais travailler pour moi et ma famille », confie Martin, heureux comme Ulysse d’avoir fait un grand voyage et de pouvoir faire profiter « L’Amandier » de ses découvertes. Marc’O : « D’accord, mais il y a du pain sur la planche ! ». Martin : « Et si on le faisait nous-mêmes ? » Et hop ! déjà une première bonne idée. Le retour du jeune prodige va donner un coup de fraîcheur au restaurant familial. Le père et le fils vont s’épauler et se compléter comme deux chefs. Marc’O aime faire les sauces et cuisiner ce qui sort de l’eau (Homard de l’Escaut, citron vert, salicorne) ? Martin se plaît à combiner les produits du terroir (poulet aux chicons, sauce à la bière). Marc’O privilégie le produit noble ? Pour Martin, c’est moins le produit qui fait le plat que la façon dont on le travaille. « J’estime aussi qu’il ne faut pas mettre trop de variétés dans l’assiette. Je préfère me concentrer sur le produit essentiel », souligne le jeune chef qui fait sienne la maxime de Ludwig Mies van der Rohe, considéré comme le père de l’architecture moderne (qu’il compare à la cuisine) : « Less is more ».

« Top Chef », une belle publicité !

Entretemps, en 2015, Martin a accumulé une nouvelle expérience : la confrontation en cuisine ou le « combat des chefs ». « Même si j’ai été éliminé, l’émission “ Top Chef ” fut une chouette expérience humaine et… une publicité incroyable pour le restaurant ! » sourit-il.

Martin se débrouille tellement bien que son père décide de se retirer en 2018 afin de le laisser développer sa propre cuisine. « Nous avons alors eu l’opportunité de reprendre le restaurant situé dans l’ancienne maison communale de Céroux, à Ottignies-Louvain-la-Neuve. Ce ne fut pas facile, car de grosses brasseries étaient sur le coup. Mais la commune a privilégié un projet à taille humaine. Et nous avons vite attiré aux « Tilleuls » une clientèle fidèle. »

Tout va donc pour le mieux dans le monde des Volkaerts. Jusqu’en mars 2020, lorsque les rafales de la pandémie renversent soudain les tables et rebattent les cartes. Les deux restaurants ferment, un service traiteur est mis en place à Genval. Le personnel, lui, s’en va grossir les rangs du chômage jusqu’à la réouverture estivale. « Quand la deuxième vague a commencé à se faire sentir, nous n’avons pas voulu nous faire avoir une nouvelle fois, nous avons décidé d’ouvrir une épicerie », commente Stéphanie. « En trois jours, la salle de restaurant a été vidée et le magasin installé, enchaîne Martin. Nous avons ainsi pu réengager toute notre équipe à mi-temps. Notre objectif principal. »

Un Epicéa Made in BW

C’est ainsi qu’à l’ombre de « L’Amandier », les clients ont vu apparaître une nouvelle enseigne durant l’automne 2020 : « L’Epicéa ». Au tableau, rien que des produits locaux. En effet, pour ne pas laisser tomber – décidément, c’est une manie ! – leurs fournisseurs, les Volkaerts ont décidé de mettre leur production en vitrine. « Nous travaillons depuis quelques années avec Made in BW, la plateforme provinciale qui rassemble les producteurs de la région, explique Marc’O. Viandes, beurre, fromages, fruits, légumes et… bières. Nous effectuons nos commandes chaque semaine en fonction des produits locaux disponibles. »

A 30 ans, Martin ne compte pas s’endormir avant d’avoir réalisé les 1.001 projets qui trottent dans un coin de sa toque. La priorité du jeune chef (marié à Laurence et papa de Jade et Louis) serait de créer une troisième implantation familiale afin d’y aménager des chambres d’hôtes couplées à un restaurant. Ruche idée. Au petit déjeuner, Stéphanie pourra ainsi proposer le miel de ses abeilles, une autre spécialité locale . « Si quelqu’un connaît une ferme en carré à vendre à Rixensart… »

« Nous travaillons depuis quelques années avec Made in BW, la plateforme provinciale qui rassemble les producteurs de la région. »

 


© Antoine Melis

L’Amandier – L’Epicéa
Rue de Limalsart 9
B-1332 Genval
+32 (0) 2 653 06 71

amandier.be

Les Tilleuls
Place Communale 2
B-1341 Céroux
+32 (0) 10 45 35 85

tilleuls.be

PREMIÈRE ÉCOLE DE PILOTAGE EN BELGIQUE


© EspaceDrone

Créée à Liernu, implantée aujourd’hui sur l’aérodrome de Namur, l’école EspaceDrone a déjà formé plus de 1.300 pilotes. Mais qui sont ces merveilleux fous volants avec leur... drone de machine ?


Photographier des endroits difficilement accessibles, surveiller des sites et des zones à risques, prendre des vues originales afin de réaliser des films et documentaires, se doter de nouveaux champs de vision… Voici une dizaine d’années, les possibilités qu’offraient les drones semblaient déjà évidentes dans de nombreux domaines. Mais si on en parlait beaucoup, leur bourdonnement se faisait très discret en raison d’une législation qui battait de l’aile. Depuis l’arrêté royal d’avril 2016, qui a éclairci la situation en règlementant leur usage, les drones ont pris leur envol à un rythme soutenu cadencé par l’octroi des licences. Car si n’importe qui peut faire joujou avec un engin de quelques centaines de grammes dans son jardin, pour des drones plus lourds et plus performants il faut un permis. Et les candidats affluent. Depuis qu’il a ouvert à Liernu, en 2014, la première école de pilotage en Belgique, Renaud Fraiture a ainsi formé avec ses instructeurs plus de 1.300 pilotes. Rencontre avec le patron d’EspaceDrone, école aujourd’hui implantée à Temploux au sein de l’aérodrome de Namur.

Un mot sur les drones pour commencer…

On peut les classer en deux grandes familles : les multirotors, de forme, taille et poids très variables, qui sont propulsés par plusieurs moteurs, et les ailes volantes, qui ressemblent à de petits avions. Il y en a de toutes les tailles et de tous les prix, depuis le jouet de 100 grammes à 50 euros jusqu’aux aéronefs coûtant plusieurs dizaines de milliers d’euros, le prix variant en fonction de leurs performances et leur équipement (l’étanchéité à la pluie, la résistance au vent, la possibilité de voler de nuit, etc). Pour un drone professionnel, équipé d’un GPS et d’un giroscope, il faut compter entre 1.500 et 15.000 euros. Pour certains usages, par exemple pour les drones équipés d’une caméra, il faut une deuxième commande spécifique.

Quelle licence faut-il et comment l’obtient-on ?

Pour un vol à usage récréatif, dans son jardin ou dans un espace privé avec l’autorisation du propriétaire, aucune licence n’est requise. Mais le drone doit peser moins d’un kilo et doit voler à moins de 10 mètres de haut. Pour piloter un drone dans un but commercial, il faut suivre une formation auprès d’une école reconnue et agréée qui débouche sur l’octroi d’une licence. En fonction des spécificités de l’appareil et de l’usage que l’on veut en faire, la licence nécessaire sera de classe 1 ou de classe 2. Aujourd’hui, il y a en Belgique entre 2.000 et 2.500 pilotes détenteurs d’une licence classe 1 – la plus complète – et la moitié environ qui possède la classe 2. Il existe aussi des formations de spécialisation qui ne sont toutefois pas obligatoires : pour la thermographie (mesurage des déperditions de chaleur dans les bâtiments), la photogrammétrie (mesurage 3D dans le cadre de projets urbanistiques), la vidéo, la maintenance, le secourisme…


© EspaceDrone

La réglementation fixée par l’Arrêté royal de 2016 détermine aussi les conditions de vol…

Cette règlementation a été élaborée avec la collaboration de la DGTA, la division du transport aérien, et de Skeyes, le contrôleur aérien. Pour voler, il faut se rendre sur une plateforme internet, actuellement droneguide.be. En fonction de la zone choisie, l’utilisateur verra si les conditions de vol inhérentes à celle-ci sont compatibles avec sa licence. Il devra bien sûr les respecter. Si la zone est compliquée, par exemple parce qu’elle est proche de sites interdits de survol, les détenteurs d’une licence de classe 1 pourront demander une dérogation laquelle sera examinée et accordée ou non. Par mesure de sécurité, les classes 1 doivent prévenir les contrôleurs quand ils prennent leur envol.

Et la nouvelle loi européenne ?

Elle est attendue pour janvier 2021. Le système va changer complètement. Une nouvelle carte aéronautique a été dessinée pour les drones et chaque état membre va devoir créer des zones open – à faibles risques au sol et dans l’air – et des zones spécifiques – risques accrus –, en collaboration avec les bourgmestres, la police, les militaires, les instances dirigeant l’espace aérien, les zones naturelles, les prisons, les centrales nucléaires… Les compétences exigées seront proportionnelles aux risques. Cette loi aura pour but d’uniformiser le cadre et de libéraliser le système afin de favoriser le business au sein de l’Union européenne. Si la classification sera très compliquée, une fois en possession du permis européen, l’utilisateur verra sa vie simplifiée. A EspaceDrone, tous les cours ont déjà été reconstruits en fonction de cette nouvelle loi.

Vous dites que vous avez déjà formé
1.300 élèves à EspaceDrone. Qui sont-ils ?

Environ 55 % de nos clients sont de toutes grosses sociétés comme Infrabel, RTL-TVI, RTBF, Greenpeace, ainsi que les services du cadastre ou encore Elia, qui utilise des drones pour vérifier l’état des pylônes électriques. Entre 40 et 45 % sont des petites PME et des indépendants qui se dotent d’un drone dans leur cadre de leur activité professionnelle. Par exemple des installateurs de panneaux photovoltaïques soucieux de vérifier l’état des cellules, des agriculteurs, des géomètres, des architectes, des agences immobilières qui utilisent un drone pour contrôler l’état des bâtiments… Certains s’en servent aussi pour organiser des événements à l’attention des entreprises ou des familles. Enfin, 2 % sont des particuliers pour lesquels les drones sont une passion. Ils pourraient se rendre dans des clubs de modélisme, mais leur espace serait alors plus cloisonné. Tous ces élèves apprennent avec nos drones à double commande, puis, quand ils ont obtenu leur licence, nous les aidons à choisir le produit qui conviendra le mieux à l’usage qu’ils veulent en faire. Un drone d’apprentissage ne sera évidemment pas le même qu’un drone servant à détecter des fissures…

« Environ 55% de nos clients sont de toutes grosses sociétés comme Infrabel, RTL-TVI, RTBF, Greenpeace, ainsi que les services du cadastre ou encore Elia qui utilise des drones pour vérifier l’état des pylônes électriques. »


Qu’en est-il du transport de marchandises ?

En Belgique, le fret est toujours interdit, sauf pour les détenteurs d’une licence de classe 1 moyennant une dérogation payante. L’utilisateur doit justifier sa demande et faire en sorte que les risques soient minimisés. C’est ainsi qu’il est déjà arrivé que des services de santé ou de secours transportent du matériel comme du sang, des médicaments, des défibrillateurs ou encore des bouées destinées à être larguées en mer. Dans ces cas, cela se justifie parce qu’il s’agit de sauver des vies. En revanche, compte tenu de la densité des aéroports civils et militaires en Belgique, il serait absurde de vouloir réorganiser le trafic aérien afin de faire passer des paires de chaussures ou des pizzas au dessus de la tête des gens. A cela s’ajoute le problème du largage. Avec un parachute, un filet ?…

Aux Etats-Unis, Wing, la filiale d’Alphabet (Google), a obtenu l’autorisation de déployer sa flotte de drones livreurs en Virginie en association avec FedEx. UPS, l’entreprise postale nord-américaine, a également reçu le feu vert, tandis qu’Amazon et Uber sont impatients d’utiliser leurs drones pour des livraisons très spécifiques. Un service qui aurait été le bienvenu pendant le confinement…

Ces annonces sont souvent des buzz, mais il est vrai que, dans de nombreux pays, les essais se multiplient et les demandes d’autorisation affluent. En Belgique, il est possible de créer des bulles pour faire ce genre d’essai. Je suis moi-même devenu « provider » chez Skeyes. J’ai obtenu l’autorisation de créer, à Liernu, une bulle privatisée de 4 kilomètres de diamètre et de 1.500 pieds de haut. Quand je reçois l’autorisation de l’activer, plus personne (avions, hélicos, ULM…) ne peut y entrer. Je peux ainsi utiliser cette zone pour faire voler des drones hors cadre légal, par exemple pour effectuer des vols de nuit ou à une altitude trois fois supérieure et sur des distances plus longues. Je peux également y faire des essais : pour le transport et le largage d’objets, la pulvérisation, le remorquage…


© EspaceDrone

Faux-bourdon
« Drone » vient d’un mot anglais signifiant faux-bourdon, surnom donné, dans les années 1930, par l’artillerie anglaise, à un avion cible utilisé pour l’entraînement ayant un vol lent et bruyant ressemblant à celui du bourdon.


Vous organisez également des Drone Days pour les professionnels ?

La sixième édition devrait avoir lieu le 22 octobre à Tour & Taxis. Elle aura pour thèmes la législation professionnelle et la sécurité, domaine en pleine évolution. Je suis moi-même en train de me focaliser dans la sécurité et l’inspection. J’ai signé un partenariat avec Engie et nous sommes en train de fabriquer un drone autonome doté de capteurs spécifiques de 60 millions de pixels qui peut faire l’inspection des palmes d’éoliennes afin d’y détecter d’éventuelles microfissures…

« Compte tenu de la densité des aéroports civils et militaires en Belgique, il serait absurde de vouloir réorganiser le trafic aérien afin de faire passer des paires de chaussures ou des pizzas au dessus de la tête des gens. »


www.espacedrone.be

 

AU SERVICE DES GÉOMÈTRES

Les drones peuvent être utilisés pour la photogrammétrie, dans le cadre de restaurations de bâtiments ou de suivis de chantiers. A Florennes, un bureau d’architectes et de géomètres a inscrit cette technique sur sa carte de visite. 


« J’ai appris la photogrammétrie voici quinze ans selon l’ancienne méthode, c’est-à-dire que l’on prenait des photos – d’un bâtiment, par exemple – avec un appareil argentique, puis qu’on les décalquait à l’encre de Chine nantis de lunettes 3D afin d’en tirer des plans de travail. Depuis, cette technique de mesurage utilisée par les géomètres et les topographes a considérablement évoluée, d’abord avec l’apparition de la photo numérique et des logiciels informatiques, ensuite grâce aux drones. Trois outils qui nous ont grandement facilité le travail… »

Quentin Burton est géomètre au sein d’Equilateral, à Florennes. Un bureau qui propose des services d’architecture, d’urbanisme, de géomètre-expert et de photogrammétrie. C’est dans cette dernière discipline que ce jeune père de famille s’est spécialisé au point de l’enseigner lui-même à des géomètres et des ingénieurs. Soucieux de profiter des nouvelles techniques, il a créé avec ses associés Géo Drone et acheté quelques aéronefs pour mener à bien ses missions. « Il vaut mieux en avoir un ou deux en réserve au cas où le drone se crasherait », confie celui qui a obtenu sa licence de pilote à Temploux. Par maladresse ? « Plutôt en raison des risques inhérents au métier. Un de mes drones a en effet été abattu par un riverain qui ne savait pas que l’on effectuait des mesurages : il se sentait espionné ! Depuis lors, nous allons sonner à toutes les portes afin d’expliquer ce que nous faisons. »

Une précision de l’ordre du millimètre

Et que fait-il ? Il pilote le drone autour du bâtiment ou du monument à restaurer et lui fait prendre une kyrielle de photos qui serviront à réaliser une copie en trois dimensions de celui-ci, le but étant d’obtenir des plans de très haute précision. « Nous commençons par poser toute une série de points de repères à l’aide d’un théodolite traditionnel ou d’un GPS. Avec notre drone, nous prenons ensuite, en l’air comme au sol, des photos correspondant à ces cibles. Nous les introduisons dans un programme informatique qui, à partir de ces repères et photos, va fabriquer le modèle 3D du bâtiment avec une précision géométrique de l’ordre du millimètre. Comme si nous l’avions transporté du terrain jusque dans notre bureau ! De là, nous pouvons obtenir une orthophoto, c’est-à-dire une reconstitution avec texture de l’image du modèle selon le plan de projection choisi. Attention : ce n’est pas une photo redressée. Le niveau des détails est extraordinaire, chaque pierre est à sa place avec son relief exact. L’orthophoto va alors permettre à l’architecte de dessiner un plan fidèle de l’édifice. »


La photogrammétrie a permis la modélisation d’un site industriel à Mont-Saint-Guibert. 

« Un de mes drones a en effet été abattu par un riverain qui ne savait pas que l’on effectuait des mesurages : il se sentait espionné ! Depuis lors, nous allons sonner à toutes les portes afin d’expliquer ce que nous faisons. » 


Pour des restaurations, des carrières, des jeux vidéos…

Parmi les travaux de restauration du patrimoine entrepris par le bureau namurois, citons l’école du séminaire de Floreffe, le château et les jardins d’Annevoie, vaste chantier entamé en 2016, ainsi que le Touriste IV, bateau privé qui faisait la liaison Dinant-Namur au début du siècle dernier et qui va sans doute s’arrimer définitivement à Namur, à hauteur de la nouvelle passerelle. Mais la photogrammétrie et les drones peuvent également offrir leurs services afin de réaliser l’état des lieux d’un chantier ou de suivre l’évolution d’une carrière, c’est-à-dire gérer son exploitation et calculer ses stocks. Cette technique peut aussi avoir des fins touristiques ou culturelles. Les ruines de l’Abbaye de Villers-la-Ville pourraient ainsi être modélisées de sorte que les visiteurs munis de lunettes à réalité augmentée auraient l’impression de se promener dans l’abbaye telle qu’elle était avant de tomber en désuétude. « Les concepteurs de jeux vidéos utilisent aussi cette technique, souligne Quentin Burton. Par exemple, afin de donner l’impression que l’on est en train de piloter une voiture sur le véritable circuit de Francor-champs… Mais, dans ce cas, nous ne faisons qu’apporter les fichiers. La suite relève des compétences des infographistes… »

www.geo-drone.net

au service des agriculteurs


Exemple d’un champ dont la cartographie montre qu’il s’agit d’une terre très hétérogène : les zones bleues foncées (18 kilos/ha) demandant dix-huit fois moins d’azote que les zones rouges vif (320 kilos/ha).

Même si la concurrence des satellites est de plus en plus omniprésente, l’agriculture est aussi un domaine qui a recours aux images prises par les drones. Pour avoir une meilleure vision de la quantité de fertilisants demandés par les cultures.


C’est le désir d’innover qui a poussé la Société Coopérative Agricole de la Meuse (SCAM) à acquérir un drone en 2014. Cette société, qui emploie quelque 200 travailleurs et propose ses services (réception et commercialisation de céréales, distribution de semences et d’engrais, fabrication et commercialisation d’aliments pour bétail…) à plus de 5.000 agriculteurs, a décidé d’utiliser un agridrone afin de permettre à ses clients désireux d’utiliser cet outil de mieux maîtriser l’épandage de fertilisants sur leurs cultures, principalement du froment et du colza.

« Auparavant, les agriculteurs répartissaient les engrais sur leurs champs d’une façon uniforme, explique Charles Thewis, membre de la SCAM et pilote de l’agridrone. Grâce aux images rapportées par le drone, ils savent quels sont les besoins réels de la 
plante dans chaque parcelle et peuvent répartir sur celle-ci la dose adéquate de fumure azotée. Outre l’économie d’engrais réalisée grâce à cette meilleure répartition, cette technique a un apport positif sur l’environnement puisqu’elle permet d’éviter le surdosage et la percolation dans les nappes phréatiques. »

Un capteur multispectral

Concrètement, le capteur multispectral de la caméra embarquée sur le drone enregistre la réflectance des cultures, c’est-à-dire la quantité de lumière renvoyée par les feuilles. Selon la longueur d’onde enregistrée, il est possible de connaître le développement de la biomasse (végétation), le taux de chlorophylle et la densité foliaire des plantes, autant d’indicateurs agronomiques qui permettent au prestataire de services de délivrer à l’agriculteur – pour un coût de 10 à 12 euros à l’hectare – une cartographie précise du développement de ses cultures. De plus en plus de tracteurs étant équipés d’un ordinateur et géolocalisés, la quantité d’engrais épandue peut être gérée automatiquement en fonction de la zone dans laquelle ils se trouvent.

« Il y a toutefois un frein à cette technique aujourd’hui, souligne le pilote. Outre les difficultés liées aux conditions de vol, le drone est en effet confronté à la concurrence des satellites, tels que Sentinel 2A & 2B, dont les passages sont désormais plus fréquents. La succession des vues de ces satellites fournit des images dont la résolution et la précision sont suffisantes pour répondre aux besoins des agriculteurs pour un coût d’accès aux données moindre. »

www.scam-sc.be/Innovation/Field-up !/Agridrone.aspx

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